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Jean Goulemot (Éditeur scientifique)
ISBN : 2253085782
Éditeur : Le Livre de Poche (22/08/2007)

Note moyenne : 3.92/5 (sur 115 notes)
Résumé :
Marivaux est aussi grand dans le roman qu'au théâtre.
Il fait ici le tableau d'une destinée, et montre tous les aspects du génie féminin opposés à la froide raison. Dans cette autobiographie fictive, les scènes attendrissantes, le goût des larmes se manifestent déjà. Les faits ne sont que prétextes aux aventures spirituelles. L'héroïne, de noble origine, enlevée par des brigands, connaît d'abord une condition modeste. Prise entre les avances excessives des un... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (9) Voir plus Ajouter une critique
Darkcook
  17 décembre 2014
Ah, La Vie de Marianne... J'aurai passé des mois sur ce pavé, mais ça valait le coup. Au programme de l'agrèg, donc imposé, il s'avère que c'est une oeuvre infiniment plus intéressante à étudier qu'à lire, malgré ses qualités d'écriture. J'en profite pour remercier Fabrice Chassot de l'université Toulouse II pour ses cours prodigieux en la matière, qui en font un trésor d'archéologie littéraire, une énigme qui a alimenté bien des thèses et des interprétations. Pourquoi? Je m'explique.
C'est un roman à la première personne de Marivaux, exercice pour lequel il est bien moins connu que pour son théâtre, où une certaine Marianne, âgée et désormais comtesse, raconte sa vie. Mais comme le Paysan parvenu, ce roman est demeuré inachevé. Marianne jeune ignorant le secret de sa naissance puisqu'orpheline, mais se croyant noble, pouvant l'être eu égard à certains indices (mais peut-être pas!), ses qualités et ses manières innées lui permettent de s'intégrer peu à peu à la noblesse et de sortir de l'indigence dans laquelle elle avait atterri, de gagner le coeur de Mme de Miran, mère de substitution, ou de Valville, son amant. Marianne a l'instinct de son appartenance à ce monde et du comportement à y adopter, or, jamais Marivaux ne tranchera sur ses origines.
Le coeur et le naturel caractérisent Marianne. Elle est la spontanéïté incarnée, incapable de ruser, de feindre, de se contenir, et pleure toutes les deux pages. C'est ce caractère qui séduit les personnages qu'elle rencontre, en plus de sa grâce naturelle évoquant ses (probables) origines aristocratiques. Mais l'incertitude de sa naissance reste un obstacle. Elle a certes l'amour de Miran et de Valville, mais la société condamnerait ce dernier s'il épousait quelqu'un qui, tout compte fait, pourrait venir du peuple.
Marianne, grâce à son naturel constant, s'attire donc les grâces des gens qu'elle aime, désarme les dévôts qui s'opposent, par définition, à son caractère... Et derrière elle, peut être reconnu Marivaux défendant son style fortement fustigé de son vivant, qu'il jugeait naturel, pendant que Crébillon ou Desfontaines le considéraient comme inintelligible, néologique, car affranchi des saints dicos du XVIIème qui voulaient la langue immuable et identique pour tous. L'idée d'un style littéraire propre à chacun, loin d'un bête copiage des modèles depuis Aristote, était à l'époque une aberration pour les anciens, et émergeait seulement de certains esprits (les Modernes, dont Marivaux). La Vie de Marianne serait donc un éloge de l'authenticité absolue, dans la littérature comme dans la vie. Mais ce n'est pas non plus une exaltation du Moi insupportable ou une sincérité qui irait jusqu'à blesser, Marianne sait ménager les autres. Marivaux revendique donc ici la liberté littéraire de tous. À époque neuve, langue neuve.
L'inachèvement et l'absence de réponses ont laissé une myriade de métatextes allant dans tous les sens : Marianne serait-elle en réalité d'une perspicacité inouïe, et telle une picara, abuserait-elle de son minois pour se frayer un chemin au milieu de la noblesse? Vu qu'elle raconte elle-même sa vie, son récit n'est pas entièrement fiable. Puisqu'elle est comtesse une fois âgée et racontant, toutes les hypothèses sont possibles : l'a t-elle été par alliance, parce que reconnue comme noble de naissance...? Mentirait-elle?
