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ISBN : 2070110117
Éditeur : Gallimard (12/02/1985)

Note moyenne : 4.75/5 (sur 8 notes)
Résumé :
Louis de Rouvroy, duc de Saint-Simon, fut l'un des favoris de la cour de Louis XIV. Grand seigneur, il eut le privilège de loger à Versailles et d'y observer les intrigues de palais. Durant plus de trente ans, Saint-Simon va être l'historiographe du roi et de la cour. SesMémoires, oeuvre colossale de plusieurs milliers de pages, ne sont pas une entreprise autobiographique, il s'agit en fait d'une gigantesque fresque historiographique. Le titre des Mémoires est tromp... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (3) Ajouter une critique
NMTB
  23 avril 2016
En 1713 la paix conclue à Utrecht mettait fin à la guerre de succession d'Espagne, avec cette clause importante négociée par les Anglais : la renonciation pour les fils de France à prétendre au trône d'Espagne et réciproquement celle de Philippe V et de ses descendants au trône de France.
Cet accord intervenait alors que la cour de France, dans une ambiance délétère, au milieu des épidémies de variole et de rougeole, connaissait une véritable hécatombe. Pas moins de quatre princes de sang disparaissaient en l'espace de quatre ans, dont trois Dauphins. D'abord Monseigneur en 1711, fils du roi âgé de 49 ans. Et Saint-Simon ne cachait pas son soulagement à cette nouvelle, car Monseigneur lui était hostile, alors qu'il était devenu un conseiller officieux du duc de Bourgogne, le nouveau Dauphin. Mais dix mois plus tard il connaissait un grand désenchantement, puisque le duc de Bourgogne (donc le fils aîné de Monseigneur, âgé de seulement 29 ans) mourrait à son tour, quelques jours après sa femme (la charmante duchesse de Bourgogne, adorée par Saint-Simon) et quelques jours avant son fils aîné, le duc de Bretagne (5 ans). Avec ce couple (et plus tard la mort des ducs de Beauvilliers et de Chevreuse), tous les espoirs qu'il avait mis en ce futur roi, c'est-à-dire une monarchie plus libérale et parlementaire (en tout cas attentive aux états-généraux), moins vouée aux bourgeois, aux financiers et autres usurpateurs, disparaissaient.
Le duc de Bourgogne, sa femme et son fils, étaient tous morts avec des symptômes proches de la rougeole, mais quasiment tous les médecins étaient persuadés de l'empoisonnement. de cette famille il ne restait plus que le petit duc d'Anjou (à peine 2 ans), le futur Louis XV, réchappé de justesse à la mort, par un traitement différent des autres membres de sa famille, c'est-à-dire qu'on lui avait administré un contrepoison. Deux ans plus tard le duc de Berry, autre petit-fils de Louis XIV et frère du défunt duc de Bourgogne, mourrait à son tour. Officiellement d'un accident de chasse, mais là-encore Saint-Simon écrivait qu'un apothicaire du roi lui avait dit que les symptômes dont il souffrait étaient étrangement semblables à ceux de son frère et de sa belle-soeur deux ans auparavant.
Saint-Simon était donc convaincu de l'empoisonnement de toutes ces personnes de la famille royale, même s'il restait très prudent et ne portait pas directement d'accusation. Mais à qui aurait pu profiter tous ces crimes ? Après cette série macabre et la fameuse clause dans la paix d'Utrecht, la situation en 1714 était la suivante : Il ne restait plus en France que deux princes de sang, le petit Louis XV et le duc d'Orléans, neveu du roi. Naturellement les soupçons se portèrent sur ce dernier, puisque toutes ces morts l'avaient incroyablement rapproché du trône. Saint-Simon ne croyait pas un seul instant à sa culpabilité et prétendait que les rumeurs étaient colportées par la « cabale de Meudon » et en particulier le duc du Maine. Après avoir donné toutes les raisons pour lesquelles il était persuadé de l'innocence du duc d'Orléans, il écrivait : « Que l'on compare maintenant ensemble l'intérêt de M. le duc d'Orléans, dont le rang et l'état, au moins de lui et des siens ne pouvait être susceptible de péricliter en aucun cas possible, et sans charge ni gouvernement à lui ni à son fils ; qu'on le compare à l'intérêt du duc du Maine, et que l'on cherche après l'empoisonneur. » (De loin sa phrase la plus accusatrice et, peut-être, écrite dans l'emportement de sa défense du duc d'Orléans.)
