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Christophe Balaÿ (Traducteur)
EAN : 9782253124467
316 pages
Le Livre de Poche (14/03/2008)
3.48/5   144 notes
Résumé :
A travers le destin d'Arezou, une femme iranienne, active et divorcée, écartelée entre sa mère et sa fille, trois générations s'affrontent dans un monde où règnent depuis longtemps les interdits et le non-dit. On la suit au bord du rire ou des larmes, espérant avec elle profiter enfin d'une certaine beauté de la vie. Dans un roman d'une richesse et d'une vigueur exceptionnelles, Zoyâ Pirzâd brosse à la fois le portrait d'une société pleine de contradictions et celui... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (41) Voir plus Ajouter une critique
3,48

sur 144 notes
En Iran, Arezou tient une agence immobilière avec toutes ses tracasseries. Son mari est parti et elle s'occupe de sa fille et de sa vieille mère. Sa vie est bien remplie et elle partage tout, soucis et joies, avec son amie Shirine.
Histoire de trois générations sur fond de vie iranienne.
C'est très touffu. Tout est pratiquement écrit en dialogues entre des personnages aux impossibles à retenir et j'ai trouvé cela très pénible. Maintes fois, j'ai failli abandonner. de cinquante pages en cinquante pages, j'en suis arrivé au trois-quarts du livre où j'ai déclaré forfait. Dommage, ça m'aurait bien intéressé cette histoire de femmes en Iran.
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Oh que j'aime ça.... Aller en librairie, découvrir au hasard, enfin disons sans avoir eu de choix préalable, quelques romans étrangers inconnus dans de jolies éditions abordables financièrement. Merci @Zulma pour ça !

Je ne connaissais pas cette fantastique écrivaine iranienne, Zoyâ Pirzâd, et je suis tombée sous le charme.

C'est un beau roman, qui nous transporte en Iran, dans un monde de femmes, où les plats ont des noms merveilleux, les personnages des prénoms mythologiques et où les couleurs chatoyantes écrasent le gris des foulards.

Arezou, (Quel beau prénom !), est une femme divorcée, une mère et une dirigeante occupée d'une agence immobilière.

J'ai eu plaisir à découvrir sa personnalité, sa vie, ses amies, sa famille, ses doutes et ses habitudes de vie.

C'est chantant et ça donne envie de retrouver de vieilles amies à qui tout pouvoir dire loin des réseaux sociaux... Autour d'un bon thé et d'une succulente pâtisserie...

(Pour moi, qui ait vécu à Marseille, il y a là quelque chose de déjà frôlé.)

Mais, c'est plus profond, tout n'est pas si rose.

Les liens, s'ils existent, sont parfois rudes.

Notamment avec sa mère, sorte de princesse froide, dont Arezou a toujours eu le sentiment de ne pas être aimée, et en miroir les relations fortes avec sa fille Ayeh, qui rêve de vivre avec son père à Paris...

Il y a aussi les personnages de l'agence, tous très riches en caractère et à qui Arezou fait toujours attention.

Et puis, une rencontre, un jour, qui ouvre une porte à l'amour, et le récit nous dira si malgré toutes les pressions et habitudes, Arezou se permettra cette douceur là...

Ou pas.

Au delà de l'histoire elle-même, j'ai tellement aimé dans ces couleurs, odeurs et sonorités autres découvrir un autre univers pourtant si proche, c'est un bonheur pur, et puis j'aime ces écritures de femme, avec beaucoup de finesse, où rien de sensationnel, de terrifiant ne se déroule, mais où la fluidité des jours qui passent et l'essence de la vie même, et les conséquences de nos choix et de nos milieux de vie, y sont finement dessinés.

