AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestions
Rejoignez Babelio pour découvrir vos prochaines lectures

Serge Quadruppani (Traducteur)
ISBN : 9782864247197
Éditeur : Métailié (19/08/2010)

Note moyenne : 3.76/5 (sur 17 notes)
Résumé :

A la fois roman policier, d’aventures et roman d’amour, voici surtout un grand roman tout court.
Nous sommes en janvier 1896. Dès la première page, nous entrons dans l’atmosphère d’une Afrique faite de chaleur, d’humidité, de sueur, d’insectes, d’odeurs, de bruits mettant en jeu les sens du lecteur à travers une écriture évocatrice d’images et de parfums. Nous ressentons le malaise du climat, le malaise des regards de la population dont on ignore les ... >Voir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonCulturaMomoxLeslibraires.fr
Critiques, Analyses et Avis (9) Voir plus Ajouter une critique
viou1108
  19 octobre 2016
Challenge ABC 2016-2017
En cette fin de 19ème siècle, l'Italie est une toute jeune nation, née de l'unification des différents petits Etats de la péninsule. Une nation avec un grand « N » ? pas tout à fait. Que manque-t-il donc à ce néo-royaume pour entrer dans la cour des grands ? Bon sang mais c'est bien sûr : une Colonie ! Ni une ni deux, voilà l'Italie partie à la conquête de la Corne de l'Afrique, accrochant l'Erythrée à son tableau de chasse. « Pourquoi sommes-nous ici ? Prestige national, dit Cristoforo, à part la Suisse, nous étions la seule nation civilisée à ne pas avoir de colonie outremer. Mission morale, nous devons apprendre à ces sauvages à porter des chaussures et à ne pas se promener les attributs à l'air... ». L'appétit venant en mangeant, l'Italie envisage de prendre pied en Ethiopie, et se prépare à affronter les armées du Négus Menelik.
C'est dans ce contexte que nous débarquons à Massaoua, port érythréen sur la Mer Rouge, en compagnie des renforts militaires amenés en prévision de la grande bataille. On s'immerge alors dans le microcosme de la colonie et dans sa chaleur de fournaise. A Massaoua, on traficote, on complote, on tombe amoureux ou on assouvit ses désirs simplement lubriques ou d'une perversité absolue, on mène des enquêtes secrètes, on jette des sorts, on rêve de gloire ou de sédition ou de cultiver des choux. On transpire, donc on boit, on se noie dans l'alcool, le khat ou pire encore. On sue, on crève de chaud et de langueur, on bout, on se consume. Jusqu'à ce que chaque petite intrigue implose dramatiquement à la tête des personnages, jusqu'à ce que la grande bataille d'Adoua explose à la figure de l'Italie en un désastre absolu alors que pourtant, jusque là, « aucune armée indigène n'a jamais réussi à battre une armée européenne bien encadrée ».
Sur un rythme lent (mais qui donc aurait l'idée saugrenue de se presser par cette chaleur infernale?), la construction chorale se met peu à peu en place, nouant plusieurs intrigues qui se recoupent parfois. Si je n'ai guère ressenti d'empathie pour les colons « civils », j'ai été bien plus touchée par le sort des soldats, les simples ploucs inexpérimentés fraîchement arrachés (« désignés volontaires ») à leurs champs sardes ou siciliens pour grossir les rangs du corps expéditionnaire, ou les officiers aguerris conscients que « ça va être un bain de sang », tous envoyés au casse-pipe par un commandement fumeux.
Intéressant pour l'Histoire qu'il aborde, captivant pour les histoires, les aventures et les personnages qu'il déploie, ce roman ne rend pas une image fort brillante de l'Italie : « Nous y sommes allés sans préparation, mal commandés et indécis et, ce qui est pire, sans le sou. En nous fiant à la chance, à l'art de s'arranger et à notre bonne mine. Nous l'avons fait pour donner un désert aux plèbes déshéritées du Midi, un débouché au mal d'Afrique des rêveurs, pour la mégalomanie d'un roi et parce que le président du Conseil doit faire oublier les scandales bancaires et l'agitation de la rue. Mais pourquoi est-ce que nous faisons toujours ainsi, nous autres, Italiens ? ». Il sauvegarde néanmoins un peu de poésie (et de morale) dans ce monde de brutes, en laissant doucement triompher la pureté et l'innocence.
« Ceci est la terre de la huitième vibration
de l'arc-en-ciel : le Noir.
