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EAN : 9782080235930
240 pages
Flammarion (06/01/2021)
3.2/5   425 notes
Résumé :
" Chez ma mère, sur sa table de chevet, il y avait une photo de nous trois rigolant enchevêtrés l'un sur l'autre dans une brouette. C'est comme si on nous avait poussés dedans à une vitesse vertigineuse et qu'on nous avait versés dans le temps. "

Dans une famille juive vivant près de Paris, deux frères et une soeur se retrouvent confrontés à des problèmes tels que la disparition de leurs parents ou la possibilité d'avoir des enfants. Le mariage de Se... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (96) Voir plus Ajouter une critique
3,2

sur 425 notes

Kirzy
  29 janvier 2021
Cela démarre pied au plancher avec deux scènes hilarantes qui s'enchaînent . le narrateur, Jean, se retrouve à la piscine municipale, il a un maillot de bain en tissu, non réglementaire, et se voit contraint de s'en faire prêter un : il se débat avec un vert trop petit dans lequel il ne sait comment placer sa verge. Et quelques pages plus loin, il raconte la mort de sa mère dans un lit médicalisé abhorré, ses derniers mots ayant été LCI, sous le regard d'un Vladimir Poutine caressant un guépard dans un cadre du mur.
Et il faut dire que le roman est très très drôle car Yasmina Reza a l'art de saisir le ridicule qui sommeille en nous, de télescoper les univers jusqu'à un décalage souvent inattendu. le rire est féroce et joyeux. Notamment dans le formidable passage ( qui fera grincer des dents ) du voyage mémoriel à Auschwitz-Birkenau de la famille de Jean. Il fallait oser s'en prendre au totem de l'injonction au devoir de mémoire et choisir ce lieu comme celui où la fratrie va se confronter. Et pourtant, c'est d'une telle justesse de voir ces deux frères et cette soeur, sur les traces de leurs ancêtres hongrois assassinés, incapables de se montrer émotionnellement à la hauteur de la tragédie. Malgré l'empreinte de l'horreur absolue, ils sont à côté, ils ratent leur visite à Auschwitz, entre froideur et émotions feintes, entre Lara Fabian qui gueule à la radio du meilleur resto ( italien ) d' Oświęcim et touristes en tongs et perches à selfies qui se croient à Marbella. le narrateur n'y retient que sa soeur, pourtant en pleine recherche philosophique, a vieilli.
Ce n'est pas un livre sur des juifs même si la famille juive Popper en est le coeur. C'est un livre sur la famille, le lieu de toutes les folies, de tous les conflits, de toutes les impatiences, c'est là qu'on se permet tout, bien plus qu'à l'extérieur où les rapports sociétaux sont plus policées. Et là, on est servi avec les Popper ! Les dialogues sont brillants, ils crépitent, cinglants, d'une énergie folle.
Car cela peut-être une damnation d'être lié pour toujours à sa famille. Malgré le temps qui passe, on y garde son rang : Serge, l'aîné, restera toujours l'aîné sous le regard de son petit frère Jean empli de dévotion alors qu'il est profondément exaspérant. Nana, la soeur, sera toujours la princesse qui a épousé un espagnol gauchiste sans le sou. L'acuité de Yasmina Reza est d'une rare intelligence pour décrypter comment une même famille produit de grandes et petites choses qui ne vont pas être perçues de la même façon par ses membres.
C'est aussi un roman sur la mort. Après le voyage à Auschwitz, rien ne sera comme avant. Les disputes et éclats de voix continuent mais le roman se teinte de mélancolie voire de douceur. J'ai particulièrement apprécié le personnage de Lucas ( enfant introverti et étrange, ex-beau-fils de Jean ) qui apporte un autre regard sur l'autre et offre à l'effacé Jean de la profondeur et de l'âme.
Malgré quelques situations qui semblent un peu redondantes, malgré son côté de prime à bord bordélique, ce roman a une vitalité incroyable et semble rebondir dans tous les sens tout en suivant sa ligne. du grand tricotage assurément et un excellent moment de lecture.

