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EAN : 9791092011609
492 pages
Anacharsis (16/03/2018)
4.94/5   9 notes
Résumé :
Lorsque pak Sutrisno débarque de sa Java natale dans la ville minière de Timika en Papouasie occidentale, il ignore dans quel monde il vient de poser le pied. En quête de fortune comme des millliers d'autres migrants dans ce far west indonésien, il va vite déchanter.
Dans les montagnes de l'arrière-pays, la compagnie américaine Freeport exploite la plus grande mine d'or du monde sous la protection de l'armée indonésienne. Dépossédés de leurs terres, les Papo... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (4) Ajouter une critique
mesrives
  22 novembre 2018
Etals débordant de sagou blanc, noix d'arec, feuilles de bétel, c'est le spectacle qui attend le flot de migrants en provenance de Jakarta, après un voyage de 12 jours d'angoisse et de nausée sur le Kelimutu, au port de Pomako.
Bienvenue en Papouasie Occidentale et direction Timika, point de convergence de toutes les espérances, des diplômés aux petites mains en passant par les vieux renards, tous viennent tenter leur chance dans cet Eldorado moderne, sauvage, et violent.
Timika, coeur d'un no man's land qui palpite au rythme des prélèvements du sang de la terre.
Timika sous l'emprise de l'armée et de la police nationale indonésiennes et de la compagnie minière américaine Freeport.
Freeport installée en Papouasie occidentale depuis les années 70, quatre années après son annexion par l'Indonésie en 1969 .
Freeport exploitant de la plus grande mine d'or au monde à ciel ouvert et de cuivre à plus de 4000 mètres d'altitude, la mine de Grasberg.
Alors oui, bienvenue à Timika !
« Whoop whoop whoop … Papua Merdeka ! »
Et oui, vous les avez peut-être entendus mais pas encore vus ! Car ils sont où les Papous ?
Ceux dont on vient d'entendre le signe de reconnaissance sont les indépendantistes et ils sont bien planqués, les autres ? orpailleurs à Gresberg  ou encore entassés dans des baraquements en train de crever ...
Face à cette marée humaine venue de tout l'archipel mélanésien, les Papous sont ceux à qui profite le moins cette fièvre aurifère: retranchés dans des camps en montagne, décimés par le Sida et la tuberculose, empoisonnés par les rejets toxiques, et dépossédés de leur terre .
Nous sommes ici à la fin des années 90, l'OPM, Organisation de Libération de la Papouasie (Papua Merdeka) dont le leader vieillissant, Kelly Kwalik a changé son fusil d'épaule (ou son arc comme dirait Nicolas Rouillé), prône désormais une lutte non-violente. Mais cette nouvelle ligne n'enchante pas les plus jeunes qui rêvent de renouer avec une branche armée active et des actions spectaculaires…
Dans cette zone de non-droit militarisée, où la Route de Freeport et de ses pipelines balafrent la région de Portsite à la mine de Gresberg, la circulation est étroitement surveillée et sous contrôle.
Ici, la collusion entre l'armée et la police entrave toute liberté, sans parler des exactions du Kopassus (Forces spéciales de l'Armée indonésienne), pourtant quelques malins sachant jouer avec le système passent entre les mailles du filet, autant dire que la marge de manoeuvre pour les nouveaux arrivants comme pour les Papous est vraiment très très serrée.
Dans ce contexte chaud bouillant où le terrain de jeu est miné, certains jeunes indépendantistes ont les nerfs à cran. Un d'entre eux, Alfons, décide de passer à l'action… mais pour cela il faut des moyens, et quand on ne les a pas alors il y a la débrouille, la magouille… et donc la chance de tomber sur d'odieuses fripouilles !
« Whoop whoop whoop … Papua Merdeka ! »
Alors ? Alors j'ai adoré me perdre dans cette poudrière et mettre les pieds dans ce bourbier !
En enjambant les pas de pak Sutrisno, le migrant javanais, pour connaître les douleurs et les affres de l'exil,
en suivant les traces d' Alfons dans la forêt pour en percer les secrets, en accompagnant le journaliste Gilmore pour rencontrer Kelly Kwalik…
Mais j'ai aimé aussi gamberger et flipper en mettant le nez dans les magouilles et les innovations de Bambang , voler au dessus de la Grande barrière de Corail pour retrouver la diaspora papoue de Melbourne etc...
