AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestions
Rejoignez Babelio pour découvrir vos prochaines lectures

Sylvie Cohen (Traducteur)
ISBN : 2070766772
Éditeur : Gallimard (15/02/2004)

Note moyenne : 4.14/5 (sur 132 notes)
Résumé :
"Tu veux jouer à inventer des histoires ? Un chapitre chacun ? Je commence ? Il était une fois un village que ses habitants avaient déserté. Même les chats et les chiens étaient partis. Et les oiseaux aussi..."
Le petit garçon qui joue ainsi à inventer des histoires à la demande de sa mère est devenu un grand romancier. Sa mère n'est plus là, mais il tient malgré tout à poursuivre la relation de l'existence tumultueuse de sa famille et de ses aïeux.
So... >Voir plus
Acheter ce livre sur

AmazonFnacPriceministerLeslibraires.frGoogle
Critiques, Analyses et Avis (28) Voir plus Ajouter une critique
Melpomene125
  10 décembre 2016
J'avais entendu parler d'Amos Oz comme un des leaders du mouvement « La paix maintenant ». C'est cette réputation qui m'a donné envie de découvrir cet auteur majeur de la littérature israélienne contemporaine.
Une histoire d'amour et de ténèbres… le titre est bien choisi, autant au niveau intime que politique.
L'amour et les ténèbres ont marqué la relation qu'Amos Oz entretenait avec sa mère Fania, qui s'est suicidée quand il n'avait que douze ans, ainsi que la relation de l'écrivain avec cet autre que représente le peuple arabe : les Palestiniens. Sa tentative lorsqu'il était enfant de se lier d'amitié avec Aïcha et son frère Awad se termine en catastrophe et symbolise de façon troublante l'amitié impossible entre deux peuples qui ne parviennent pas à se comprendre et s'entendre. En toile de fond se trouve toujours l'horreur de la Shoah, des persécutions, des pogroms, drames absolus des Juifs, qui fait dire à Ephraïm Avnieri, un des fondateurs du kibboutz où le jeune Amos s'est réfugié après la mort de sa mère, pour tenter d'avancer : « Personne au monde ne veut de moi, nulle part. La question est là […] C'est l'unique raison pour laquelle je porte une arme, pour qu'ils ne me chassent pas d'ici aussi. Mais je ne traiterai jamais d' « assassins » les Arabes qui ont perdu leurs villages. »
Une atmosphère mélancolique plane sur ce livre, atmosphère que l'on retrouve parfois aussi chez Modiano (Rue des Boutiques Obscures) ou Zweig (La Pitié dangereuse) et qui est loin de me déplaire. Loin de la mode de la « feel good littérature », elle est propice à une réflexion qui n'est jamais caricaturale ou manichéenne et amène le lecteur vers une meilleure compréhension du monde et une plus grande lucidité.
Grâce à ce livre, j'ai effectué une immersion radicale dans une culture que je ne connaissais pas : celle des érudits juifs ashkénazes qui discutent de philosophie et de politique, étudient le talmud, la mishna et la gemara dans des yeshivas. Tout ce vocabulaire spécifique rend un peu la lecture difficile au départ mais c'est aussi la découverte d'un univers intellectuel très riche. La famille Klausner, le vrai nom d'Amos Oz, connaissait un prix Nobel de littérature : S.J. Agnon dont l'oeuvre a marqué l'écrivain, en particulier À la fleur de l'âge qui lui rappelle Fania, sa mère.
J'ai aimé les réflexions d'Amos Oz sur l'écriture et la dette qu'il affirme avoir à l'égard de Sherwood Anderson, grand écrivain qu'il m'a fait découvrir et qui mériterait sans doute d'être davantage connu. Celui-ci lui a appris que la vie des gens ordinaires valait aussi la peine d'être racontée et il l'a mis en pratique en racontant les rêves, les espoirs et les souffrances des habitants du kibboutz.
