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Jean Goulemot (Éditeur scientifique)
EAN : 9782253085782
696 pages
Le Livre de Poche (22/08/2007)
3.72/5   192 notes
Résumé :
Marivaux est aussi grand dans le roman qu'au théâtre.
Il fait ici le tableau d'une destinée, et montre tous les aspects du génie féminin opposés à la froide raison.
Dans cette autobiographie fictive, les scènes attendrissantes, le goût des larmes se manifestent déjà. Les faits ne sont que prétextes aux aventures spirituelles. L'héroïne, de noble origine, enlevée par des brigands, connaît d'abord une condition modeste. Prise entre les avances excessive... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (22) Voir plus Ajouter une critique
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Marivaux a fait paraître ce texte en livraisons successives entre 1731 et 1742, tout en écrivant par ailleurs un autre roman, le paysan parvenu, plusieurs pièces de théâtre, et le cabinet du Philosophe, que certains considèrent comme un véritable atelier du roman, une réflexion sur certains changements esthétiques qui appellent la mise en place de dispositifs narratifs et fictionnels nouveaux permettant de les traduire dans un nouveau discours romanesque, au service des attentes du public. C'est dans les romans écrits à la même époque que ces nouveaux principes sont mis en application.

La vie de Marianne appartient au genre du roman-mémoires. le roman de Madame de Villedieu publié en 1671, les Mémoires d'Henriette-Sylvie de Molière est considéré comme le premier roman notable relevant de ce genre. Dans ce genre romanesque, un personnage fictif fait un récit à la première personne de sa vie . Il ne s'agit pas de donner un récit de faits historiques, mais de s'interroger sur soi-même, sur son parcours ;ces romans sont souvent centrés sur la vie sentimentale des personnages. le récit à la première personne est censé donner un caractère d'authenticité au texte, les auteurs insistent souvent sur cet aspect.

Le roman de Marivaux utilise aussi une autre forme romanesque relativement récente, celle du roman épistolaire. le texte du roman, miraculeusement retrouvé par un éditeur dans une maison qu'il vient d'acheter, est constitué par des lettres, qu'une comtesse aurait écrites à une amie pour lui raconter son existence atypique. Nous n'avons pas les réponses de l'amie, mais la forme épistolaire permet à Marivaux d'interrompre son roman à certains moments, suivant les contraintes des parutions, et il permet une structuration souple, des digressions un peu comme dans une conversation avec une amie.

Marianne a donc connu un début d'existence mouvementé : âgée d'environ deux ans, elle a été retrouvée par des militaires dans un carrosse, dont tous les autres occupants ont été tués par des brigands, qui les ont dépouillé. L'identité de la petite fille est totalement inconnue et incertaine. Elle est prise en charge par le curé de village et sa soeur, bonnes gens modestes. Mais lors d'un voyage à Paris au chevet d'un parent, dont la soeur de curé espère un héritage pour sa protégée, le curé et la soeur décèdent, et la jeune femme se retrouve dans la capitale seule et sans ressources. Elle sollicite un religieux, qui était en lien avec sa mère adoptive, et celui-ci la confie aux bons soins d'un dévot, M. de Climal. Ce dernier est en réalité un hypocrite : il souhaite profiter de la situation de Marianne pour en faire sa maîtresse. Il la place chez une lingère, où elle fait son apprentissage, et lui fait des cadeaux généreux. Marianne ne comprend pas dans un premier temps la situation, ou peut-être préfère ne pas la comprendre, mais cela devient de plus en plus difficile, M. de Climal devenant de plus en plus explicite sur ses intentions. Marianne se refuse à les accepter, tout en essayant de ne pas le froisser pour ne pas se retrouver à la rue. Elle fait la connaissance à l'église d'un beau jeune homme, Valville qui l'accueille chez lui suite à une entorse. Il s'avère être le neveu de M. de Climal. Ce dernier devient plus que pressant, et Marianne quitte sa lingère pour se réfugier dans un couvent, dans lequel elle ferra la connaissance d'une dame noble et riche, qui la prendra sous sa protection et deviendra une véritable mère adoptive pour elle. Comme nous sommes dans un roman, cette Mme de Miran se révèle être la mère de Valville, et très vite elle est d'accord pour un mariage. Mais des parents puissants ne l'entendent pas de cette oreille : Marianne est enlevée, on veut lui faire épouser un autre homme de force. Les choses s'arrangent, mais Valville se montre inconstant, tombe amoureux d'une autre jeune femme, dont le rang social correspond davantage au sien. Qu'importe : un autre homme, lui aussi riche et noble, propose à Marianne de l'épouser. Entre temps, elle écoute la confession d'une religieuse, Trevire, dont la destinée ne semble pas plus simple que celle de Marianne. Nous ne saurons pas la fin de son histoire, ni comment elle est devenue religieuse. Et le roman s'achève, ne reprend pas l'histoire de Marianne. Nous ne saurons pas si elle a pu connaître son identité, si elle s'est mariée et avec qui, tous les scénarii sont possibles. Nous savons juste que vers 50 ans elle est comtesse et riche.