Les portraits sont touchants. Les tableaux saisissants. Les visions fulgurantes. Les odeurs, les couleurs présentes et prégnantes.
Une intrigue qui nous projette dans un système politique corrompu et les rouages de la colonisation.
Réaliste, poétique, humoristique, ponctué de passages envoûtants et émaillé d'expressions en logat papua (indonésien dégénéré), l'écriture de Nicolas Rouillé est tout cela à la fois : dense, légère profonde et précise. En donnant une densité et un rythme au récit, l'auteur, écrivain voyageur, nous embarque avec lui et réussit à nous faire vibrer, ressentir l'atmosphère, l'ambiance de cette région minière tout en suivant les trajectoires uniques de personnages réels ou fictifs…
La construction de texte est étonnante ! la typographie permet d'inscrire aux marges de la narration un véritable mémorial, saisissant et émouvant, dédié à tous les Papous disparus, assassinés, torturés … les chiffres officieux parlent de 100 0000 à 400 0000 disparus lors d'exactions par les autorités indonésiennes !
Magnifique roman noir, mais aussi roman d'aventures,Timika western papou, nous entraîne dans un maelstrom d'émotions et de ressentis à travers le quotidien des protagonistes dont la diversité confessionnelle et culturelle permet au lecteur d'appréhender la complexité politique, et socio-économique de la Papouasie occidentale.
Un roman social au coeur d'un enfer tropical, d'une forêt primaire en voie de disparition et un peuple en danger.
Une récit qui s'inscrit dans l' histoire d'une minorité qui continue a être bafouée, sacrifiée et dont les terres sont violées.
Un roman à dévorer. Un roman qui a une âme, un roman habité par les esprits papous. Peut-être qu'un jour, dans une aube brumeuse le « Morning  Star» flottera au dessus de Timika.
Merci Nicolas Rouillé, pour ce grand voyage, fascinant, coloré et explosif et merci aux éditions Anacharsis pour ce Timika western papou !
A lire de toute urgence ! Et de mon côté une énorme envie de rencontrer Nicolas Rouillé !


Il m'a été impossible de terminer ce billet sans faire un petit tour sur la toile pour connaître l'évolution du conflit entre les autorités indonésiennes et les Papous :
à l'heure actuelle , les Papous continuent leur combat pour l'indépendance au sein du KNPB, Comité national de la Papouasie Occidentale, créé en 2008, et milite pour un référendum et le droit à l'autodétermination. Un de leur représentant, Filep Karma a été inculpé de "rébellion" en 2004 pour avoir hissé le drapeau de la Papouasie libre, le Morning Star, lors d'une cérémonie pacifique et a été condamné à 15 ans de prison … malgré l'ouverture « démocratique » annoncée par le président indonésien Joko Widodo.
Les termes récurrents lors de ma recherche : Ecocide- Génocide- Désastre-
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Er-et-cel
  16 février 2022
Voilà un livre peu connu et pas seulement sur Babelio (j'ai vérifié, il n'est presque jamais demandé à la Grande bibliothèque de Montréal). Peut-être son sous-titre en est-il la cause: western papou. Déjà lire un western plutôt que le regarder, c'est Bof.. Mais si en plus, c'est avec des papous c'est même pas un western hein.. Juste une bouffonnerie comme les westerns de Bud Spencer et Terence Hill, sans doute.. Ajoutez à cela que l'auteur Nicolas Rouillé est quasi inconnu.. Même pas une page Wikipedia.. Heureusement, Babelio me l'avait suggéré à la suite du bouquin de Patrice Franceschi, Raid papou, aventure qui m'a laissé assez ébahi et curieux d'en savoir plus sur la Papouasie Occidentale. Donc je ne me suis pas laissé rebuter par le supposé western que promettait TIMIKA et j'ai bien fait.