L'imagination de l'auteur est foisonnante. Ce roman, en partie autobiographique, brasse plusieurs thèmes très intéressants voire passionnants : de la construction de l'État d'Israël aux débats sur le sionisme, le conflit israélo-palestinien, la responsabilité des Britanniques dans l'échec du plan de partage de la Palestine à l'ONU en 1947, qui a provoqué une guerre interminable et de nombreuses victimes et même un diplomate assassiné, le comte suédois Bernadotte. le thème le plus émouvant du livre est la quête sans fin d'Amos Oz pour comprendre sa mère et son geste irrévocable. Il lui consacrera un livre Mon Michael, sur une femme qui n'arrive pas à être heureuse. Pourquoi ? À cause des déceptions de la vie conjugale, des rêves impossibles à réaliser ou du souvenir des amis morts en Ukraine au cours de la Shoah par balles ? C'est pourtant grâce à Fania qu'Amos Oz est devenu écrivain puisqu'elle jouait avec lui à inventer des histoires et qu'il a continué seul de le faire après sa mort, cruelle pour un enfant. C'est elle qui lui inspire certains des plus beaux passages du livre. Elle donne à ce dernier une dimension tragique et poétique, bouleversante pour le lecteur qui ne peut s'empêcher de partager la souffrance de l'auteur, surgie du souvenir de cette femme énigmatique et tourmentée. Son suicide demeurera à jamais un mystère insoluble.
Une histoire d'amour et de ténèbres est une grande oeuvre de la littérature israélienne qui illustre à merveille les vers de Baudelaire dans Les Fleurs du mal : « Tu m'as donné ta boue » ou ta souffrance « et j'en ai fait de l'or ».
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          4611
araucaria
  05 septembre 2017
Il est difficile de parler de ce roman autobiographique, tant il est dense. Disons dans un premier temps que c'est un beau livre qui n'est pas si facile à aborder, c'est sans doute la raison pour laquelle j'ai mis 3 semaines à le lire. Amos Oz, parle de sa famille, de ses ancêtres, de leur vie en Pologne et Russie, puis de leur arrivée dans un eldorado, sous mandat britannique, qui n'était pas encore l'Etat d'Israël. Les conditions de vie sont difficiles et l'intégration n'est pas évidente dans un pays si différents de ceux qu'ont connu les protagonistes en Europe de l'Est. Naturellement l'auteur évoque le nazisme, la shoa, et aussi la disparition de sa mère lorsqu'il était tout jeune adolescent. le climat est lourd. Amos Oz évolue dans un milieu bourgeois surtout composé d'intellectuels et de savants, de gens bardés de diplômes. Les références littéraires sont fréquentes, ainsi que des remarques sur l'étymologie, science chère à son père. Ce roman est très intéressant et riche en informations, mais la narration n'est pas linéaire et chronologique, Amos Oz effectue souvent des retours en arrière. de même, volontairement ou non, il y a énormément de redites. Ce qui alourdit le texte. Ce sont les seuls reproches que je m'autoriserai vis à vis de ce livre. Cette lecture est à déconseiller aux personnes qui apprécient les textes amusants et légers. Il n'y a rien de tout cela dans le texte d'Amos Oz, c'est une histoire où il y a beaucoup de ténèbres, et finalement peu d'amour... Beaucoup d'erreurs d'aiguillages, des non-dits, des silences. Un très beau livre. L'illustration de couverture, Amos enfant avec ses deux parents, est splendide.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          370
mimipinson
  28 janvier 2012
Amos Oz, romancier majeur de la jeune génération israélienne, celle qui est née en Israël, nous suivre ici ses souvenirs d'enfance. Il ne se contente pas de se raconter, il est aussi un témoin de l'histoire de son pays, et au-delà celle de son peuple. L'ouvrage fourmille de détails que l'absence de linéarité rend vivant, et, compense avantageusement la richesse et la complexité (parfois) linguistique et culturelle. La lecture en est de fait aussi agréable qu'un roman, et intellectuellement enrichissante comme un livre d'histoire. Ses souvenirs d'enfance arrivent assez tardivement dans la bibliographie de l'auteur, ce qui se comprend aisément au fur et à mesure de la lecture.
Ces derniers s'articulent autour de 3 axes principaux, qui ne font évoqués distinctement, mais subtilement tout au long de son ouvrage.
• L'aspect politique et historique
Natif de Jérusalem, la famille d'Amos Oz est originaire d'Europe centrale, et a entrepris l'Alya en 1933 et s'installe en Eretz-Israël. le jeune Amos va vivre la création de l'état d'Israël en étant préparé au sionisme. Lui-même se fera sa propre expérience au sein d'un Kibboutz. J'ai trouvé ses passages d'un grand intérêt, parce que les grandes figures de l'époque sont présentes, et il les a côtoyées de près, mais surtout parce que qu'il est d'une grande lucidité, et d'une grande tolérance. Seul comptait à ce moment-là bouter les anglais hors de cette région pour pouvoir y vivre libre, construire une nation, et accueillir les rescapés des camps nazis.