Le duc du Maine, la grande figure machiavélique de ces Mémoires, était un fils bâtard de Louis XIV et de Mme de Montespan, son fils chéri, élevé par Mme de Maintenon, qui ne l'aimait pas moins. En 1714, deux autres évènements venaient se rajouter à tout cela : Louis XIV élevait ses bâtards et leur descendance à la dignité de princes de sang, c'est-à-dire susceptibles de régner, et rédigeait un testament que tout laissait supposer favorable à ces mêmes bâtards. Voilà pour la situation dynastique quelques mois avant la mort de Louis XIV, où selon Saint-Simon la vieille loi salique était pour plusieurs raisons mise à mal, et qui n'était pas loin de ressembler à une guerre politique en prévision de la succession de France.
D'un autre côté, commençait l'affaire qui amena à la constitution Unigenitus, abhorrée par Saint-Simon, et selon lui entièrement fomentée par le père Tellier, le confesseur jésuite du roi. Dans une conversation rapportée avec celui-ci, il raconte s'y être opposé à cause du pouvoir excessif que cette bulle donnait au pape, et notamment, dans la situation de la France et des possibles problèmes de succession, le pouvoir qu'elle lui donnait par le biais de l'excommunication de choisir le roi de France en cas de conflit.
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Woland
  17 août 2011
Avec la duchesse de Bourgogne, cette jeune princesse de Savoie élevée à la cour de France depuis son adolescence, s'en est allée toute la joie de vivre de Louis XIV. Selon Saint-Simon, la duchesse de Bourgogne, devenue Dauphine par la mort de son beau-père, Monseigneur, fut la seule personne que le Roi aimât jamais vraiment. On devine donc aisément que ce tome quatre des "Mémoires" de Louis de Rouvroy a tout - ou presque - d'une symphonie funèbre.
Deux morts marquent ce récit. La première, bien qu'elle soit celle d'un petit-fils de France, le duc de Berry, frère cadet du défunt duc de Bourgogne et oncle du futur Louis XV, est modeste, humble, à la ressemblance du sentiment d'infériorité que ce prince, comme ses frères et comme tant d'autres, membres ou non de la famille royale, ressentait envers Louis XIV. Victime d'une sorte d'hémorragie interne à la suite d'un accident de chasse non signalé - il avait violemment heurté le pommeau de sa selle mais n'en avait rien dit - le jeune duc de Berry s'efface doucement, ne regrettant rien, pas même cette épouse si chérie, puis si haïe, à laquelle il refusera de pardonner à ses derniers instants, Marie-Louise Elisabeth d'Orléans, sa cousine et fille du futur Régent.
Les rumeurs d'empoisonnement rodent encore. Pour le plus grand bénéfice du duc du Maine et Mme de Maintenon, qui voient décliner le Roi et cherchent par tous les moyens à préserver leur avenir.
La chose est connue - même si Gonzague Truc, partisan acharné de la seconde épouse de Louis XIV, cherche dans ses notes à y "noyer le poisson" en soulignant la partialité de Saint-Simon - Mme de Maintenon usa de tout son crédit auprès du Roi pour que fût rédigé le fameux testament (et son codicille) qui donnait, à la mort du vieux monarque, tous les pouvoirs au duc du Maine et à sa coterie. Ce testament, Louis XIV, visiblement lassé par les pressions exercées, se résolut à l'écrire mais le fit sans plaisir comme sans illusions. Lui qui avait vu "casser" le testament de son propre père savait bien que ses prétendues dernières volontés ne seraient pas mieux respectées.
La question est de savoir s'il a souhaité qu'elles le fussent ou si, malgré tout, dans un sursaut d'amour pour la monarchie qu'il incarnait, il espérait bien au fond de lui qu'il n'en serait rien.