Le récit à proprement parlé (dont les événements se résument au final à peu de choses, un des événements majeurs étant une entorse) est en permanence accompagné par des digressions, mais surtout par des réflexions et analyses. Marianne ne fait pas que raconter son histoire : elle analyse avec finesse et profondeur ce qui lui arrive, ses sentiments, ses ressentis, et en tire quelques généralités sur la nature humaine, même si elle le fait toujours avec légèreté et esprit. Elle est qualifiée par Marivaux de « Femme qui pense ». Elle oppose cette pensée qu'elle revendique dans le cours du texte, à celle des professionnels de la littérature et de la philosophie. Ces derniers obéissent à des règles, écrivent pour gagner leur vie, devant donner à leurs lecteurs ce qu'ils attendent, leurs productions ne sont pas forcément authentiques ni nées d'une nécessité intérieure. Marianne met en valeur sa liberté d'exposer en partant du récit de sa vie les pensées qu'elle fait naître en elle, sans aucune règle ni contrainte formelle.

Cette grand liberté de l'héroïne provient aussi de sa situation sociale. Elle est orpheline, ses origines sont inconnues. Or la société de l'époque est une société d'ordre, la naissance détermine le rang que l'on peut prétendre y occuper. Marianne n'a pas de place dans cet ordre, elle peut aussi bien être la fille de nobles parents que de la domestique. L'identité est donc l'enjeu du roman : pas celle héritée, donnée une fois pour toutes, mais une identité qui doit se construire à travers les expériences vécues et les réflexions qu'elles suscitent.

Marivaux a créé un personnage complexe : Marianne exprime avec force une aspiration à la dignité, refuse de se prostituer, de subir un mariage qui ne lui convient pas, mais en même temps elle fonctionne aussi dans une forme de séduction, devenant de plus en plus consciente du désir qu'elle suscite, de celui qu'elle ressent et des avantages qu'elle peut en tirer. le roman pose donc une question au coeur des préoccupations de son époque : comment concilier une noblesse morale avec le désir. de l'objet de désir, Marianne devient un sujet désirant, avec toutes les ambiguïtés : le trouble que fait naître l'amour fait peur mais en même temps éveille une attente, est un plaisir.

Marivaux se joue des stéréotypes de genre : les femmes sont bavardes, d'où les digressions de l'héroïne. Mais il procède à une sorte d'inversion : Marianne ne se limite pas aux faits, elle les analyse, élargit le cadre, tire des généralités de ses expériences. C'est parce qu'elle réfléchit, qu'elle est une femme qui pense, une pensée différente des philosophes professionnels, car tirée de l'expérience, du monde réel et non abstraite et théorique. Cela lui fait contester le privilège masculin qui voudrait qu'ils soient les seuls capables de philosopher. Elle oppose ce faisant une pensée sensible à une pensée théorique, coupée du réel. Son outil de réflexion est l'introspection, par un retour sur soi elle tente de rendre intelligible ce qui lui est arrivé, et en tirer une vision plus générale.

Marianne est à la fois l'observateur et l'observé, mais l'art de Marivaux va plus loin. Même si la Marianne de 50 ans a une lucidité, une distance qui lui permet d'expliciter des choses qui n'étaient pas claires pour la jeune Marianne, elle peut se tromper, ne pas tout voir, ou ne pas le vouloir. le lecteur à son tour peut se livrer aux jeux des interprétations, voyant ce que le personnage ignore, ce qui est suggéré par l'auteur. le livre pointe ainsi les limites de la lucidité appliquée à soi-même.

