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EAN : 9782251446585
Éditeur : Les Belles Lettres (15/03/2017)
3.81/5   122 notes
Résumé :
Pourquoi le monde semble-t-il se détraquer ?
Pourquoi, sans raison apparente, un sentiment de désespoir et de frustrations se répand-il partout ?
Pourquoi, dans les pires moments, entend-on ce nom, sans visage et sans origine ?

Qui est John Galt ?

Roman d’énigme, roman philosophique, roman politique, La Grève (Atlas Shrugged) a été traduit en dix-sept langues et est le livre le plus influent aux Etats-Unis après la Bible.
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Critiques, Analyses et Avis (32) Voir plus Ajouter une critique
3,81

sur 122 notes

aleatoire
  03 décembre 2017
"Je jure, sur ma vie et sur l'amour que j'ai pour elle, de ne jamais vivre pour les autres, ni demander aux autres de vivre pour moi."
Profession de foi, substance essentielle du roman Atlas Shrugged (haussement d'épaules du Géant Atlas soutenant la voûte céleste) , La Grève en français.
Livre culte, (aux Etats-Unis et dans le monde), iconoclaste. Roman nietzschéen, apologie du Surhomme, fustigation du faible. Célébration de l'individualité créatrice dans une plénitude vitale prenant ses risques face à la soumission du troupeau assisté. On y dresse louanges à l'égoïsme dit rationnel, on y combat l'altruisme, on y abhorre le communisme, le sens du collectif.
Les riches industriels, ceux qui portent le monde, las d'être exploités, spoliés par les impôts, asservis par un système socialisant, des plans directifs, s'en éclipseront, celui-ci se délitera et s'effondrera (après les expériences totalitaristes, on pourrait l'actualiser au Venezuela de Chavez).
C'est un roman puissant, lyrique, envoûtant, exaspérant parfois, long (1337 pages de petits caractères), il a ses adorateurs et ses contempteurs. On y saisit les mécanismes du monde de l'entreprise par la richesse et la singularité des personnages, leur aptitude aux prises de risques ; l'industrie métallurgique y est admirablement décrite, et tout autant celle des réseaux ferroviaires (privés). La beauté du métal, des alliages y est célébrée ; je pense à Auguste Comte qui professait "la vie des moteurs".
Last but not least, d'ardentes et absolues passions amoureuses y sont convoquées...
Ayn Rand, profondément marquée dans sa jeunesse à Saint-Pétersbourg par les exactions de la révolution bolchevique nourrit un vif ressentiment à l'égard de l'omnipotence de l'Etat et du socialisme. Philosophe influencée par Aristote, elle élaborera une théorie dite "objectiviste" présente dans le mouvement libertarien américain s'inscrivant lui-même pleinement dans un roman qui lui demandera plus de dix années d'écriture.
Bref, un livre à lire et à offrir à chacun de nos amis entrepreneurs pour rendre hommage à leur courage opiniâtre et peut-être également à Messieurs Gattaz, Drahi, Niel, Bolloré, Bouygues et autres capitaines du CAC 40, afin que jamais ils ne nous abandonnent.
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Pchabannes
  24 janvier 2015
Magnifique respiration intellectuelle et pratique en ces temps des innombrables droits à tout, à l'enfant, au toit, au boulot, au bonheur sans pour autant ne devoir rien qu'à se réclamer de ses besoins.
1957 - 2013, 56 ans ! Cet incontournable roman philosophique de la pensée - horresco referens ! - libérale outre-Atlantique marqué par l'innommable sceau de la liberté et de la responsabilité individuelle aura mis 56 ans pour être traduit en la République Populaire de France.
La force de la vision d'Ayn Rand est telle qu'à la lecture des 1 100 pages de son ouvrage vous en viendrez à vous questionner sur la définition d'un régime politique où plus de 50% de la richesse nationale est capturée par ceux qui ne la fabriquent pas et redistribuée à la fois aux pauvres fabriqués par le système et aux prébendiers des grandes entreprises en mal d'innovation et d'adaptation au monde réel.
