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Francis Kerline (Traducteur)
ISBN : 2020481359
Éditeur : Seuil (30/12/2000)

Note moyenne : 4.12/5 (sur 138 notes)
Résumé :
" Y en a un qui s'extirpe de la mêlée, lance un liquide à la gueule de Maria, et voilà Maria qui hurle, se débat en tous sens, pousse des cris sans fin... " Dans le South Bronx, une bande vient d'attaquer un couple d'adolescents. Maria est défigurée par un jet d'acide. Bobby, tabassé à coups de chaîne de vélo, pisse le sang. Hagard, perdu, il trouve refuge dans une cave où Moishe, un vieux clochard, le soigne. Mais peut-on vraiment guérir de la haine et des rêves de... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (9) Voir plus Ajouter une critique
zaphod
  11 mars 2014
Dans l'avion.
- Ça ne va pas, monsieur? Vous ne vous sentez pas bien? Vous voulez un verre d'eau?
- Mais qu'est-ce que vous racontez? Je vais très bien! Donnez-moi plutôt une bière, s'il vous plait.
En fait, je ne m'en étais pas rendu compte, mais j'étais en train de pleurer à chaudes larmes.

Plus tard, dans le restaurant de l'hôtel.
Quand je vais seul au restaurant (lorsque je voyage pour le boulot), j'emporte toujours mon bouquin. Ça m'évite de devoir regarder bêtement les autres clients en train de manger pendant que j'attends le plat suivant.
Cette fois, pourtant, j'ai bien cru que j'allais avoir un peu de distraction: il y avait un pianiste.
Mais j'aurais du savoir qu'un pianiste de restaurant se doit de ménager (et même favoriser) la digestion de tous les clients.
C'est à dire qu'il joue de vieux standards de jazz, mais qu'il ne les joue pas "en jazz", si vous voyez ce que je veux dire.
Le grand classique du genre est bien entendu "Misty", qui doit être la bête noire de tous les gastro-entérologues soucieux de l'avenir de leur profession. Mais quelle tristesse d'entendre par exemple "My funny Valentine" ou "I can't give you anything but love" jouées platement, nappées d'un coulis d'arpèges, avec un accompagnement discret de bruits de couverts.
Et là, je me suis dit que si c'était triste pour moi, ça devait forcément être terrible pour le pianiste, qui après tout, devait lui aussi aimer la musique. Il avait peut-être fait de longues études musicales, avait sans doute rêvé d'une carrière prestigieuse... mais manquait peut-être un peu de talent ou de chance, et se retrouvait en train de massacrer de grandes chansons pour servir de bruit de fond aux mastications de voyageurs fatigués.
En regardant ce pianiste, j'ai compris que j'avais vu juste. le pauvre s'ennuyait tellement qu'il jouait tous ses morceaux en regardant par la fenêtre. Et pourtant, le spectacle dehors n'était pas passionnant (je suis allé vérifier).
Comme la musique n'était pas plus passionnante que le spectacle de la rue ou que celui des dîneurs, j'ai bien vite repris mon livre.
Mais là, paf! Rebelote. Moi qui ai d'ordinaire les canaux lacrymaux aussi secs qu'un mètre cube de Sahara, je me suis remis à larmoyer comme ma fille quand je la prive de dessert (expérience que je ne me lasse pas de répéter tant l'observation de ce phénomène qui m'est si étranger me fascine).
En attendant, j'avais vraiment l'air d'un con à pleurer comme ça en plein restaurant. J'avais refermé mon livre, espérant arrêter l'hémorragie, et ne sachant où poser le regard, j'ai tourné la tête vers le pianiste, qui était sensé regarder par la fenêtre.
Sauf qu'il a justement choisi ce moment pour regarder dans ma direction. Et il a rencontré mon regard, mouillé d'émotion. Et ce con de pianiste qui n'avait en commun avec Chopin que le fait d'être Polonais, a sans doute cru qu'il avait enfin réussi à émouvoir son public (en fait moi seul, mais pour lui, c'était déjà inespéré).
Et il a passé le reste de la soirée à jouer du mieux qu'il pouvait, pour moi, en me regardant. C'était son grand soir.
Et moi, comme dans le fond, je suis un bon gars, j'ai continué à manger en le regardant, allant même jusqu'à taper légèrement du pied sous la table.
Et je n'ai plus rouvert mon livre.
Ce livre qui pourtant me racontait l'histoire terriblement prenante du jeune Bobby et de sa compagne Maria, qui sont victimes d'une agression raciste répugnante.
Maria est défigurée par un jet d'acide, et Bobby, battu à coup de chaîne, à moitié mort, trouve refuge chez Moishe, un vieil original, qui va l'accueillir et l'aider à se rétablir, à reprendre pied.
