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EAN : 9782070364428
243 pages
Gallimard (14/09/1973)
3.87/5   113 notes
Résumé :
L'oeil inconsciemment gris-bleu, la molletière galamment embobinée avec inconscience, le soldat Brû promenait naïvement avec lui tout ce qu'il fallait pour plaire à une demoiselle ni tout à fait jeune ni tout à fait demoiselle. Il ne savait pas. Julia pinça le bras de sa soeur Chantal et dit : - Le v'là. Tapies derrière un entassement brut de bobines et de boutons, elles le regardèrent passer, muettes.
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Mais dans quelle aventure nous entraîne encore Raymond Queneau? le lecteur se perd un peu dans la narration, car bien des surprises l'attendent en suivant Valentin Brû. Beaucoup de fantaisie, un langage fleuri, des situations cocasses et improbables, tout cela se passe un peu avant la seconde guerre mondiale et au tout début du conflit, avec une "évolution de carrière" surprenante de la part du protagoniste principal. Tout le génie de Raymond Queneau se manifeste une nouvelle fois dans ce roman, écrit dans un langage populaire, parfois totalement décalé et par des scènes surprenantes. Livre divertissant, même si des thèmes sérieux sont abordés, la mobilisation, la guerre, l'exode, le nazisme, la défaite...
Je n'ai cependant pas eu de coup de coeur comme pour "Exercices de style" ou "Les fleurs bleues", mais ce texte reste une lecture agréable.
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« Le dimanche de la vie », publié en 1952, est le roman le plus philosophique de Raymond Queneau, le titre étant emprunté à une expression de Hegel citée lors d'un de ses cours sur l'esthétique, au sujet de la peinture flamande du XVIIème siècle.
Queneau se sert de la « Phénoménologie de l'esprit » pour illustrer une histoire finalement assez banale mais aux personnages au caractère bien trempé.

Julia Ségovie, commerçante d'un certain âge, s'éprend d'un jeune soldat (Valentin Brû) dont elle ignore à même le nom et fera tout pour retrouver la trace et se marier avec. Elle finira par arriver à ses fins et vivra avec jusqu'à la mobilisation militaire de celui-ci.

L'évolution du protagoniste Valentin Brû se passe en trois étapes dans ce qui est une sorte de cheminement initiatique. Tout d'abord, il est inconscient de lui-même et donc c'est pour cette raison qu'il n'apparaît pas dans le registre de l'armée. Il obtient une existence à partir du moment où Julia porte un regard sur lui mais ne restant pourtant qu'un jouet entre ses mains, ne faisant qu'obéir à tous ses désirs selon la dialectique maitre-esclave de Hegel. Puis, Valentin commence à apprendre le métier de commerçant et passe à l'étape de l'auto-conscience. Dans la dernière partie du roman, il arrive enfin à une sorte de sagesse ainsi qu'à une connaissance de l'humanité et du monde et c'est pour cette raison qu'il passe presque pour un prophète, car il parvient à prédire l'imminence de la guerre alors que personne n'y croit vraiment. Ces trois étapes peuvent également se situer à un niveau social : le simple soldat inconscient devient un mari, devient un commerçant et ensuite part faire la guerre.

Il y a également cette fascination angoissante du temps qui passe, Valentin n'arrêtant pas de scruter les aiguilles de l'horloge, cherchant à surveiller le temps s'écoulant inexorablement.