C'est le côté obscur de la lune,
porté à la lumière.
Dernier coup de pinceau du tableau de Dieu »
(Tsegaye Gabrè Mehdin)
Lien : https://voyagesaufildespages..
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          413
litolff
  13 juillet 2012
En 1896, l'unité Italienne est encore une nouveauté, et les sardes, les lombards, les vénitiens ou toscans qui se côtoient en Érythrée ont du mal à se comprendre... A Massoua, ville fournaise du désert en bord de mer, ils essaient de tromper leur ennui et se distraient comme ils peuvent : les combines, la drogue, le sexe, en attendant l'assaut.
Il vaut mieux lire la huitième vibration en hiver car on transpire à la lecture de ces lignes, l'insoutenable chaleur s'infiltre partout, épuise et assomme.
Des paysans envoyés au casse-pipe, un carabinier à la recherche d'un assassin, un anarchiste enrôlé de force, une intrigue amoureuse, un major morphinomane, un employé arabe, son amant indigène, autant de personnages qui peuplent ce roman foisonnant, chronique d'une colonie perdue. Pendant que l'armée du Négus grossit, leurs destins vont se croiser sous le soleil implacable et éblouissant...
Un roman lent et dense qui décrit avec brio l'aventure coloniale italienne mais qu'il faut prendre le temps de décrypter.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          170
Charybde2
  19 mars 2013
Le tournant réussi de Lucarelli !
Carlo Lucarelli, jusqu'ici surtout connu pour ses romans policiers incisifs, amorce un tournant dans son écriture avec ce livre paru en 2008 (et en cet automne 2010 en France).
En Érythrée, en 1896, dans les mois précédant le désastre historique (pour l'armée italienne) de la bataille d'Adoua, plusieurs fils d'intrigue étroitement enchevêtrés mêlent enquêtes policières, histoires d'amour, faits de corruption, scènes de caserne, quêtes érotiques, ambitions économiques et bien entendu peintures et réflexions sur l'aventure coloniale en général, italienne en particulier.
« Question : pourquoi sommes-nous ici ? Prestige national, dit Cristoforo, à part la Suisse, nous étions la seule nation civilisée à ne pas avoir de colonie outremer. Mission morale, nous devons apprendre à ces sauvages à porter des chaussures et à ne pas se promener les attributs à l'air... »
Dans un entretien avec le Monde le 15 octobre dernier, Lucarelli, « pour qui le choix d'une période historique comme toile de fond romanesque est toujours motivé par l'observation du présent, confiait avoir commencé à imaginer son roman sur le colonialisme il y a une dizaine d'années, à l'époque de la deuxième guerre d'Irak. « Dans le débat sur la participation de l'Italie à ce conflit, on retrouvait les mêmes discours que ceux qui avaient été prononcés à la fin du XIXe siècle pour justifier l'aventure africaine. On parlait d'exporter la démocratie et la civilisation, mais aussi de défendre des intérêts commerciaux », raconte–t-il, ayant fait plusieurs voyages sur les terres de son roman et s'étant beaucoup documenté pour recréer avec précision un univers jusque-là presque absent de la mémoire collective. En effet, hormis Un temps pour tuer, le célèbre roman d'Ennio Flaiano, l'aventure coloniale italienne a été très peu racontée par les écrivains de la Péninsule, peut-être parce que « les Italiens n'ont jamais réglé leurs comptes avec cet épisode refoulé de leur histoire ». »
Et la citation finale, qui donne son titre au roman : « Ceci est la terre de la huitième vibration de l'arc-en-ciel : le Noir. C'est le côté obscur de la lune, porté à la lumière. Dernier coup de pinceau du tableau de Dieu. » (Tsegaye Gabrè Mehdin).
Un roman très réussi, qui donne envie de se plonger dans les autres romans historiques de l'auteur, comme « Guernica ».
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          60
kalimera
  11 janvier 2017
Ce roman haletant, gros de chaleur et de poussière d'Afrique m'a beaucoup fait pensé à deux film:
Coup de torchon (http://www.senscritique.com/film/Coup_de_torchon/411090) et chien enragé (http://www.senscritique.com/film/Chien_enrage/481941).
Les soldats du roman ressemblent à Philippe Noiret truculent, violent nonchalant et inoubliable dans Coup de torchon et la chaleur omniprésente dans le roman, décrite, décortiquée,s'échappant de chaque page m'a fait faire un parallèle avec ce film japonais que j'adore.
