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Jean Goulemot (Éditeur scientifique)
EAN : 9782253085782
696 pages
Éditeur : Le Livre de Poche (22/08/2007)
3.72/5   151 notes
Résumé :
Marivaux est aussi grand dans le roman qu'au théâtre.
Il fait ici le tableau d'une destinée, et montre tous les aspects du génie féminin opposés à la froide raison.
Dans cette autobiographie fictive, les scènes attendrissantes, le goût des larmes se manifestent déjà. Les faits ne sont que prétextes aux aventures spirituelles. L'héroïne, de noble origine, enlevée par des brigands, connaît d'abord une condition modeste. Prise entre les avances excessive... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (16) Voir plus Ajouter une critique
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Darkcook
  17 décembre 2014
Ah, La Vie de Marianne... J'aurai passé des mois sur ce pavé, mais ça valait le coup. Au programme de l'agrèg, donc imposé, il s'avère que c'est une oeuvre infiniment plus intéressante à étudier qu'à lire, malgré ses qualités d'écriture. J'en profite pour remercier Fabrice Chassot de l'université Toulouse II pour ses cours prodigieux en la matière, qui en font un trésor d'archéologie littéraire, une énigme qui a alimenté bien des thèses et des interprétations. Pourquoi? Je m'explique.
C'est un roman à la première personne de Marivaux, exercice pour lequel il est bien moins connu que pour son théâtre, où une certaine Marianne, âgée et désormais comtesse, raconte sa vie. Mais comme le Paysan parvenu, ce roman est demeuré inachevé. Marianne jeune ignorant le secret de sa naissance puisqu'orpheline, mais se croyant noble, pouvant l'être eu égard à certains indices (mais peut-être pas!), ses qualités et ses manières innées lui permettent de s'intégrer peu à peu à la noblesse et de sortir de l'indigence dans laquelle elle avait atterri, de gagner le coeur de Mme de Miran, mère de substitution, ou de Valville, son amant. Marianne a l'instinct de son appartenance à ce monde et du comportement à y adopter, or, jamais Marivaux ne tranchera sur ses origines.
Le coeur et le naturel caractérisent Marianne. Elle est la spontanéïté incarnée, incapable de ruser, de feindre, de se contenir, et pleure toutes les deux pages. C'est ce caractère qui séduit les personnages qu'elle rencontre, en plus de sa grâce naturelle évoquant ses (probables) origines aristocratiques. Mais l'incertitude de sa naissance reste un obstacle. Elle a certes l'amour de Miran et de Valville, mais la société condamnerait ce dernier s'il épousait quelqu'un qui, tout compte fait, pourrait venir du peuple.
Marianne, grâce à son naturel constant, s'attire donc les grâces des gens qu'elle aime, désarme les dévôts qui s'opposent, par définition, à son caractère... Et derrière elle, peut être reconnu Marivaux défendant son style fortement fustigé de son vivant, qu'il jugeait naturel, pendant que Crébillon ou Desfontaines le considéraient comme inintelligible, néologique, car affranchi des saints dicos du XVIIème qui voulaient la langue immuable et identique pour tous. L'idée d'un style littéraire propre à chacun, loin d'un bête copiage des modèles depuis Aristote, était à l'époque une aberration pour les anciens, et émergeait seulement de certains esprits (les Modernes, dont Marivaux). La Vie de Marianne serait donc un éloge de l'authenticité absolue, dans la littérature comme dans la vie. Mais ce n'est pas non plus une exaltation du Moi insupportable ou une sincérité qui irait jusqu'à blesser, Marianne sait ménager les autres. Marivaux revendique donc ici la liberté littéraire de tous. À époque neuve, langue neuve.
L'inachèvement et l'absence de réponses ont laissé une myriade de métatextes allant dans tous les sens : Marianne serait-elle en réalité d'une perspicacité inouïe, et telle une picara, abuserait-elle de son minois pour se frayer un chemin au milieu de la noblesse? Vu qu'elle raconte elle-même sa vie, son récit n'est pas entièrement fiable. Puisqu'elle est comtesse une fois âgée et racontant, toutes les hypothèses sont possibles : l'a t-elle été par alliance, parce que reconnue comme noble de naissance...? Mentirait-elle?
L'absence de fin serait volontaire de la part de Marivaux, et enrichit ainsi considérablement l'oeuvre qui a aussi ouvert la voie à moult textes apocryphes, l'équivalent des fanfictions de l'époque...