J'ai été frappée par la haute conscience politique de ce gamin de 8 ans, qui suivait à la radio les travaux de L'ONU sur le vote ou pas de la création de l'état
• L'aspect littéraire
Amos Oz grandit au sein d'une faille d'intellectuels, et de grands lettrés, sans avoir forcément pu avoir le parcours professionnel qu'ils méritaient, en particulier son père. le jeune garçon est très jeune imbibé de littérature aussi bien classique, que judaïque. Sa prose est riche, son style est raffiné.
• L'aspect familial et affectif
Amos Oz saura me toucher dans le drame familial qui le frappe alors qu'il a douze ans. Ce deuil, il n'en parlera pas d'emblée, mais insidieusement, de- ci de –là, pour y revenir plus longuement. C'est une blessure qui ne s'est jamais complètement refermée. Un épisode de sa vie qui a sans aucun doute façonné sa vie d'homme et de père.
Ses rapports avec le père sont compliqués. Cela passera par un changement de nom, une expérience communautaire qui changera ses visions du sionisme.
« Je lui en voulais d'être partie sans me dire au revoir, sans m'embrasse, sans explication : pourtant même un parfait étranger, un coursier un colporteur qui frappait à la porte, ma mère ne le laissait jamais repartir sans lui proposer un verre d'eau, sans un sourire, un mot d'excuse, quelques paroles aimables. Quand j'étais petit elle ne me permettait jamais d'aller seul à l'épicerie dans une cour inconnue ou un jardin public. Comment avait-elle pu ? »
Ce livre, épais, peut impressionner au premier abord, le portrait de famille de la couverture a une allure austère, un peu froide. L'ouvrage est d'une richesse inouïe, d'une lecture agréable. Il est à mon sens incontournable.
Lien : http://leblogdemimipinson.bl..
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          241
KRISS45
  11 juin 2017
Après de nombreuses déceptions, j'ai trouvé avec "une histoire d'amour et de ténèbres" un roman qui justifie pleinement ma passion pour la littérature.
D'ailleurs, je trouve regrettable que les critiques précédentes ne fassent pas suffisamment honneur à l'excellence de ce récit autobiographique. Saurais-je faire mieux pour vous communiquer mon enthousiasme ?
Amos Oz est un Sabra, né sur la terre d'Israël en 1939, alors que ses parents sont des exilés, déracinés d'Europe de l'Est, c'est à dire qu'ils portent à des degrés divers les stigmates de leur déracinement.
Enfant curieux et éveillé, élevé dans un milieu intellectuel, l'auteur a vécu la fin du mandat britannique, la création de l'Etat, la guerre d'indépendance. Tous les évènements douloureux et chaotiques qui s'y rattachent sont évoqués avec force et une réflexion de fond.
En marge de la grande Histoire, c'est le passé de ses grands parents et de ses parents qu'il relate avec un exceptionnel talent de narrateur et de conteur, en faisant toujours preuve d'humanité, d'esprit d'observation, d'analyse. Son regard est lucide, souvent drôle envers les travers de sa communauté, et plein d'empathie pour la partie adverse dont il admet la frustration et la révolte.
L'absence de chronologie du roman n'est pas un problème. Au contraire, elle exprime tous les souvenirs qui le hantent et se rappellent à lui au fil de sa pensée, passant de l'intime au général, ou inversement.
Il y a des pages douloureuses concernant son entourage, ceux qui n'ont pas su ou pu maîtriser les souffrances, les déceptions, les pertes. Sa mère est le plus bouleversant exemple de cette tragédie.
Mais il y a aussi des pages d'espoir qui évoquent les conquérants, ceux qui ont décidé de tourner la page et de reconstruire un monde à leur mesure. Bien sûr, le problème de fond n'est toujours pas réglé mais je rappelle qu'Amos Oz, partie prenante dans le conflit, appartient à la minorité progressiste qui oeuvre pour la paix.
Je quitte le monde et la pensée d'Amos Oz avec regret.
Six jours m'ont suffit pour venir à bout des 850 pages de la version Folio. J'aurais pu mettre Six étoiles si c'était possible.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          222
