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Jean Sgard (Éditeur scientifique)
ISBN : 2080712985
Éditeur : Flammarion (18/08/2006)

Note moyenne : 3.42/5 (sur 1295 notes)
Résumé :
"Manon était une créature d'un caractère extraordinaire. Jamais fille eut moins d'attachement qu'elle pour l'argent, mais elle ne pouvait être tranquille un moment avec la crainte d'en manquer. C'était du plaisir et des passe-temps qu'il lui fallait. Elle n'eût jamais voulu toucher un sou, si l'on pouvait se divertir sans qu'il en coûte."
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Critiques, Analyses & Avis (72) Voir plus Ajouter une critique
Nastasia-B
04 mai 2013
Quel étrange paradoxe. La tradition a retenu pour titre Manon Lescaut alors que l'auteur l'avait intitulé, certes un peu longuement, Histoire du Chevalier Des Grieux Et de Manon Lescaut.
Paradoxe en ce sens que l'auteur place en premier le chevalier et que c'est effectivement lui le personnage principal, et que la belle Manon, personnage clé, il est vrai, n'est que le personnage secondaire. On a bien retenu Tristan ET Iseult, pourquoi pas des Grieux ET Manon Lescaut ?
Bref, vous aurez compris qu'il s'agit d'une histoire d'amour, que le mot du titre " histoire de " suggère un récit romanesque, celui-là même est à la première personne.
Pour ce qui est du contenu, l'abbé Prévost décrit " les infortunes de la vertu ", où notre chevalier est un preux chevalier, par contre, sa dulcinée, sans être une nymphomane, aime un peu trop le confort et le luxe pour accepter stoïquement son sort lorsque sa bourse est vide.
N'ignorant pas ses atours, la belle Manon, n'hésite jamais à faire crépiter le coeur d'un riche mécène quitte à faire rugir de jalousie le brave des Grieux.
Celui-ci emploie donc toute sa chevalerie pour faire échec aux amants et récupérer sa frivole amante. Les riches souteneurs bernés ont souvent le bras assez long pour créer des embarras au malheureux couple, lesquels embarras se traduisent souvent par des séjours en prison, lesquels séjours appellent à leur tour des évasions rocambolesques.
Notre pauvre chevalier, tiraillé entre un amour immodéré et les appels du pied de la morale ne sait trop quelle conduite tenir et récolte moult mésaventures à vouloir s'accrocher à la venimeuse Manon.
Le tour de force de l'auteur réside dans le fait qu'il parvient à nous la rendre tout de même attachante, car, bien que notoirement infidèle, elle n'en est pas moins amoureuse de son chevalier et présente par moments une noblesse de caractère indéniable.
D'un point de vue de l'histoire de la littérature, cette oeuvre marque indéniablement quelque tournant car on nous maltraite le sens moral avec ces deux amants, mais d'un point de vue purement contemporain, je ne sais pas si l'on peut encore l'élever au rang de chef-d'oeuvre absolu.
Le chevalier, amoureux éperdu et naïf à souhait, annonce le romantisme, mais reste quand même un brin cul-cul la praloche.
La fin étrange de Manon demeure un expédient facile de la littérature et l'on ne se satisferait peut-être plus d'une telle pirouette à l'heure actuelle. Un peu comme en biologie, il convient probablement de la lire dans un processus ontologique, c'est-à-dire assez jeune, comme une forme immature d'un style et d'un genre appelé à s'épanouir par la suite dans l'histoire littéraire par d'autre oeuvres plus marquantes encore, mais tout ceci, bien sûr, n'est que mon avis, c'est-à-dire, pas grand-chose.
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JacobBenayoune
28 juin 2014
Ce livre fait partie de ces grands romans du XVIIIème siècle français à l’instar des Liaisons dangereuses, de Paul et Virginie, de Jacques le Fataliste ou La nouvelle Héloïse. Par ailleurs, l’histoire du Chevalier des Grieux et de Manon Lescaut est devenue la légende d’un couple comme pour Roméo et Juliette (moins popularisée néanmoins). Son auteur a connu la notoriété et l’immortalité grâce à cet ouvrage même s’il était un écrivain prolifique. Je crois que cela revient au fait que cette œuvre est inclassable et a pu rester moderne par son sujet.