Un bel univers sensible à découvrir.
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Arezou la quarantaine, divorcée élève sa fille adolescente. Vivant à Téhéran, elle fait partie de ces femmes qui assument leur vie, elle a repris l'agence immobilière familiale, à la mort de son père.
Sa mère est une femme exigeante, vivant dans un monde où tous les caprices peuvent être satisfaits. Et elle comble sa petite-fille comme si l'argent tombait du ciel.
Ecartelée entre ces deux femmes, Arezou jongle avec un emploi du temps chargé où il y a peu de place pour elle. Heureusement elle peut compter sur sa meilleure amie, Shirine qui n'est pas avare de conseils.
« —Tu es comme une pile sur laquelle on tire tout le temps sans jamais la recharger. Tu dois penser un peu à toi. »
Elle va rencontrer Arezou sera-t-il le chargeur ?
Zoyâ Pirzâd, sans grandiloquence mais avec poésie et humour met en scène le quotidien. Elle fait réfléchir sans développer de théorie sur les choix que les femmes sont amenées à faire.
Une vie sous différents angles de prise de vues qui bout à bout révèle la vie d'une femme qui va de l‘avant avec détermination dans cette société iranienne.
Sans effets spéciaux avec des fondus qui laissent au lecteur le loisir d'imaginer.
Une plongée dans une civilisation en mouvement sous le prisme de trois générations de femmes.
La mère vit dans un monde doré, a-t-elle conscience que son mari est mort couvert de dettes et que sans sa fille Arezou qui a laissé sa vie pour reprendre l'agence familière et travailler à redresser la situation, elle serait en difficultés. Elle n'a de cesse de rabaisser sa fille avec une astuce assez particulière, lorsqu'elles parlent ensemble la mère met sa fille au même palier d'âge, coupant ainsi toutes velléités de lui accorder une vie de femme indépendante, la quarantaine séduisante.
Arezou est attentionnée, très active, et patiente. La fille se comporte en adolescente gâtée pourrie, mais finalement cela cache une angoisse.
Cette femme va en permanence essayer de combler les deux.
Elle a le sens des réalités mais encore plus avec sa rencontre avec Zardjou, qui lui a abandonné une vie qui aurait pu être plus facile, pour vivre dans un quartier assez populaire. Lui aussi est attentionné et à l'écoute des autres.
Les dialogues nombreux sont savoureux, justes et impriment un rythme particulier à l'histoire, celui du quotidien, celui des petits riens qui constituent la vie.
En arrière-plan la société est là, on y rencontre dans les lieux publics la police des moeurs qui veilles aux bons usages. Les transports en commun qui a sa section des femmes…
L'auteur nous montre par le quotidien la confrontation entre la tradition et la modernité en dressant de beaux portraits de femmes.
C'est un ressenti que peut éprouver le lecteur en suivant les protagonistes, il les voit, les écoutes, marchent avec eux dans les rues, assistent aux réunions de famille, aux fêtes comme s'il était lui aussi avec eux.
C'est une façon très agréable d'appréhender un pays.
Les livres de Zoyâ Pirzâd sont nourris de ce qu'elle voit, elle n'impose aucun jugement, elle montre. C'est peut-être ce qui déroute certains lecteurs.
L'écriture est fine, les dialogues justes, le texte est maîtrisé aucune envie de faire divaguer le lecteur, au contraire elle va à l'essentiel, en montrant comment ces petits riens sont importants, comme les fondations d'une vie, d'un bonheur.
©Chantal Lafon-Litteratum Amor 3 mai 2020.


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Eh bien, difficile pour moi de saisir les personnages de ce roman ! Côté écriture, j'ai passé une grande partie de ma lecture à me demander qui parle et qui fait quoi. Côté histoire, c'était un gros effort de comprendre cette femme divorcée, active et plaintive (la 4e de couverture dit "passionnante, aussi drôle qu'attachante"... je cherche encore !), coincée entre sa mère "princesse" qui n'a de l'amour à donner qu'à sa petite-fille bourgeoise gâtée qui veut être considérée comme une grande mais tourne autour de son nombril...
Je crois que ce roman est très iranien - c'est le point positif* qui me fait mettre 3 étoiles plutôt que 2,5 - et que de ce fait, beaucoup de choses m'ont échappé. On sent une société pleine de contradictions et de non-dits... Sans mauvais jeu de mots, pour moi On s'y fera est un roman voilé.
*entre autres, j'ai appris que lors du nouvel an qui est le 21 mars (pour des raisons astrologique), on réunit 7 objets dont le nom commencent par la lettre S.
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Je gardais un assez bon souvenir de Zoyâ Pirzâd et des mélancoliques nouvelles de ses recueil Comme tous les après-midi et le Goût âpre des kakis, j'ai donc facilement cédé à l'appel de ce roman...Qui n'est pas aisé à lire, tant à cause des nombreux termes persans, étonnants au début, bien que l'on s'y habitue au fur et à mesure, qu'à cause de l'intrigue et à ses quelques très rares rebondissements.