L'absence de fin serait volontaire de la part de Marivaux, et enrichit ainsi considérablement l'oeuvre qui a aussi ouvert la voie à moult textes apocryphes, l'équivalent des fanfictions de l'époque...
La semi-acceptation de Marianne au sein de la noblesse ne peut être cependant lue comme un discours pré-révolutionnaire de Marivaux plaidant l'égalité des classes, de par le mépris de Marianne pour le peuple (auquel elle appartient peut-être, répétons-le!) et son attirance pour l'aristocratie, Marivaux et Marianne s'en prenant véritablement aux aristocrates qui n'ont pas un comportement, une droiture dignes de leur rang, point à la hiérarchie sociale. le récit enchassé de Tervire est une interrogation de plus. Personnage différent, capable de ruse, qui tend la main vers plus bas et infortuné qu'elle, donc plus insolent idéologiquement, c'est aussi sur l'absence de dénouement de son histoire que se conclut le roman...
Le style de Marivaux à proprement parler, qu'il défend ici grâce à un personnage apprenti écrivain qui tente de conter sa vie à une amie et à un public, est des plus grâcieux (et rafraîchissant à notre époque illétrée qui aboie), mais aussi parfois, des plus capillotractés, surtout lors de réflexions que se permet Marianne, quelques fois pertinentes, d'autres fois ratées.
L'efficacité de la parole et de l'attitude influençant les autres au mot près, au sourcil près, le retour incessant de certains personnages secondaires quelque soit l'éloignement géographique, ainsi que le style d'une écriture en direct avec retours en arrière et digressions, rappelleront une sorte de pré-Proust, sans le tortillement syntaxique qui rend fou.
Voilà, c'est l'oeuvre parfaite à étudier à la fac tant elle est, dans son entier, un point d'interrogation. Plus un objet de fascination pour tout ce que j'ai cité, qu'un coup de coeur littéraire.
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Bel-Ami
  29 octobre 2014
Voilà , j'ai déjà terminé ce livre qu'on pourrait définir de pavé . Personnellement je n'aime pas cette dénomination qui laisse penser qu'un livre sera lourd et ennuyeux . La plume de Marivaux ravira , par ces mots dont l'orthographe berce l'oreille , n'importe quel français fier de sa langue ou tout simplement adepte des tournures de phrases magnifiques . Concernant l'histoire , là encore , l'auteur utilise un procédé toujours efficace , celui du conteur qui déroule au fil des pages son histoire , de plus y est mêlée une seconde histoire qui nous tient en haleine jusqu'aux dernières pages .
Je conseille donc au curieux de ce procurer ce livre !
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Lenora
  16 décembre 2015
Si dans l'esprit français Marivaux n'a plus besoin de faire ses preuves dans le domaine du théâtre, il est encore surprenant qu'il n'ait pas encore bien conscience de son talent en tant qu'auteur de roman.
La vie de Marianne, récit imbriqué dans un autre récit, est une petite perle autant du point de vue de l'histoire que dans sa forme. La première relate l'histoire d'une orpheline, qui de par ses vertus naturelles, vivra de nombreuses péripéties qui la conduiront jusqu'au-devant de Mme de Miran et de son fils, Mr de Valville. Tous deux deviendront alors son bouclier face à une société où le titre de naissance semble prédominant avant les qualités et la sagesse. Une sagesse qui est d'ailleurs évoquée par la jeune femme dans la narration par des petites pauses pleines de fraîcheur sur des réflexions personnelles et sociétales. Ce qui, dans la structure du roman, est la bienvenue pour ce manuscrit assez volumineux. Toutefois, par ces discours alternés, le lecteur n'est pas ennuyé, et il est fort agréable d'y rencontrer des paroles rapportées de divers personnages tous différents les uns des autres. de la lingère populaire, au faux dévot, jusqu'à la famille bourgeoise remplie de dédain.
Ne vous laissez pas impressionner par la masse du roman. Ici, la quantité justifie la qualité.