La semi-acceptation de Marianne au sein de la noblesse ne peut être cependant lue comme un discours pré-révolutionnaire de Marivaux plaidant l'égalité des classes, de par le mépris de Marianne pour le peuple (auquel elle appartient peut-être, répétons-le!) et son attirance pour l'aristocratie, Marivaux et Marianne s'en prenant véritablement aux aristocrates qui n'ont pas un comportement, une droiture dignes de leur rang, point à la hiérarchie sociale. le récit enchassé de Tervire est une interrogation de plus. Personnage différent, capable de ruse, qui tend la main vers plus bas et infortuné qu'elle, donc plus insolent idéologiquement, c'est aussi sur l'absence de dénouement de son histoire que se conclut le roman...
Le style de Marivaux à proprement parler, qu'il défend ici grâce à un personnage apprenti écrivain qui tente de conter sa vie à une amie et à un public, est des plus grâcieux (et rafraîchissant à notre époque illétrée qui aboie), mais aussi parfois, des plus capillotractés, surtout lors de réflexions que se permet Marianne, quelques fois pertinentes, d'autres fois ratées.
L'efficacité de la parole et de l'attitude influençant les autres au mot près, au sourcil près, le retour incessant de certains personnages secondaires quelque soit l'éloignement géographique, ainsi que le style d'une écriture en direct avec retours en arrière et digressions, rappelleront une sorte de pré-Proust, sans le tortillement syntaxique qui rend fou.
Voilà, c'est l'oeuvre parfaite à étudier à la fac tant elle est, dans son entier, un point d'interrogation. Plus un objet de fascination pour tout ce que j'ai cité, qu'un coup de coeur littéraire.
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Apikrus
  12 décembre 2018
Alors qu'habituellement je repose sans les achever les livres qui ne me plaisent pas, j'ai lu celui-ci intégralement.
Or c'est LE livre LE PLUS ENNUYEUX de TOUTE ma vie de lecteur…
Pourquoi ce traitement de « faveur », alors ?
Tout simplement parce que cette lecture m'avait été imposée dans le cadre scolaire et que je n'avais alors pas eu le cran de passer outre la consigne (l'épreuve du baccalauréat était en ligne de mire).
En résumé, la vie de Marianne fut peut-être mouvementée, mais racontée par Marivaux dans son livre du même nom, elle est ennuyeuse et indigeste.
Je déconseille vivement et en profite pour suggérer aux professeurs de français de donner à lire à leurs élèves des choses plus intéressantes. Il y en a beaucoup d'autres chez les auteurs classiques, y compris dans ce siècle et, je n'en doute pas, y compris chez Marivaux (ses pièces de théâtre sont moins volumineuses).
Ils pourront éventuellement s'inspirer des avis postés sur Babelio...
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mu-mu
  07 octobre 2021
la vie de Marianne est ma première rencontre avec l'oeuvre de Marivaux.
J'ai beaucoup aimé le style, l'histoire, les personnages.
Un style très original, Marianne retrace sa vie par écrit pour l'une de ses amies à qui elle s'adresse. Ainsi l'écrivain disparait de son oeuvre pour laisser parler Marianne, l'illusion est parfaite, Marianne est si réelle, qu'on a vraiment l'impression que c'est elle qui raconte ses aventures.
Difficile aussi de se dire que ce roman est écrit par un homme, tant il y a de détails sur l'état d'esprit et les sentiments des personnages, féminins pour la plupart.
Le petit bémol est qu'il y a une histoire dans l'histoire (et ce n'est pas quelques pages seulement, mais près d'un quart du roman), que j'ai appréciée mais trouvée un peu longue.
A ce bémol près, je ne me suis jamais ennuyée, bien au contraire, c'est un roman pleins d'aventures et de rebondissements, qui se lit très vite, mais dans lequel les personnages pleurent beaucoup (il y a 150 fois le mot "larmes").
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Bel-Ami
  29 octobre 2014
Voilà , j'ai déjà terminé ce livre qu'on pourrait définir de pavé . Personnellement je n'aime pas cette dénomination qui laisse penser qu'un livre sera lourd et ennuyeux . La plume de Marivaux ravira , par ces mots dont l'orthographe berce l'oreille , n'importe quel français fier de sa langue ou tout simplement adepte des tournures de phrases magnifiques . Concernant l'histoire , là encore , l'auteur utilise un procédé toujours efficace , celui du conteur qui déroule au fil des pages son histoire , de plus y est mêlée une seconde histoire qui nous tient en haleine jusqu'aux dernières pages .
Je conseille donc au curieux de ce procurer ce livre !
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oiseaulire
  09 octobre 2018
Grand livre épistolaire : le lecteur ne souffre pas de sa forme inachevée puisque la narratrice, Marianne, écrit l'histoire de sa vie à une amie qui connaît nécessairement le dénouement de ses aventures.