Ecrit en plein combat contre le communisme, la pensée de Ayn Rand reste si vive que 1 000 000 ont trouvé preneurs depuis 2008. Une telle influence au coeur de l'Empire ne peut que tenter le lecteur curieux. Saluons cette pensée radicale qui, si l'on est pas d'accord avec l'ensemble de ces effets, convoque des prémisses vivifiants: liberté, responsabilité, honnêteté et même égoïsme (si, si)…
Le thème du roman est simple, son exploitation est brillante. Sous la pression intellectuelle des progressistes de tous poils, les politiciens prédateurs, les prébendiers et le capitalisme de connivence prennent le pouvoir étranglant les créateurs de richesses et les compétents. Ces innovateurs se mettent en grève. Les compétents démissionnent. Les créateurs disparaissent. Et ainsi est démontré que la création de richesse est un acte individuel, que, sans les cerveaux d'exception, il n'y aurait pas de richesses à partager et que l'égoïste intelligent, à l'image de Ford, produit pour ses clients et ses employés pour son plus grand bénéfice. 
«On ne peut rien contre ceux qui viennent. Sinon s'enfuir encore plus loin...» Jean Raspail in Septentrion
Dans bien des dimensions, cet ouvrage me rappelle Septentrion de Jean Raspail. Les derniers compagnons refusant la grise uniformité se regroupent. Ils sont les derniers hommes libres. 
Une critique ? Certes mais sans oublier que j'ai bu les 1 100 pages en quatre jours. Les personnages peuvent paraître caricaturaux tant ils sont beaux et intelligents d'un bord et noir d'un autre ; les amourettes très fleur bleues, tout est très matérialiste et relié à la production de richesses et leurs échanges, et les développements sont parfois longs allant jusqu'à la tirade de John Galt de la page 1006 à la page 1068 résumant la philosophie sous-jacente. Etonnant.
Evite d'exprimer une opinion quand on ne t'as rien demandé. Tu t'épargnerais l'embarras de découvrir ce qu'en pense ton interlocuteur. Franciso à James
Et demain…
…à la prochaine annonce du gouvernement qui distribuera l'argent qu'il n'a pas, à la prochaine décision couteuse d'un cadre dirigeant de grande entreprise, à la prochaine dotation à un cultureux, l'on se posera la question : Qui a travaillé pour créer cette richesse?
Les Belles Lettres - Fondation Andrew Lessman, 1 100 pages, 30€ et la leçon de liberté n'est pas cher payée.
Lectori salutem, Pikkendorff
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Chocolatiine
  02 mars 2020
Nous sommes aux Etats-Unis, vraisemblablement dans les années 50. le monde va mal, fort mal. Quelque chose ne tourne pas rond... Dagny Taggart, vice-présidente en charge de l'exploitation de la compagnie de chemins de fer Taggart Transcontinental, fondée par son ancêtre l'invincible Nat Taggart, s'efforce de comprendre ce qui cloche. Les usines ferment les unes après les autres, les grands industriels disparaissent les uns après les autres, pendant qu'un généreux gouvernement de bien-pensants et de philanthropes ne songe qu'à trouver de bonnes places pour les copains et à voter des lois au nom de l'intérêt du peuple qui, au final, crève de faim.
Pourquoi travailler? Quel est le sens de l'argent? Quel est le sens de la vie? Voilà autant de questions soulevées par Ayn Rand dans ce roman monumental, publié en 1957.
Car oui, dans ce monde dystopique, le mérite ne vaut plus rien. Seul prime le besoin. C'est très simple : les grands penseurs ont établi que vous ne devez plus rien gagner parce que vous l'avez mérité mais parce que vous en avez besoin. Au diable le génie ! Au diable l'inventivité ! Au diable la raison, l'intelligence, l'amour de la vie, la réussite ! Il suffirait de quémander pour obtenir, d'employer les mots souverains de "nécessité", "besoin" : "J'en ai besoin donc j'y ai droit, même si je ne lève pas le petit doigt". Devinez quoi? Ca ne peut pas fonctionner : "Un code moral fondé sur le besoin érige le vide - l'inexistence - en système de valeurs. Il récompense e manque : la faiblesse, l'inaptitude, l'incompétence, la souffrance, la maladie, un désastre, une pénurie, une faille, autrement dit, le zéro". Pourquoi donc travailler si mon voisin peut travailler à ma place? Pourquoi faire des efforts si la récompense est toujours la même?
