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ISBN : 9791092159165
Éditeur : Tusitala (18/01/2019)

Note moyenne : 4.45/5 (sur 22 notes)
Résumé :
Quatrième de couverture:
"Maintenant tout lui semblait à la fois plus beau et plus réel, et il ne lui venait pas un instant à l'esprit que quelqu'un pût lui vouloir du mal."

Un homme court, seul. Deux chasseurs qui campent par là le voient passer. Surpris de cette intrusion, "comme enivrés par l'âcre odeur de la forêt", ils décident de le rattraper. L'homme repart, les deux chasseurs sur ses talons. S'ensuite une battue farouche, où l'incompréh... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (8) Voir plus Ajouter une critique
Floyd2408
  18 septembre 2019
Lorsque je suis dans les dédales de ma libraire indépendantes, et je me retrouve face à face à cette première couverture, mise en page par Stéphane de Groef, un cercle jaune, tel un soleil ou des motifs le parsème, oeuvre de Louis Soutter, un peintre suisse excentrique, le titre, La bouche pleine de terre suivi de la mort de M. Golouja de Branimir Scepanovic, traduit du Serbe par Jean Descat des Éditions Tusitala, collection Insomnies, je suis curieux et lis le quatrième de couverture, tout aussi étrange que passionnant, je suis conquis pour me lier à tout jamais à ce roman.
Cette édition offre ce livre broché dans un habillage de curiosité ou l'art graphique distille un visuel moderne et vivant, oeuvrant le lecteur à une caresse des yeux et titillant ses sens, avec ces deux dessins, illustré par Bernharda Xilko comme tableau résumant à merveille les deux histoires de ce roman.
Cet auteur serbe vivant à Belgrade, écrit depuis l'âge de 17 ans, il vu le jour en 1937, au Monténégro, ce récit édité en 1974, traduit en France en 1975, ce texte La bouche pleine de terre, demeure une référence classique de la littérature Serbe, le deuxième texte, La mort de M. Golouja, sera publié en 1977.
La bouche pleine de terre est un texte polyphonique, à deux voix, l'une fait écho à l'autre, celle de cet homme en fuite et de ceux qui lui cours après, une même histoire racontée différemment selon les protagonistes. le second est plus court, La mort de M. Golouja, au style indirect narre cet homme perdu dans un village aux habitants hermétiques à la nouveauté, s'interrogeant sur l'intrusion de cet homme discret dans leur bourg, pourquoi celui-ci pour ces vacances ! La similitude de ces deux textes, c'est la folie des hommes et la mort, une trame s'instaure, la dramaturgie est palpable presque inévitable.
La bouche pleine de terre, ce premier récit à double voix, s'articule autour d'un homme en fuite, une cavale sans aucun but, cet homme s'évade d'un train, comme s'il en était prisonnier, oppression des passagers , dégouts de la nourriture qu'il vomit, sort de ce train lors d'un arrêt, comme un coup de tête, l'absurdité d'une folie latente, puis commence une course, une fuite de sa vie, une folle escapade dans une nature pas hostie à cette aventure, une nature accompagnant la course de cet homme face à son destin. Cette course entraine notre homme dans une fin sans retour, rencontrant deux chasseurs campant et sans savoir pourquoi décident de le suivre, de le poursuivre, un « mouvement irrésistible » et ces deux hommes Jakov et le narrateur. L'autre récit est indirect, l'homme ne se raconte pas, ce qui est encore étrange, un style renforçant la part de mystère de cet homme. Au fil de cette cavalcade irréelle, la meute s'étoffe petit à petit, d'un berger, des gens inconnus, de femmes en noir gémissant et lamentant, comme ensorcelés, cette parodie me rappelle Rhinocéros de Eugène Ionesco, la transformation de ces hommes et femmes en cet animal. Les poursuivants étant les Rhinocéros, ce ne sont plus des hommes mais des animaux de haines et sauvageries, hurlant une haine incompréhensible. Notre inconnu fuit sa vie, celle perdu dans un hôpital, une maladie gangrénant ses espoirs, une course vers une chute folle, incertaine.
Il y a dans cette histoire l'ombre de Kafka flottant dans cette chevauchée fantastique, chaque personnages s'incrustent dans une l'allégorie de Branimir Scepanovic, comme cet homme fuyant, cherchant la métamorphose comme le roman de ce dernier, c'est inéluctable, notre fugitif va vers cette mutation animal qu'il aspire à lui pour finir La bouche pleine de terre.
Le deuxième récit plus court est aussi intrigant que le premier comme la bêtise humaine de ces habitants et de ce M. Golouja perdu dans ce bourg sans savoir pourquoi, oubliant comment il a pu se perdre ici, croyant être arrivé par le train, dans cette gare qui n'existe pas se perdant devant un pont pour fixer l'eau et mentir à ces villageois sur sa venue, qui va l'entrainer à sa perte comme happer par ce mensonge, ce sésame lui ayant donné une vie éphémère qu'il a toujours voulu avoir, un mirage de réalité pour une mort annoncé par ce titre annonciateur.