Le style de Raymond Queneau, facilement reconnaissable, est toujours aussi plaisant et agréable à lire, n'oubliant jamais de verser dans le second degré malgré l'actualité sulfureuse de l'époque à laquelle se situe l'histoire du livre.
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Queneau j'ai lu il y a fort longtemps c'est avec plaisir que je le retrouve avec ce petit roman. J' apprécie le style déjanté de l'auteur, les personnages un peu loufoques, ainsi que l'ambiance en générale.
C'est un langage qui prête à sourire, et donne de l'humour à l'histoire, même si parfois ça semble un peu tiré par les cheveux, on adhère pour le spectacle qui se joue entre les pages.
Si vous avez envie d'une parenthèse détente, humour, burlesque, lisez un Queneau.
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Ce Roman a été ecrit en 1952.
Une ombre plate (*) _Valentin Brù _ est épousée par une commercante  quadra décidée :Julie Botrula.... épouse Brù, donc.
D'abord inconsistant, ce" soldat de 2eme classe au 10eme dépôt des isolés coloniaux" est libéré... car non inscrit dans les effectifs. Il prend peu a peu consistance en héritant du magasin de cadres de sa belle mère. La tache de vendeur lui convient.. Psychologue, à l'écoute de ses clients et voisins de quartier, l'activité périclite avec la proximité de la guerre.... Qu'il est le seul à annoncer . Une voyante s'installe et prédit- avec bonheur- l'inverse.
Valentin devient tres autonome intellectuellement, mais le couple parait se compléter parfaitement au point de ne former qu'un seul individu... tres psychologue.
Ces personnages semblent à rapprocher de leurs prédécesseurs du roman "le chiendent" écrit en 1933. Leur consistance se renforce avec l'avancée des événements. Ici la sagesse contemplative, associée à l'entretien de bons rapports de voisinage, et de comptoir ! participe au succes de notre voyante, que l'on devine ubiquitaire.
Le style de Raymond Queneau est affirmé et bien établi : alternances sans transitions du présent au passé simple, expressions orales ou racourcis phonétiques conversationnels. Tout est en place pour nous promener dans ce petit monde qui nous fait raisonner juste ? en tout cas selon notre passifiste et empatique "héros ". Lequel, philosophe, choisit comme ideal le chevalier de la barre "il pouvait s'agir d'un Mars enchaîné et il lui parut aussitôt que nul dieu ne pouvait mieux convenir à sa religion personnelle."
Donc, avec cette lecture, je ne peux que vous conseiller de découvrir le premier grand roman de Queneau _ très abouti, étrange , onirique_ : "le chiendent" .
(*) cf le chiendent -1933
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J'avais oublié à quel point Queneau était drôle ! Invention de mots, situations ubuesques, natation dans l'absurde tout en restant dans un univers très terre-à-terre... Ce roman m'a rappelé Zazie dans le métro (là aussi quelques pérégrinations parisiennes), mais avait aussi quelque chose de sensible et de cruel dans la description d'un couple improbable et bancal.
Une chouette lecture !
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Citations et extraits (26) Voir plus Ajouter une citation
Ils entrèrent chez madame Houssette, qu'ils saluèrent bien poliment, et Paul acheta une bouteille de Courvoisier, puis ils allèrent chez madame Virole qui tenait, en plus de l'épicerie, une buvette. Comme cognac, madame Virole ne disposait que d'une marque, et que Paul ne connaissait pas. Il tint à la goûter. Bien qu'il eût l'estomac ravagé par l'eau du lac Tsimanampetsotsa, Valentin ne put refuser de l'accompagner.
- Très bien, approuva Paul. Une bouteille, madame Virole, et remettez-nous ça. Proteste pas, gamin. C'est vrai que je pourrais presque être ton père.
- Pourquoi presque? demanda Valentin.
Et se tournant vers la patronne :
- On n'est jamais presque père, on l'est ou on ne l'est pas, pas vrai, madame Virole?
- Si, c'est vrai! C'est comme les cocus! Ils le sont ou ils ne le sont pas.
- Ah, pardon! protesta Paul! On peut ne l'être que presque.
- Oh vous, s'écria madame Virole, je vous vois venir, vous allez me débiter des cochonneries.
- Les cochonneries font partie de l'existence, déclara Paul et je soutiens qu'on peut n'être que presque-cocu.
- C'est un presquiste, risqua Valentin pour se faire apprécier de madame Virole.
Mais celle-ci n'y fit point attention.
- Ta gueule, toi, dit Broubaillat. Tu n'as pas la parole, tu es presque un puceau.
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- Et les affaires, ça marche? demanda Houssette.
- Non. De plus en plus mal. Je ne sais pas comment on s'en tire.
- Le criez pas trop fort, lui conseilla Houssette.
C'était vrai. Et Julia qui lui répétait tout le temps : surtout cause pas! cause jamais!
- Enfin faut pas trop se plaindre, conclut-il d'un air satisfait.
Maintenant, naturellement, et à tout point de vue, fallait qu'il pose la même question à Houssette. Ca allait de soi.
- Et vous? demanda-t-il.
- La bouffe, dit Houssette avec mépris, la bouffe, ça marche toujours. Quand les affaires sont prospères, on bouffe parce qu'on est content, et quand ça marche plus, on bouffe pour se consoler.
- Vous croyez qu'on mange quand on est triste? dit Valentin.
- Et les gueuletons après les enterrements?
- C'est peut-être parce que les gens sont ravis.
Cette réponse attira de nouveau sur Valentin le regard inquisitif de Houssette.
