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EAN : 9782266307895
704 pages
Éditeur : Pocket (04/06/2020)

Note moyenne : 3.77/5 (sur 140 notes)
Résumé :
Marivaux est aussi grand dans le roman qu'au théâtre.
Il fait ici le tableau d'une destinée, et montre tous les aspects du génie féminin opposés à la froide raison. Dans cette autobiographie fictive, les scènes attendrissantes, le goût des larmes se manifestent déjà. Les faits ne sont que prétextes aux aventures spirituelles. L'héroïne, de noble origine, enlevée par des brigands, connaît d'abord une condition modeste. Prise entre les avances excessives des un... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (14) Voir plus Ajouter une critique
Darkcook
  17 décembre 2014
Ah, La Vie de Marianne... J'aurai passé des mois sur ce pavé, mais ça valait le coup. Au programme de l'agrèg, donc imposé, il s'avère que c'est une oeuvre infiniment plus intéressante à étudier qu'à lire, malgré ses qualités d'écriture. J'en profite pour remercier Fabrice Chassot de l'université Toulouse II pour ses cours prodigieux en la matière, qui en font un trésor d'archéologie littéraire, une énigme qui a alimenté bien des thèses et des interprétations. Pourquoi? Je m'explique.
C'est un roman à la première personne de Marivaux, exercice pour lequel il est bien moins connu que pour son théâtre, où une certaine Marianne, âgée et désormais comtesse, raconte sa vie. Mais comme le Paysan parvenu, ce roman est demeuré inachevé. Marianne jeune ignorant le secret de sa naissance puisqu'orpheline, mais se croyant noble, pouvant l'être eu égard à certains indices (mais peut-être pas!), ses qualités et ses manières innées lui permettent de s'intégrer peu à peu à la noblesse et de sortir de l'indigence dans laquelle elle avait atterri, de gagner le coeur de Mme de Miran, mère de substitution, ou de Valville, son amant. Marianne a l'instinct de son appartenance à ce monde et du comportement à y adopter, or, jamais Marivaux ne tranchera sur ses origines.
Le coeur et le naturel caractérisent Marianne. Elle est la spontanéïté incarnée, incapable de ruser, de feindre, de se contenir, et pleure toutes les deux pages. C'est ce caractère qui séduit les personnages qu'elle rencontre, en plus de sa grâce naturelle évoquant ses (probables) origines aristocratiques. Mais l'incertitude de sa naissance reste un obstacle. Elle a certes l'amour de Miran et de Valville, mais la société condamnerait ce dernier s'il épousait quelqu'un qui, tout compte fait, pourrait venir du peuple.
Marianne, grâce à son naturel constant, s'attire donc les grâces des gens qu'elle aime, désarme les dévôts qui s'opposent, par définition, à son caractère... Et derrière elle, peut être reconnu Marivaux défendant son style fortement fustigé de son vivant, qu'il jugeait naturel, pendant que Crébillon ou Desfontaines le considéraient comme inintelligible, néologique, car affranchi des saints dicos du XVIIème qui voulaient la langue immuable et identique pour tous. L'idée d'un style littéraire propre à chacun, loin d'un bête copiage des modèles depuis Aristote, était à l'époque une aberration pour les anciens, et émergeait seulement de certains esprits (les Modernes, dont Marivaux). La Vie de Marianne serait donc un éloge de l'authenticité absolue, dans la littérature comme dans la vie. Mais ce n'est pas non plus une exaltation du Moi insupportable ou une sincérité qui irait jusqu'à blesser, Marianne sait ménager les autres. Marivaux revendique donc ici la liberté littéraire de tous. À époque neuve, langue neuve.
L'inachèvement et l'absence de réponses ont laissé une myriade de métatextes allant dans tous les sens : Marianne serait-elle en réalité d'une perspicacité inouïe, et telle une picara, abuserait-elle de son minois pour se frayer un chemin au milieu de la noblesse? Vu qu'elle raconte elle-même sa vie, son récit n'est pas entièrement fiable. Puisqu'elle est comtesse une fois âgée et racontant, toutes les hypothèses sont possibles : l'a t-elle été par alliance, parce que reconnue comme noble de naissance...? Mentirait-elle?
L'absence de fin serait volontaire de la part de Marivaux, et enrichit ainsi considérablement l'oeuvre qui a aussi ouvert la voie à moult textes apocryphes, l'équivalent des fanfictions de l'époque...
La semi-acceptation de Marianne au sein de la noblesse ne peut être cependant lue comme un discours pré-révolutionnaire de Marivaux plaidant l'égalité des classes, de par le mépris de Marianne pour le peuple (auquel elle appartient peut-être, répétons-le!) et son attirance pour l'aristocratie, Marivaux et Marianne s'en prenant véritablement aux aristocrates qui n'ont pas un comportement, une droiture dignes de leur rang, point à la hiérarchie sociale. le récit enchassé de Tervire est une interrogation de plus. Personnage différent, capable de ruse, qui tend la main vers plus bas et infortuné qu'elle, donc plus insolent idéologiquement, c'est aussi sur l'absence de dénouement de son histoire que se conclut le roman...