JeanPierreV
  12 juin 2016
Un homme passionnant, un auteur majeur de la littérature israélienne nous livre l'histoire de sa vie et celle de sa famille. Une histoire familiale pas banale qui se mêle avec la grande Histoire de l'État d'Israël, et avec celle de la Littérature.
Trois histoires intimement imbriquées
Histoire tout d'abord de familles, paternelles et maternelles qui quittèrent l'Europe centrale et la Russie dès le début du XXème siècle pour certains et, pour d'autres, afin de fuir les menaces staliniennes et nazies. Deux régimes qu'Amos Oz met dans le même sac. Certains cousins, moins chanceux perdirent leur vie dans cette Shoah par balles. Quant à lui, il naquit en Israël en 1939...Une histoire familiale rattrapée et bousculée par la Grande histoire. Amos Oz nous fait partager les grands et petits moments de ses familles paternelles et maternelles, avant leur arrivée en Israël ainsi que son histoire, enfant puis celle de l'adolescent, dont le père ne partageait pas les idées. Il voulait vivre dans un Kibboutz, son père lui avait prévu un autre destin, plus digne de ses capacités. Des conditions de vie familiale spartiates, un petit appartement sombre, une cour toujours à l'ombre au sol dur et stérile où même les radis refusaient de pousser. Un père intellectuel et une mère au foyer mélancolique et dépressive qui disparaitra bien trop tôt. Deux êtres simples et aimant qui ont transmis à Amos Oz sa simplicité humaine et un amour certain des autres
Histoire politique d'un pays ensuite, qui nous permet d'assister aux premiers pas de l'État d'Israël, de côtoyer aussi bien bien les leaders sionistes que les combattants de 1947, Ben Gourion et Begin, que son père rencontrait et avec lesquels Amos eut également le plaisir d'échanger des idées. Il eu même l'honneur, alors qu'il effectuait son service militaire, d'être reçu en tête à tête par Ben Gourion. L'histoire d'un pays qui créa son propre modèle social et socialiste, les kibboutz. Les informations sont nombreuses, Cette histoire est aussi une partie de celle de la Pologne, de la Russie, de l'Angleterre, des pays Arabes. Cette Histoire est aussi celle de ces milliers de réfugiés, homme et femmes d'origines géographiques et de langues diverses. Des réfugiés qui fondaient de grands espoirs parfois déçus, mais qui très vite devinrent un peuple uni qui se battra pour son autonomie et pour créer un pays.
Histoire de la littérature, de la culture enfin. "Papa lisait seize ou dix-sept langues et en parlait onze (avec l'accent russe). Maman en parlait quatre ou cinq et en lisait sept ou huit. Ils discutaient en russe et en polonais quand ils ne voulaient pas que je comprenne (ce qui était presque toujours le cas). [....] Pour la culture, ils lisaient surtout en allemand et en anglais, et rêvaient probablement en yiddish. Mais à moi, ils n'enseignaient que l'hébreu : peut-être craignaient-ils que je succombe à mon tour au charme de la belle et fatale Europe si j'en connaissais les langues." (P. 11). Son grand-oncle paternel Yosef Klausner était professeur d'université et fut l'un des leaders sioniste. Cette proximité avec eux détermina en partie la vocation littéraire du jeune Amos. Très tôt il aima et dévora les livres. Parmi les relations de son père et sont grand-oncle paternel figurait Shmuel Yosef Agnon, connu sous l'acronyme Shai Agnon. Écrivain israélien, il fut le premier écrivain de langue hébraïque à remporter le Prix Nobel de littérature. C'était en 1966. Il fut aussi l'un des premiers à lire les textes du jeune auteur Amos OZ et à lui donner son avis.
Trois histoires qui se mêlent et s'imbriquent étroitement, trois histoires qui m'ont passionné.
Un livre dense, pas toujours facile à lire et à suivre, l'auteur jonglant avec les périodes, les retours en arrières..près de 870 pages riches qu'on ne lira pas d'un trait et dans lesquelles on se perd parfois. Des pages d'un destin pas banal et d'amour d'un homme pour sa mère trop tôt perdue par son état dépressif, d'amour d'un israélien pour son pays, sa culture, son peuple et d'amour d'un auteur pour les livres et la Littérature.
Des pages d'émotions, de détails, de réflexions. Une belle leçon de vie et d'Histoire