Bobby va alors entamer une lente reconstruction motivée par un désir de vengeance.
La rencontre entre ces deux personnages si différents par l'âge, l'origine, le milieu social, a quelque chose de terriblement humain, et même de plus qu'humain.
Au départ, ils n'ont en commun que la souffrance.
Et cette souffrance, Selby l'analyse dans ses moindres détails, ne nous épargnant rien de ses infinies variations. Il dissèque ce sentiment encore et encore, jusqu'à la nausée.
Le style de Selby est sans transitions entre récit et dialogues, comme si l'auteur se racontait l'histoire dans sa tête. La voix du narrateur est subtilement différente, mais parfaitement intégrée à l'univers des personnages. Probablement parce que l'auteur n'est pas tellement différent d'eux.
Alors s'engage un combat homérique entre haine et amour, digne d'une tragédie.
Dans ce combat, on sait tous que l'amour est plus fort, mais on sait tous aussi que c'est la haine qui doit finir par triompher. Et pourtant, c'est dans la défaite que l'amour trouve une sorte de victoire. Comme si pour vaincre, l'amour avait besoin de la mort.
Je trouve que ce bouquin a quelque chose de profondément chrétien en ce sens qu'il propose la rédemption comme valeur ultime. Ce qui va faire triompher l'amour, c'est une sorte de foi en même temps fragile et inébranlable, une foi plus qu'humaine, à l'issue finalement certaine. C'est un point de vue que je ne peux pas adopter. Je vis plutôt dans une sorte de désillusion qui n'est pas exempte de dignité. Une sorte de volonté d'agir d'une certaine manière morale, mais sans l'illusion du triomphe final.
J'admets que la volonté est moins puissante que la foi. Et je salue la démonstration éclatante de ce livre, sans pour autant y adhérer.
Il faut beaucoup d'amour pour guérir la souffrance, pour autant que cela soit possible. Et il faut avoir le coeur solide pour lire ce livre.
A 23:00 précises, le pianiste s'est interrompu au milieu d'un "Sophisticated lady" finalement pas si mauvais que ça. Il a refermé le clavier, s'est levé et a disparu. Il avait fini sa journée. le règlement du travail l'avait emporté sur l'émotion artistique. C'est peut-être pour cela qu'il restera toujours un minable pianiste d'hôtel.
Moi, j'avais fini mon dessert. J'ai demandé l'addition et j'ai regagné ma chambre, sans trop espérer faire de beaux rêves.
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Madame_Superfetatoire
  12 décembre 2014

Les éditeurs du monde devaient s'unir pour contribuer à faire connaitre cet ouvrage
Ce livre bien écrit, est caractérisé par un langage innovant et par une mise en scène novatrice.
Tout d'abord, l'intrigue se déroule dans un endroit sombre et souterrain de New York.
Ensuite la deuxième partie de l'ouvrage se passe dans la luminosité de Prospect Park.
C'est un petit chef-d'oeuvre !
Une merveille semble-t-il ignorée par les éditeurs, car le livre est épuisé depuis un certain temps.
J'ai tenté d'en acheter une copie à New York pour un ami qui me l'avait commandée.
Rien à faire : "out of order" là aussi!
C'est dommage car, si vous aviez pu comme moi, le lire, vous y auriez trouvé des moments de pure poésie.
L'amour paternel qui se développe entre le vieux Moishe et le jeune Bobby, est cathartique pour les deux personnages.
C'est une démonstration de la façon de ré-émerger de l'obscurité dans laquelle la vie nous jette, juste en tirant de la force du plus profond de nous-même.
Ce livre montre les sentiments positifs les plus intimes.
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jimetdalva
  23 août 2012
Ce livre fut pour moi une énorme découverte; celle d'un auteur, mais aussi celle d'une écriture particulière.
Hubert Selby Junior utilise la ponctuation d'une manière très fantaisiste : ses phrases sont longues et entrecoupées de blancs. Après cette première adaptation, il faut s'adapter à l'écriture phonétique des propos de Bobby, jeune noir des quartiers défavorisés!
Et là, le lecteur découvre une formidable histoire, celle d'une rencontre de deux êtres en souffrance: Bobby, le jeune noir, et Werner, alias Moishe, vieil allemand revenu des camps de concentration. Ce livre est un hymne à la tolérance, un livre d'espoir!
