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Pierre Leyris (Autre)
EAN : 9782070265534
238 pages
Gallimard (03/06/1983)
3.77/5   15 notes
Résumé :
Publié en 1968, après un silence de vingt-sept ans, Les tigres sont plus beaux à voir regroupe des nouvelles écrites pendant et immédiatement après la Seconde Guerre mondiale, et d'autres plus anciennes tirées de La Rive gauche, son premier livre paru en 1927. Personne n'a parlé du Paris bohème des années vingt aussi bien que Jean Rhys. On retrouve dans tout ce livre la maîtrise elliptique du récit, et, ainsi que le rapporte son traducteur Pierre Leyris, " cette pas... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (3) Ajouter une critique
Dans ce double recueil de nouvelles, datant pour moitié des années 20, et pour moitié des années 60, sans qu'on n'observe une nette évolution des sujets abordés ou du style - Rhys dresse le portrait de marginales qu'il est tentant de rapprocher des héros des romanciers de la beat generation, d'Henry Miller, ou du Orwell de Dans la dèche à Paris et à Londres. Une telle entreprise est appréciable tant ces désespérées semblent avoir été oubliées de la littérature. Malheureusement, à l'exception d'une très belle et très courte nouvelle, presque un poème en prose, évoquant les prisons parisiennes du début du vingtième siècle, les structures semblent se répéter, dressant le portrait de demi-mondaines, rarement prostituées mais toujours dans une dépendance ambigüe aux hommes qui les entourent, à différents instants de leur vie. Il est difficile de trouver vraiment de l'empathie pour ces jeunes femmes qui, sans vendre leurs charmes, choisissent la plupart du temps de s'en servir pour obtenir un sursis dans leurs existences relativement misérables, et qui, parce qu'elles acceptent leur objectivation, constituent finalement des sujets assez pauvres. Il faut néanmoins remarquer le style de Rhys (peut-être desservi par la traduction ?) qui semble fort plat à l'amorce de chacune des nouvelles, mais entraîne rapidement le lecteur. Une lecture de curiosité donc, presque nécessaire pour les amateurs de chroniques de l'entre-deux-guerres, mais dispensable pour les autres.
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"Si trente ans après on redécouvre soudain les complaintes de Jean Rhys, ce n'est pas seulement pour son talent d'écrivain. C'est qu'elle dénonce la difficulté de vivre dans une société de la réussite obligatoire. Dans cette chronique des laissés-pour-compte, elle parle pour tous ceux qui ne sont ni toujours beaux, ni toujours jeunes, ni toujours dynamiques. A une société qui a fait du tigre dans le moteur le symbole de la compétition sauvage, Jean Rhys répond du fond du désastre des années 20, qu'en réalité les tigres sont plus beaux à voir que les hommes."
J'ai vraiment apprécié ces nouvelles acérées, écrites pendant la Seconde guerre mondiale, publiées en 1969, et traduites par l'excellent Pierre Leyris.
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Jean Rhys observe la vie d'un regard acéré et restitue ses observations recomposant un monde plutôt cruel.
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Citations et extraits (4) Ajouter une citation
Cet après-midi-là, Roseau rencontra Sylvius, alias le gigolo, dans le jardin de l’hôtel.
Elle avait décidé de le détester. Quelle excuse avait-il ? Aucune — absolument aucune.
Il était là, avec sa maîtresse de Cannes et sa maîtresse de Nice. Et Fifi sur le chevalet de torture. Fifi geignant et produisant un billet de mille quand le gigolo serrait la vis. Horrible gigolo !
Elle le regarda avec animosité, préparant avec soin une rosserie que la couleur de sa poudre. Mais cet après-midi-là il n’avait pas mis de poudre et elle dut reconnaître que l’animal était beau. Il n’avait rien de la bête blondasse — il était brun, svelte, beau comme un dieu latin. Et quelle langueur dans ses yeux, quelle douceur dans ses lèvres…
Horrible, horrible gigolo !
Il n’insista pas, mais apparemment surpris qu’elle le snôbat, il s’éloigna en murmurant poliment : « Alors, Madame… »

Une semaine plus tard, il disparut.
Fifi devint en dix jours de dix ans plus vieille et n'alla plus dans la chambre de Roseau pour lui conseiller de prendre du lait chaud au rhum au lieu de véronal. Mais elle affrontait tête haute un monde hostile et railleur.

« La Grosse Fifi » in La Rive gauche, 1927.
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— Je te dis, disait le gigolo, que je dois aller à Nice cet après-midi. C’est nécessaire. Je suis forcé.
Sa voix avait un ton d’excuse, mais têtu, avec une pointe de brutalité. Le mâle qui tire sur ses liens.
— Mais, mon chéri, implora Fifi, est-ce que je ne peux pas venir avec toi ? Nous irons au Négresco après.
Le gigolo garda un silence maussade. Manifestement, le Négresco avec Fifi ne lui disait rien.
Elle céda aussitôt.
— Marie ! appela-t-elle ; servez Monsieur immédiatement. Monsieur doit prendre le train d’une heure trente pour Nice… Tu reviendras pour dîner, mon Pierrot ? supplia-t-elle d’une voix enrouée.
— Je crois que oui, je verrai, répondit avec hauteur le gigolo, exploitant à fond sa victoire comme tous les bons généraux — et à ce moment la relation américaine de Roseau entra dans le restaurant.

« La Grosse Fifi » in La Rive gauche, 1927.
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— Ne te mêle pas de ça, Phénicienne, dit Julian. Tu n’as rien à dire. Retire-toi sous la table, car c’est là que je t’aime le mieux.
Frankie rampa sous la table. De temps en temps elle sortait sa tête en faisant mine de lui mordre les jambes, et chaque fois il tremblait et poussait des cris.
— Oh, sors de là, dit-il enfin. Il fait trop chaud pour ces singeries.
Frankie émergea de sous la table, très contente d’elle, alla au miroir et arrangea le foulard roulé autour de ses cheveux.
— J’ai vraiment l’air d’une Phénicienne ?
— Bien entendu. Une Phénicienne de Cornouaille, Angleterre. De pure souche, je dirais.
— Et elle ? demanda Frankie.
Ses yeux avaient l’air tout autres, comme des yeux de serpent. Nous avions tous l’air tout autres ; c’est drôle ce que fait la boisson.

« À septembre, Petronella » in Les Tigres sont plus beaux à voir, 1963.
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— Avez-vous remarqué, dit-elle, qu’il y en a des masses par ici ? De dames édouardiennes, veux-je dire. On en rencontre des essaims à Nice, des bancs entiers à Monte-Carlo ! J’ai vu l’autre jour au Casino…
— Qui est le monsieur ? demanda Mark qui ne voulait pas se laisser détourner du sujet. Son fils ?
— Son fils ? dit Roseau. Grands dieux non ! C’est son gigolo.
— Son… Que dites-vous ?
— Son gigolo, expliqua froidement Roseau. Vous ne savez pas ce que c’est qu’un gigolo ? Cela existe à Londres, je vous assure. Elle l’entretient — il lui fait l’amour. Je sais très bien ce qu’il en est, parce que leur chambre est à côté de la mienne.
— Oh ! murmura Mark qui se mit à boire rapidement son apéritif.

« La Grosse Fifi » in La Rive gauche, 1927.
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