La forme romanesque est pour Marivaux la forme idéale pour explorer l'humanité dans ses conditions les plus variées, dont les plus modestes, souvent ignorées par la littérature de son époque. Une lingère est observée au même titre qu'une grande dame. Il s'agit d'explorer le coeur humain, sans tenir compte du prestige social, l'être humain est le même quelle que soit sa position dans la société. A ce titre, une orpheline à l'origine incertaine est un sujet idéal.

Beaucoup de choses ont été écrites, supputées sur l'inachèvement du roman. le manque d'une fin « classique » n'est pas accidentelle : Marivaux aurait eu le temps de l'écrire. Mais d'une certaine manière, terminer le livre, dire précisément ce qui est arrivé à Marianne, dévoiler ses origines, irait à l'encontre du projet du roman. C'est en racontant son histoire que Marianne construit son identité, qu'elle la fantasme à certains moments : une identité mouvante, en perpétuel remaniement, jamais achevée.

Au-delà de tous ces éléments d'analyse, c'est un roman délicieux, même si Marianne pense, elle est malicieuse, a le sens de l'humour, ne se prend pas au sérieux. Marivaux manie le second degré à la perfection et maîtrise l'art de conter, de surprendre, de tenir son lecteur en haleine, tout cela dans un style merveilleux.

A découvrir absolument.
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Ah, La Vie de Marianne... J'aurai passé des mois sur ce pavé, mais ça valait le coup. Au programme de l'agrèg, donc imposé, il s'avère que c'est une oeuvre infiniment plus intéressante à étudier qu'à lire, malgré ses qualités d'écriture. J'en profite pour remercier Fabrice Chassot de l'université Toulouse II pour ses cours prodigieux en la matière, qui en font un trésor d'archéologie littéraire, une énigme qui a alimenté bien des thèses et des interprétations. Pourquoi? Je m'explique.

C'est un roman à la première personne de Marivaux, exercice pour lequel il est bien moins connu que pour son théâtre, où une certaine Marianne, âgée et désormais comtesse, raconte sa vie. Mais comme le Paysan parvenu, ce roman est demeuré inachevé. Marianne jeune ignorant le secret de sa naissance puisqu'orpheline, mais se croyant noble, pouvant l'être eu égard à certains indices (mais peut-être pas!), ses qualités et ses manières innées lui permettent de s'intégrer peu à peu à la noblesse et de sortir de l'indigence dans laquelle elle avait atterri, de gagner le coeur de Mme de Miran, mère de substitution, ou de Valville, son amant. Marianne a l'instinct de son appartenance à ce monde et du comportement à y adopter, or, jamais Marivaux ne tranchera sur ses origines.

Le coeur et le naturel caractérisent Marianne. Elle est la spontanéïté incarnée, incapable de ruser, de feindre, de se contenir, et pleure toutes les deux pages. C'est ce caractère qui séduit les personnages qu'elle rencontre, en plus de sa grâce naturelle évoquant ses (probables) origines aristocratiques. Mais l'incertitude de sa naissance reste un obstacle. Elle a certes l'amour de Miran et de Valville, mais la société condamnerait ce dernier s'il épousait quelqu'un qui, tout compte fait, pourrait venir du peuple.

Marianne, grâce à son naturel constant, s'attire donc les grâces des gens qu'elle aime, désarme les dévôts qui s'opposent, par définition, à son caractère... Et derrière elle, peut être reconnu Marivaux défendant son style fortement fustigé de son vivant, qu'il jugeait naturel, pendant que Crébillon ou Desfontaines le considéraient comme inintelligible, néologique, car affranchi des saints dicos du XVIIème qui voulaient la langue immuable et identique pour tous. L'idée d'un style littéraire propre à chacun, loin d'un bête copiage des modèles depuis Aristote, était à l'époque une aberration pour les anciens, et émergeait seulement de certains esprits (les Modernes, dont Marivaux). La Vie de Marianne serait donc un éloge de l'authenticité absolue, dans la littérature comme dans la vie. Mais ce n'est pas non plus une exaltation du Moi insupportable ou une sincérité qui irait jusqu'à blesser, Marianne sait ménager les autres. Marivaux revendique donc ici la liberté littéraire de tous. À époque neuve, langue neuve.