D’abord, elle est classique par son style sobre et dépouillé de toute recherche du pittoresque. Mais elle est aussi préromantique par sa description de la passion fatale qui mène à un état presque maladive (comme dans René de Chateaubriand).
Antoine-François Prévost a mis beaucoup de lui-même et de son expérience personnelle dans ce roman. Ce dernier nous présente le témoignage intime du chevalier des Grieux, un garçon qui avait un avenir prometteur, un père des plus obligeants et prévenants et un ami des plus vertueux et compréhensifs. Celui-ci a choisi de poursuivre sa passion sulfureuse pour une fille nymphomane et vénale.
L’amour inextinguible de des Grieux nous offre un miroir de l’âme humaine qui aime avec tous les transports. Ce jeune homme désire la fidélité de sa maîtresse, il suit malencontreusement le désarroi de son cœur, et ce n’est pas assez de repousser tout conseil et sermon de son ami Tiberge ; il absout toutes les inconstances et les récidives de sa chère Manon. Il s’agit de l’image du premier amour, sincère, fatal et infernal qui est voué au désespoir, à la calamité et au désenchantement.
Ce roman de libertinage accumule les mésaventures de Des Grieux : jeu de cartes, affaires d’escroquerie, assassinat, proxénétisme, voyage en Amérique, duel…
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michfred
08 avril 2017
Dans un très long ŕoman, Les Mémoires d' un homme de qualité, l'abbé Prévost a enchâssé, par un systeme d'emboitement de récits, cher aux romans à "tiroirs", une petite perle qui seule est restée à la postérité et constitue un des fleurons de la littérature française :Manon Lescaut...dont le titre est déjà une apocope révélatrice de la fascination que l'héroïne a exercée sur les générations de lecteurs.
Éclipsant en effet le pâle et tendre chevalier Des Grieux avec qui elle partageait le titre - et sa couche - Manon est passée en front page... Manon la gourgandine, la petite théâtreuse pas farouche, la coquette , la fille entretenue. La" perverse Manon", chantait Gainsbourg qui avait des lettres...et a su trouver les trois qui lui convenaient et la résumaient...à moitié :NON. Ma-Non, la femme qui se donne et se refuse, celle qui toujours échappe. ..
Après Manon Lescaut, on verra fleurir un nouveau type chargé d'incarner l'éternel féminin. Manon, femme fatale et femme-enfant, fragile et traîtresse, désarmante et manipulatrice, confiante et fuyante. Un paradoxe en jupons!
Pourtant le récit ne vaut pas que pour cette avant-première d'un archétype qui fera long feu: ce serait oublier que le roman est aussi fortement ancré dans son siècle, et que, à la remorque de sa dévorante passion pour Manon, des Grieux arpente pour lui plaire, pour la retrouver, la garder, la suivre au bout du (nouveau) monde, tous les milieux, toutes les strates, tous les détours du jeu social.
Coulisses vénales du théâtre, hôpital et prison des filles perdues mais aussi cercles de jeu, où mijotent des agioteurs pleins aux as et de petits marlous qu'on appelait alors élégamment des "chevaliers d'industrie" parce qu'ils en dépensaient beaucoup pour percer...
Que ce soit pour la peinture d'un amour destructeur ou pour celle d'un siècle qui semble annoncer le cynisme du nôtre- la prédominance de l'argent facile, le repeuplement des toutes nouvelles colonies par déportation des femmes emprisonnées pour prostitution et j'en passe- il faut lire Manon Lescaut.
J'ajoute que, pour être homme d'église, l'abbé Prevost n'en est pas moins homme de cour - chose fréquente à son epoque- et qu'il sait manier le style avec finesse, subtilité, alacrité. Y compris pour parler d'amour et de passion charnelle.
Il pénètre en connaisseur les émotions du coeur et celles des sens... Pas bégueule pour deux sous.