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Cannetille
  24 octobre 2021
Les trois frères et soeur Popper ont beau avoir atteint l'âge mûr, leurs rapports n'ont guère changé depuis l'enfance. Serge, l'aîné, la soixantaine fanfaronne, fait comme s'il continuait à croire en son étoile malgré ses affaires foireuses et ses deux mariages ratés. Jean, le narrateur, effacé et jugé « sans personnalité », joue l'éternel tampon au sein de la famille. Nana, la rebelle qui a épousé un Espagnol gauchiste sans le sou, reste à cinquante ans la petite princesse chahutée par ses frères. Peu après la mort de leur mère, eux qui s'aiment autant qu'ils s'insupportent, se retrouvent réunis pour un pèlerinage à Auschwitz, sur les traces de leurs aïeux ashkénazes hongrois.

« Serge » est d'abord l'histoire d'une famille, avec ses dissensions, ses jalousies et ses conflits, mais aussi ses liens indéfectibles. le temps a passé depuis les jeux insouciants de l'enfance, les trois Popper se sont frottés à la vie, et, tandis que la génération de leurs parents s'éteint sans bruit, leur tendant le miroir de leur prochain déclin, ils commencent à décompter leurs échecs et leurs renoncements, s'observant les uns les autres avec un esprit d'autant plus critique qu'il les renvoie à leur propre image et à leurs angoisses personnelles. Yasmina Reza impressionne par l'intelligence et la parfaite justesse de son observation railleuse. Elle nous livre une satire féroce, où l'ironie corrosive laisse parfois percer quelques bouffées de tendresse, au contact de Lucas, cet enfant dont Jean semble être le seul à détecter la différence et la fragilité, ou encore de Maurice, le vieux cousin malade et impotent auquel Jean rend visite avec une affection triste.

L'incapacité des personnages à relativiser leurs petits maux et leurs querelles apparaît dans toute sa dérision, lorsqu'en visite au camp d'Auschwitz, désabusés par l'ahurissant décalage entre la réalité historique des lieux et la décontraction des hordes de touristes en tongs dont rien ne semble décourager la manie des selfies, ils se retrouvent plus émus de leurs dissensions immédiates qu'atteints par la mémoire de l'horreur la plus absolue. le constat de l'écrivain est implacable : l'homme n'est au fond capable de ne se préoccuper vraiment que de ce qui le touche intimement, peu importe les cataclysmes passés, présents ou futurs, s'ils ne le menacent pas directement. Alors, faudra-t-il attendre la réalisation du pire pour l'un des Popper, pour qu'enfin, la fratrie se ressoude ?

Yasmina Reza signe ici un livre terriblement désenchanté sous son ironie ravageuse. D'une plume acide, elle y décape les innombrables faux-semblants dont nous habillons le vide et le ridicule de nos égocentrismes. Un roman intelligent, dérangeant, et profondément tragique sous la raillerie.

Lien : https://leslecturesdecanneti..
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Jean-Daniel
  26 avril 2021
Grande déception due essentiellement au fait que ce livre a reçu de nombreux commentaires dithyrambiques de la part de « professionnels » de la critique. Les commentaires chez Babelio sont beaucoup plus partagés, pour ne pas dire assez négatifs.
Avec « Serge » Yasmina Reza signe un roman en forme de chronique familiale aigre-douce dans lequel elle scrute avec humour et mélancolie les relations de famille et interroge la question de la mémoire. Elle met en scène trois frères et soeurs, la soixantaine aujourd'hui, d'ascendance juive mais qui ne sont pas pratiquants, et qui sont très liés mais se déchirent, passent leur temps à se disputer et à se réconcilier. Serge est l'aîné, le héros, puisqu'il donne son nom au roman, égoïste, colérique, insupportable, crâneur, pénible, mais qu'on n'arrive pourtant pas à détester, il essuyait les colères du père à la maison, avant d'infliger les siennes aux autres ; Jean, le deuxième fils, qui reste un peu dans l'ombre de son frère, est le narrateur ; Anna, la dernière de la fratrie, est la seule fille et a parfois tendance à perdre contact avec la réalité. Les "enfants Popper" sont unis par un sentiment d'échec inavoué, et les souvenirs d'une vie familiale animée. Une famille banale avec ses tensions, ses mensonges, ses échecs mais qui demeure solidaire malgré tout. L'enfance ne disparait jamais complètement de ces trois personnages qui partent ensemble en pèlerinage à Auschwitz après le décès de leur mère.
Le roman fourmille de dialogues cinglants, d'insultes pour des peccadilles, de petites rancunes, de situations saugrenues et de scènes voulues cocasses, toutefois, celles-ci n'ont entrainé chez moi que de rares sourires. Les dialogues sont parfois intéressants, avec des répliques piquantes qui révèlent la psychologie perturbée des personnages qui s'aiment et s'insupportent à la fois.
Il fallait oser décrire la visite d'Auschwitz comme une visite en famille dans un parc d'attraction où des touristes font des selfies dans un lieu hanté par le destin tragique de millions de morts, mais Yasmina Reza montre un talent certain dans l'opposition entre le tragique et le comique.
« Serge » nous interroge sur le temps qui passe et sur la mémoire, pourtant en dépit du sujet dramatique et ancré dans l'histoire, à aucun moment le roman n'a réussi à m'émouvoir. Dommage !
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Kittiwake
  16 avril 2021
Yasmina Reza retranscrit une tranche de vie, une chronique familiale, au cours de laquelle les personnages se retrouvent autour d'un projet qui a un sens sur le plan historique, mais moins pour ce qui est de la religion, qui ne fait pas partie de sa pratique quotidienne. La visite du camp de la mort, à Auschwitz ressemble plus à une tentative de resserre les liens familiaux.
On assiste par ailleurs une succession de moments, souvent assez drôles avec des dialogues qui font mouche, des réparties qui s'enchaînent comme dans une pièce de théâtre.
Le point central de l'histoire, c'est donc la visite du camp polonais, qui a tout, à l'heure actuelle, d'un parc d'attraction, avec des hordes de touristes qui défilent sur le site, loin de la dignité que l'on serait en droit d'attendre pour ce haut lieu de mémoire. Loin d'un hommage et d'un geste de compassion envers les victimes, le lieu est devenu un musée avec ses reconstitutions, les photos souvenirs et le pélerinage perd ainsi perd tout son sens, ce que la famille de Serge ne manque pas de souligner.

