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Yves Gauthier (Traducteur)
EAN : 9782742705467
304 pages
Éditeur : Actes Sud (01/01/1999)

Note moyenne : 4.22/5 (sur 255 notes)
Résumé :
Une famille de vieux-croyants démunis à l'extrême, subsistant dans une cabane misérable, en pleine taïga, coupés de la civilisation depuis... 1938 : telle est l'incroyable réalité décrite par Vassili Peskov, qui raconte ici avec passion et minutie l'aventure des ermites de notre temps, puis les vains efforts de la plus jeune d'entre eux, Agafia, pour se réadapter au monde.
Nouvelle version du mythe de Robinson, manuel de survie dans la taïga, histoire de femm... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (45) Voir plus Ajouter une critique
carre
  16 novembre 2014
Voilà un livre pour lequel je ne regrette pas d'avoir fait mon curieux.
Lorsque qu'une expédition géologique découvre ces ermites en pleine Taïga, tout d'abord incrédule, un formidable élan d'empathie va naitre entre ces autochtones coupés du monde depuis des décennies et leurs visiteurs. Car la famille Lykov avec à sa tête le vieux Karp Ossipovitch est une incroyable et enrichissante rencontre.
A l'image aussi d'Agafia, dernière enfant de la fratrie, magnifique femme courage, force à elle seule le respect. Une leçon de vie. Il n'y a jamais aucune rancoeur, aucun regret dans ces destins inimaginables. Cette ode à la tolérance, aux respects du temps, des saisons, des autres aussi, fait un bien fou.
Allez à la découverte des Lykov, le voyage vaut largement le détour.
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ninamarijo
  02 novembre 2014
Je ferme le livre à l'instant, à la fois fascinée, interdite et intriguée devant une telle force de caractère, une telle force de la foi, une telle constance dans la ligne de vie toujours guidée par la conviction que le salut est dans le renoncement aux biens matériels ! Ce destin exceptionnel d'Agafia car c'est bien elle l'héroïne, où triomphe la foi est émouvant. Sa conviction est sans faille, sa volonté ne faiblit jamais : le salut se trouve dans une vie d'ermite, d'auto exclusion et de prières, c'est la seule rédemption possible pour le corps et l'âme. Elle ne dévie, elle s'accroche consciente des risques…c'est la volonté de Dieu. Autour d'elle se crée un élan de solidarité sincère et c'est tout simplement beau et magnifique. Et dire que j'avais hésité à le lire ! Merci à Vassili Peskov de nous livrer, dans un style fluide, ce récit avec beaucoup de pudeur, d'humanisme et de respect.
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thedoc
  02 décembre 2019
En 1978, une expédition de géologues découvre dans les montagnes du Khakaze, en Sibérie du Sud, une famille d'ermites, les Lykov. Au nombre de cinq – le père, ses deux fils et ses deux filles – cette famille de vieux-croyants s'est retirée et cachée du monde suite à un schisme religieux qui remonte à l'époque du tsar Alexis et de son fils Pierre. Depuis 35 ans, le temps s'est arrêté pour ces individus qui vivent dans un mélange de préhistoire et de Russie d'avant Pierre le Grand. En 1982, intrigué par leur histoire, le journaliste Vassili Peskov se rend dans la taïga. Avec affection et minutie, il va nous décrire cette incroyable aventure humaine.
Vassili Peskov nous livre ici un récit hors du commun. Imaginez vivre en pleine taïga sibérienne, avec uniquement des vêtements en chanvre, des chaussures en écorce de bouleau et du feu allumé avec du silex. En été - des animaux sauvages et dangereux, et en hiver - le gel et des tas de neige infranchissables. Aucune trace de civilisation à moins de 250 kilomètres à la ronde.
L'histoire des Lykov – que je ne connaissais pas pour ma part – a fait le tour du monde. La découverte de ces vieux-croyants, emplis de ferveur religieuse et vivant dans des conditions qui datent d'une époque révolue, a soulevé une grande curiosité et fait l'objet de ce livre qui rassemble les reportages de Vassili Peskov sur presque une dizaine d'années.
Au fil de ses visites, le journaliste est devenu progressivement un ami et un protecteur du père Karp Ossipovitch et de sa fille Agafia, leur apportant médicaments et vêtements. le récit chronologique, parfois monotone car évidemment répétitif d'une année sur l'autre, nous révèle une rencontre avec des êtres à la Foi inébranlable et un face à face avec une nature belle mais impitoyable.
Les Lykov, c'est avant tout une vie placée sous le signe d'une foi ardente qui dirigera toute leur existence et où les « interdits » (parfois cocasses) les empêchent de retourner vivre dans le « siècle », entendez par là notre civilisation moderne. Malgré quelques évolutions au contact des hommes, Agafia, principale héroïne du récit, demeurera à jamais fidèle à sa religion.