Le style de Marivaux à proprement parler, qu'il défend ici grâce à un personnage apprenti écrivain qui tente de conter sa vie à une amie et à un public, est des plus grâcieux (et rafraîchissant à notre époque illétrée qui aboie), mais aussi parfois, des plus capillotractés, surtout lors de réflexions que se permet Marianne, quelques fois pertinentes, d'autres fois ratées.
L'efficacité de la parole et de l'attitude influençant les autres au mot près, au sourcil près, le retour incessant de certains personnages secondaires quelque soit l'éloignement géographique, ainsi que le style d'une écriture en direct avec retours en arrière et digressions, rappelleront une sorte de pré-Proust, sans le tortillement syntaxique qui rend fou.
Voilà, c'est l'oeuvre parfaite à étudier à la fac tant elle est, dans son entier, un point d'interrogation. Plus un objet de fascination pour tout ce que j'ai cité, qu'un coup de coeur littéraire.
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Apikrus
  12 décembre 2018
Alors qu'habituellement je repose sans les achever les livres qui ne me plaisent pas, j'ai lu celui-ci intégralement.
Or c'est LE livre LE PLUS ENNUYEUX de TOUTE ma vie de lecteur…
Pourquoi ce traitement de « faveur », alors ?
Tout simplement parce que cette lecture m'avait été imposée dans le cadre scolaire et que je n'avais alors pas eu le cran de passer outre la consigne (l'épreuve du baccalauréat était en ligne de mire).
En résumé, la vie de Marianne fut peut-être mouvementée, mais racontée par Marivaux dans son livre du même nom, elle est ennuyeuse et indigeste.
Je déconseille vivement et en profite pour suggérer aux professeurs de français de donner à lire à leurs élèves des choses plus intéressantes. Il y en a beaucoup d'autres chez les auteurs classiques, y compris dans ce siècle et, je n'en doute pas, y compris chez Marivaux (ses pièces de théâtre sont moins volumineuses).
Ils pourront éventuellement s'inspirer des avis postés sur Babelio...
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oiseaulire
  09 octobre 2018
Grand livre épistolaire : le lecteur ne souffre pas de sa forme inachevée puisque la narratrice, Marianne, écrit l'histoire de sa vie à une amie qui connaît nécessairement le dénouement de ses aventures.
C'est plein de revirements, de revers de fortune, d'amours fous suivis d'abandons subits, de grands sentiments déguisant des intérêts personnels, de flots de larmes sincères ou de circonstance, déversés avec complaisance par les femmes comme par les hommes, et par ces derniers surtout lorsqu'ils sont prêts à trahir.
On y rencontre, il est vrai, quelques belles âmes. Cela existe chez Marivaux. On y rencontre surtout des inconstants, de redoutables mégères et de grands vilains suborneurs qui, sous couvert de charité, ensevelisent les jeunes orphelines sous de beaux discours, les exhortent à une vertu inhumaine pour mieux les soudoyer et les mener à la courtisanerie.
On y fréquente une société où la constante préoccupation est de ne perdre ni rang ni rentes, où les hommes d'église préfèrent l'apparat à la foi et exercent à l'occasion le métier de rabatteur, où l'hypocrisie tient lieu de savoir-vivre et où nul ne manque d'exercer la parcelle de pouvoir qui passe à sa portée au détriment d'autrui : le déclassement, la ruine, la folie et la mort ne sont jamais loin.
Les très fréquents rappels au devoir et à la décence sont toujours destinés à l'édification des inférieurs par la naissance ou par le sexe. Ces harangues incessantes finissent par convaincre le lecteur que les protestations de vertu n'ont pour unique finalité que de donner le change, et que la morale n'est jamais aussi absente que là où on l'invoque le plus.
On ne s'ennuie pas ; on retrouve adaptés à l'époque concernée, les éternels ressorts du monde tel qu'il va.
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Bel-Ami
  29 octobre 2014
Voilà , j'ai déjà terminé ce livre qu'on pourrait définir de pavé . Personnellement je n'aime pas cette dénomination qui laisse penser qu'un livre sera lourd et ennuyeux . La plume de Marivaux ravira , par ces mots dont l'orthographe berce l'oreille , n'importe quel français fier de sa langue ou tout simplement adepte des tournures de phrases magnifiques . Concernant l'histoire , là encore , l'auteur utilise un procédé toujours efficace , celui du conteur qui déroule au fil des pages son histoire , de plus y est mêlée une seconde histoire qui nous tient en haleine jusqu'aux dernières pages .