Ces idées sont un peu celles déjà exprimées dans certains personnages de nos grands auteurs français. Ainsi, dans Le ventre de Paris, de Zola, la belle Lisa Macquart s'étonnait-elle : "Pour faire plaisir à ceux qui n'ont rien, il faudrait alors ne pas gagner sa vie..." ; ou encore Corinne, l'héroïne de Madame de Staël déclarait-elle : "Il n'y a rien de si facile que de se donner l'air très moral, en condamnant tout ce qui tient à une âme élevée. Le devoir, la plus noble disposition de l'homme, peut être dénaturé comme toute autre idée, et devenir une arme offensive, dont les esprits étroits, les gens médiocres et contents de l'être se servent pour imposer silence au talent et se débarrasser de l'enthousiasme, du génie, enfin de tous leurs ennemis. On dirait, à les entendre, que le devoir consiste dans le sacrifice des facultés distinguées que l'on possède, et que l'esprit est un tort qu'il faut expier, en menant précisément la même vie que ceux qui en manquent."
Tout s'effondre...
Ce roman, vieux de 60 ans mais pourtant toujours d'actualité, nous rappelle que sans patron, point d'entreprise ; sans entreprise, point de travail ; sans travail, point d'argent ; et sans argent, la guerre civile. Ce roman est donc un roman fort, exposant des idées bien arrêtées sur les dérives du monde, des idées qui, évidemment, ne plairont pas à tout le monde, un roman qui ne laissera personne indifférent. Certains y verront une apologie du capitalisme, d'autres seulement un hymne au goût de l'effort. Une chose est sure, ce livre, sorti en pleine Guerre froide, est encore totalement à sa place dans le monde d'aujourd'hui.
Voici donc pour le fond, je n'en dirai pas plus.
Pour ce qui est de la forme, quand j'employai plus tôt le terme "monumental", cela faisait également référence à la taille de l'ouvrage : 1336 pages, l'un de plus longs romans jamais écrit ! 1336 pages, et pourtant, je n'en ai fait qu'une bouchée. La grève fait partie de ces livres qu'on a un mal fou à lâcher, dont l'histoire possède un pouvoir de fascination extrêmement puissant. J'y aurais passé des nuits entières s'il n'avait pas fallu aller travailler le lendemain. Un tel engouement pour un roman ne m'était plus arrivé depuis longtemps. On ne s'ennuie à aucun moment, au contraire, on n'a qu'une envie, celle de savoir ce qu'il adviendra de nos personnages à la page suivante, au chapitre suivant.
L'écriture est pragmatique autant que poétique. Certains passages sont d'une grande sensualité sans jamais sombrer dans la vulgarité. Aussi je salue la compétence de l'auteur autant que celle de la traductrice.
Enfin, avant de conclure, je voudrais vous raconter la façon inattendue dont ce roman s'est retrouvé entre mes mains. Début décembre, un colis est arrivé chez mes parents, à mon nom : il contenait ce livre, sans aucun indice sur l'identité de l'expéditeur. J'ai interrogé famille et amis proches, sans succès. Je ne sais pas "qui a fait le coup", je ne sais pas à qui je dois ces heures de lecture effrénées.
Qui que ce soit, MERCI !
Challenge XXème siècle 2020
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Nomic
  23 mai 2019
Après Anthem, après The Foutainhead, je m'aventure à lire le monstrueux pavé qu'est Atlas Shrugged. Monstrueux par sa taille (1070 pages en petits caractères), mais aussi, selon les opinions du lecteur, par son contenu idéologique. le synopsis de départ est bien connu : les supercapitalistes qui portent le monde sur leurs épaules, lassés de se faire exploiter et maltraiter par les vils socialistes avides de sang et d'impôts sur le revenu, décident de faire grève. Ils arrêtent d'entreprendre, vont se planquer dans leur petite utopie libertaire à l'ombre d'une grande statue en or massif du signe de dollar (oui oui) et, conséquence logique, les États-Unis s'effondrent et retournent en quelques années au moyen-âge. Les personnages principaux, pendant la majeure partie du roman, sont Hank Rearden et surtout Dagny Taggart. le premier est un grand patron de l'industrie de l'acier, la seconde est une grand patronne des chemins de fer. Comme ils sont la vertu incarnée, ils ne réalisent pas que le monde est condamné à cause des vils socialistes : ils sont trop attachés à leurs industries. Leurs vies, c'est le travail, et donc ils refusent de partir en grève, du moins jusqu'à la fin. le roman est en bonne partie le récit de leur lutte contre les socialistes, parasites, communistes, pillards et autres travailleurs sociaux (ceux-là, chez Rand, semblent vraiment être l'incarnation du mal).