Sur ce point, Saint-Simon hésite à se prononcer. Il nous présente le monarque proche de la Mort alternant entre ces deux volontés contradictoires et demeurant, jusqu'au bout, une énigme. le portrait final qu'il dresse de Louis XIV sur son lit de mort est d'ailleurs l'un des plus beaux et des plus impressionnants qu'il ait jamais écrits. Mieux que jamais, on perçoit ici combien Louis XIV l'a fasciné, combien il a admiré sa grandeur et détesté ses petitesses.
Autre caractéristique de ce quatrième tome : le développement de la pensée politique du mémorialiste ainsi que l'aveu des illusions qu'il entretenait sur le Régent, personnage somme toute aussi secret dans son genre que l'avait été son oncle. ;o)
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Henri-l-oiseleur
  14 octobre 2015
Le grand intérêt, pour ne pas dire le continent principal, de ce massif-là des Mémoires de Saint-Simon, est la terrible année 1712 où Louis XIV, après avoir perdu son fils (Monseigneur, le Grand Dauphin, en 1711) voit mourir successivement le Duc de Bourgogne, héritier du trône, la Duchesse, son épouse, et d'autres princes encore. Or Saint-Simon, proche du Duc de Bourgogne, préparait avec lui, pour le règne à venir, le retour sur l'absolutisme et la monarchie tempérée par les grands seigneurs, projet qu'il voit s'effondrer quand son "candidat" meurt. Voilà donc un tome dramatique, politiquement dense, et parfois tragique.
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Citations et extraits (15) Voir plus Ajouter une citation
PilingPiling   02 juillet 2009
Plus coquet que toutes les femmes, mais en solide, et non en misères, sa passion était de plaire, et il avait autant de soin de captiver les valets que les maîtres, et les plus petites gens que les personnages ; il avait pour cela des talents faits exprès. Une douceur, une insinuation, des grâces naturelles et qui coulaient de source, un esprit facile, ingénieux, fleuri, agréable, dont il tenait, pour ainsi dire, le robinet pour en verser la qualité et la quantité exactement convenable à chaque chose et à chaque personne ; il se proportionnait et se faisait tout à tous. Une figure fort singulière, mais noble, frappante, perçante, attirante ; un abord facile à tous ; une conversation aisée, légère et toujours décente ; un commerce enchanteur ; une piété facile, égale, qui n'effarouchait point et se faisait respecter ; une libéralité bien entendue ; une magnificence qui n'insultait point, et qui se versait sur les officiers et les soldats, qui embrassait une vaste hospitalité, et qui, pour la table, les meubles et les équipages, demeurait dans les justes bornes de sa place ; également officieux et modeste, secret dans les assistances qui se pouvaient cacher, et qui était sans nombre, leste et délié sur les autres jusqu'à devenir l'obligé de ceux à qui il les donnait, et à le persuader ; jamais empressé, jamais de compliments, mais une politesse qui, en embrassant tout, était toujours mesurée et proportionnée, en sorte qu'il semblait à chacun qu'elle n'était que pour lui, avec cette précision dans laquelle il excellait singulièrement.
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NMTBNMTB   17 avril 2016
Il y eut entre eux [le duc et la duchesse de Berry] des scènes violentes et redoublées. La dernière qui se passa à Rambouillet, par un fâcheux contre-temps, attira un coup de pied dans le cul à Mme la duchesse de Berry, et la menace de l'enfermer dans un couvent pour le reste de sa vie ; et il en était, quand il tomba malade, à tourner son chapeau autour du roi comme un enfant, pour lui déclarer toutes ses peines, et lui demander de le délivrer de Mme la duchesse de Berry. Ces choses en gros suffisent, les détails seraient et misérables et affreux ; un seul suffira pour tous.
Elle voulut à toute force se faire enlever au milieu de la cour par La Haye, écuyer de M. le duc de Berry, qu'elle avait fait son chambellan. Les lettres les plus passionnées et les plus folles de ce projet ont été surprises, et d'un tel projet, le roi, son père et son mari pleins de vie, on peut juger de la tête qui l'avait enfanté et qui ne cessait d'en presser l'exécution.