C'est globalement assez confus, on peut aisément se perdre dans la ronde des personnages, des couples des neveux , des enfants, des amis, et il m'a fallu à chaque changement d'interlocuteur faire l'effort de le ré-attribuer sa place dans le tableau.
La qualité de l'écriture est donc le principal intérêt de ce roman qui risque fort de laisser une impression générale d'un texte drôle mais dont on ne retiendra pas une histoire construite.
Lien : https://kittylamouette.blogs..
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Christophe_bj
  25 janvier 2021
Yasmina Reza nous raconte les relations de deux frères, Jean et Serge, et une soeur Anne dite Nana. le narrateur est Jean. ● Certains ouvrages de Yasmina Reza me plaisent beaucoup (Heureux les heureux, Anne-Marie la Beauté par exemple), d'autres beaucoup moins. Malheureusement, Serge est à classer dans la seconde catégorie. Même s'il s'y trouve des pépites et si les dialogues sont très réussis, comme souvent chez cette auteure avant tout dramaturge, ce récit m'a paru passablement confus ; on a du mal à se retrouver dans tous les personnages et Yasmina Reza ne fait pas grand-chose pour faciliter la tâche du lecteur. Il n'y a pas vraiment d'intrigue mais une succession un peu flottante d'événements. ● Dans le passage à Auschwitz, morceau de bravoure selon les critiques, l'humour est beaucoup trop grinçant pour moi. ● Enfin, il est bien regrettable que soit l'auteure soit son éditeur n'ait pas eu la générosité de concéder un extrait Kindle gratuit des premières pages comme cela se fait maintenant pour tous les livres.
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critiques presse (9)
LeFigaro   15 février 2021
Sur un roman aussi important que Serge de Yasmina Reza, il faut soit être le premier à en parler, soit le dernier.
Lire la critique sur le site : LeFigaro
Lexpress   25 janvier 2021
Serge, une fiction enlevée et pleine d'humour sur une fratrie en prise avec la mort et la mémoire juive.
Lire la critique sur le site : Lexpress
LaTribuneDeGeneve   25 janvier 2021
L'auteure française publie «Serge», récit strident et drôle d'une fratrie aux nerfs tendus.


Lire la critique sur le site : LaTribuneDeGeneve
LaTribuneDeGeneve   25 janvier 2021
L'auteure française publie «Serge», récit strident et drôle d'une fratrie aux nerfs tendus.


Lire la critique sur le site : LaTribuneDeGeneve
LeJournaldeQuebec   18 janvier 2021
Avec Serge, la femme de lettres française Yasmina Reza signe une comédie familiale douce-amère qui vaut vraiment le coup.
Lire la critique sur le site : LeJournaldeQuebec
LeFigaro   15 janvier 2021
L'esprit de l'auteur éclate à chaque page dans cette satire de la classe moyenne occidentale traversée par une ironie incessante, raillant la modernité et sa vacuité cachée dans les mots.