Notons en passant qu'Atlas Shrugged est aussi un roman d'amour. Dagny Taggart, le personnage principal, est un peu l'avatar d'Ayn Rand. Et comme elle est la seule supercapitaliste de sexe féminin, tous les supercapitalistes masculins sont fous amoureux d'elle. En gros, elle est successivement l'amante des trois hommes les plus parfaits du monde (selon les critère de Rand). Ainsi, non seulement Atlas Shrugged est clairement un fantasme idéologique, mais c'est aussi un fantasme amoureux (Rand le dit elle-même : « In a book of fiction the purpose is to create, for myself, the kind of world I want to live in. »). Et en créant son monde idéal, Rand se détache de la réalité : sa philosophie pousse en hors-sol, ses racines se balancent dans le vide. Enfin, pas un vide total : ses idées sont en bonne partie bâties sur la haine. D'ailleurs, j'aime beaucoup cette description des vils socialistes : « sub-animals creatures who crawls on their bellies, grunting that there is no mind. » (p.656)
Ce que j'avais écrit à propos d'Anthem et de The Foutainhead est toujours valable : la pensée de Rand n'a pas changée drastiquement. du coup, je ne vais pas m'épuiser à en dire du mal. Disons simplement qu'elle façonne l'exact opposé du communisme de l'URSS qui l'a tant fait souffrir. de la même façon que la propagande stalinienne inventait le prolétaire idéal, elle invente le capitaliste idéal. Face à la centralisation elle oppose le laisser-faire absolu. Face à la négation de l'individu elle développe une vertu de l'égoïsme.
Bien entendu, tout cela est hautement bancal. Et c'est un euphémisme. Il y aurait des supercapitalistes, qui le seraient de façon innée. Ils seraient plus beaux, plus intelligents et plus vertueux que les autres, et la morale du livre est plus ou moins qu'il faut exterminer tous les « parasites » pour que ces surhommes puissent enfin s'épanouir. Pas besoin d'être très imaginatif pour froncer les sourcils avec un certain scepticisme. Et Rand dépeint les capitalistes, grands patrons et autres millionnaires comme étant des victimes, des saints souffrant mille maux sous les coups des parasites. En URSS, soit, mais aux USA, vraiment ?
Notons néanmoins qu'elle offre encore une fois de belles clés de compréhension d'un certain communisme totalitaire. Sur la corruption du travail, par exemple : l'objectif de l'individu n'est plus recherche du résultat, mais, sous la crainte des conséquences de ses actions dans un système rigide et violent, c'est l'évasion des responsabilités. Ou encore, sur des techniques de manipulation des masses. :
You see, Dr. Sadler, people don't want to think. And the deeper they get into trouble, the less they want to think. But by some sort of instinct, they feel that they ought to and it makes them feel guilty. So they'll bless and follow anyone who gives them a justification for not thinking. Anyone who makes a virtue – a highly intellectual virtue – out of what they know to be their sin, their weakness and their guilt. (p.322)
There is no way to disarm any man exept through guilt. Through that which he has himself accepted as a guilt. […] If we teach a man that it's evil to look at spring flowers and he believes us and the does it – we'll be able to do whatever we please with him. (p.506)

Mais bref, passons à ce qu'on peut retirer de positif de la philosophie de Rand. Tout d'abord, une véritable apologie de l'énergie vitale. Une grande partie de la philosophie, de Socrate à Thoreau en passant par Pyrrhon, Lao Tseu ou Épictète, est consacrée au doute et au détachement (qu'il soit en opposition à la cité ou au contraire à son service). La vertu est souvent dans la retraite, qu'elle soit physique ou mentale (le jardin d'Épicure ou la citadelle intérieure). le christianisme a plus qu'amplifié ce rejet du corps, du physique. Mais ici, chez Rand, la vertu est la production, la capacité à transformer la nature pour la mettre au service de l'humain. En somme, la capacité à survivre, et, une fois la survie assurée, à augmenter le niveau de vie. Et pour ce faire, il faut un élan vital. Ainsi, le type d'humain le plus dépravé est « The man without purpose. » (p.98) Ou encore, sur la même idée :
She understood that what she needed was the motion to a purpose, no matter how small or in what form, the sense of an activity going step by step to some chosen end across a span of time. The work of cooking a meal was like a closed circle, completed and gone, leading nowhere. But the work of building a path was a living sum, so that no day was left to die behind her, but each day contained all those that preceded it. (p.561)
Bien sûr, il y a du vrai là-dedans, et ça me touche. Étant généralement plus attiré par l'abstrait que par le concret (et de loin), je me suis souvent demandé : toutes ces philosophies qui m'attirent, antiques pour la plupart, ne me servent-elles pas de justification pour une certaine fuite du réel ? Ainsi, je ne suis pas mécontent de me heurter à pensée de Rand. C'est un outil mental supplémentaire, un peu inconfortable : une brutale invitation à l'action active, productive, plutôt qu'à la retraite.
