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ISBN : 2841569470
Éditeur : Editions du Rouergue (15/08/2008)

Note moyenne : 4.15/5 (sur 608 notes)
Résumé :
"Ce qu'ils mettent au dos des romans, je vais vous dire, c'est à se demander si c'est vraiment écrit pour vous donner l'envie. En tout cas, c'est sûr, c'est pas fait pour les gens comme moi. Que des mots à coucher dehors - inéluctable, quête fertile, admirable concision, roman polyphonique...- et pas un seul bouquin où je trouve écrit simplement : c'est une histoire qui parle d'aventures ou d'amour - ou d'indiens. Et point barre, c'est tout."

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Critiques, Analyses & Avis (139) Voir plus Ajouter une critique
Eve-Yeshe
10 septembre 2014
Germain Chazès a 45 ans. Il mène une vie tout à fait ordinaire avec ses copains Annette, sa compagne. C'est un gros malabar qui pèse plus de 100kg. Sa mère l'a toujours traité avec méchanceté, le qualifiant d'imbécile, car il semble avoir été en retard sur le plan scolaire. Il est né d'une rencontre fugace, lors d'un bal de quatorze juillet avec un géniteur qui ne réapparaitra plus dans la vie de se mère par la suite.
Un jour en comptant les pigeons, assis sur un banc, il rencontre une petite dame âgée, Margueritte, qui vit dans la maison de retraite un peu plus loin, et cette rencontre va changer sa vie.

Ce que j'en pense :
C'est une belle histoire, comme on aimerait en lire ou en vivre une de temps en temps. D'une côté, un personnage un peu rustre, délaissé par sa mère pour laquelle il a toujours été un fardeau. Il a manqué d'amour maternel et s'est construit comme il a pu et pas si mal que cela tout compte fait. Il a ses copains avec lesquels il boit des verres ou joue à la coinche : Landremont, Jojo, Marco. Il y a aussi Francine, Annette.
Margueritte va lui faire partager son amour de la lecture, en douceur, en lui lisant des extraits des livres qu'elle a aimés et les leçons qu'on peut tirer de la lecture. Sa voix nourrit Germain autant que les mots qu'elle lit. Ainsi va-t-il découvrir « la peste » de Camus, « le vieux qui lisait des romans d'amour » de Sempuelveda, « la promesse de l'aube » de Gary…
Ce livre est un bijou, Marie-Sabine ROGER nous raconte une belle histoire, où l'amitié est le terreau, qui va enrichir le jardin personnel de chacun des deux protagonistes. Un conte philosophique comme je les aime, car l'auteur ne cherche pas à nous prouver une théorie, elle nous montre qu'on peut partager, donner à l'autre un peu de ce qu'on a et qu'on reçoit toujours un cadeau en échange.
Note : 8,5/10
« L'affection, ça grandit sous cape, ça prend racine malgré soi et puis ça envahit pire que du chiendent. Ensuite, c'est trop tard : le coeur, on ne peut pas le passer au Roundup pour lui désherber la tendresse »

Lien : http://eveyeshe.canalblog.co..
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latina
24 mars 2017
Je suis sortie de ma rencontre avec Germain et Margueritte avec un grand sourire. Oui oui, vous pouvez me croire ! Si on m'avait vue ce matin lorsque j'ai refermé le livre, on m'aurait prise pour une douce exaltée, un peu planante, un peu bêbête.
Je vous rassure tout de suite, je n'ai pas viré de bord : je déteste les romans « feel good » (pour employer une expression que l'on voit beaucoup sur Babelio, et que je n'aime pas), ceux qui dégoulinent de bons sentiments avec, en prime, à chaque page, des phrases sentencieuses sur la manière de vivre.
Ici, pas de donneur de leçon ! Marie-Sabine, je t'adore, parce que tu as l'art de distiller plein de bisous et de tendresse à travers un personnage naïf, brut de décoffrage et si fondant.
Germain, mon petit Germain, a 45 ans et adopte (dans son coeur) une vieille dame de 86 ans. Il la trouve craquante, fragile sur ses 2 jambes fines comme des pattes de pigeon, une vraie gentille qui ne se la pète pas, car elle est très cultivée, elle lit beaucoup. Il l'a rencontrée sur un banc, à regarder les pigeons, justement. Et la conversation s'est amorcée tout naturellement, ... à compter les pigeons.