Le roman est épais, bien documenté sur la géographie du pays, ses différentes ethnies (Indonésiens, Occidentaux, Papous), son histoire et les traditions papoues et pourtant ce n'est pas un essai ni un document ethnographique mais bien un roman. le récit est vif, bien rythmé, parfois cocasse et dans une langue élégante et précise. Ça se lit comme un roman à suspense: on attend de savoir si pak Sutrisno, un Indonésien nouvellement arrivé, va réussir à faire fortune ou se faire dépouiller par les militaires voleurs ou les méchants Bugis (un peuple des Célèbes). On redoute les périls qui guettent Alfons, Papou complètement déboussolé débarqué de sa jungle dans la jungle humaine de Jakarta pour la première fois de sa vie. On compatit sur la désillusion de Nicole, Jeune enseignante australienne en quête de changement et d'aventure. On est horrifié devant la barbarie de l'armée indonésienne et la corruption de la police. On rit devant les frasques de Johni, un jeune papou incapable de résister aux tentations de la société de consommation. Et je ne vous raconte pas le climat.. On vit sous la pluie et dans la boue en permanence.. comme ce journaliste australien,Gilmore, venu interviewer un leader indépendantiste dans son village (voir les extraits de texte plus loin) Bref, le bonheur !
Tout cela se lit comme un véritable polar et puis on comprend peu à peu que les répressions racontées ont réellement eu lieu, que le pillage du pays par la multinationale Freeport existe vraiment. Alors on cherche vite sur Wiki et on est effaré. Un peuple disparait sous nos yeux et on ne voit rien ou si peu.. parce-que c'est loin, c'est quelques milliers seulement, personne n'en parle.
Donc, je me suis dit qu'il fallait que j'essaie de le faire connaître un peu, ce livre. Que ce serait ma minuscule contribution pour emmerder les militaires, les profiteurs américains et honorer les papous qui ont seulement essayé de protéger leur pays et leur culture.
Je sais, j'ai toujours été naïf..
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HistoiresVagues
  24 avril 2020
Naviguer sur le Kali Kopi à bord d'une pirogue... Admirer le Mont Zaagkam... Se perdre dans l'effervescence de Km 10... Se fumer une kretek "dans un délicieux grésillement de clou de girofle" après avoir dégusté son nasi liwet au warung Batik... Et passer sa soirée au Cabaret Dewata. Cette promenade semble bien alléchante, et pourtant... C'est avec effroi que le lecteur découvre avec effroi les tristes destins de Kelly Kwalik, d'Alfons, du révérend, de Dewi et globalement de la Papouasie occidentale avec l'impressionnant "Timika" de Nicolas Rouillé, paru aux éditions toulousaines Anacharsis en 2018.
Pré-requis : un génocide est en cours en Papouasie occidentale depuis la prise de contrôle par l'Indonésie en 1962.
L'histoire de Timika, et plus largement de la Papouasie occidentale, est contée par Nicolas Rouillé avec beaucoup de précision, de descriptions foisonnantes des moeurs locales/tribales, et de coeur. La force de ce roman réside dans sa vocation : de nombreux personnages s'y croisent, s'y frottent, entrent en lutte ; qu'ils soient Papou, Indonésien ou Américain. L'auteur écrit à la fois un grand bien que tragique roman d'aventures humaines, une enquête historique sur la situation terrible en Papouasie occidentale - pays pillé et spolié de ses ressources minières ; populations humaines, animales et végétales ravagées intensément ; luttes armées pour l'indépendance ; Histoire menacée d'être ensevelie sous la boue toxique des industriels, sous l'avarice de la police, devant l'aveuglement des peuples... Un grand roman engagé, révoltant et ô combien nécessaire : un plaidoyer en faveur de l'indépendance papou, un brûlot contre le colonialisme.
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damdomfromparis
  24 mai 2018
Un western ? Oui, nous y sommes, tous les codes sont là : ses exilés venus tenter leur chance, sa fièvre de l'or, ses éclats d'armes à feu, ses saloons miteux, ces parfaits salopards, ses redresseurs de torts, ses indigènes qui luttent pour leur survie… Sauf que nous sommes au XXIe siècle, que nous sommes en terres papoues officiellement indonésiennes et que ce qui se trame dans ce roman choral oppressant est hélas d'actualité. Très documenté et admirablement écrit, Timika lève le voile sur un lent génocide doublé de désastre environnemental qui se déroule à 13 500 km de Paris, dans une indifférence quasi générale.