Les Lykov, c'est aussi une vie dans la taïga, une lutte permanente pour la survie dans une contrée isolée et sauvage. Lorsque la famille est découverte en 1978, elle est au bord de l'épuisement. Ils considèrent alors l'arrivée des hommes comme un signe de Dieu : « C'était quoi notre vie ? Tous les vêtements étaient usés, on mangeait des herbes et de l'écorce, c'est affreux rien que de s'en souvenir ». Mais jamais Agafia, seule survivante de la famille, ne voudra quitter la taïga, lieu qu'elle a toujours connu et qui recueille les tombes des membres de sa famille.
Âgée aujourd'hui de 74 ans, Agafia vit seule dans la taïga depuis déjà 30 ans.
Ce récit vaut par l'histoire qu'il relate, extraordinaire. Il rend surtout hommage à une femme hors du commun, une force de la nature et une force de caractère que l'on rencontre rarement. A découvrir !
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joedi
  09 juin 2015
Une histoire vraie qui pourrait passer pour improbable et pourtant elle se déroule en Russie ces dernières années. La famille Lykov vit dans un ermitage situé dans la taïga. Les parents Lykov ont emmené leurs enfants loin du "siècle" qu'ils rejettent dont : la nourriture, les coutumes, le pouvoir, la négation des lois, des papiers ... ils ont décidé de vivre dans la prière loin de toute habitation. Ils déboisent pour construire leur isba et cultiver les pommes de terre, base de leur alimentation. Tout ce qui vient de l'extérieur est péché ! Lorsqu'un camp de géologue vient s'installer, la famille se compose du père, de deux fils et de deux filles, la mère est décédée. Tout en gardant certaines distances, la famille Lykov va accepter quelques "cadeaux" s'ils répondent à leurs conditions, pas d'emballage carton ou papier, les céréales seront dans un sac de tissu ... Vassili Peskov raconte la vie des Lykov ; à la fin de ce récit, il ne reste que la fille cadette, Agafia qui approche la cinquantaine. Un magnifique témoignage sur les conséquences du schisme sur une famille russe qui décide de s'installer dans l'Abakan et d'y vivre en ermite. À lire ! Vassili Peskov a écrit une suite : Des nouvelles d'Agafia, ermite dans la taïga.
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Ziliz
  29 mars 2012
Suite à un schisme religieux, une communauté dite 'de vieux croyants' a été persécutée en Russie dès le XVIIe siècle et de nouveau dans les années 1930. Des familles réussirent à s'enfuir avant d'être massacrées, et se cachèrent dans des lieux peu accessibles, comme la Sibérie.

Ce fut le cas des Lykov, "découverts" par hasard par des géologues, en pleine Taïga à la fin des années 1970, puis régulièrement visités depuis, notamment une fois par an en présence d'un journaliste. Ses chroniques de leur vie d'ermites parurent initialement dans un journal puis furent regroupées dans cet ouvrage, illustré de quelques photos.

Vassili Peskov a réussi à rendre ce témoignage à la fois fascinant, étonnant et émouvant. Fascinante cette capacité à vivre en autarcie à six personnes, de ses propres récoltes, de la cueillette et de la chasse, dans un environnement particulièrement hostile (climat rude, animaux sauvages). Etonnant (mais évident, à la réflexion) que ces individus en soient restés à l'état du Monde du début du XXe siècle. Surprenante également leur foi qui régente toutes leurs pratiques quotidiennes (alimentation, hygiène...). Emouvantes enfin, l'amitié et la solidarité nées entre les Lykov et leurs visiteurs, et la sympathie suscitée auprès des lecteurs du journal qui relatait leur vie.

A lire ! Vous tomberez amoureux du vieux Karp et de sa fille Agafia (cf. photo de couverture), petite femme fluette à la candeur enfantine, à la force et au courage herculéens, et particulièrement futée pour venir à bout des problèmes du quotidien.
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Citations et extraits (28) Voir plus Ajouter une citation
TREMAOUEZANTREMAOUEZAN   24 janvier 2017
Agafia, la cadette, a déclaré soudain dans la conversation, avec une fierté patente, qu'elle savait lire. Après avoir demandé l'autorisation à son père, elle a filé dans l'isba d'où elle est revenue avec un livre lourd et bruni. L'ouvrant sur ses genoux, elle nous a lu une prière d'une voix chantante, de la manière dont elle parlait. Puis, désirant montrer que Natalia pouvait lire aussi, elle lui a posé le livre sur les genoux. Après la lecture, tout le monde a observé un temps de silence avec un air d'importance. Le fait de savoir lire, on le sentait, était hautement estimé chez ces gens-là et faisait sans doute l'objet de leur plus grande fierté.
"Et toi, sais-tu lire ?" m'a demandé Agafia. Tous les trois ont attendu ma réponse avec curiosité. J'ai répondu que je savais lire et écrire. Ce qui a quelque peu déçu le vieillard et les deux soeurs, qui tenaient sans doute la connaissance de la lecture et de l'écriture pour un don exclusif. Mais savoir c'est savoir, et les Lykov me traitaient désormais en égale.