Et aussi, sur un autre thème éternel :
Dagny, it's not that I don't suffer, it's that I know the unimportance of suffering. I know that pain is to be fought and thrown aside, not to be accepted as part of one's soul and as a permanent scar accross one's view of existence. (p.878)

Par contre, selon elle : « Every living thing must grow. It can't stand still. It must grow or perish. » (p.663) Évidemment, elle ne parle pas de croissance spirituelle, mais de croissance concrète, physique, technologique. C'est une idée assez tentante, et même aisément acceptable. Mais c'est surtout complètement faux. Toutes les espèces vivantes qui tiennent le coup longtemps ont une population assez stable, elles se trouvent une niche et s'y maintiennent : et pour cause, le monde est un système limité.
Enfin, avant d'être de la philosophie (et certains lui refuseraient ce titre), Atlas Shrugged est un roman. Et tout comme The Fontainhead, j'ai adoré. C'est, disons, de l'idéologie-fiction. Tous les personnages, toutes les trajectoires, tous les événements servent à illustrer sa pensée : c'est une exploration incroyablement minutieuse et détaillée d'un système idéologique. Les personnages les plus touchants sont ceux qui sont faillibles, ceux qui sont des germes de supercapitalistes mais qui se font écraser par les vils socialistes buveurs de sang. le Dr Sadler, brillant scientifique, se réfugie dans la recherche et oublie que le monde politique change autour de lui, jusqu'à ce qu'il accepte de céder aux vils socialistes et de leur servir de caution sous peine de perdre sa position. Ou encore cette jeune femme, qui épouse Jim Taggart, croyant qu'il est un supercapitaliste, alors qu'en fait c'est le plus vil de tous les parasites. le choc entre leurs conceptions de l'amour est particulièrement pertinent :
– I don't want to be loved for anything. I want to be loved for myself – not for anything I do or have or say or think. For myself – not for my body or mind or words or works or actions.
– But then... What is yourself ? (p.809)
Ou encore le grand Hank Rearden, le plus fier de tous les industriels, qui, une fois de retour au foyer, se fait dévorer par sa femme, sa mère et son frère. Il a accepté une partie de l'idée selon laquelle il a envers eux une sorte de devoir, et qu'il doit se sacrifier, alors qu'ils ont littéralement pour objectif de se nourrir de lui jusqu'à ce qu'il en crève. Sans la suivre jusqu'au bout, il y moyen de retirer des choses pertinentes dans l'égoïsme que défend Rand, notamment la défense de l'accomplissement de soi plutôt que le sacrifice aveugle. Mais, encore une fois, alors que les idées de Rand sont des extrêmes absolus, la réalité est bien plus nuancé, instable, insaisissable.
Atlas Shrugged est démesuré, stupide, brillant, grotesque, ridicule, important, dangereux, hypnotique, et mille autres choses encore. Il a inspiré Ken Levine pour créer le chef d'oeuvre qu'est Bioshock, il a une place stupéfiante dans le paysage politique américain (et donc mondial), il est aussi fascinant que repoussant. Enfin, vu le plaisir que j'ai pris à le lire, sans doute plus fascinant que repoussant. J'aimerais trouver d'autres livres du genre, des explorations idéologiques poussées de systèmes radicaux sous forme de fiction. Je conclus sur une citation que j'aime beaucoup, d'un certain John Rogers:
There are two novels that can change a bookish fourteen-year-old's life: The Lord of the Rings and Atlas Shrugged. One is a childish fantasy that often engenders a lifelong obsession with its unbelievable heroes, leading to an emotionally stunted, socially crippled adulthood, unable to deal with the real world. The other, of course, involves orcs.
Lien : http://lespagesdenomic.blogs..
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sophronie
  16 avril 2019
Ce roman de 1300 pages est un monument littéraire intemporel, universel. Il déploie des valeurs sociales, politiques, philosophiques qui sont ancrées dans une tradition historique. Les penseurs grecs ont influencé cette oeuvre. Les grands personnages du livre sont similaires à des héros, héroïnes de la mythologie.
