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Jean-Luc Allouche (Traducteur)
EAN : 9782070123674
432 pages
Gallimard (10/06/2010)
4.24/5   53 notes
Résumé :

En 1998, quatre amis trentenaires suivent la Coupe du Monde de football à la télévision. Regarder ces matches ensemble, Youval, Amihaï, Ofir et Churchill l'ont toujours fait, depuis leur adolescence à Haïfa. Du coup, pendant la finale, l'idée surgit d'en faire un jeu, en utilisant ce rendez-vous rituel comme un point de mire, et de noter sur des bouts de papier les désirs et les ambitions qu'ils aimeraient avoir satisfaits quatre ans plus tard, lors de la Co... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (19) Voir plus Ajouter une critique
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Melpomene125
  25 février 2020
La vie est parfois aussi imprévisible qu'un match de foot. Qui peut savoir avec certitude où il sera dans quatre ans, ce qu'il fera ? Pourtant, on peut aussi avoir le douloureux et secret sentiment que rien ne change, ou pas dans le bon sens, alors que, pour nos amis, ce n'est pas le cas, ils avancent, ne stagnent pas, ne s'enfoncent pas dans la solitude, l'absence de projet ou l'impossibilité de réaliser celui ou ceux qui tiennent à coeur.
Le Cours du jeu est bouleversé est le roman d'Eshkol Nevo, dédié à ses amis, mais c'est aussi le titre du livre écrit par Youval, jeune homme de trente-deux ans, philosophe, solitaire et renfermé. Churchill, surnom d'un de ses trois meilleurs amis, trouvera ce texte dans ses affaires et s'en fera l'éditeur.
Merci Idil de m'avoir fait découvrir Eshkol Nevo et ses romans. J'ai une pensée pour ClaireG qui, par sa chronique si bien faite, m'avait aussi donné envie de découvrir le Cours du jeu est bouleversé, beau roman sur l'amitié masculine.
J'ai aimé l'originalité de la construction, l'alternance entre des passages sombres et des moments d'humour, des réflexions pertinentes sur l'écriture, la manière dont l'écrivain débutant est perçu, notre époque, la vie en Occident, l'obligation d'avoir des objectifs, de les réaliser, de réussir, mais qu'est-ce que réussir, être heureux ?
Tout commence pendant la Coupe du monde de 1998. Amihaï a l'idée d'écrire sur des papiers quatre souhaits que les quatre amis d'enfance aimeraient réaliser. Ils ouvriront les enveloppes qui contiennent ces désirs, ces ambitions lors de la prochaine coupe du monde. Ils auront alors trente-deux ans.
Le destin, la fatalité, le hasard, les tragédies qui nous attendent au coin du chemin se moquent de nos désirs, de nos rêves, de nos ambitions, de nos amours et rien ne va se passer comme prévu.
Chacun, sans l'avoir prévu, va réaliser le souhait de l'autre. Youval se rend compte que ce ne sera vrai qu'à une condition : il faut qu'il écrive le livre qu'Ofir avait pensé écrire et ainsi, l'harmonie qui règne au sein du chaos sera parfaite.
Mais il doit se dépêcher, oublier ses tourments personnels et intimes, se débrouiller seul après la réponse décourageante d'une assistante d'édition : « une bande d'amis ? » « Les hommes, ça ne marche pas aujourd'hui, mais envoyez toujours, you can never know… » « J'ai compris que je perdais mon temps et je n'avais pas de temps à perdre. »
J'ai aimé ces moments d'humour fin et subtil qui surgissent, comme dans la vie, au milieu des drames, des tragédies qu'il est impossible d'éviter, des souffrances qu'il est impossible d'oublier entièrement.
La complexité des sentiments humains est très bien rendue. Que sait-on vraiment de la vie intime de nos proches, surtout lorsqu'ils sont taiseux, et même lorsqu'ils sont bavards ? Grâce au livre écrit par Youval, ses amis vont mieux le comprendre, même si l'écriture n'exclut pas les mensonges et la dissimulation, on ne raconte que ce que l'on a envie ou besoin de raconter. Mais n'est-il pas déjà trop tard ?