Le vieux, toutefois, a jugé utile de me demander si j'étais femme. "Par la voix et le reste, on dirait une femme, mais l'habillement..." La réflexion nous a amusés, mes trois compagnons et moi, et ceux-là ont expliqué à Karp Ossipovitch que non seulement je savais lire et écrire, mais que j'étais aussi le chef du groupe. "Impénétrable est ton oeuvre, Seigneur !" a dit le vieil homme en se signant. Et ses filles de l'imiter.
(pages 17-18)
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TREMAOUEZANTREMAOUEZAN   26 janvier 2017
Des saisons de disette ? Oui, 1961 aura été une année terrible pour les Lykov. La neige de juin, accompagnée d'un gel assez violent, emporta toutes les cultures. Le seigle succomba à la froidure et les pommes de terre n'y survécurent que pour garnir le stock de semence. La nourriture forestière en souffrit aussi beaucoup. L'hiver avala vite les réserves de la récolte précédente. Au printemps, les Lykov mangèrent de la paille, des chaussures de cuir, la peau des skis, l'écorce et les germes des bouleaux. Des réserves de pois, ils ne gardèrent qu'un récipient de semence.
Cette année-là la mère mourut de faim. L'isba se serait vidée complètement si les récoltes suivantes avaient avorté comme les autres. Mais l'année fut bonne. La pomme de terre monta bien. Les cônes de cèdre mûrissaient aux branches. Et sur le carré des pois perça par hasard un unique épi de seigle. On le dorlota nuit et jour après avoir installé une protection spéciale contre les rongeurs.
Une fois mûr, l'épi donna dix-huit grains. Cette récolte fut enveloppée dans un chiffon sec, rangée dans un mini-seau spécial plus petit qu'une timbale, roulée dans une feuille d'écorce puis suspendue au mur. Les dix-huit grains donnèrent environ une assiette de céréales. Mais les Lykov ne firent leur première bouillie de seigle qu'à la quatrième saison.
(pages 84-85)
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Walden-88Walden-88   02 septembre 2014
La télévision. Elle est entrée chez les géologues l'an passé et l'on imagine avec quelle impatience on attendait la prochaine visite à la base du vieux et de sa fille. "Le spectacle était double, se souvient Erofeï. Pour les Lykov, c'était la télévision; pour tous les autres c'étaient les Lykov devant la télévision". Ils s'intéressaient à tout : un train qui passe, des moissonneuses-batteuses dans un champ, les gens dans la rue ("Seigneur, qu'ils sont nombreux ! Comme un nuage de moustiques !"), de grands immeubles, un navire. Le cœur d'Agafia chavira à l'image d'un cheval. "Un cheval ! Petit papa, un cheval !" Elle n'en avait jamais vu et ne les imaginait que par les récits. Le vieux fut épaté par un hydroglisseur. "Comme c'est bien ! En voilà une barque!" En voyant sur une scène un ensemble amateur de vieilles danseuses cosaques du Kouban, Karp s'indigna :"Ah ! Les pécheresses ! Voilà qu'elles dansent quand il faut prier !" Des boxeurs en lice horrifièrent Agafia. Elle se leva d'un bond et se sauva. Et comme je la comprends : torses nus, deux mastocs se tapaient dessus avec leurs poings énormes sous les regards de tous.
"C'est un péché", dirent la fille et son père de la télévision. Mais ce péché-là se révéla pour eux d'un attrait insurmontable. En visite à la base ils ne manquaient jamais de prendre place devant le poste et de le regarder.
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TREMAOUEZANTREMAOUEZAN   01 février 2017
La solitude taïguéenne des Lykov fut partagée durant plusieurs années par un ours, une bête à la carrure et à l'insolence modérées. Il n'apparaissait qu'épisodiquement, piétinant, humant l'air près du garde-manger, avant de repartir. Lors de la cueillette des pommes de cèdre, l'ours suivait les ramasseurs à la trace tout en esquivant leurs regards, pour recueillir les fruits oubliés. "Nous lui laissions des pommes exprès, affamé comme il était, en quête de graisse pour l'hiver."
(page 81)
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OlivOliv   11 août 2019
N'y tenant plus, je sortis prendre l'air. La pleine lune trônait sur la taïga. Un silence absolu. La joue appuyée contre une serviette fraîche, je croyais vivre un rêve. Karp Ossipovitch, sorti pour uriner, me rappela à la réalité. Nous passâmes un quart d'heure à deviser sur les voyages spatiaux. Je lui demandai s'il savait que l'homme avait marché sur la Lune, qu'il y avait même roulé sur des chars. Le vieillard me dit en avoir entendu parler mais n'en pas croire un mot. La Lune n'était-elle pas un astre divin ? Qui d'autre que les dieux et les anges pouvaient s'y rendre ? Et comment pouvait-on marcher et rouler la tête en bas ?
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