Le contexte post guerre mondiale se fait sentir. le communisme est attaqué tout au long du roman. Les hommes de pouvoir qui prônent le sacrifice de soi au nom du sauvetage de la société dans son ensemble en sont le miroir.
Ce roman est empreint d'absurdité. Les hommes du pouvoir sont des marionnettes qui gouvernent sans bon sens, sans clarté, sans réflexion. Ce sont des êtres déshumanisés, désabusés. le parallèle avec notre société pourrait se faire tellement ce roman est actuel. Il pose des principes de base de l'être humain :
Quelle est la motivation d'une personne à vivre ?
Quel est le but de toute vie ?
Les biens terrestres sont-ils supérieurs à l'âme ?
Produire pour soi doit-il être un intérêt supérieur à produire pour autrui ?
Qu'est-ce qui pousse un individu à se sacrifier ?
Jusqu'à quand peut-on peut supporter l'insupportable ?

Le roman est sombre d'un bout à l'autre. Les personnages sont dans une lutte personnelle en laissant leur intérêt personnel de côté au profit d'un idéal supérieur (John Galt, Francisco D'Anconia, Ragnar Daskejold). Ils sont justement héroïques de par les épreuves qu'ils traversent.
Ils ont une force morale supérieure, y compris Hank Rearden et Dagny Taggart.
Le personnage d'Eddie Willers est le symbole du sacrifice jusqu'au boutiste. Il ne sait pas s'adapter, renoncer. Il le paiera de sa vie. Il est fidèle aveuglément à la compagnie de chemin de fer et surtout à Dagny dont il est amoureux.
La grève décrit une société totalitaire, où l'on dépèce les individus ; on les réduit à l'état de bêtes.
Le danger de la science mise entre les mains de fous est ici clairement démontré avec le projet X qui utilise les ondes sonores pour détruire toute trace de vie humaine et de biens matériels. Doit-on y voir un parallèle avec la solution nazie ou la bombe H ?
Le portrait de Dagny est remarquable : une femme intelligente, lucide, entrepreneure, ambitieuse, courageuse. A une autre échelle, Cherryl, la femme de Jim Taggart issue d'une famille modeste, garde son intégrité morale, ce qui la précipite vers sa fin. Elle ne sait pas s'adapter à la situation.
Dagny fait opposition à la femme de Hank Rearden, méprisable, dépendante, vile, calculatrice.
Ayn Rand fait montre d'ingéniosité et de connaissances poussées quand elle parle des inventions technologiques et des milieux d'acieries et des chemins de fer.
Enfin, les descriptions des affres morales et psychologiques autrement dit des luttes intérieures que vivent les principaux personnages est remarquable. Le(la) lecteur(trice) est tenu(e) en haleine tout au long du roman.. Il(elle) est happé(e) par les scènes où Francisco et Hank, renoncent à leur amour pour Dagny pour servir une cause supérieure. Les personnages font figure d'ascètes. Ici, vertus et vices sont portés aux extrêmes. La lecture du roman en est douloureuse et expressive.
Il en résulte un roman très puissant, qui tient en haleine (mythe de Atlantide ici en tant que nouvelle société), sidère (gouvernants), mobilise (discours ardu de 74 pages de John Galt), épuise même ! Il est exigeant.
La grève est un roman qui décrit une société en perdition, un train fou incontrôlable. C'est la folie contre la raison, l'amour contre la haine, le savoir contre l'inconscience.



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critiques presse (2)
Telerama   14 décembre 2011
Chez Ayn Rand, la repartie est un coup de fouet de survie, un moment d'existence brute et de totale plénitude. Une réplique peut même pren­dre plus de trente pages et se transformer en monologue incantatoire et envoûtant, sur la capacité créatrice de l'esprit, la liberté d'élever son intelligence, en sachant que « le désir de ne pas être quelque chose est un désir de ne pas être ».
Lire la critique sur le site : Telerama
Lexpress   11 octobre 2011
Littérairement nulle, philosophiquement navrante, politiquement détestable, on s'explique plus facilement l'ignorance dans laquelle, sous nos latitudes, l'oeuvre d'Ayn Rand est tenue.