Lien : https://mesbelleslectures.co..
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          182
Citations et extraits (45) Voir plus Ajouter une citation
araucariaaraucaria   23 août 2017
"Réflexion faite, les documents qui se trouvaient ou ne se trouvaient pas là-bas ont dû brûler une dizaine de fois, pendant l'occupation polonaise, celle de l'Armée rouge, puis à l'arrivée des nazis qui nous ont tous fusillés et jetés dans des fosses qu'ils ont recouvertes de sable. Ensuite, il y a eu encore Staline avec le NKVD, et Rovno est passée de main en main, comme un petit chien martyrisé par une bande de voyous : laRussie-laPologne-laRussie-l'Allemagne-laRussie. Aujourd'hui, elle n'est ni à la Pologne ni à la Russie mais à la République d'Ukraine, ou peut-être à la Biélorussie? Ou à des mafias locales? En fait, je ne sais pas à qui elle appartient aujourd'hui. Et ça m'est égal : ce qui existait a disparu et ce qui existe aujourd'hui ne sera plus d'ici quelques années.
"L'univers tout entier, si on prend du recul, ne durera pas éternellement. On dit qu'un jour le soleil s'éteindra et que le monde retournera à l'obscurité. Alors pourquoi est-ce que les hommes s'entretuent depuis le commencement de l'histoire? Quel pouvoir régnera au Cachemire ou dans la grotte de Makhpela, à Hébron, est-ce si important? Au lieu de manger la pomme de l'arbre de vie et de l'arbre de la connaissance, nous nous sommes probablement jetés sur la pomme vénéneuse de l'arbre du rishes que nous a donnée le serpent. C'est comme ça que le paradis a cessé et que cet enfer a commencé."
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          240
araucariaaraucaria   19 août 2017
Mon grand-oncle affectionnait les dédicaces lyriques : chaque année, depuis que j'avais neuf ou dix ans, il ma faisait cadeau d'un volume de l'Encyclopédie junior où il avait écrit un jour en lettres légèrement inclinées à gauche, comme si elles reculaient d'effroi :