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NMTBNMTB   17 avril 2016
[A la mort de la reine d’Espagne]La désolation fut générale en Espagne, où cette reine était universellement adorée. Point de famille dans tous les états où elle ne fût pleurée, et personne en Espagne qui s'en soit consolé depuis. J'aurai lieu d'en parler à l'occasion de mon ambassade. Le roi d'Espagne en fut extrêmement touché, mais un peu à la royale. On l'obligea à chasser et à aller tirer pour prendre l'air. Il se trouva en une de ces promenades lors du transport du corps de la reine à l'Escurial, et à portée du convoi. Il le regarda, le suivit des yeux, et continua sa chasse. Ces princes sont-ils faits comme les autres humains.
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AlainDAlainD   13 novembre 2015
Caractère de Pontchartrain.
Sa taille était ordinaire, son visage long, mafflé, fort lippu, dégoûtant, gâté de petite vérole, qui lui avait crevé un œil. Celui de verre dont il l'avait remplacé était toujours pleurant, et lui donnait une physionomie fausse, rude, refrognée, qui faisait peur d'abord, mais pas tant encore qu'il en devait faire. Il avait de l'esprit, mais parfaitement de travers, et, avec quelques lettres et quelque teinture d'histoire, appliqué, sachant bien sa Marine, assez travailleur, et le voulant paraître beaucoup plus qu'il n'était. [...] Ses propos ne démentaient point les désagréments dont il était chamarré : ils étaient éternellement divisés en trois points, et sans cesse demandant, en s'applaudissant, s'il se faisait bien entendre ; avec qui que ce fût, maître de la conversation, interrompant, questionnant, prenant la parole et le ton, avec des ris forcés à tous moments qui donnaient envie de pleurer ; une expression pénible, maussade, pleine de répétitions, avec un air de supériorité d'état et d'esprit qui faisait vomir, et qui révoltait en même temps ; curieux de savoir le dedans et le dessous de toutes les familles et des intrigues ; envieux et jaloux de tout, et dans sa marine comme un comite sur ses galériens.
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NMTBNMTB   23 avril 2016
Ce qu'ils [les bâtards du roi] voulaient maintenant était tout autre chose. Devenir par être ce que par être on ne peut devenir ; d'une créature quoique couronnée en faire un créateur ; attaquer les princes du sang dans leur droit le plus sublime et le plus distinctif de toutes les races des hommes ; introduire le plus tyrannique, le plus inouï, le plus pernicieux de tous les droits ; anéantir les lois les plus antiques et les plus saintes ; se jouer de la couronne ; fouler aux pieds toute la nation ; enfin persuader cet épouvantable ouvrage à faire à un homme qui ne peut commander à la nature, et faire que ce qui n'est pas, soit ; au chef de cette race unique, et tellement intéressé à en protéger le droit qu'il n'est roi qu'à ce titre, ni ses enfants après lui, et à ce roi de la nation la plus attachée et la plus soumise ; de la déshonorer et d'en renverser tout ce qu'elle a de plus sacré, pour possiblement couronner un double adultère, qu'il a le premier tiré du néant depuis qu'il y a des Français, et qui y est demeuré sans cesse jusqu'à cette heure enseveli chez toutes les nations, et jusque chez les sauvages ; la tentative était étrangement forte, et si ce n'était pas tout, parce qu'elle ne pouvait se proposer seule sans s'accabler sous ses ruines, et perdre de plus tout ce qu'on avait conquis.
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Videos de Saint-Simon (3) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de  Saint-Simon
Le jeudi 28 juin 2018, la librairie Charybde (129 rue de Charenton 75012 Paris - www.charybde.fr ) recevait Mathieu Larnaudie pour un exercice aussi passionnant qu'inhabituel : autour de son dernier ouvrage en date, "Les jeunes gens", il présentait une série d'ouvrages lui faisant écho, ayant pu servir de source ou d'inspiration, ou établissant des parallèles fructueux, nous parlant ainsi de Roland Barthes, de Walter Benjamin, de Bossuet, de Saint-Simon et de Dominique Manotti.
Dans la catégorie : Louis XIV: 1643-1715Voir plus
>France : histoire>Les Bourbons: 1589-1789>Louis XIV: 1643-1715 (53)
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