Lire la critique sur le site : LeFigaro
Culturebox   12 janvier 2021
Avec "Serge", la romancière et dramaturge Yasmina Reza signe un nouveau roman très réussi, dans lequel elle scrute la famille et interroge la question de la mémoire avec sa manière bien à elle de dessiner le tragique avec du rire.
Lire la critique sur le site : Culturebox
Bibliobs   08 janvier 2021
Dans « Serge », comédie féroce et drôle, l'écrivaine virtuose raconte les dissensions d'une fratrie. Et ose mêler le rire au tragique.
Lire la critique sur le site : Bibliobs
LaLibreBelgique   04 janvier 2021
Yasmina Reza, la reine des dramaturges contemporaines, publie le 6 janvier son nouveau roman « Serge ». Avec un humour ravageur et sacrilège, elle met à nu notre comédie humaine, depuis la famille jusqu'aux lieux de mémoire.
Lire la critique sur le site : LaLibreBelgique
Citations et extraits (84) Voir plus Ajouter une citation
CannetilleCannetille   24 octobre 2021
Quand revient l’été revient le temps. La nature vous rit au nez. L’esprit de félicité écorche l’âme. L’été contient tous les étés, ceux d’avant et ceux que nous ne verrons jamais. L’été dernier notre mère vivait encore. Elle périclitait doucement dans son rez-de-chaussée d’Asnières sous le gardiennage d’aides-soignantes plus ou moins compatissantes luttant du lit à la chaise de cuisine où elle s’attablait pour rien contre un mal de cœur incessant. Pendant presque deux semaines elle s’était retrouvée seule livrée aux gardes-chiourmes. Nous n’avions pas jugé utile d’établir un roulement pour qu’elle ne soit pas abandonnée. Je l’appelais de Vallorcine où je participais à des expéditions en montagne. Elle parlait d’une voix amenuisée qui me torturait et ne se plaignait presque pas. À chaque coup de fil j’appelais dans la foulée Serge (en Grèce avec Valentina) ou Nana (dans leur cabane de Torre-dos-Moreno). Eux faisaient la même chose. Chaque fois on se demandait si l’un de nous ne devrait pas rentrer et personne ne rentrait. Certains étés remontent à loin. L’été des oies noires, en route vers le Portugal. L’été du GR 20 en Corse et des deux chiens avec qui nous avions marché qui couraient derrière la bagnole. L’été de mes concours. L’été de Jérusalem dans le car avec Serge. Plus éloigné encore, un été au square Roger-Oudot, Nanny Miro sur un banc, son sac mou posé à côté et dedans un autre sac mou d’où sortaient les pelotes de laine et le fil qu’elle tricotait. Longue série d’images logées dans un cerveau ordinaire et qui disparaîtront avec lui. Images sans portée et sans lien si ce n’est le scintillement perfide de l’été, cette lame qui revient chaque année pour nous blesser.
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SZRAMOWOSZRAMOWO   09 janvier 2021
La piscine de Bègues date des années vingt ou trente. Je n’étais pas allé dans une piscine depuis le lycée. Obligation de bonnet de bain paraît-il.
J’avais emporté la calotte du spa de Ouigor, toujours conservée. Avant de rentrer dans les douches un type me dit, monsieur vous ne pouvez pas entrer dans la piscine comme ça.
— Pourquoi ?
— Votre maillot est en tissu.
— Ben oui.
— Il doit être en lycra.
— J’ai été dans l’eau partout avec ce maillot, personne ne m’a jamais rien dit.
— Ici, il doit être en lycra.
— Comment je fais ?
Il me dit d’aller voir le type des cabines. J’explique mon problème au type des cabines. Il me semble un peu anormal comme ceux qu’on voit parfois faire la circulation devant les écoles. Il dit, je vais voir ce que j’ai. Il me rapporte un maillot noir et marron. Du 56, pour Depardieu. Je dis, ça va être trop grand. J’en ai un autre plus petit. Il m’en présente un vert. Location, deux euros. Je dis, ça devrait aller, me percevant comme il y a trente ans. J’envoie Luc dans le bain. Dans la cabine, je me fous à poil, je commence à enfiler le maillot et là je me dis merde, ce maillot n’a peut-être jamais été lavé. Je décide de faire disparaître ma queue. Je tire la peau pour diminuer l’ajourage du gland et je roule l’ensemble en escargot. Bref j’en fais un clitoris. Puis je remonte le slip qui est une sorte de gaine et je l’ajuste en coinçant bien les parties entre les jambes.