Ce qui fait le suc de ce roman, c'est plutôt toutes ses scènes de ménage de femmes qui révèlent les caractères de chacune : Arezou, femme divorcée et manager hors pair, Shirine, belle et joyeuse mais abandonnée par son compagnon, Ayeh, la fille d'Arezou qui refuse de voir les sacrifices de sa mère, et bien sûr Mah-Monir, la grand-mère totalitaire persuadée d'être de noble rang. Autour de ces quatre protagonistes, des employés de l'agence immobilière d'Arezou, des domestiques qui sont devenus au fil du temps membres de la famille, des gens croisés au hasard d'un trajet en bus, et surtout le mystérieux Zardjou, qui vient perturber l'équilibre fragile existant.

Si l'intrigue peut donc paraître lente, que l'on s'impatiente et que l'on aimerait déclencher les évènements, On s'y fera ne nous esquisse pas moins la société iranienne, vue par le prisme féminin : endettement des maris pour leurs épouses qui ne pensent qu'au paraître, ou au contraire maris paresseux déchargeant sur leurs femmes (qui travaillent elle aussi) toute la gestion du quotidien et des enfants, familles détruites par les opinions politiques, la guerre Iran-Irak et la drogue, adolescentes rêveuses et friquées qui semblent avoir perdu tout lien avec les autres classes de leur société...Seul Zardjou fait figure de perfection, et l'on regretterait presque cette absence de défaut.

Arezou étant agent immobilier, Zoyâ Pirzâd se prête aussi la description des maisons, qui sont plus l'occasion d'évoquer des souvenirs, d'ouvrir et de fermer des portes entre le Téhéran moderne et le Téhéran ancien et traditionnel ; et à force de description des maisons, des jardins et des rues, l'on se croirait presque sur place tant l'auteur parvient à rendre l'ambiance de triste mélancolie apaisée.