L'inachèvement et l'absence de réponses ont laissé une myriade de métatextes allant dans tous les sens : Marianne serait-elle en réalité d'une perspicacité inouïe, et telle une picara, abuserait-elle de son minois pour se frayer un chemin au milieu de la noblesse? Vu qu'elle raconte elle-même sa vie, son récit n'est pas entièrement fiable. Puisqu'elle est comtesse une fois âgée et racontant, toutes les hypothèses sont possibles : l'a t-elle été par alliance, parce que reconnue comme noble de naissance...? Mentirait-elle?

L'absence de fin serait volontaire de la part de Marivaux, et enrichit ainsi considérablement l'oeuvre qui a aussi ouvert la voie à moult textes apocryphes, l'équivalent des fanfictions de l'époque...

La semi-acceptation de Marianne au sein de la noblesse ne peut être cependant lue comme un discours pré-révolutionnaire de Marivaux plaidant l'égalité des classes, de par le mépris de Marianne pour le peuple (auquel elle appartient peut-être, répétons-le!) et son attirance pour l'aristocratie, Marivaux et Marianne s'en prenant véritablement aux aristocrates qui n'ont pas un comportement, une droiture dignes de leur rang, point à la hiérarchie sociale. le récit enchassé de Tervire est une interrogation de plus. Personnage différent, capable de ruse, qui tend la main vers plus bas et infortuné qu'elle, donc plus insolent idéologiquement, c'est aussi sur l'absence de dénouement de son histoire que se conclut le roman...

Le style de Marivaux à proprement parler, qu'il défend ici grâce à un personnage apprenti écrivain qui tente de conter sa vie à une amie et à un public, est des plus grâcieux (et rafraîchissant à notre époque illétrée qui aboie), mais aussi parfois, des plus capillotractés, surtout lors de réflexions que se permet Marianne, quelques fois pertinentes, d'autres fois ratées.

L'efficacité de la parole et de l'attitude influençant les autres au mot près, au sourcil près, le retour incessant de certains personnages secondaires quelque soit l'éloignement géographique, ainsi que le style d'une écriture en direct avec retours en arrière et digressions, rappelleront une sorte de pré-Proust, sans le tortillement syntaxique qui rend fou.

Voilà, c'est l'oeuvre parfaite à étudier à la fac tant elle est, dans son entier, un point d'interrogation. Plus un objet de fascination pour tout ce que j'ai cité, qu'un coup de coeur littéraire.
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Alors qu'habituellement je repose sans les achever les livres qui ne me plaisent pas, j'ai lu celui-ci intégralement.
Or c'est LE livre LE PLUS ENNUYEUX de TOUTE ma vie de lecteur…
Pourquoi ce traitement de « faveur », alors ?
Tout simplement parce que cette lecture m'avait été imposée dans le cadre scolaire et que je n'avais alors pas eu le cran de passer outre la consigne (l'épreuve du baccalauréat était en ligne de mire).

En résumé, la vie de Marianne fut peut-être mouvementée, mais racontée par Marivaux dans son livre du même nom, elle est ennuyeuse et indigeste.