Ce roman publié en 2007 n'a pas pris une ride, tant par la pertinence de ses réflexions sur le monde contemporain, l'Occident, la manière de vivre des Occidentaux, que par l'analyse discrète mais présente des problèmes que subit la société israélienne avec les conséquences du conflit israélo-palestinien.
En pleine Intifada, Youval répond au chargé de cours de son atelier d'écriture que c'est volontairement qu'il n'évoque pas dans son livre la période agitée et sanglante que traverse son pays, vague d'attentats, morts car « les amis sont comme une oasis qui permet d'oublier le désert… ou comme un radeau sur une mer déchaînée… ou comme… »
Malgré cela, au cours de son récit, un événement traumatique le hante : durant son service militaire, en 1990, à Naplouse, pendant le Mondial, avec les hommes de son unité, il ne s'est pas bien comporté car, quand on est un très jeune homme, il n'est pas toujours évident « de veiller à ce qu'au milieu de toute cette guerre les gens des deux camps conservent leur humanité. Qu'ils ne se transforment pas en bêtes sauvages. »
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ClaireG
  16 février 2018
C'est une histoire d'amitié comme il y en a des tas dans les livres.
Qu'a donc celle-ci qui la rende différente des autres ?
Quatre jeunes de Haïfa se rencontrent au collège, poursuivent l'apprentissage de leur entrée dans la maturité à l'armée, sont fans de foot et démarrent leur vie d'adulte à Tel-Aviv. Churchill est un avocat brillant. Amihaï est comptable. Ofir réussit dans la pub et Youval, le narrateur, est traducteur et rédige une thèse de philosophie. Leur amitié se consolide sur les briques de menus faits.
« Il se peut qu'il y ait quelque chose de menaçant dans notre bande, avec son humour codé, ses associations d'idées hermétiques et ses sous-entendus cryptés ». Difficile de se faire une place quand on devient une pièce rapportée.
Lors du Mondial de 1998, ils font un pari : chacun écrit trois objectifs pour les quatre ans à venir. Jusqu'au prochain Mondial. Un seul est lu tout haut.
Chacun suit une route mais les aléas de la vie font qu'il faut parfois dévier ou changer radicalement. Les amours évoluent, la pub fait des ravages, le procureur est pris dans un scandale, des désaccords créent des séparations, des silences aussi, même un exil et la mort. En fait, la vie c'est comme le foot. Jusque dans les dernières minutes le cours du jeu peut être bouleversé.
Et ici, bouleversant.
Churchill pique la petite amie de Youval, le complexé, le penseur. « En m'attaquant à l'exemple de Heidegger, j'ai été saisi d'un sentiment de néant absolu devant ma thèse. Si je me montre incapable de comprendre la métamorphose d'un seul philosophe, comment pourrais-je élaborer une thèse qui englobe les métamorphoses de tous »? Plutôt que de se venger bassement, le narrateur décide de s'isoler du groupe, et d'écrire ses souvenirs d'amitié. Voire de les inventer, de les réinterpréter, de leur donner une autre consistance ou de se servir des mots pour souhaiter les pires échecs au voleur de son amour.
Des questions politiques et existentielles sont esquissées. Youval se plaît à évoquer la tranquillité et l'harmonie des jardins Bahaï à Haïfa et rêve de les transposer dans sa propre vie alors qu'il n'oublie pas un souvenir peu glorieux du Mondial de 1990 lorsqu'il faisait son service militaire dans les territoires occupés.
Peu avant le Mondial de 2002, un drame éclate. Poignant. Qui ajoute une dimension d'humanité au livre, une de plus, qui révèle les limites de l'ambition, les retournements inattendus.