Je conseille donc au curieux de ce procurer ce livre !
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Laureneb
  05 juin 2020
La Vie de Marianne n'a pas été écrite par Sade, donc même si Marianne semble en danger, sa vertu n'est jamais vraiment menacée, le faux dévot se repend, et l'amour vrai est récompensé. Marianne n'est pas non plus la Religieuse anonyme de Diderot, et dans son couvent les règles sont bien douces, entre une Mère abbesse sympathique, des religieuses aimables. Pas de supplices, pas de tortures physiques ou psychologiques. Au contraire, elle en entre et en sort comme dans un moulin, recevant même son prétendu - elle n'est certes que pensionnaire, et non religieuse. Enfin, ce n'est pas un roman gothique de la fin du XVIIIème siècle, et même si certains
abbés sont libertins, ils badinent plus qu'ils ne violent.
Marianne est donc tellement parfaite qu'elle est insupportable, belle, aimable, spirituelle, versant des torrents de larmes toutes les trois pages de bonheur... Tous ceux qui l'approchent deviennent ses alliés ou ses amis, tout le monde veut l'aider, juste parce qu'elle a l'air honnête et au-dessus de sa condition - la beauté et l'embonpoint sont signes de noblesse, on croit à son histoire car elle semble noble. La noblesse se voit, se manifeste physiquement.
C'est donc bien long, avec des rebondissements très prévisibles - notamment l'identité des personnages inconnues. Il y a plusieurs parties de trop dans ce texte - qui est presque un roman épistolaire, Marianne s'adressant par lettre à son interlocutrice, qu'elle convoque comme lectrice. Ce sont d'ailleurs les passages les plus intéressants, ceux où la Narratrice fait le preuve d'esprit assez mordant, loin de la mièvrerie de ses aventures - mais comme elle le dit, elle a vieilli et gagné en maturité depuis.
Le récit de la religieuse est redondant, puisque ce sont les mêmes mécanismes - une jeune fille délaissée ou abandonnée par sa famille, recueillie par plusieurs personnes successives émues par ses qualités, qui tombe amoureuse, avec des obstacles...
Je voulais lire Marivaux en-dehors du théâtre, je ne vais pas continuer tout de suite.
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Citations et extraits (13) Voir plus Ajouter une citation
VilerioVilerio   07 août 2012
Je soutiens qu’une femme qui choque la pudeur perd tout le mérite des grâces qu’elle a. On ne les distingue plus à travers la grossièreté des moyens qu’elle emploi pour plaire. Elle ne va plus au cœur. Elle ne peut plus même se flatter de plaire. Elle débauche. Elle n’attire plus comme aimable mais seulement comme libertine et par la se met à peu près au niveau de la plus laide qui ne se ménagerait pas.
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Sand94Sand94   10 novembre 2010
“Passons maintenant à l’histoire. C’est une femme qui raconte sa vie; nous ne savons qui elle était. C’est la Vie de Marianne; c’est ainsi qu’elle se nomme elle-même au commencement de son histoire; elle prend ensuite le titre de Comtesse; elle parle à une de ses amies dont le nom est en blanc, et puis c’est tout.” (p.58)
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Sand94Sand94   10 novembre 2010
“Comme on pourrait soupçonner cette histoire-ci d’avoir été faite exprès pour amuser le public, je crois devoir avertir que je la tiens moi-même d’un ami qui l’a réellement trouvée, comme il le dit ci-après, et que je n’y ai point d’autre part que d’en avoir retouché quelques endroits trop confus et trop négligés” (p.55)
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Sand94Sand94   10 novembre 2010
“Comme on pourrait soupçonner cette histoire-ci d’avoir été faite exprès pour amuser le public, je crois devoir avertir que je la tiens moi-même d’un ami qui l’a réellement trouvée, comme il le dit ci-après, et que je n’y ai point d’autre part que d’en avoir retouché quelques endroits trop confus et trop négligés” (p.55)
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lapetitelectricelapetitelectrice   18 avril 2014
"La condition de ceux qui reste est toujours plus triste que celle des personnes qui s'en vont. S'en aller, c'est un mouvement qui dissipe, et rien ne distrait les personnes qui demeurent."
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Videos de Marivaux (17) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de  Marivaux
Shéhérazade après Andersen et Marivaux : le metteur en scène Guillaume Vincent est notre invité au sujet de son adaptation des "Mille et une nuits" au Théâtre de l'Odéon (du 8 novembre au 8 décembre).
La Grande table Idées d?Olivia Gesbert ? émission du 12 novembre 2019 À retrouver ici : https://www.franceculture.fr/emissions/la-grande-table-2eme-partie/saison-26-08-2019-29-06-2020
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