Ces deux histoires emportent le lecteur dans l'univers débridé de Branimir Scepanovic sur la nature humaine, de l'absurdité de celle-ci, comme Albert Camus, Eugène Ionesco. Les deux contes, intemporels entremêlent avec beaucoup d'ironie une perception acide, pessimiste aussi la condition de l'être humain, s'amusant mots après mots à faire à distiller ce paysage sombre et amusant où la mort peut être belle et libératrice.
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boubili
  11 février 2020
Ce livre est composé de 2 nouvelles.
La première concerne un homme dans un train. Las, il sort du train, et marche. Il a décidé d'en finir avec la vie, dans ses terres natales du Monténégro. Soudain, il tombe face à 2 chasseurs. Ne sachant pas comment réagir, il se met à courir. Les chasseurs se lancent alors à sa poursuite. Folle course poursuite qui va virer à l'absurde. La forme est peu conventionnelle, les paragraphes alternent les points de vue : le chassé et les chasseurs.
Le style est agréable à lire. J'ai aimé cette nouvelle, limite kafkaïenne.
Dans la 2ème nouvelle, tout un village reculé s'interroge sur la présence d'un inconnu à l'hôtel depuis 3 jours. Qui est-il ? Que fait il dans ce trou perdu ? Les habitants le prennent à parti et il explique s'être trompé, qu'il est descendu du train au mauvais endroit. Les habitants sont peu convaincus et sont persuadés que cet homme est venu se suicider dans leur ville. Ils se mettent à l'admirer : un homme qui n'a pas peur de la mort ! Et le village se démène pour que les derniers jours de l'inconnu soient agréables.
Je ne vais rien dévoiler de plus mais cette nouvelle est jouissive, c'est drôle et absurde. J'ai adoré !
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AugustineBarthelemy
  16 décembre 2019
Nous, « Jakov et moi », sont des chasseurs. Chaque année, ils se rendent sur le même lieu, pendant trois jours. Un rituel qui leur permet d'oublier les soucis du quotidien, la routine implacable qui s'abat sur chacun d'entre nous. Dans le silence de la forêt, dans l'épaisseur de la nuit, dans la solitude des bois, « Nous » retrouve un peu de paix et de liberté.
« Il » est mourant. Dans le train qui le ramène à son Monténégro natal, où il espère s'éteindre dans l'oubli de tous et de chacun, il contemple les ténèbres. Disparaître. Mais la promiscuité et les odeurs du wagon lui rappellent la vie, une vie qui le quitte, des odeurs qui l'assaillent dans lesquelles la pourriture et l'aigreur ne sont jamais loin. « Il » s'enfuit et saute du train en marche. Il se retrouve sur le ballast, ne sachant ni où il est, ni où il va. Résolu, il marche dans la nuit noire.
Au petit matin, les pas de « Il » l'ont mené vers le campement de « Nous ». Chacun surpris de ne pas être seuls dans ce lieu censé être désert, ils se jaugent avec curiosité avant que « Il » ne rebrousse chemin pour ne pas être tenté de renoncer à la mort. « Nous » étonné de ce comportement, décide de le poursuivre, prêt à lui proposer de l'aide si « Il » en a besoin.
Commence alors une traque ubuesque dans cette forêt isolée. Entre les deux parties, l'une en italique pour marquer les pensées de « Il », l'autre en caractères romains pour « Nous », l'incompréhension devant l'inconnu succède bientôt à la colère. Une course acharnée s'engage et s'intensifie en même temps que monte la rage, terrible, sans fondement, absurde. Une haine féroce naît chez « Nous », aiguisée par la chaleur du jour, par la soif qui les prend, par les ronces qu'ils traversent et les blessent, par leur incapacité à rattraper l'inconnu ou à le semer, par la peur.
Bientôt, voilà les chasseurs rejoints par un berger. Celui-ci croit reconnaître en « Il » un voleur, et le prend en chasse. Un garde forestier regarde avec perplexité ce manège avant de s'y adjoindre, poussé par un désir de puissance, la volonté d'exercer son pouvoir, inique, sur l'inconnu. D'autres vont surgir de la forêt et s'ajouter à la meute devenue folle. Même des femmes en noir, des pleureuses qui inonderont le chemin de leurs larmes, vont rejoindre la foule rendue furieuse. Personne ne sait pourquoi, mais tout le monde déteste le fuyard dont ils ignorent tout autant l'identité que l'histoire.
Poursuivi par une meute déchaînée, « Il », qui ne fuyait les chasseurs que pour mieux réussir son suicide et ne plus être tenté par la vie, découvre la médiocrité de sa propre existence. Lui qui n'avait pour seul désir que de mourir, de disparaître, se remémore soudain son enfance, ses joies et ses terreurs. La volonté de rattraper le temps perdu surgit en lui. Dans cette forêt qui prend alors des allures merveilleuses, « Il » arrache ses vêtements, se frotte à la terre, redécouvre l'odeur de l'humus, avale au hasard des plantes aux propriétés curatives et magiques, restaure sa santé pour mieux vivre le temps qui lui reste. À l'instar de Drogo, héros de le Désert des Tartares, « Il » découvre, dans un éblouissement métaphysique, dans sa course effrénée à la vie, le but final de toute existence.