La pudeur alliée au réalisme, la vivacité du trait combinée aux coups de gueule, les blagues de potaches associées aux réflexions profondes, font de ce livre un tout émouvant et puissant à la fois. « Il y a un passage dans ce livre où tu t'interroges sur ce qui s'est réellement produit au cours de ce semestre, quand tu nous as bannis. Eh bien, ce qui est arrivé, c'est que nous ne nous sommes presque pas rencontrés. Et quand nous nous rencontrions, c'était superficiel. Froid. Et voici la vérité : sans toi, nous ne sommes qu'un groupe aléatoire de gens. Avec toi, nous sommes des amis. Sans toi, cette métropole n'est que toutes les mauvaises choses qu'Ofir décrit. Avec toi, c'est un foyer ».
Comment traduire l'émotion de voir que chacun des personnages finit par réaliser l'objectif d'un autre ? C'est amené avec une telle maîtrise que l'effet ne peut être que saisissant.
Eshkol Nevo est né à Jérusalem en 1971. L'utilisation des mots occupe une grande place dans sa vie de même que la psychologie. Il a déjà obtenu de nombreux prix pour ses nouvelles et romans. Il enseigne l'écriture créative, notamment à l'université de Tel-Aviv.
Apparemment, il est de la génération qui suit celle d'Amoz Oz, David Grossman et Avraham Yehoshua, en faveur de la reconnaissance d'un double Etat Israël-Palestine.
Grand merci à BookyCooky qui, au cours de ses commentaires sur les livres d'Eshkol Nevo, m'a donné l'envie de découvrir cet auteur au grand talent.
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viou1108_aka_voyagesaufildespages
  25 mai 2020
Juin 1998, Tel-Aviv. La Coupe du Monde de football bat son plein et, comme à chaque édition depuis leur adolescence, Youval, Amihaï, Ofir et Churchill suivent ensemble les retransmissions des matchs à la télé. Amis depuis le collège à Haïfa, les quatre trentenaires sont restés "les meilleurs amis du monde" malgré le temps qui passe : "Heureusement qu'il y a le Mondial [...]. Comme ça, le temps ne se transforme pas en un énorme bloc informe et, tous les quatre ans, on peut ainsi marquer une pause et voir ce qui a changé". Cette réflexion de Youval, le narrateur, leur donne l'idée de noter, sur des bouts de papier, trois objectifs personnels ou professionnels, qu'ils voudraient avoir réalisés pour la prochaine Coupe du monde. Chacun lit aux autres un de ses trois objectifs, les autres restent secrets, et tous les bouts de papier sont gardés précieusement jusqu'à l'échéance.
Mais évidemment, la vie est ce qu'elle est, c'est-à-dire qu'elle se fiche pas mal de vos rêves et de vos ambitions et n'en fait qu'à sa tête. Et qu'on désire changer quelque chose ou qu'on veuille garder un statu quo et conserver en l'état ce qu'on a eu tellement de mal à réaliser ou obtenir, il suffit d'un rien pour bouleverser tous les projets. Notre bande des quatre n'échappe pas à ces aléas. La mauvaise nouvelle, c'est qu'aucun d'eux n'atteindra son objectif, des coups du sort parfois terriblement cruels se chargeant de détruire l'équilibre et l'harmonie de leurs vies et de leur amitié. La bonne nouvelle, c'est que, en dépit de tout, cette amitié s'avère in fine assez puissante pour rétablir un autre équilibre, différent mais un équilibre quand même, dans lequel chacun d'eux réalisera l'objectif d'un des trois autres. Enfin, cela, Youval est le seul à l'avoir compris avant l'échéance des quatre ans, le seul à avoir vu que tout allait partir à vau-l'eau, et que pour résoudre l'équation, il n'avait d'autre choix que d'écrire un livre, un roman sur une histoire d'amitié entre quatre hommes...
Ce "Cours du jeu..." m'a bouleversée.
En toile de fond, il y a le conflit israélo-palestinien, la deuxième Intifada, les attentats, la rivalité entre Haïfa la provinciale et Tel-Aviv la branchée. Il y a aussi des réflexions sur le travail d'écriture, sur la (re)naissance qu'elle permet, sur la toute-puissance du narrateur qui a le droit d'enjoliver ou travestir la réalité tout en sachant qu'il ne rend jamais compte que de son propre point de vue et qu'une autre personne, toute proche qu'elle soit, aura nécessairement une autre version de la même réalité.