- Vous croyez que tous les gens sont des salauds? dit l'épicier.
- Ca, non!
- Alors?
Valentin n'avait rien à répondre.
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Alors Valentin a entrepris de lire. Mais quoi ? Et comment ? Attendre le client le nez dans un journal, ça la fout mal. Le nez dans un livre, c'est encore plus étrange. Valentin adopte une solution connue : glisser l'ouvrage ou la publication dans une chemise portant écrit en belle ronde ce mot : Factures. Encore faut-il ne pas trop se laisser absorber par la lecture. A supposer qu'il y ait là une solution de la question du comment, reste encore la question du quoi. Valentin ne se sent attiré par rien de spécial. Il y a les livres nouveaux recommandés par les gazettes mais ils coûtent des prix assez élevés allant jusqu'à des douze quinze francs. Il y a les auteurs anciens, ceux-là on peut facilement les trouver à la bibliothèque municipale, mais ils sont si nombreux. Par lesquels commencer ? Descendre les siècles ou remonter les générations ? Valentin adopte une méthode concrète : il choisit les plus proches, c'est-à-dire ceux qui ont une rue dans le douzième arrondissement : Charles Baudelaire, Taine, Diderot, Ledru-Rollin, par exemple. La bibliothèque municipale du douzième arrondissement ne possède malheureusement aucun ouvrage de Ledru-Rollin ; cet échec décourage Valentin. Entre-temps, il a trouvé autre chose : il va préparer son baccalauréat.
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Après avoir circulé dans les rues d'Angoulême, ce jour-là particulièrement désertes, il retrouva sa valoche avec un étonnement amusé et, sur le coup de quatre heures du matin, monta dans un semi-direct qui faisait souvent l'omnibus. Un compartiment était vide, il s'y endormit, heureux.
Plus tard, il eut des compagnons de route ; mais ils s'avéraient éphémères, ne pratiquant en général que des déplacements de quatre à cinq stations. En changeant, ils lui permettaient d'observer à la fois la variété et l'unité de la population française, et, comme il en était à son second voyage depuis la veille, il se sentait très à l'aise, il éprouvait même un petit sentiment protecteur pour les plus croquants d'entre-eux. Mais, en approchant de Paris, il retrouvait sa modestie.
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Jean-sans-Tête entra, porteur de balais de jonc. Il les posa soigneusement sur le comptoir et tendit la main vers Valentin.
- Cigarette, dit-il sans spécifier s'il s'agissait d'un ordre ou d'une prière.
Valentin la lui donna, en y joignant une boîte d'allumettes.
Jean-sans-Tête rejeta la première bouffée par le nez et regarda le bout allumé, attentivement.
- Pra, pra, pra, pra, pra, pra, fit-il. Pra, pra, pra, pra, pra, pra, pra.
- Qu'est-ce que tu as mangé ce midi? demanda Valentin.
- Cuterie, répondit Jean-sans-Tête. Cuterie, pra, pra.
- Eh, eh, fit Valentin, tu t'es régalé.
Jean-sans-Tête se tapa sur la cuisse.
- La foire, dit-il en s'étranglant de rire. La foire.
Il leva un doigt en l'air, souleva une jambe et lâcha un pet. Puis, ayant éteint sa cigarette entre deux doigts, il en entreprit la mastication, lentement.
- Tu vas voir, dit-il en laissant couler un peu de jus de tabac sur sa barbe poivre et sel.
Il sonda l'une de ses poches et en sortit un morceau de boudin rongé aux deux bouts.
- Cuterie! dit-il. Cuterie!
Avec les deux mains séparées, il indiqua une longueur de soixante-quinze centimètres environ ; par une demi-rotation de l'une, qu'il l'avait barboté ; d'un coup de pouce, que la victime en était tout simplement Verterelle, le charcutier à trois boutiques de là.
- Tu as eu le temps de le manger entre là-bas et ici? demanda Valentin.
L'autre fit signe que : naturellement, bien sûr.
- Et on ne t'a pas vu?
Jean-sans-Tête cligna de l'oeil. Prenant un de ses balais, il fit semblant d'en grignoter le manche, cependant qu'il absorbait voracement le bout de boudin encore subsistant.
- Tu es un malin, lui dit Valentin enchanté.
C'est bien ce que pensait Jean-sans-Tête qui acquiesce et qui s'assoit, presque repu.
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Vidéo de Raymond Queneau
Jacques Jouet & Laurence Kiefé -traduire Harry Mathews - "Les derniers seront les premiers" - à l'occasion de la parution de "Les derniers seront les premiers", d'Harry Mathews aux éditions P.O.L traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Laurence Kiefé et Jacques Jouet , à Paris le 6 février 2024 et où il est question, notamment, de Harry Mathews, de traduction à deux, de contraintes et de haïkus, de Georges Perec et de l'Oulipo, de Raymond Roussel et de Raymond Queneau.
"On peut dire de la plupart des poèmes rassemblés ici qu'ils ont des origines biographiques, imaginaires ou d'ordre procédural. Une fois établies ces catégories simples, il est indispensable de ne pas tarder à les bousculer voire à les détruire. En fait, presque tous ces poèmes entrent dans plus d'une catégorie et parfois dans les trois." Harry Mathews

-"Collected Poems 1946-2016", de Harry Mathews est publié en anglais chez Sand Paper press -"The Solitary Twin", de Harry Mathews est publié en anglais chez New directions -"Case of the Persevering Maltese", de Harry Mathews est publié en anglais chez Dalkey Archive press
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