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tiptop92
02 novembre 2015
Ce livre a beau s’appeler Manon Lescaut, ce n’est pas son histoire qui est relatée ici... elle n’est qu’un personnage secondaire, le personnage principal est le Chevalier de Grieux, un jeune aristocrate écervelé, geignard et irresponsable. A notre époque moderne, on évoque souvent la légèreté de la jeunesse qui succombe à l’argent facile plutôt que de travailler. Mais alors que dire de celle du 18eme siècle ? A longueur de romans, chez les rejetons de la noblesse ou de la bourgeoise, ce n’est que paresse, suffisance et combine pour soutirer de l’argent à leurs parents...la plupart ont fait des études coûteuses, mais pas un ne songe à travailler, même quand les rentes familiales se tarissent. C’est le cas de notre jeune désœuvré qui mange ses économies dans une vie de plaisir, puis quand il n’en a plus profite de celles que Manon soutire à ses vieux amants fortunés, pour ensuite lui reprocher son infidélité et son opportunisme. C’est lui qui l’a sauvé du couvent ou on voulait l’enfermer à 16 ans, sa famille la trouvant déjà de mœurs trop libres. Attaché irrémédiablement à elle, il va tout trahir : famille, amis, connaissance pour la suivre jusqu’aux colonies ou déportée comme prostituée elle mourra misérablement. Mais le chevalier de Grieux n’est pas Roméo, il ne suivra pas sa Juliette dans l’au-delà et même si ce n’est pas dit on l’imagine aisément rentrer en France et reprendre son rang dans la bonne société considérant plus tard cet épisode de sa vie comme une passade de jeune homme… c’est un classique agréable à lire qui plaira à tout amateur de bonne littérature française.
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LucileMM
03 juin 2017
Lu il y a des années « Manon Lescaut » m'avait laissé peu (pas) de souvenirs.
Une relecture s'imposait donc.
Ou pas…
Si la plume est belle, le tableau d'époque intéressant (le système judiciaire de l'époque en particulier est décrit dans tout son arbitraire), l'histoire, elle, m'aura laissée de marbre.
J'ai donc suivi (subi ?) les mésaventures du chevalier de Grieux empêtré dans son amour pour la trop belle Manon Lescaut.
J'avais oublié combien Manon était vénale, d'une inconstance admirable.
J'avais oublié combien le chevalier était naïf, d'une candeur confinant à la sottise.
Bref, j'avais oublié combien tout cela était agaçant...
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Citations & extraits (64) Voir plus Ajouter une citation
CielvariableCielvariable30 mars 2013
Je demeurai plus de vingt-quatre heures la bouche attachée sur le visage et sur les mains de ma chère Manon. Mon dessein était d'y mourir; mais je fis réflexion, au commencement du second jour, que son corps serait exposé, après mon trépas, à devenir la pâture des bêtes sauvages. Je formai la résolution de l'enterrer et d'attendre la mort sur sa fosse. J'étais déjà si proche de ma fin, par l'affaiblissement que le jeûne et la douleur m'avaient causé, que j'eus besoin de quantité d'efforts pour me tenir debout. Je fus obligé de recourir aux liqueurs que j'avais apportées. Elles me rendirent autant de force qu'il en fallait pour le triste office que j'allais exécuter. Il ne m'était pas difficile d'ouvrir la terre, dans le lieu où je me trouvais. C'était une campagne couverte de sable. Je rompis mon épée, pour m'en servir à creuser, mais j'en tirai moins de secours que de mes mains. J'ouvris une large fosse. J'y plaçai l'idole de mon cœur après avoir pris soin de l'envelopper de tous mes habits, pour empêcher le sable de la toucher. Je ne la mis dans cet état qu'après l'avoir embrassée mille fois, avec toute l'ardeur du plus parfait amour. Je m'assis encore près d'elle. Je la considérai longtemps. Je ne pouvais me résoudre à fermer la fosse. Enfin, mes forces recommençant à s'affaiblir et craignant d'en manquer tout à fait avant la fin de mon entreprise, j'ensevelis pour toujours dans le sein de la terre ce qu'elle avait porté de plus parfait et de plus aimable. Je me couchai ensuite sur la fosse, le visage tourné vers le sable, et fermant les yeux avec le dessein de ne les ouvrir jamais, j'invoquai le secours du Ciel et j'attendis la mort avec impatience. Ce qui vous paraîtra difficile à croire, c'est que, pendant tout l'exercice de ce lugubre ministère, il ne sortit point une larme de mes yeux ni un soupir de ma bouche. La consternation profonde où j'étais et le dessein déterminé de mourir avaient coupé le cours à toutes les expressions du désespoir et de la douleur Aussi, ne demeurai-je pas longtemps dans la posture où j'étais sur la fosse, sans perdre le peu de connaissance et de sentiment qui me restait.