Mais le noeud, le coeur de cette histoire,c'est l'amitié. De ces amitiés dont on voudrait qu'elles durent toujours, auxquelles on s'accroche parce qu'on n'a pas grand-chose d'autre qui nous procure autant d'énergie, de celles qui vous acceptent tel que vous êtes avec bienveillance et sans questions même si vous n'arrivez pas à comprendre ce que vous pouvez bien leur apporter, de celles qu'on voit évoluer avec amertume quand certains avancent dans leurs vies et que vous faites du sur-place : "Ils m'énervaient. de quoi se plaignaient-ils ? Au moins, ils avaient de l'amour. Au moins, il leur était arrivé quelque chose de significatif dans la vie. Et moi ?". C'est Youval, le solitaire introverti, qui s'exprime ainsi, mais ses mots, peut-être injustes, auraient pu être les miens. Et cela m'a bouleversée parce que, justement, quand vos quelques certitudes sont ébranlées de la sorte, on a la sensation de marcher au bord du vide, d'être sur le point d'être englouti par la solitude comme Jonas par la baleine. A plusieurs reprises je me suis dit que je devais arrêter de lire ce roman, tant je sentais le narrateur glisser sur la mauvaise pente et que je n'avais pas envie d'assister à cette chute. Mais à ce stade, la lecture était devenue addictive et j'ai continué. Bien m'en a pris, parce que la fin n'est pas aussi sombre que je le pensais. Il faut croire qu'il existe quelque chose comme le miracle de l'amitié, qui ne s'explique pas bien, mais qui est là, qui existe quoi que vous pensiez de vous-même, et qui vous (re)tient.
Même si cette histoire d'amitié ne vous parle pas autant qu'à moi, ce roman reste un bonheur de lecture. L'auteur a un énorme talent de conteur et une grande maîtrise de la construction du récit. La narration est très fluide malgré les mouvements dans le temps, il y a du tragique et de l'humour, du burlesque même, de la subtilité et de la complexité, de la profondeur et de la réflexion, une grande finesse et un ton très juste.
Merci, une fois de plus, à Bookycooky de m'avoir inspiré cette lecture cinq étoiles.
Lien : https://voyagesaufildespages..
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Bruidelo
  17 mars 2020
Un roman sur l'amitié, et sur les chamboulements de la vie.
Dans ces matches de foot qui sont des rituels si importants pour l'amitié d'Amihaï, Ofir, Churchill et Youval, le plus fascinant selon ce dernier, ce sont «ces instants où, soudain, sans raison apparente, le cours du jeu est bouleversé du tout au tout».
Même dans sa thèse de philo, c'est aux métamorphoses de la pensée des philosophes que Youval s'intéresse, aux «épisodes de confusion», aux «instants de trouble intellectuel et émotionnel».
«Non seulement parce que ces instants recèlent quelque chose d'humain et d'émouvant, mais encore à partir du présupposé que, dans ces instants-là, dans leur bégaiement... se trouve peut-être la clé de la compréhension véritable de la nature de la pensée.»
Youval n'est pas comme Ofir, qui répète et cherche à fixer dans le marbre sa ritournelle favorite:
«Quelle chance nous avons d'être les meilleurs amis du monde, vous n'avez pas idée!»
Il serait plutôt du genre à se demander:
«Y a quelque chose de fondamentalement niqué en nous tous, non? du fait même que nous soyons des êtres humains.»
Bref, quand il se fait chroniqueur de l'histoire de leur amitié, c'est loin d'être idyllique, Youval s'intéresse à la complexité des évolutions de chacun, aux espoirs déçus, aux changements de cap, aux trahisons... Avec en arrière-plan, l'évolution du monde devenant «épouvantablement utilitaire» et de la société israélienne s'enfermant dans un cercle vicieux anéantissant tout espoir d'amélioration.
C'est très vivant et sensible et du point de vue de l'analyse, c'est fin, c'est profond comme on aime.