Lire la critique sur le site : Lexpress
Citations et extraits (64) Voir plus Ajouter une citation
FlorianBodinFlorianBodin   09 août 2015
"Miss Taggart, savez-vous comment reconnaître un besogneux ? Au ressentiment qu'il éprouve devant la réussite d'un autre. Ces gens médiocres et susceptibles tremblent de crainte à l'idée que le travail d'un autre se révèle meilleur que le leurs... Ils n'ont aucune idée de la solitude qui vous entoure quand on atteint le sommet. La solitude d'un être à qui il manque un pair, une tête bien faite qu'il respecterait, dont il pourrait admirer les réalisations. Du fond de leurs trous à rat, ils vous montre les dents, alors que vous donneriez un an de votre vie pour voir ne serait-ce qu'une lueur de talent parmi eux. Ils sont jaloux de ceux qui réussissent. Leur rêve de grandeur, c'est un monde où tous les hommes seraient une bonne fois pour toute leur subordonnés. Ils ignorent que ce rêve est la preuve même de leur médiocrité, parce que ce monde qu'ils appellent de leur vœux, c'est précisément celui que des hommes de valeurs ne pourraient pas supporter. Les médiocres n'ont aucune idée des sentiments d'un homme de valeur, entouré de gens qui lui sont inférieurs. De la haine ? Non, juste de l'ennui, un ennui terrible, désespérant, qui vous épuise, vous paralyse. Que valent les marques d'estime et d'affection émanant de gens que l'on ne respecte pas ? Avez-vous déjà ressenti ce besoin d'admirer quelqu'un, celui de vous hisser à son niveau, au lieu de vous abaisser ?
- J'ai ressenti cela toute ma vie", avoua Dagny. Elle lui devait cette réponse.
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aleatoirealeatoire   13 novembre 2017
Il était juste qu'elle le rencontre. Il était le sens et la promesse. (...)

Tu vas me suivre, pensait-elle, avec le sentiment que c'était une tension musculaire qui l'exprimait, par des mots, la tension de sa volonté d'accomplir une chose qu'elle savait ne pas être en son pouvoir, mais qui allait s'accomplir, elle en était certaine, parce qu'elle le voulait... Non, corrigea-t-elle, pas parce qu'elle le voulait, mais parce que c'était juste. Tu vas me suivre... Ce n'était ni un appel, ni une prière, ni une exigence, juste la tranquille constatation d'un fait, l'expression de tout ce qu'elle avait pu acquérir de connaissances et de savoir au fil des années. Tu vas me suivre, si nous sommes bien qui nous sommes, toi et moi, si nous vivons, si le monde existe, si tu comprends la signification de cet instant et si tu ne le laisses pas passer, contrairement à d'autres. Tu vas me suivre... Son assurance jubilatoire ne relevait ni de l'espoir ni de la foi, mais d'un culte voué à la logique même de l'existence. (...)
Et, loin derrière, elle perçut le bruit de pas. Elle ne se retourna pas. Elle accéléra.(...)

Les moments qui suivirent furent des éclairs de lumière entre des périodes d'inconscience totale. L'instant où elle aperçut son visage près d'elle, son calme imperturbable, l'intensité maîtrisée, le rire complice dans ses yeux vert sombre. L'instant où elle sut, à son sourire crispé, à ses lèvres serrées ce qu'il lisait sur son visage. (...)
Il lui tint la tête en arrière, la regardant droit dans les yeux, pour lui permettre de voir les siens, pour qu'elle ait pleinement conscience de ce qu'ils étaient en train de faire, comme s'il braquait un projecteur sur eux, leurs yeux partageant ainsi une intimité encore plus grande que celle à venir. (...)

Et elle sut que c'était possible, étouffant un cri et ne bougeant plus, sachant qu'elle ne pourrait plus rien désirer d'autre, jamais.
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aleatoirealeatoire   27 août 2017
Le ciel avait la pâleur grisâtre de l'hiver. En bas, sur la rive de l'Hudson, elle aperçut la route, le rocher en surplomb du fleuve, les tours de Manhattan et, au-delà des arbres, le sentier qui menait à la gare de Rockdale. Le paysage était couvert de neige à présent, et elle n'en conservait qu'une sorte de squelette gravé dans sa mémoire, un fin réseau de branches dépouillées dressées vers le ciel. C'était un paysage en noir et blanc, semblable à une photo-souvenir, impuissante à ressusciter le passé.(...).