Au petit Amos, appliqué et talentueux
pour son jour = anniversaire
avec mes compliments du fond du coeur, qu'il grandisse
et fasse honneur à son peuple,
de la part de
son grand-oncle Yosef
Jérusalem = Talpiot, Lag Baomer 1950

En relisant cette dédicace, à plus de cinquante ans de distance, je me demande ce que mon grand-oncle Yosef savait à mon sujet, lui qui avait l'habitude de poser sa petite main froide sur ma joue avant de me demander, sa moustache blanche me souriant avec bonté, ce que j'avais lu dernièrement, si j'avais terminé l'un de ses livres, ce que les petits Israéliens étudiaient de nos jours à l'école, quels poèmes de Bialik et de Tchernichovsky je connaissais par coeur, quel personnage de la Bible j'appréciais le plus...
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          210
fanfanouche24fanfanouche24   11 août 2015
Je devinais son chagrin: mon père entretenait un rapport charnel avec les livres. Il aimait les manipuler, les palper, les caresser, les sentir. C'était une véritable obsession, il ne pouvait s'empêcher de les toucher, même si c'étaient ceux des autres. Il faut dire que, jadis, les livres étaient beaucoup plus sensuels qu'aujourd'hui: il y avait largement de quoi sentir, caresser, et toucher. certains avaient une couverture en cuir odorante, un peu rugueuse, gravée en lettres d'or, qui vous donnait la chair de poule, comme si l'on avait effleuré quelque chose d'intime et d'inaccessible qui se hérissait et frissonnait au contact des doigts. (...) Chaque livre avait son odeur propre, mystérieuse et excitante. (p. 43)
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          250
araucariaaraucaria   11 août 2017
Je suis né et j'ai grandi dans un rez-de-chaussée exigu, bas de plafond, d'environ trente mètres carrés : mes parents dormaient sur un canapé qui, une fois ouvert pour la nuit, occupait presque entièrement l'espace, d'un mur à l'autre de la chambre. De bon matin, ils l'escamotaient, dissimulaient la literie dans les ténèbres du coffre, ils rabattaient le matelas, repliaient et refermaient l'ensemble avant de le recouvrir d'une housse gris clair où ils jetaient quelques coussins orientaux brodés, effaçant les traces de la nuit. La pièce servait à la fois de chambre à coucher, de bureau, de bibliothèque, de salle à manger et de salon.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          250
araucariaaraucaria   31 août 2017
Et avec une voix de ténèbres, tandis que sa main s'égarait dans mes cheveux (il n'avait pas l'habitude de me caresser), papa déclara sous ma couverture, à l'aube du 30 novembre 1947 : "Tu seras sans doute en butte à des garnements dans la rue ou à l'école. Peut-être parce que tu me ressembleras un peu. Mais désormais, du moment que nous avons un Etat à nous, on ne te malmènera plus jamais parce que tu es juif et parce que les Juifs sont comme ceci et comme cela. Plus jamais, non. A partir de maintenant, c'est fini. Pour toujours."
A moitié endormi, j'étendis le bras pour toucher son visage, juste au-dessous de son haut front, et soudain, à la place de ses lunettes, je sentis des larmes. De toute ma vie, ni avant ni après cette nuit, pas même à la mort de ma mère, je n'ai vu mon père pleurer. En fait, je ne l'avais pas vu cette nuit-là non plus. Il faisait trop sombre. Seule ma main gauche l'avait "vu".
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          170
Videos de Amos Oz (21) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Amos Oz
Amos Oz 1/10 : Ailleurs peut-être (France Culture - Adaptation radiophonique)
Amos Oz 1/10 : Ailleurs peut-être (France Culture - Adaptation radiophonique). Diffusion sur France Culture du 20 juin au 1er juillet 2016. Photographie : Arad. Amos Oz. 2004 © MICHA BAR AM / MAGNUM PHOTOS. La vie de tous les jours dans un kibboutz imaginaire des années 60, décrite par un des plus grands écrivains israéliens contemporains. Roman traduit de l’hébreu par Judith Kauffmann. Adaptation : Victoria Kaario. Réalisation : Jean-Matthieu Zahnd. Conseillère littéraire : Emmanuelle Chevrière. Ce feuilleton en dix épisodes est l’adaptation du premier roman d’Amos Oz, « Ailleurs peut-être », publié aux Éditions Gallimard. Amos Oz y dépeint la vie des membres d’un kibboutz imaginaire, celui de Metsoudat-Ram, dans les années soixante. Sur le fil d’une année, Ezra, Reouven, Bronka, Noga et les autres, s’aiment, se trompent, se quittent, font des enfants, légitimes ou pas. Et ces drames intimes qui jalonnent le récit n’entravent en rien la marche de la vie collective, rythmée tant par les célébrations communistes que par les rumeurs qui empoisonnent la vie des villageois.
1er épisode : Un village idyllique, Messieurs-dames 2ème épisode : Le charme de la banalité quotidienne 3ème épisode : Le Premier Mai 4ème épisode : Puissance du mal 5ème épisode : Deux femmes 6ème épisode : Soirées poétiques 7ème épisode : Un personnage diabolique 8ème épisode : Tu es à nous 9ème épisode : Idylle familiale 10ème épisode : Tableau final
Avec : Violaine Schwartz, Quentin Baillot, Jean-Gabriel Nordmann, Evelyne Guimmara, Mohamed Rouabhi, Christine Culerier, Rebecca Stella, Nicolas Lê Quang et bien d’autres
Bruitage : Sophie Bissantz Equipe de réalisation : Bernard Lagnel et Anil Bhosle Assistante de réalisation : Julie Gainet
+ Lire la suite
Dans la catégorie : Littérature hébraïqueVoir plus
>Littérature des autres langues>Littératures afro-asiatiques>Littérature hébraïque (66)
autres livres classés : littérature israélienneVoir plus
Acheter ce livre sur

AmazonFnacPriceministerLeslibraires.frGoogle





Quiz Voir plus

Les écrivains et le suicide

En 1941, cette immense écrivaine, pensant devenir folle, va se jeter dans une rivière les poches pleine de pierres. Avant de mourir, elle écrit à son mari une lettre où elle dit prendre la meilleure décision qui soit.

Virginia Woolf
Marguerite Duras
Sylvia Plath
Victoria Ocampo

8 questions
452 lecteurs ont répondu
Thèmes : suicide , biographie , littératureCréer un quiz sur ce livre
. .