Une bien belle et bonne lecture, une fois de plus merci Bookycooky!
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michfred
  30 avril 2018
Il en va parfois de l'amitié  comme d'un match de foot.
On croit avoir une équipe de rêve, -   le  buteur le plus vif, l'attaquant le plus pugnace, le défenseur le plus solide, le goal le plus efficace- et voilà que le buteur rate l'occasion du siècle, que l'attaquant se prend un carton rouge, que le défenseur est mou du genou et que le goal bâille aux corneilles!
En deux temps, trois mouvements, le score, si encourageant au debut, vire au cauchemar. Il suffit d'un rien et le cours du jeu est bouleversé
Mais, à la différence d'une équipe de foot, un vrai groupe d'amis possède une harmonie si puissante,  une cohésion si forte, une complicité si tendre que les coups du sort ou même les coups de pute - piquer la copine de son meilleur pote, ça n'a pas d'autre nom- même s'ils bouleversent le cours du jeu, opèrent simplement une vaste permutation, comme dans un jeu de chaises musicales...
Et l'équilibre se refait. Autrement.
C'est le cas de la bande des quatre: Youval, Churchill, Ofir et Amihaï,  trentenaires inséparables,  fidèles au poste et solidaires - et fans inconditionnels du Mondial qu'ils ne peuvent imaginer de ne pas suivre tous ensemble !
Rituel de retrouvailles qu'ils corsent, en 1998, avec un jeu où chacun doit inscrire quatre objectifs personnels...dont ils se promettent d'évaluer le succès au prochain Mondial!
Le temps passe. Que deviendront les "buts"visés par chacun des joueurs?
Surprise à l'arrivée !
Celui qui était  le plus ambitieux, Churchill, comprend qu'il n'est rien sans amour, celui qui voulait raconter une histoire,  Ofir, découvre qu'il est le roi des thérapies alternatives, celui qui se rêvait à la tête d'une clinique alternative, Amihaï, devient le champion des droits du patient, et celui qui rêvait d'amour , Youval, se fait le coryphée de cet étrange ballet de chassés-croisés.Le compte est bon, finalement. Et le conte aussi.L'harmonie est retrouvée.
Au prix de quelques sérieux dégâts collatéraux et de désillusions amères. Mais c'est la règle du jeu.
J'ai aimé le doigté de l'auteur dans ce glissement imperceptible des rêves  et des rôles,  dans ce rééquilibrage subtil des forces et des faiblesses, dans ce refus de tout pathos- un humour discret et une tendre ironie tempèrent les émotions sans les diluer.
J'ai admiré  la présentation,  par Churchill, du roman de Youval,  son ami, piqueté d'extraits fort appropriés de sa thèse défunte- pas aussi "écrasée " semble-t-il  qu'il ne l'avait craint- et de pages de  son journal intime où le pudique Youval n'enjolive plus, comme son rôle de Narrateur l'y autorisait dans le roman, mais où il dit, enfin,  ce qui lui pèse sur le coeur.
J'ai adoré voir vivre, à  travers les "quat'z'amis" , cette jeunesse israélienne pleine d'appétit, de fougue, malgré la menace constante des attentats, mais aussi pleine de doutes, de critiques parfois sévères devant le racisme anti-arabe, l'occupation abusive des Territoires, les check points et les barrages - Youval est un "ashkegauche" et a connu les deux Intifadas,  il garde d'un Mondial à  Naplouse,  lors de son service à Tsahal, un souvenir honteux- .
Comme chez Amos Oz, chez David Grossmann, j'ai retrouvé,  étroitement mêlés,  l'amour et la critique  d'un pays lui aussi contrasté : la rivalité entre Haïfa, la provinciale et Tel Aviv,  la cosmopolite, la mer, accueillante et chaude, et le désert, fascinant et brûlant,  la poussière des rues embouteillées et la verdeur idyllique des jardins baha'is. ..
J'ai eu un vrai plaisir de lecture, un plaisir complet : une intrigue subtile, des personnages attachants, une composition astucieuse, un ton drôle et touchant,  et j'ai fait un "voyage" coloré, où les zones d'ombre faisaient partie du paysage...