Carlo Lucarelli s'est attaché à quelques personnages perdus dans cette colonie Italienne qu'est l'ancienne Erithrée, celle de la fin du XIXème siècle, la rouge, la sèche, la belle et terrible région que j'ai moi- même eu la chance, un jour dans les années 1985, de visiter très rapidement en jeep en provenance de Djibouti...
Ces personnages, hommes, femmes et enfants marchent tous vers leur fin. Peu d'espoir pour eux ... quelque soit le chemin emprunté: l'assassinat, l'amour, le désir, la débauche ou même l'honnêteté.
Tous vont subir les coups du sort de l'histoire avec en apogée, la bataille d'Adoua, retentissante défaite d'une armée européenne face à l'Afrique.
Un beau roman pour commencer l'année..
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          50
PierreF
  06 avril 2011
Quel plaisir personnel de retrouver Carlo Lucarelli, en particulier quand il est dans une telle forme. Cela faisait sept ans que je l'avais laissé de côté. Et une nouvelle fois, ce roman est très différent des précédents, Après l'humour loufoque de Phalange armée, après le style direct et nerveux de Laura de Rimini, après le brûlot anti-fasciste de L'île de l'ange déchu, voici l'histoire de la colonisation italienne de l'Afrique. En effet, le contexte de ce roman est la bataille d'Adoua, la première grande défaite d'une armée blanche devant des troupes africaines.
Car c'est un sacré pavé ambitieux qu'il nous livre avec toutes les qualités d'auteur (j'allais écrire d'artiste) dont il est capable. Car c'est un énorme roman (en qualité et en quantité) que l'on savoure avec délectation, lentement. Carlo Lucarelli a un style qui fait appel à tous nos sens : on voit les paysages, les personnages, on sent la poussière, on sent les voilages, on entend la musique sur laquelle danse de jeunes noires nues, on goûte la nourriture. C'est une véritable expérience sensorielle, un pur plaisir des sens.
C'est aussi, sous ses dehors de roman, une fronde contre l'esprit colonialiste d'alors mais aussi d'aujourd'hui. Les colonisateurs décrits par Lucarelli font preuve d'une suffisance, d'un racisme ordinaire, d'un dédain tels que l'on est presque content du résultat de la bataille d'Adoua. Et, en cela, les esprits des pays industrialisés n'a pas beaucoup changé : dans le livre, ce qui n'est pas comme eux, ce qui est différent est forcément sauvage, anormal, bizarre, inférieur à eux.
Autant roman d'ambiance, roman d'amour, roman social, roman historique, roman dénonciateur, roman noir, roman de guerre, ce Huitième vibration est tout cela à la fois mais avec ce style , cette poésie, ces scènes parfaitement découpées, ces personnages si différents, si vivants avec leur histoire, leur passé, leur présent, leur destin. Je suis tombé amoureux de Cristina, j'ai détesté Leo et certains autres, j'aurais aimé devisé avec les Italiens comme avec les Ethiopiens.
Mais tous ces plaisirs se méritent. On n'entre pas dans un tel roman sans quelques sacrifices. Car il y a plus d‘une dizaine de personnages, et chacun a droit à un chapitre, chaque chapitre étant séparé par un sous-chapitre relatant le passé d'un des protagonistes. L'intrigue avance lentement, la pression monte doucement jusqu'au feu d'artifice final, les phrases sont longues, les dialogues réduits au minimum. C'est un roman que l'on prend quand on a une bonne demi-heure devant soi pour bien s'immerger, se laisser imprégne, pas un de ceux que l'on prend quand on a cinq minutes à perdre entre la poire et le fromage. Mais c'est un de ces romans que vous n'ètes pas prêts d'oublier.
Les fans de thriller ou de page-turner (excusez ces anglicismes) passeront leur chemin. Les fans de littérature (policière ou non) adoreront, pour le voyage dans l'espace et dans le temps. J'ai adoré, je le conseille à ceux qui veulent un grand roman classique (mais pas tant que ça) un grand roman ambitieux qui vous fait frémir et qui fait appel à vos cinq sens.
Lien : http://black-novel.over-blog..
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          30
Citations et extraits (5) Ajouter une citation
krzysvancokrzysvanco   11 mars 2017