La chute consacre la tyrannie des proches, et m'a fait penser, dans un registre moins dramatique cependant, au très beau roman le voile de Téhéran de Parinoush Saniee.
J'ai une fois de plus pris un grand plaisir à la lecture de ces auteurs iraniennes !
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Citations et extraits (17) Voir plus Ajouter une citation
L’autobus s’arrêta à la station suivante. La section des femmes se vida
presque : celles qui descendaient étaient pour la plupart de très jeunes filles
portant guimpe, blouse et pantalon. La place à côté d’Arezou se libéra. La mère
de l’enfant s’y assit.
— Jusqu’à la station de l’École infirmière, dit-elle, le bus est généralement
bondé. Quand toutes les petites infirmières seront descendues, on sera
tranquilles.
Elle ne fit aucun geste pour reprendre l’enfant qui regardait toujours Arezou
fixement. Il avait les deux joues gercées, de longs cils. Sa mère fourra tout son
barda sous ses jambes, rajusta son tchador en poussant un grand soupir.
— Merci mon Dieu ! s’exclama-t-elle en se tournant vers Arezou.
D’habitude, je monte toujours à la station École infirmière, mais là, je viens
d’aller chercher du sucre à la coopérative. Vous en avez pris aussi ?
Arezou resta un instant interdite. Elle ne savait au sujet des coupons de
vivres que ce qu’en disaient Naïm et Nosrat quand ils se disputaient sur la
denrée annoncée, la date ou le numéro d’ordre. Une femme au foulard brodé
de perles demanda à la mère de l’enfant :
— À quel numéro en sont-ils ?
— 642 et 643, répondit la grosse femme qui tenait la barre.
Le bébé se mit à geindre. Sa mère le reprit dans ses bras. Histoire de dire
quelque chose, Arezou lui demanda :
— C’est votre premier ?
Celle-ci ricana :
— Oh non ! Le quatrième.
Sans se gêner, elle ajouta :
— J’ai beau répéter à ce minus qu’il doit se faire stériliser, il ne veut rien
entendre. Il craint sans doute pour sa virilité !
— Pourquoi n’y vas-tu pas toi-même, dit Arezou à voix basse. Il y a un tas
d’endroits où on fait l’opération gratuitement, non ?
La femme remit dans la bouche du bébé la tétine qui était épinglée à sa
chemise.
— L’opération est gratuite, ma sœur, mais après, il faut rester huit ou dix
jours à l’hôpital. Qui va travailler pour payer les chaussures, les vêtements, les
livres et les cahiers d’école pour les enfants ? Sauf votre respect, leur maquereau
de père ?
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Il fit asseoir Arezou sur un des sièges de gauche. Lui-même et le frère de
Tahmineh allèrent s’asseoir au premier rang. L’amphi se remplissait
progressivement. Il n’y avait plus de place. Ceux qui arrivaient encore durent
s’asseoir sur les marches ou rester debout à la porte. Arezou jeta un regard
circulaire. Elle aperçut à côté d’elle la femme âgée à la tête de chat qui lui
souriait. On rangea les fleurs et les gâteaux sur la scène, derrière la longue table.
L’homme au costume crème s’y installa, face au public, tournant le dos aux
bouquets de fleurs et aux paquets de gâteaux. La foule était muette.
— Bonjour ! dit l’homme. Je m’appelle Behzad ; je suis un drogué.
Arezou crut avoir mal entendu.
— Bonjour Behzad ! répondit la foule.
« Il le dit comme ça, aussi facilement ? » Behzad parla de l’institut, de son
évolution, des mois et des années de lutte pour se sortir de la drogue, de tous
les anniversaires de sevrage et de toutes les renaissances qui suivraient. Arezou
se pencha vers la femme et dit tout bas :
— Vous aussi…
— N’aie pas honte, lui répondit-elle. Pose ta question. Oui, dit-elle en riant,
ma fille et moi.
Elle la lui montra, semblable à un petit chat. Debout à côté de la porte, elle
essayait de trouver des places, assises ou debout, pour les nouveaux arrivés.
— Moi, c’était l’opium. Ma fille, tout ce qu’elle trouvait, jusqu’à ce qu’elle
passe à l’héroïne. Au début, c’était le pied. Après, ce fut l’enfer. Maintenant, on
est guéries. Pour moi, ça fait un peu moins de deux ans. Ma fille, tout juste
deux.
On aurait dit qu’elle parlait de la fin d’un rhume.
— Ne t’inquiète pas, lui dit-elle en riant. Et toi ?
Arezou montra le premier rang. Le frère de Tahmineh baissait la tête comme
s’il cherchait à voir le bouton de son col de chemise.
— Ceux qui ont tenu jusqu’à trente jours, dit Behzad.
Des mains se levèrent dans la salle. Behzad fit signe à la première main.
— Je m’appelle Majid, je suis un drogué.
— Bonjour Majid, répondit la foule.
— Cela fait vingt-six jours que j’ai arrêté.
— Bravo ! applaudit la foule.
— Je m’appelle Naghmeh, dit la deuxième main. Je suis une droguée. J’ai
tenu trois mois.
Et ainsi de suite, la troisième, la quatrième, la cinquième main, Ali,
Shahram, Soudabeh, six mois, une année, trois ans, neuf ans. La foule saluait,
applaudissait. « Ayeh veut aller à Paris, songea Arezou, elle a ouvert un blog,
elle ne se confie pas à moi… » Elle regarda Sohrab qui écoutait les
témoignages. Le frère de Tahmineh regardait les fleurs. Il ressemblait à un petit
chat apeuré ne sachant pas si on l’appelle pour lui donner sa pâtée ou un coup