Merci à Booky,  une fois encore, pour ses talents de "découvreuse"!
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Citations et extraits (34) Voir plus Ajouter une citation
Melpomene125Melpomene125   20 avril 2020
Écrire un livre, c’est pas facile, j’ai répété ses mots, en dévalant vers la mer, en bas, sur le boulevard Freud. Ce n’est pas facile, mais je l’ai fait. J’ai bougé. Je suis sorti de ma cage et j’ai avancé pendant des mois. Sans manquer d’oxygène. Certes, c’était au nom d’Ofir. Et, certes, c’était à cause de l’équation des billets du Mondial. Mais si j’ai fait ça une fois, ça signifie que je peux le refaire. Je peux dénouer mes propres liens. Me libérer de mon pessimisme délétère. De ma retenue sceptique. Je peux exprimer de nouveaux souhaits en vue du Mondial 2006 et, cette fois, les réaliser. Je peux changer. Me révéler. Découvrir une vocation. Je peux en aimer une autre, pas Yaara. Je peux – si la mer s’ouvre devant moi ainsi, dans tout son scintillement –, je peux même continuer à l’avenir à être l’ami de mes amis, et non plus les congeler dans le temps grâce à l’écriture. C’est vrai, leur vie va bientôt être très différente de la mienne, mais cela ne signifie pas que ce livre est condamné à n’être qu’un requiem.
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Melpomene125Melpomene125   07 mars 2020
Amihaï, lui, a conservé des amis de l’armée et, si on l’interroge, il peut décrire une Intifada totalement différente, une histoire de fraternité d’armes, d’attentats déjoués et d’assauts préventifs et, de toute façon, dira-t-il, l’armée lui a fait rencontrer Ilana et l’a sauvé de sa famille sinistre et du rôle qu’on lui avait assigné, et ces trois années-là lui ont donné l’occasion, pour la première fois, de sentir qu’il réussissait enfin à vivre depuis la mort de son père…
Mais, ici, c’est moi, le narrateur, et je veux dire qu’il y a trop de moments qui ne me rendent pas fier de mes années à l’armée, et que l’épisode le plus ignoble eut lieu pendant le Mondial de 1990, dans une maison aux murs nus des faubourgs de Naplouse.
Même mes amis ignorent cette histoire.
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Melpomene125Melpomene125   28 mars 2020
C’est la pensée qui m’a accompagné pendant des années.
Il existe le monde éthéré, grandiose, effrayant, des écrivains. Et il y a mon propre monde. Ordinaire. Et, entre les deux, se dresse une barrière infranchissable. Quand je traduis, je peux grimper sur cette barrière et jeter un coup d’œil à ce monde différent, mais, en fin de compte, je me vois toujours contraint de faire retraite dans mon propre monde. Parce que je ne suis qu’un individu quelconque, banal. Et qui suis-je pour écrire ?
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ClaireGClaireG   16 février 2018

[Jeremy Miller, président de l’Association des psychologues canadiens] affirme qu’il existe une lutte feutrée dans la psychologie moderne entre l’école américaine tournée vers le futur et l’école européenne enracinée, grosso modo, dans le passé. Quand un psychologue américain reçoit un individu, la première question qu’il pose est : « Où cet homme veut-il arriver ? » Quand un psychologue européen recevra le même individu, sa première question sera : « D’où vient-il ? »

p. 330
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Melpomene125Melpomene125   21 février 2020
Dis-moi, « Ofi », quand nous avons écrit nos billets pour le Mondial, t’avais pas le rêve d’écrire un recueil de nouvelles? Dans quelle langue tu vas publier là-bas ? En danois médiéval ?
- C’est précisément le problème de la vie en Occident, expliqua Ofir d’un ton posé. Nous nous imposons des objectifs, et nous en devenons esclaves. Et ça nous contraint de nous efforcer à les réaliser, mais nous ne prenons pas garde qu’entre-temps ils ont changé.
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Musique du générique d'intro par Anna Sentina.
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