C'est plein de revirements, de revers de fortune, d'amours fous suivis d'abandons subits, de grands sentiments déguisant des intérêts personnels, de flots de larmes sincères ou de circonstance, déversés avec complaisance par les femmes comme par les hommes, et par ces derniers surtout lorsqu'ils sont prêts à trahir.
On y rencontre, il est vrai, quelques belles âmes. Cela existe chez Marivaux. On y rencontre surtout des inconstants, de redoutables mégères et de grands vilains suborneurs qui, sous couvert de charité, ensevelisent les jeunes orphelines sous de beaux discours, les exhortent à une vertu inhumaine pour mieux les soudoyer et les mener à la courtisanerie.
On y fréquente une société où la constante préoccupation est de ne perdre ni rang ni rentes, où les hommes d'église préfèrent l'apparat à la foi et exercent à l'occasion le métier de rabatteur, où l'hypocrisie tient lieu de savoir-vivre et où nul ne manque d'exercer la parcelle de pouvoir qui passe à sa portée au détriment d'autrui : le déclassement, la ruine, la folie et la mort ne sont jamais loin.
Les très fréquents rappels au devoir et à la décence sont toujours destinés à l'édification des inférieurs par la naissance ou par le sexe. Ces harangues incessantes finissent par convaincre le lecteur que les protestations de vertu n'ont pour unique finalité que de donner le change, et que la morale n'est jamais aussi absente que là où on l'invoque le plus.
On ne s'ennuie pas ; on retrouve adaptés à l'époque concernée, les éternels ressorts du monde tel qu'il va.
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Citations et extraits (18) Voir plus Ajouter une citation
mu-mumu-mu   02 octobre 2021
(...) il y a de certaines gens dont l’esprit n’est en mouvement que par pure disette d’idées ; c’est ce qui les rend si affamés d’objets étrangers, d’autant plus qu’il ne leur reste rien, que tout passe en eux, que tout en sort ; gens toujours regardants, toujours écoutants, jamais pensants.
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mu-mumu-mu   29 septembre 2021
Ce que je dis là peint surtout beaucoup de bigots qui voudraient bien gagner le ciel, sans rien perdre à la terre, et qui croient avoir de la piété, moyennant les cérémonies pieuses qu’ils font toujours avec eux-mêmes, et dont ils bercent leur conscience.
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VilerioVilerio   07 août 2012
Je soutiens qu’une femme qui choque la pudeur perd tout le mérite des grâces qu’elle a. On ne les distingue plus à travers la grossièreté des moyens qu’elle emploi pour plaire. Elle ne va plus au cœur. Elle ne peut plus même se flatter de plaire. Elle débauche. Elle n’attire plus comme aimable mais seulement comme libertine et par la se met à peu près au niveau de la plus laide qui ne se ménagerait pas.
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Sand94Sand94   10 novembre 2010
“Passons maintenant à l’histoire. C’est une femme qui raconte sa vie; nous ne savons qui elle était. C’est la Vie de Marianne; c’est ainsi qu’elle se nomme elle-même au commencement de son histoire; elle prend ensuite le titre de Comtesse; elle parle à une de ses amies dont le nom est en blanc, et puis c’est tout.” (p.58)
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mu-mumu-mu   03 octobre 2021
(...) les âmes tendres et délicates ont volontiers le défaut de se relâcher dans leur tendresse, quand elles ont obtenu toute la vôtre : l’envie de vous plaire leur fournit des grâces infinies, leur fait faire des efforts qui sont délicieux pour elles ; mais dès qu’elles ont plu, les voilà désœuvrées.
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Vidéo de Pierre de Marivaux
Rencontres de Chaminadour 2021 : « Lydie Salvayre sur les grands chemins de Georges Bernanos ».
Jean-Basptiste Sastre et comédien et metteur en scène. Après des études au Conservatoire national supérieur d'Art dramatique de Paris, il signe en 1995 sa première mise en scène, Histoire vécue du roi Toto, d'après l'oeuvre d'Antonin Artaud. Il montera par la suite des textes de Genet, Duras, Marlowe, Büchner, Marivaux, Labiche ou Coleridge. Son travail de metteur en scène ne consiste pas seulement à assurer la direction d'acteurs, mais aussi à créer avec ceux qui l'accompagnent, et plus particulièrement les poètes et les plasticiens dont il s'entoure, une esthétique propre à chaque spectacle. À partir de 2005, Jean-Baptiste Sastre, alors lauréat de la Villa Médicis hors les murs à Londres, débute un travail sur le théâtre élisabéthain et tout particulièrement sur La Tragédie du roi Richard II. En 2018, il présente au Festival d'Avignon La France contre les robots de Georges Bernanos, co-adapté avec Gilles Bernanos.
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