de pied. « Et si un jour, Ayeh… », songea Arezou. Les applaudissements, les
sifflets, les hourras et les bravos la firent bondir sur son siège. Un jeune garçon
de quinze ou seize ans était en train de souffler deux bougies sur un petit
gâteau. La femme âgée lui dit tout bas :
— C’est le plus jeune de nous tous. Il se shootait à l’héroïne depuis l’âge de
dix ans.
Arezou sentit qu’elle avait froid. Elle était sur le point de pleurer. Avait la
tête qui tournait. Elle regarda dans la direction de Sohrab qui se retourna
comme si quelqu’un l’avait appelé. Arezou prit un gâteau dans le paquet qu’on
lui tendait. Elle ne se souvint pas si elle avait remercié ou non.
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Sur la
photo, on distinguait une boutique par la fenêtre. Mais si floue que personne
n’eût été capable de reconnaître la boulangerie qui se trouvait de l’autre côté de
la rue. Elle était la seule à le savoir. Combien de fois n’avait-elle pas traversé la
rue en courant, par tous les temps, pour acheter la baguette du petit-déjeuner
ou du dîner ? La boulangerie était tenue par un jeune ménage originaire du
midi de la France. Ils venaient juste d’avoir un enfant. Le mari était debout
toutes les nuits pour cuire le pain et les gâteaux. Il dormait le jour pendant que
sa femme faisait tourner la boutique. Parfois, quand il n’y avait personne au
magasin, elle se confiait à Arezou :
— Le bébé n’a pas dormi de la nuit. Il ne m’a pas laissé une seconde de
répit.
— Va au moins faire une sieste après le déjeuner, lui conseillait Arezou.
— Et qui tiendra le magasin ?
— Eh bien, ton mari !…
— Mon mari ? Mais il n’a pas dormi de la nuit à cause de son travail.
— Eh bien, toi non plus ! S’occuper de son enfant, n’est-ce pas aussi du
travail ?
Elle regarda la photo. « L’enfant doit être grand maintenant. Comment
s’appelait-il déjà ? » Elle ne se souvenait plus. « Était-ce une fille ou un
garçon ? » Elle se souvenait seulement de la baguette dont elle croquait un
morceau en sortant de la boulangerie avant de rentrer chez elle en se disant :
« Quelle idiote, cette boulangère ! »
Elle regarda le bureau sur la photo. On ne le voyait qu’en partie. Mais elle se
souvenait très bien des livres, des carnets, du papier, du mug rempli de crayons
et de stylos. Le jour où elle avait pris cette photo, il pleuvait. Elle avait posé
l’appareil sur le bureau. Elle était allée vers Ayeh, lui avait demandé : « Qu’est-
ce que tu as dans la main ? » Ayeh avait ouvert la main : « Une chaussette de
papa, elle était là. » De son petit doigt elle lui avait montré le bureau.
« Ahhh ! » s’était écriée Arezou en prenant du bout des doigts la grosse
chaussette blanche toute sale et en la jetant par terre. Elle avait pris Ayeh dans
ses bras : « Ayeh va être en retard à l’école et maman à la fac. Si ton père
pouvait apprendre que la place d’une chaussette n’est pas sur le bureau ! »
Hamid changeait de chaussettes deux ou trois fois par jour. Une fois par
mois il rappelait à Arezou : « Ne lave pas les chaussettes à la machine, hein ?
Elles sont 100 % lin. Il faut les laver à la main. » Et Arezou lavait plus d’une
vingtaine de paires de chaussettes par semaine, à la main, au savon Le Chat, un
savon français qui ressemblait au savon iranien Ashtyani, avec cette différence
qu’il ne sentait pas mauvais.
Elle examina un coin du bureau. Combien d’années s’était-il écoulé entre
cette photo et le jour où elle avait tendu la main vers le bureau pour prendre
un stylo dans le mug et écrire sur un bout de papier « On s’en va ! » ? Elle avait
retiré son alliance, l’avait posée sur le papier, était sortie en tenant Ayeh d’une
main et sa valise de l’autre. Pendant tout le vol du retour vers l’Iran, elle n’avait
cessé de penser en pinçant les lèvres à la corbeille de linge sale pleine de
chaussettes 100 % lin. Elle regardait son doigt privé d’alliance en se disant :
« Quelle idiote j’ai été ! »
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- Ma mère est une séductrice née. Elle séduit les hommes, elle séduit les femmes, et probablement, quand elle est seule face à son miroir, elle se séduit elle-même.
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Arezou pouffa. Elle lui présenta Mahboubeh, la femme aux cheveux teints,
la fille de monsieur Djalali, un ami de son père. Elle était restée brouillée
pendant des années avec Mah-Monir, mais elles venaient juste de se réconcilier
toutes les deux. La mère de Mahboubeh détestait celle d’Arezou. Jusqu’à sa
mort, elle avait répété à tous ses amis que Mah-Monir courait après son mari.
Shirine avala une gorgée de thé en écarquillant les yeux :
— C’était vrai ?
— Mais non ! fit Arezou en riant. La mère de Mahboubeh n’a jamais
compris que les charmes de ma mère n’avaient rien de bien dangereux !
Elle se retourna pour observer Mah-Monir qui embrassait une petite dame.
— Ma mère est une séductrice née. Elle séduit les hommes, elle séduit les
femmes, et probablement, quand elle est seule face à son miroir, elle se séduit
elle-même.
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