Pourtant Germain n'est pas du genre à parler aux vieilles dames. Il est plutôt « virées chez les copains, bières et filles ». C'est qu'il n'a pas eu un passé facile, avec une mère « qui n'a pas la fibre » (maternelle) et un père inconnu. Humilié durant son enfance par un instituteur qui aurait dû suivre des cours de psychologie, il a fait un rejet total de la lecture, de l'écriture, de la culture tout court, et n'arrive jamais à trouver les termes adéquats pour dire ce qu'il pense. Conclusion : tout le monde le prend pour un barjot alors que c'est un vrai gentil.
Margueritte, par son empathie et son tact, réussit à toucher son intelligence et à faire éclore son envie d'apprendre et de lire.
Et alors là, je peux vous assurer que c'est marrant ! Germain (c'est lui le narrateur) s'exprime avec humour, sans le savoir. Et c'est ça qui m'a fait rire. Chaque page regorge de naïveté touchante et rigolote. J'ai a-do-ré ce « roman qui fait du bien » sans asséner pour autant une leçon de vie o-bli-ga-toire.
Vieux et jeunes, culture et ignorance, fragilité et rudesse...incompatibles ? Non ! L'auteure les allie avec esprit et légèreté. Faut dire que c'est le rêve !
Mais rencontre-t-on un tel duo dans la réalité ? Rien n'est moins sûr.
Pas grave, ce sera un prétexte pour relire du Marie-Sabine Roger. Chouette !
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Eric76
15 janvier 2016
Germain est un grand balèze pas bien futé. Ses journées se traînent tout doucement entre sa flemmardise, ses potes du bar qui le charrient gentiment, son potager, et de temps en temps, mais pas trop souvent, un petit boulot.
Des casseroles et des désillusions, Germain en traîne toute une palanquée derrière lui. C'est un amputé de l'amour, à cause de sa mère si méchante, si froide, si hostile, et de tous ces abrutis d'adultes qui n'ont jamais cessé de s'essuyer les pieds sur lui quand il était gosse.
Pourtant de l'amour, malgré son côté brut de décoffrage et toute cette vulgarité qui sort de sa bouche, il en a beaucoup à donner. Bien plus que le nombre de taloches reçues et d'humiliations subies.
Annette, qui s'accroche à lui, l'a parfaitement compris.
Margueritte aussi, cette petite vieille décatie, farcie de bonté et de gentillesse, comme seules ces personnes âgées qui ont remisé au placard leurs ressentiments et leur aigreur savent l'être. L'arrivée du colosse Germain dans sa vie finissante est une divine surprise.
A l'exception de cette passion commune et incongrue pour le comptage des pigeons, on ne voit pas ce qui pourrait rapprocher cette brute inculte au coeur tendre et cette petite vieille, douce et cérébrale, pétrie de belles phrases et de grande littérature. Ils vont pourtant s'apprivoiser l'un l'autre, rapprocher leur île d'où ils se morfondent dans leur solitude.
Germain apporte sa présence bourrue ; Margueritte sa considération et son respect pour un homme qui en a singulièrement manqué durant sa vie d'imbécile heureux. Elle lui ouvre toutes grandes les portes vers le savoir, et il lui prend soudainement une envie d'apprendre, et son existence en est toute chamboulée. Evidemment, Germain reste un ignare, un embroussaillé du cerveau, et quand il se lance bravement dans la métaphore, on est forcé de beaucoup rire…
Il en a bien de la chance, Germain, d'être entouré d'Annette et de Margueritte ! Même si être amoureux d'une jolie femme et tenir comme à la prunelle de ses yeux à une mémé toute fanée, c'est loin d'être de tout repos.
Un bien joli livre que nous a écrit là Marie-Sabine Roger. Un bon coup de bonne humeur, comme dit si bien le grand Germain.