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ElizabethBennet
  15 janvier 2013
Tout simplement époustouflant. Marivaux, pourtant davantage célèbre pour ses pièces de théâtre, signe avec ce roman épistolaire en forme d'autobiographie fictive l'une de ses meilleures oeuvres, et sans doute la plus émouvante. Portée du dénuement le plus inquiétant au faîte de la société (comme l'indique son titre de comtesse, qui reste néanmoins inexpliqué en raison de l'inachèvement du roman), la jeune et belle Marianne nous livre, parfois de manière péremptoire, voire agaçante, comme elle le reconnaît elle-même, ses impressions, ses réflexions et ses jugements sur ses contemporains, sans complaisance ni fausse pudeur, ce qui permet à Marivaux de se livrer à une étude de moeurs particulièrement juste. Un roman qui se révèle véritablement fascinant : on ne peut se détacher de cette histoire d'amour impossible entre une jeune orpheline, belle mais désargentée, et un riche aristocrate promis à un mariage d'argent. Malgré ses petits airs présomptueux, on s'attache vite à cette héroïne si malmenée par le sort, et Marivaux la dote en us d'une grandeur d'âme exceptionnelle, qui la rend sympathique aux yeux du lecteur. En dépit de sa longueur (près de 600 pages, et d'ailleurs, on regrette presque que Marivaux ne l'ait pas terminé !), on ne s'ennuie jamais dans ce roman plein de coups de théâtre et de rebondissements, passionnant, vivant, et dont le style rappelle souvent les plus belles pages de la littérature française... (la suite en cliquant sur le lien ci-dessous !)
Lien : http://ars-legendi.over-blog..
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sarouche
  03 avril 2014
Très belle découverte que La vie de Marianne ! J'ai adoré ce livre très bien écrit (c'est normal c'est Marivaux !). J'ai été complètement transportée par la vie de cette jeune fille, de sa naissance à sa vie d'adulte. de sa province à son arrivée à Paris, la jeune fille vit des événements riches, arrivée à Paris, sa vie prend une tournure qu'on est loin de s'imaginer …
La plume de Marivaux espiègle et vivante est très riche en description. J'ai en mémoire quelques images bien précises, comme des tableaux tellement c'est bien écrit et bien décrit (il ne faut pas oublier que Marivaux est un grand auteur de pièces de théâtre).
Je conseille vivement cette lecture agréable est distrayante qui nous emmène loin et nous fait rêver. J'ai juste un regret, c'est la fin …
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Citations et extraits (12) Voir plus Ajouter une citation
Sand94Sand94   10 novembre 2010
“Passons maintenant à l’histoire. C’est une femme qui raconte sa vie; nous ne savons qui elle était. C’est la Vie de Marianne; c’est ainsi qu’elle se nomme elle-même au commencement de son histoire; elle prend ensuite le titre de Comtesse; elle parle à une de ses amies dont le nom est en blanc, et puis c’est tout.” (p.58)
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VilerioVilerio   07 août 2012
Je soutiens qu’une femme qui choque la pudeur perd tout le mérite des grâces qu’elle a. On ne les distingue plus à travers la grossièreté des moyens qu’elle emploi pour plaire. Elle ne va plus au cœur. Elle ne peut plus même se flatter de plaire. Elle débauche. Elle n’attire plus comme aimable mais seulement comme libertine et par la se met à peu près au niveau de la plus laide qui ne se ménagerait pas.
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Sand94Sand94   10 novembre 2010
“Comme on pourrait soupçonner cette histoire-ci d’avoir été faite exprès pour amuser le public, je crois devoir avertir que je la tiens moi-même d’un ami qui l’a réellement trouvée, comme il le dit ci-après, et que je n’y ai point d’autre part que d’en avoir retouché quelques endroits trop confus et trop négligés” (p.55)
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Sand94Sand94   10 novembre 2010
“Comme on pourrait soupçonner cette histoire-ci d’avoir été faite exprès pour amuser le public, je crois devoir avertir que je la tiens moi-même d’un ami qui l’a réellement trouvée, comme il le dit ci-après, et que je n’y ai point d’autre part que d’en avoir retouché quelques endroits trop confus et trop négligés” (p.55)
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lapetitelectricelapetitelectrice   18 avril 2014
"La condition de ceux qui reste est toujours plus triste que celle des personnes qui s'en vont. S'en aller, c'est un mouvement qui dissipe, et rien ne distrait les personnes qui demeurent."
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Videos de Marivaux (19) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de  Marivaux
Pierre de Marivaux - La vie de Marianne, Livre 1 (FR)
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