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CielvariableCielvariable30 mars 2013
L'amour me rendait déjà si éclairé, depuis un moment qu'il était dans mon coeur, que je regardai ce dessein comme un coup mortel pour mes désirs. Je lui parlai d'une manière qui lui fit comprendre mes sentiments, car elle était bien plus expérimentée que moi. C'était malgré elle qu'on l'envoyait au couvent, pour arrêter sans doute son penchant au plaisir, qui s'était déjà déclaré et qui a causé, dans la suite, tous ses malheurs et les miens. Je combattis la cruelle intention de ses parents par toutes les raisons que mon amour naissant et mon éloquence scolastique purent me suggérer. Elle n'affecta ni rigueur ni dédain. Elle me dit, après un moment de silence, qu'elle ne prévoyait que trop qu'elle allait être malheureuse, mais que c'était apparemment la volonté du ciel, puisqu'il ne lui laissait nul moyen de l'éviter. La douceur de ses regards, un air charmant de tristesse en prononçant ces paroles, ou plutôt, l'ascendant de ma destinée qui m'entraînait à ma perte, ne me permirent point de balancer un moment sur ma réponse. Je l'assurai que, si elle voulait faire quelque fond sur mon honneur et sur la tendresse infinie qu'elle m'inspirait déjà, j'emploierais ma vie pour la délivrer de la tyrannie de ses parents et pour la rendre heureuse. Je me suis étonné mille fois, en y réfléchissant, d'où me venait alors tant de hardiesse et de facilité à m'exprimer ; mais on ne ferait pas une divinité de l'amour, s'il n'opérait souvent des prodiges.
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LydiaBLydiaB26 avril 2010
Comme il n y avait rien, après tout, dans le gros de ma conduite, qui pût me déshonorer absolument, du moins en la mesurant sur celle des jeunes gens d'un certain monde, et qu'une maîtresse ne passe point pour une infamie dans le siècle où nous sommes, non plus qu'un peu d'adresse à s'attirer la fortune du jeu, je fis sincèrement à mon père le détail de la vie que j'avais menée. A chaque faute dont je lui faisais l'aveu, j'avais soin de joindre des exemples célèbres, pour en diminuer la honte. Je vis avec une maîtresse, lui disais-je, sans être lié par les cérémonies du mariage : M. le duc de... en entretient deux, aux yeux de tout Paris ; M. de... en a une depuis dix ans, qu'il aime avec une fidélité qu'il n'a jamais eue pour sa femme ; les deux tiers des honnêtes gens de France se font honneur d'en avoir. J'ai usé de quelque supercherie au jeu : M. le marquis de... et le comte de... n'ont point d'autres revenus ; M. le prince de... et M. le duc de... sont les chefs d'une bande de chevaliers du même Ordre.
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bouquinebouquine21 août 2013
Il ne fallait pas compter sur elle dans la misère. Elle aimait trop l'abondance et les plaisirs pour me les sacrifier. Je la perdrai, m'écriai-je. Malheureux Chevalier ! Tu vas donc perdre encore tout ce que tu aimes ! Cette pensée me jeta dans un trouble si affreux, que je balançai, pendant quelques moments, si je ne ferais pas mieux de finir tous mes maux par la mort. Cependant je conservai assez de présence d'esprit pour vouloir examiner auparavant s'il ne me restait nulle ressource.
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bouquinebouquine21 août 2013
La plupart des grands et des riches sont des sots : cela est clair à qui connait un peu le monde. Or il y a là-dedans une justice admirable. S'ils joignaient l'esprit aux richesses, ils seraient trop heureux, et le reste des hommes trop misérable. Les qualités du corps et de l'âme sont accordées à ceux-ci, comme des moyens pour se tirer de la misère et de la pauvreté.
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