Avec La Bouche pleine de terre, Branimir Šćepanović propose un texte puissant et inquiétant, entre le roman allégorique et la fable, sur le rapport entre l'individu et la collectivité. Dans une écriture implacable de simplicité, il décrit l'effrayant mécanisme de haine qui se met en place entre « Il » et « Nous », une foule rendue hystérique sur un simple malentendu et qui, même consciente de l'absurdité de la tâche, n'arrive pas à surmonter sa déraison et poursuit sa traque. Au plus près des personnages grâce à la double narration qui alterne les points de vue, le récit nous dévoile toute la complexité de l'âme humaine. Seul face à lui-même, l'individu s'approche alors dangereusement de la vérité de son être.
Lien : https://enquetelitteraire.wo..
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Esorlecram
  22 juillet 2019
Merci à ma bibliothécaire de m'avoir fait découvrir cet auteur serbe et ces deux courtes histoires absurdes. Du vrai Kafka, et comme j'aime beaucoup Kafka…
« La bouche pleine de terre » raconte un chassé-croisé entre un homme seul, qui descend d'un train sur un coup de tête pour fuir dans la forêt, et deux campeurs qu'il croise par hasard. Il les ignore, ce qui intrigue nos deux lascars qui le poursuivent pour pouvoir l'aider éventuellement. Mais le comportement du fuyard les énerve et leurs bonnes intentions se transforment petit à petit en haine la plus féroce.
Ce récit est raconté par l'alternance de courts paragraphes, en style classique pour les campeurs, en italique pour l'homme, jamais nommé. D'où une gymnastique très originale pour l'esprit du lecteur, qui doit changer de point de vue toutes les trente secondes (ou moins !) Les passages en italique sont l'occasion de disserter sur la vie et la mort.
« La mort de Monsieur Golouja » comporte moins de quarante pages, est encore plus condensé, plus dépouillé. On y voit un homme seul qui a la mauvaise idée de ne pas être dans la norme, de passer quelques jours à ne rien faire dans un village d'une banalité extrême. Les villageois s'en méfient d'abord. Pour s'en défaire, Monsieur Golouja invente qu'il est venu ici pour se suicider. du coup, il devient un héros… et la suite se laisse deviner.
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palir_au_soleil
  16 janvier 2020
Une bouche pleine de terre de Branimir Scepanovic, suivi de la mort de M. Golouja, collection Insomnies, traduit du serbe par Jean Descat, 2019.
Pour être en bonne forme, lisez un ou deux Tusitala par an.
Se sachant condamné par une maladie, le protagoniste décide de fuir les hommes pour trouver « paix et consolation » dans ses terres natales au Monténégro. Lors de sa marche solitaire, il se retrouve soudain face à deux chasseurs au repos. Sa réaction sera de s'enfuir, et celle des chasseurs de le poursuivre. Au nombre des poursuivants s'ajouteront au fur et à mesure des personnes croisées en route, formant au final une meute au but certain mais aux désirs indistincts.
Voici donc une fabuleuse allégorie qui prend la forme d'une chasse à l'homme où une méprise et les malentendus originels engendrent l'absurde de la situation. Ce récit en champs /contre champs éclaire le « nous » poursuivant le « il », le collectif chassant l'individuel.
Encore une très bonne lecture aux Éditions Tusitala.
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Citations et extraits (5) Ajouter une citation
ArthoreArthore   30 mai 2019
2nde nouvelle :

-allons, pour la dernière fois dites nous pourquoi vous avez choisi notre ville?
-et si je refuse?
-nous en conclurons que vous préparez un mauvais coup. Vous avez peut être l’intention de tuer quelqu’un!
-vous trouvez que j’ai une tête à tuer quelqu’un d’autre?
-quelqu’un d’autre? Mais on ne tue que les autres mon cher monsieur.
-allons-donc, un homme digne de ce nom doit être capable de se tuer lui-même.
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ArthoreArthore   31 mai 2019
-pardonnez moi de vous déranger, mais la porte était ouverte et j'ai pensé....
-vous croyez qu'il n'y a pas assez de moi pour penser, dans ce misérable petit hôtel?
-vous réfléchissez encore à la chose?
-bien entendu marmonna t-il d'un ton acide. Et dites aux parieurs qu'ils ont tous perdu; personne ne peut décider de ma mort ou la prévoir; elle viendra de ma seule inspiration.
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gorjussgorjuss   04 mai 2019
Jakov et moi, toujours silencieux, fixions une étoile qui filait,
lente et indécise, comme un oiseau égaré.
Elle tombait droit sur nous et il nous semblait vaguement
qu'à l'instant même où sa lumière trompeuse viendrait s'éteindre dans nos yeux,
nous sombrerions dans le sommeil et dans l'oubli.
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gorjussgorjuss   04 mai 2019
En fait, cette haine que nous avions pour lui
était comme un désir terrifiant et merveilleux.
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ouiouisachaouiouisacha   11 juillet 2019
Maintenant tout lui semblait à la fois plus beau et plus réel, et il ne lui venait pas un instant à l'esprit que quelqu'un pût lui vouloir du mal.
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