Ce n'était pas la chaleur qui faisait bouillir l'air, si forte qu'elle brouillait la vue, ce n'était pas la chaleur qui le rendait fou. Couché sur le ventre sous une toile de jute entre un buisson d'acacia et une fente dans la roche, le lieutenant Amara devait crisper ses muscles pour ne pas se mettre à vibrer comme une corde de violon. Mais ce n'était pas à cause de la chaleur, ce n'était pas à cause du sable qui lui avait décapé les moustaches et les cheveux jusqu'à leur donner l'apparence de l'etoupe et de la paille de fer, et qui grinçait entre ses dents, salé, parce que la mer n'était pas loin, ce n'était pas non plus à cause de la sueur qui lui coulait en rigoles tout au long du corps sous cette tente improvisée, traversée par le vent chaud du khamsin, qui n'était pas un vent mais une haleine de poussière brûlant la peau. Ce n'était pas pour ça que le lieutenant Amara serrait les poings et grinçait des dents comme un chien.
Ce qui le rendait fou, c'était l'immobilité. La stase forcée. L'inaction. Et le lieutenant de cavalerie Vincenzo Amara n'était pas fait pour l'inaction.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          130
litolfflitolff   08 décembre 2010
Si ça n'avait tenu qu'à lui, il se serait promené en sandales, avec une fouta de coton autour de la taille. Rien d'autre, même pas de caleçon. Comme faisaient depuis toujours tous les habitants de cette ville infernale qui cuisait sous le soleil le jour et bouillonnait la nuit, ceux qui y étaient nés, pas ceux qui y étaient venus, comme lui, et ceux qui vivaient en Italie, comme le Chevalier, lequel, en pensant à la Colonie, imaginait du lin immaculé et de fraîches brises marines, et n'aurait jamais toléré un employé colonial, de première classe en plus, en sandales et tunique. Et sans caleçon.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          10
litolfflitolff   16 décembre 2010
Il voit des Tigré au torse nu, le gabi enroulé autour de la taille, pieds nus, des Choans en longue tunique blanche, des Galla au corset de chèvre, des Beni Amer aux cheveux crépus, hauts sur la tête, des Ethiopiens qui piétinent la poussière de leurs sandales, les épaules couvertes d'un mantelet de tissu. Ils portent des boucliers de cuir de rhinocéros et d'hippopotame, des lances longues aux pointes larges, des guradè courbes effilés comme des rasoirs des cartouchières en bandoulière et beaucoup, énormément de fusils.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          00
litolfflitolff   16 décembre 2010
Il voit des Tigré au torse nu, le gabi enroulé autour de la taille, pieds nus, des Choans en longue tunique blanche, des Galla au corset de chèvre, des Beni Amer aux cheveux crépus, hauts sur la tête, des Ethiopiens qui piétinent la poussière de leurs sandales, les épaules couvertes d'un mantelet de tissu. Ils portent des boucliers de cuir de rhinocéros et d'hippopotame, des lances longues aux pointes larges, des guradè courbes effilés comme des rasoirs des cartouchières en bandoulière et beaucoup, énormément de fusils.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          00
litolfflitolff   08 décembre 2010
Nous avons cru nous imposer à quatre bédouins achetés avec de la verroterie et en fait nous sommes allés casser les couilles à l’unique grande puissance africaine, chrétienne, impérialiste et moderne. Même des timbres, il avait fait imprimer, le Négus.
Commenter  J’apprécie          00
Videos de Carlo Lucarelli (6) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Carlo Lucarelli
Carlo Lucarelli - Le temps des hyènes
autres livres classés : littérature italienneVoir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonCulturaMomoxLeslibraires.fr





Quiz Voir plus

Grandes oeuvres littéraires italiennes

Ce roman de Dino Buzzati traite de façon suggestive et poignante de la fuite vaine du temps, de l'attente et de l'échec, sur fond d'un vieux fort militaire isolé à la frontière du « Royaume » et de « l'État du Nord ».

Si c'est un homme
Le mépris
Le désert des Tartares
Six personnages en quête d'auteur
La peau
Le prince
Gomorra
La divine comédie
Décaméron
Le Nom de la rose

10 questions
508 lecteurs ont répondu
Thèmes : italie , littérature italienneCréer un quiz sur ce livre