Je déconseille vivement et en profite pour suggérer aux professeurs de français de donner à lire à leurs élèves des choses plus intéressantes. Il y en a beaucoup d'autres chez les auteurs classiques, y compris dans ce siècle et, je n'en doute pas, y compris chez Marivaux (ses pièces de théâtre sont moins volumineuses).
Ils pourront éventuellement s'inspirer des avis postés sur Babelio...
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la vie de Marianne est ma première rencontre avec l'oeuvre de Marivaux.
J'ai beaucoup aimé le style, l'histoire, les personnages.
Un style très original, Marianne retrace sa vie par écrit pour l'une de ses amies à qui elle s'adresse. Ainsi l'écrivain disparait de son oeuvre pour laisser parler Marianne, l'illusion est parfaite, Marianne est si réelle, qu'on a vraiment l'impression que c'est elle qui raconte ses aventures.
Difficile aussi de se dire que ce roman est écrit par un homme, tant il y a de détails sur l'état d'esprit et les sentiments des personnages, féminins pour la plupart.
Le petit bémol est qu'il y a une histoire dans l'histoire (et ce n'est pas quelques pages seulement, mais près d'un quart du roman), que j'ai appréciée mais trouvée un peu longue.
A ce bémol près, je ne me suis jamais ennuyée, bien au contraire, c'est un roman pleins d'aventures et de rebondissements, qui se lit très vite, mais dans lequel les personnages pleurent beaucoup (il y a 150 fois le mot "larmes").
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Grand livre épistolaire : le lecteur ne souffre pas de sa forme inachevée puisque la narratrice, Marianne, écrit l'histoire de sa vie à une amie qui connaît nécessairement le dénouement de ses aventures.
C'est plein de revirements, de revers de fortune, d'amours fous suivis d'abandons subits, de grands sentiments déguisant des intérêts personnels, de flots de larmes sincères ou de circonstance, déversés avec complaisance par les femmes comme par les hommes, et par ces derniers surtout lorsqu'ils sont prêts à trahir.
On y rencontre, il est vrai, quelques belles âmes. Cela existe chez Marivaux. On y rencontre surtout des inconstants, de redoutables mégères et de grands vilains suborneurs qui, sous couvert de charité, ensevelisent les jeunes orphelines sous de beaux discours, les exhortent à une vertu inhumaine pour mieux les soudoyer et les mener à la courtisanerie.
On y fréquente une société où la constante préoccupation est de ne perdre ni rang ni rentes, où les hommes d'église préfèrent l'apparat à la foi et exercent à l'occasion le métier de rabatteur, où l'hypocrisie tient lieu de savoir-vivre et où nul ne manque d'exercer la parcelle de pouvoir qui passe à sa portée au détriment d'autrui : le déclassement, la ruine, la folie et la mort ne sont jamais loin.
Les très fréquents rappels au devoir et à la décence sont toujours destinés à l'édification des inférieurs par la naissance ou par le sexe. Ces harangues incessantes finissent par convaincre le lecteur que les protestations de vertu n'ont pour unique finalité que de donner le change, et que la morale n'est jamais aussi absente que là où on l'invoque le plus.
On ne s'ennuie pas ; on retrouve adaptés à l'époque concernée, les éternels ressorts du monde tel qu'il va.
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Citations et extraits (24) Voir plus Ajouter une citation
Valville, qui m'aime dès le premier instant avec une tendresse aussi vive que subite (tendresse ordinairement de peu de durée ; il en est d'elle comme de ces fruits qui passent vite, à cause, qu'ils ont été mûrs de, trop bonne heure) ; Valville, dis-je, à sa volage humeur près, fort honnête homme, mais né extrêmement susceptible, d'impression, qui rencontre une beauté montante qui le touche, et qui me l'enlève ; ce Valville ne m'a pas laissée pour toujours ; ce n'est pas là son dernier mot. Son cœur n'est pas usé pour moi, il n'est seulement qu'un peu rassasié du plaisir de m'aimer, pour en avoir trop pris d'abord.
Mais le goût lui en reviendra : c'est pour se reposer qu'il s'écarte ; il reprend haleine, il court après une nouveauté, et j'en redeviendrai une pour lui plus piquante que jamais ; il me reverra, pour ainsi dire, sous une figure qu'il ne connaît pas encore ; ma douleur et les dispositions d'esprit où il me trouvera me changeront, me donneront d'autres grâces. Ce ne sera plus la même Marianne.
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(...) il y a de certaines gens dont l’esprit n’est en mouvement que par pure disette d’idées ; c’est ce qui les rend si affamés d’objets étrangers, d’autant plus qu’il ne leur reste rien, que tout passe en eux, que tout en sort ; gens toujours regardants, toujours écoutants, jamais pensants.
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Ce que je dis là peint surtout beaucoup de bigots qui voudraient bien gagner le ciel, sans rien perdre à la terre, et qui croient avoir de la piété, moyennant les cérémonies pieuses qu’ils font toujours avec eux-mêmes, et dont ils bercent leur conscience.
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Je soutiens qu’une femme qui choque la pudeur perd tout le mérite des grâces qu’elle a. On ne les distingue plus à travers la grossièreté des moyens qu’elle emploi pour plaire. Elle ne va plus au cœur. Elle ne peut plus même se flatter de plaire. Elle débauche. Elle n’attire plus comme aimable mais seulement comme libertine et par la se met à peu près au niveau de la plus laide qui ne se ménagerait pas.
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“Passons maintenant à l’histoire. C’est une femme qui raconte sa vie; nous ne savons qui elle était. C’est la Vie de Marianne; c’est ainsi qu’elle se nomme elle-même au commencement de son histoire; elle prend ensuite le titre de Comtesse; elle parle à une de ses amies dont le nom est en blanc, et puis c’est tout.” (p.58)
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« La double inconstance » de Marivaux, c'est à lire en poche dans la collection Etonnants Classiques.
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