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marina53
07 novembre 2013
Au détour d'une promenade, je me suis assis sur un banc, à l'abri du tilleul. Et je me suis mis à compter les pigeons, une drôle d'habitude que j'ai pris depuis que je suis là. C'est pas plus con qu'autre chose, si? Elle s'est assise à côté de moi. Je ne lui ai pas porté attention, trop occupé avec mes pigeons. Et puis elle m'a regardé et m'a demandé combien j'en avais compté. Tout penaud et surpris que j'étais à me rendre compte que je n'étais pas le seul à faire ça. On avait tous les deux le même résultat. Et elle est repartie, toute frêle dans sa robe à fleurs. On s'est revu quelques jours plus tard. Elle m'a dit s'appeler Margueritte, avec deux «t». Elle avait un livre entre les mains, chose que je n'ai jamais tenu non pas que cela ne m'intéresse pas mais j'ai un peu de mal à saisir tout le sens des mots mis bout à bout. Il faut dire que j'ai jamais réussi à l'école et que j'étais le premier pour faire l'école buissonnière. Ma mère s'en foutait royalement et pour ce qui est de mon père, à part, culbuter ma mère pour me faire, c'est à peu près la seule image que je retiens de lui. de fil en aiguille, on a commencé à discuter et elle m'a proposé de me faire la lecture, parce qu'elle aime beaucoup lire pour les autres. Elle avait avec elle «La peste» et moi, cette histoire de rats, ça m'a subjugué dès le début... Je sens qu'il va me plaire ce livre...
Ha oui, que je vous dise aussi: moi, c'est Germain...
Marie-Sabine Roger nous épate encore une fois avec ce roman et cette rencontre improbable entre Germain, quadra un peu bourru, et Margueritte, petite femme haute comme trois pommes. Ces deux-là n'avaient rien en commun et pourtant ils en avaient des choses à se dire et à se lire. Au fil de leurs rendez-vous improvisés, on prend connaissance avec eux, on les apprivoise et on ne peut que s'y attacher. L'auteure a su mettre les mots justes pour décrire cette belle amitié, cet attachement réciproque et ce que chacun peut apporter à l'autre. Sans fausse note, tout en poésie et en finesse, ce roman aux personnages si attachants et aux situations cocasses nous montre une belle leçon d'amitié et de partage. C'est beau, humain, tendre, doux et émouvant.
La tête en friche... Fichtre!
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rabanne
09 mars 2017
Ce sont les critiques de sabine59 qui m'ont donné envie de découvrir Marie-Sabine Roger, avec tout d'abord "Bon rétablissement". C'est toujours en suivant son conseil, celui de mosaïque92 et de Eve-Yeshe, que je me suis procurée "La tête en friche", ayant aussi entendu parler du succès de l'adaptation ciné (avec ses protagonistes renommés !)
J'ai retrouvé une plume qui fait juste du BIEN par où elle passe, parce qu'elle va précisément au coeur des choses de la vie ! J'ai aimé le rythme, cette sensation de dialogue permanent avec le lecteur.
C'est sans fioritures stylistiques, mais avec finesse, humour et délicatesse que nous est contée la très jolie rencontre de Margueritte et Germain. Deux âmes qui se respectent et se reconnaissent par la magie des mots, dans un "jardin" en friche qui ne demande qu'à être arrosé et cultivé...
Vous ne consulterez plus de la même façon un dictionnaire (mon "vieux Bob" à moi date du lycée), après cette magnifique lecture. D'une toute saveur que le Wiki dictionnaire !! ;-))
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Citations & extraits (235) Voir plus Ajouter une citation
gouelangouelan16 septembre 2017
Ce qui fait que plus tard, à l'armée, on m'a classé dans les analphabètes, nom dans lequel on entend le nom bête, qui résume très bien ce qu'on pensait de moi, en plus poli.
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gouelangouelan16 septembre 2017
Je crois qu'on peut être normal sans pour autant aimer bosser. C'est même le contraire que je trouve étonnant. Faudrait quand même pas oublier qu'il y a des milliards de gens qui vivent sans travailler. Par exemple, les Jivaro.
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RekaReka31 août 2009
Moi, je n’ai pas été « bien élevé ». On m’a dressé à coups de pierres, comme on fait aux clébards qui traînent dans la rue (C’est façon de parler. Ma mère était barjot, mais pas à ce point-là). Enfin disons que je n’ai pas eu une enfance facile.
Du coup, je ne fais pas toujours dans la dentelle, les gens me trouvent un peu raide, je sais. Quand je veux m’exprimer, je sens bien que je choque, rien qu’à voir leur façon de tordre un peu la bouche, ou de plisser le nez à croire que ça pue.