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ZephirineZephirine   12 mars 2021
Il se mouche et se frotte les yeux. J'observe ses paupières inférieurs lestées. Je n'avais jamais remarqué qu'il avait des poches aussi lourdes. Je sens monter en moi un attendrissement hautement suspect qui nous vient quand les gens affichent des signes de mélancolie. Peut-être est-ce un brave homme ce Ramos?
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Jean-DanielJean-Daniel   26 avril 2021
Mon frère et ma sœur je nous vois sur cette route bordée de cheminées et de pierres mortes et je me demande ce qui nous a fait tomber fortuitement dans le même nid, pour ne pas dire dans la vie même.
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CannetilleCannetille   24 octobre 2021
Est-ce le jour, la nuit ? La neige a laissé sa trace partout, sur les traverses du chemin de fer, sur les remblais de terre. Elle habille la toiture noirâtre de centaines de pointillés blancs comme une dentelle géométrique. Dans une salle sombre de l’exposition française, projetée en grand sur un mur, cette photo du portail d’entrée de Birkenau, un crépuscule noir et blanc un peu rougeoyant, prise de l’intérieur du camp au milieu des rails. À hauteur du ciel et du poste de garde vitré l’espace est barré de fils électriques et de fils barbelés. Le long de ces portées sinistres on peut lire en lettres blanches brillantes et glaciales comme la diapositive elle-même « Vernichtungslager ». « Toi qui sais l’allemand qu’est-ce que ça veut dire ? » « Nicht, c’est : rien, néant. Vers le rien, vers le néant. Cela veut dire camp d’anéantissement. » Dans Charlotte Delbo, Le Convoi du 24 janvier.
En une seule image, l’allégorie de la désolation happe le visiteur. Supériorité des images sur le réel. Le réel a besoin d’interprétation pour rester réel.
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Vidéo de Yasmina Reza
TÉLÉRAMA DIALOGUE – Il vient tout juste de remporter deux Oscars pour son premier long métrage, “The Father”. À la fois écrivain, scénariste et réalisateur, Florian Zeller nous livre un entretien de près d'une heure. Incontournable.
Il était déjà, avec Yasmina Reza, l'auteur de théâtre français contemporain le plus joué et le plus traduit à l'étranger (en 35 langues). Voilà que Florian Zeller, 41 ans, vient de remporter à Hollywood deux Oscars – meilleur scénario, et meilleure interprétation masculine pour Anthony Hopkins – dès son premier film, The Father. Coup d'essai, coup de maître, pour cette adaptation sur grand écran de l'une des pièces de notre ambitieux surdoué – le Père –, composée en 2012 pour Robert Hirsch. Zeller affirme en effet n'écrire que pour des acteurs : Catherine Hiegel (La Mère, en 2010), Pierre Arditi (La Vérité, en 2011, le Mensonge, en 2015), Fabrice Luchini (Une heure de tranquillité, en 2013), Daniel Auteuil (L'Envers du décor, en 2016). Pour leur voix singulière, leur timbre unique, leur musique. Comme pour un livret d'opéra.
Il rêvait de l'inquiétant Anthony Hopkins et a su le convaincre d'incarner un malade d'Alzheimer livré aux enfers de l'absence et du doute. C'est que celui à qui tout réussit connaît étrangement le royaume de l'incertitude. N'a-t-il pas composé une douzaine de pièces-puzzles où la vérité n'est jamais sûre, ni le mensonge…? Où tout peut être vrai et faux à la fois ? Où le réel s'avère incohérent ? Drôles de labyrinthes à la Pinter, sous une écriture apparemment si banale.
L'énigmatique Florian Zeller nous explique le tournage du film et évoque sa carrière, de ses débuts de romancier – il publie à 22 ans Neiges artificielles, son premier roman – au triomphe de sa dernière pièce, le Fils, en 2018. Il s'apprête justement à adapter en film, encore avec Christopher Hampton, cette drôle d'histoire plus autobiographique que les autres, où percent bien des souffrances. Florian Zeller avec pudeur et discrétion se raconte…
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