Au cours des années passées, à chaque étape de leur existence, avec le courage propre à ceux qui ne dévient pas, ils avaient opté pour l'amour de la vie, sachant que rien n'est acquis et qu'il appartient à chacun de définir l'objet de son désir et de se donner les moyens de l'atteindre. A chaque étape de la fabrication du métal, des rails ou des moteurs, ils avaient avancé, forts de cette conviction que chacun refait le monde selon son bon plaisir, que l'esprit humain donne du sens à la matière inanimée en la façonnant pour atteindre le but qu'il s'est fixé. Ils en étaient arrivés au stade où l'esprit, répondant à la plus haute exigence, décide que le corps sera l'hommage suprême - témoignage, sanction ou récompense incarné dans une sensation unique de joie, si intense qu'elle justifie l'existence de chacun.
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FlorianBodinFlorianBodin   12 août 2015
[...] L'amour n'est pas autre chose que l'expression de nos exigences. L'homme qui trahit ses valeurs, qui manque d'idéal, qui envisage l'amour, non comme la sublimation de soi, mais comme la négation de soi, qui ne vise plus la fierté, mais la pitié, la douleur, la faiblesse ou le sacrifice, qui affirme que l'amour le plus noble se fonde, non sur l'admiration mais sur la charité, non sur des valeurs, mais sur des faiblesses, cet homme-là se coupe en deux. Son corps ne lui obéira plus, ne réagira plus, le rendra impuissant face à la femme qu'il déclare aimer et le poussera dans le lit d'une putain. Son corps suivra toujours la logique que lui imposent ses plus profondes convictions. S'il pense que la faiblesse a de la valeur, il aura aliéné son existence au mal et seul le mal l'attirera. S'étant condamné, il aura le sentiment qu'il ne peut trouver de plaisir autrement que dans la dépravation. Ayant associé la vertu à la souffrance, il aura le sentiment que seul le vice peut lui apporter du plaisir. Ensuite, il clamera que son corps éprouve de furieux désirs que son esprit ne parvient pas à maîtriser, que le sexe est sale, que l'amour vrai n'est que pure émotion. Et il se demandera pourquoi l'amour ne lui procure aucune joie et pourquoi l'acte sexuel ne fait naître en lui qu'un sentiment de honte.
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ChocolatiineChocolatiine   10 mars 2020
L'amour consacre les valeurs de la personne aimée. C'est la plus belle récompense qu'un être humain puisse recevoir pour ses qualités morales, offerte par un autre en échange de la joie que lui procurent ses vertus. Mais, selon vos principes moraux, il faudrait déconnecter l'amour de toutes valeurs, l'offrir au premier clochard venu, non parce qu'il le mérite, mais parce qu'il en a besoin ; il ne s'agirait pas d'une récompense, mais d'une aumône, un chèque en blanc pour ses vices. Selon ces mêmes principes, le but de l'amour serait de vous libérer des obligations de la morale, l'amour serait supérieur au jugement moral, il transcenderait, pardonnerait et survivrait à n'importe quelle manifestation du mal. Plus l'amour serait grand, plus il serait indulgent envers les turpitudes de l'être aimé. Aimer un homme pour ses vertus? Ce serait facile, humain, vous dit-on, mais l'aimer pour ses défauts, voilà qui serait divin ! Aimer ceux qui sont dignes d'amour apporterait une satisfaction personnelle ; aimer ceux qui en sont indignes serait un sacrifice. Vous devez offrir votre amour à ceux qui ne le méritent pas, et moins ils le méritent, plus vous devez les aimer ! Plus l'objet de cet amour vous répugne, plus l'amour est noble. Ce qui fait de l'amour le moins exigeant le plus vertueux. Et le jour où vous vous avilirez assez pour n'être plus qu'une espèce de dépotoir accueillant tout et n'importe quoi, où vous arriverez à ne plus accorder aucune valeur aux valeurs morales, alors vous aurez atteint la perfection morale.
Voilà le résultat de votre morale du sacrifice [...] : reconfigurer [...] votre vie spirituelle à l'image d'un dépotoir.
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Lors de sa venue en rencontre aux Curiosités de Dialogues, Hannelore Cayre nous a confié 3 conseils de lecture... Opus 77 d'Alexis Ragougneau https://www.librairiedialogues.fr/livre/15590306-opus-77-alexis-ragougneau-viviane-hamy Avant que j'oublie d'Anne Pauly https://www.librairiedialogues.fr/livre/15516548-avant-que-j-oublie-anne-pauly-verdier La Grève d'Ayn Rand https://www.librairiedialogues.fr/livre/10968251-la-greve-atlas-shrugged-format-poche--ayn-rand-les-belles-lettres
Bonnes lectures !
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