Le problème, c’est que je dis les choses que je pense avec les mots que j’ai appris. Forcément, ça limite. C’est peut-être pour ça que j’ai l’air trop direct, à force de parler toujours en ligne droite. Mais un chat, c’est un chat, et un con, c’est un con. J’y peux rien, si les mots existent. Je m’en sers et c’est tout. Y a pas de quoi fouetter une pendule. En même temps, ça me fout des complexes. Pas tellement parce que sur quinze mots, j’en dis douze qui sont vulgaires, mais parce que quinze mots, ça suffit pas toujours à dire le total. (p. 122-123)
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kathykathy07 mai 2012
Je voudrais vous faire lire cette citation suite à ma critique postée à propos du livre " Cahiers de cancres" dans laquelle je faisais allusion au manque de "psychologie" de certains enseignants à une certaine époque... Et personne n'a jamais établi de statistiques quant au nombre d'enfants qui ont prématurément interrompu leurs études à cause de telles humiliations...

La citation est un peu longue... je m'en excuse... !

Avant j'étais presque illettré, j'en ai pas honte. La lecture, c'est de l'acquis. Pas besoin d'aller la chercher : quand tu es petit, on t'envoie à l'école pour te gaver de force, comme on fait pour les oies.
Il y en a qui le font proprement, ils ont le doigté, la patience, tout ça. Ils t'emplissent en douceur la mémoire, jusqu'à ce que tu sois bondé comme un oeuf. Mais avec d'autres, gobe ou crève ! Ils te fourrent ça dans la tête sans aller vérifier où ça va se loger. Résultat, le moindre petit grain de savoir qui te reste en travers, ça t'étouffe.T'as plus qu'une envie : le recracher et puis rester à jeun, plutôt que d'être mal.
Mon instituteur, monsieur Bayle, c'était un gaveur à la con. Il me fichait une trouille terrible. Je me serais pissé dessus, quand il me regardait, certains jours. Rien que dans sa façon de prononcer mon nom, "Châzes" ! Je savais qu'il ne m'aimait pas. Il avait sûrement ses raisons. Pour un maître c'est casse-couilles, un élève abruti. Je peux comprendre ça. Alors, pour se passer les nerfs, il me faisait venir au tableau tous les jours. Je devais réciter mes leçons.
Les réciter devant les lèche-culs qui se poussaient du coude et se foutaient de moi en se cachant la bouche de leur main, et puis les nuls, contents de voir que j'étais pire. Monsieur Bayle ne m'aidait pas, il m'enfonçait bien, au contraire. Un enfoiré de première, c'était. Je l'entends toujours, sans forcer : j'ai sa voix chevillée dans le creux de l'oreille.
- Alors, Châzes, on oublie ses phrâses?
- Eh bien, Châzes ? On manque de bâses ?
- Je sens que, ce matin, notre ami Châzes est dans la vâse !
Ca faisait marrer les copains.
Ensuite, il ajoutait :
- Alors, Châzes? J'attends ! J'attends, nous attendons, vos camarades attendent...
Il tirait juste un peu sa chaise, pour mieux se tourner face à moi. Il se croisait les bras, et il me regardait en hochant la tête. Il tapotait du bout de son pied, par terre, sans rien dire. Tap, tap, tap... Moi, je n'entendais plus que ce bruit là, et puis celui de la pendule, en face, tic tac, tic, tac. Des fois, ça durait si longtemps que tous les autres finissaient par se taire.
Tout devenait tellement silencieux autour du tic-tac et du tap des semelles, que j'entendais mon coeur me battre dans la tête. A la fin, il soupirait, il me renvoyait à ma place, d'un geste. Il disait :
- Décidément, mon pauvre Châzes, je crois bien qu'il vous manque une câse !
Les autres éclataient tous de rire, ça les détendait un bon coup. Et moi, j'aurais voulu mourir. Ou le tuer, si j'avais pu.
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SeraphitaSeraphita17 mai 2009
Je repense à ce mot, inculte – Qui n’est pas cultivé. Voir : friche – qui m’était venu dans la tête, un jour, pendant que je parlais avec Margueritte. Et au rapport qu’il y a entre la culture des livres et l’autre, des topinambours. C’est pas parce qu’on ne cultive pas un terrain qu’il n’est pas bon pour les patates ou autres. Faut pas croire, c’est pas de bêcher qui rend le sol meilleur : ça le prépare seulement à bien recevoir les semis. Ça l’aère. Parce que si le terrain est trop acide, trop calcaire, ou trop pauvre, il prendra pas n’importe quoi, de toutes les façons.[…]
Ce qui me fait aller vers cette conclusion que pour les gens, c’est du pareil au même : c’est pas parce qu’on est inculte qu’on n’est pas cultivable. Il suffit de tomber sur un bon jardinier. Si c’est un mauvais, qui n’a pas le doigté, il vous gâche.
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