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Citations et extraits (6) Voir plus Ajouter une citation
HistoiresVaguesHistoiresVagues   24 avril 2020
Du fond des précipices, du chaos des éboulis et des torrents furieux, des marécages impaludés, des eaux noires baignant les sagoutiers épineux, des entrelacs de racines, des souches pourrissantes, de la vase vibrante des mangroves, des cratères béants de la mine, des alluvions empoisonnés de la rivière Ajkwa, des montagnes de stériles suppurant un jus acide, des lacs vestiges de pics dynamités, de la terre érodée sous les palmiers à huile, des profondeurs de la roche suintant l'hydrocarbure, des grands amas d'ossements de Pyramid, Kobakma, Paniai, Kurulu et Wosilimo, des terres spoliées par Freeport, du fond de ses containers et des couloirs carrelés de ses hôpitaux, des postes de police et des prisons : de toutes les plaies purulentes de la Papouasie, de tous les lieux maléfiques où l'on mourut sortent des ombres invisibles et silencieuses qui se joignent au cortège et emboîtent leur ombre dans l'ombre des vivants.
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Er-et-celEr-et-cel   16 février 2022
Après quelques soirées au lupa lelah club, à subir cette abominable musique dangdut à plein volume, elle avait compris qu’il n’y avait rien à attendre des expats de freeport, insupportables poches à bière aux poches dégoulinantes de fric, rien à attendre non plus des Indonésiens trop coincés pour fricoter avec une étrangère. Il fallait se faire une raison: la vie sociale et culturelle de Tembagapura était aussi stimulante que le magazine de Garuda Indonesia.
Ainsi, Nicole s’était renfermée dans une apathie cafardeuse à fumer du cannabis et avait renoncé à changer quoi que ce soit à la situation. Elle attendait les petites vacances pour filer à Bali à prix réduit –merci freeport–; elle attendait les grandes pour rentrer à Perth gratuitement –Merci freeport–; et là, présentement elle attendait de voir la tête de ses nouveaux collègues en espérant qu’il n’y ait pas que des couples.
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Er-et-celEr-et-cel   16 février 2022
Le vieil Isaac, un chef traditionnel de la tribu Dani à qui Bangbang avait eu affaire auparavant, rappela en guise d’introduction que Dieu était le créateur de tout ce qui peuple le ciel et la terre, puis il retraça l’histoire de la Papouasie, depuis les premiers hommes jusqu’à l’assassinat trois mois auparavant de Theys Eluay, paix à son âme. Les trois autres approuvaient de la tête ou lâchaient des waa waa waa en signe de respect. Bangbang rôdé à ces interminables préambules, attendit patiemment .
-Ainsi pak Bangbang sait où acheter des fusils, finit par lâcher Alfons.

Il le savait bien puisqu'ils en avaient discuté la veille.
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Er-et-celEr-et-cel   16 février 2022
Le long de mauvais sentiers, sur des versants traîtres et glissants, dans le lit sournois des torrents, agacé par des mouches agressives, des sangsues voraces, une végétation épineuse, Gilmore se répétait qu’il avait de la chance et se le répéta encore lorsque la nuit froide noyait à la forêt, entassé avec son escorte sous un abri de branchages érigé sous la pluie, ses pieds gelés et meurtris offerts au feu.
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Er-et-celEr-et-cel   16 février 2022
Johni tâta prudemment sa lèvre tuméfiée et son œil gauche qui malgré ses efforts, refusait de s’ouvrir pleinement sur la réalité du jour.
Johni aurait mieux fait de s’abstenir de soulever la tenture rose pour espionner, entre deux planches mal jointes, le client du numéro 22, un indonésien musclé est sacrément remuant. Il n’aurait pas dû non plus lui chatouiller les fesses avec la longue plume de casoar qui décorait le miroir de Lilys, mais celle-ci riait tellement à cette idée...
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Video de Nicolas Rouillé (1) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Nicolas Rouillé
Lecture par Nathalie Pagnac de l'ouvrage Timika de Nicolas Rouillé aux éditions Anacharsis.
Performance produite par la Cave Poésie-René Gouzenne (Les Rugissants - extraits)
Film réalisé par : Gil Corre
Film produit par : Occitanie Livre & Lecture
En partenariat avec la Cave Poésie-René Gouzenne dans le cadre de sa saison des « Rugissants » soutenue par le programme régional d?aide à la promotion des éditeurs et diffusion de leurs publications inscrit au Contrat de filière Livre Occitanie 2018-2020.
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