«Et Moishe comprenait tout ce qu'éprouvait Bobby pour l'avoir éprouvé lui-même et s'en souvenir encore en dépit de tout le temps écoulé, s'en souvenir à chaque douleur près, à chaque souffle près... à chaque larme... mais il voulait laisser à Bobby le temps d'accomplir son propre chemin, s'appliquant seulement à effacer sa peur à force d'amour, à aimer Bobby... juste l'aimer...».
Il y a certainement beaucoup de Selby dans le personnage de Moishe, et cela donne aussi l'envie de l'aimer!
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Badguy
  29 décembre 2015
Un univers noir dépeint avec une sensibilité à fleur de peau. Hubert Selby Jr est passé maître dans la retranscription des affres des âmes des laissés pour comptes des ghettos urbains. Loin des clichés, ses livres sentent le vrai, le concret, l'implacable. Les murs lépreux, réels et psychologiques, qui cloisonnent les êtres dans des existences marginales, sont perceptibles à chaque page.
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williamlee
  18 novembre 2018
Avec le recul, aujourd'hui c'est sûrement le roman de Selby que je préfère.
Ecrit 20 ans après Requiem for a dream...
L'histoire est très simple mais c'est ce qui fait la force du livre avec une écriture sculptée mais toujours discrète qui laisse la place au récit et à l'émotion.
C'est suffisamment rare pour être mentionné. C'est magnifique !
Grand merci aussi à Francis Kerline pour la traduction !
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Citations et extraits (11) Voir plus Ajouter une citation
MOTUSMOTUS   29 novembre 2014
la pire épouvante de la plus noire des nuits, la plus atroce des peurs de l'âme humaine, la nuit où les diables vont en liberté pour terroriser tous les promeneurs de la planète, des diables plus puissants que tous les anges du ciel, qui drapaient dans leurs affreuses capes de ténèbres, enfonçaient leurs dents pourries et leurs griffes dans sa chair brûlée pour lentement, vicieusement, l'arracher de son corps lambeau par lambeau et jeter ce corps qui ne voulait pas mourir dans les limbes du feu éternel où l'eau fraîche de l'apaisement était versée sur des rochers brûlants pour qu'elle voie son salut sans jamais pouvoir l'atteindre, cernée par des serpents de flammes dardant des langues de feu tout près d'elle mais sans jamais la toucher, sans jamais lui apporter le réconfort de la mort... et elle continuait à crier maman maman et sa peur augmenta encore jusqu'à vaincre la paralysie et
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calisson73calisson73   20 mai 2013
Oh Bobby qui peut penser au malheur??? qui peut penser à ce qui va se passer, ya, du malheur il y en a, ya, ya, dans toute vie il y a du malheur, mais Bobby qui peut penser à ça quand t/as un papillon qui danse dans la lumière dorée, les eaux qui scintillent, les oiseaux qui chantent, quand on se serre l'un contre l'autre, en mangeant, en buvant du vin, en se disant des choses Oh Bobby des mots d'amour et que tout est sincère, que tout vient du cœur Oh Bobby qui peut penser qu'un jour les oiseaux et les papillons et même les fleurs se changeront en bêtes furieuses, en carnassiers qui dévoreront le pays ach Bobby
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MOTUSMOTUS   23 février 2015
...et quelle merveille de te donner naissance... à Toi ! je peux engendre la haine, la vengeance, la peur... même l'amour, mais T'engendrer Toi ! ... Sûr, c'est moi qui choisis de pardonner, qui choisis d'aimer, mais Toi tu... Tu es tellement au dessus de tout ça, au dessus de ce que j'appelle bêtement l'amour parce pour moi c'est un mot... rien qu'un mot... mais là où tu m'emmènes y a pas de mots, pas de limites, seulement la douce conscience de ta présence et de tout ce que rend la vie possible, et ça chante partout en moi, tout le monde chante la même chanson... nous sommes tous Ta chanson...
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MOTUSMOTUS   07 mars 2015
j'ai fait tout ça, je l'ai fait, si j'agis par moi-même rien n'est fait, mais c'est Toi qui m'en a donné la force, Toi qui m'a montré que je pouvais accomplir ce que je croyais impossible. O Bien aimé, J'ai si souvent douté, juré, douté, crié dans le noir, je T'ai si souvent supplié de me donner la force et Tu me l'as donné... je suis comme la vie, fragile et fort !
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MOTUSMOTUS   23 février 2015
Sans toi, je suis rien, un petit vieux insignifiant, impuissant, mais avec toi, je suis fort... Avec toi je me suis toujours relevé des ténèbres, toujours dépêtré de l'angoisse et du désespoir. tu m'as toujours aidé à dépasser mes souffrances et mes limites, à reconstituer le puzzle éclaté que je suis, avec Toi toutes les pièces s'emboîtent et je suis solide et je peux traverser les ténèbres...
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