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Marc Gibot (Autre)
EAN : 9782264005786
350 pages
Éditeur : 10-18 (04/03/2004)

Note moyenne : 4.19/5 (sur 527 notes)
Résumé :
Où l'on découvre qu'il y a plusieurs formes de littératures coup de poing chez Selby. Ceux qui ont adoré Last Exit To Brooklyn y retrouveront un Selby mordant, noir, cynique et provocateur. Ceux qui reprochent à Last Exit sa brutalité y découvriront une écriture tout en tension sous-jacente et en subtilité, mais non moins audacieuse et efficace. Quant à ceux qui approcheront Selby pour la première fois, ils seront sans doute désorientés par cette chronique du quoti... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (44) Voir plus Ajouter une critique
jeranjou
  14 septembre 2013
Gentleman au grand jour, Démon sitôt dans l'obscurité…
En juillet dernier, j'avais désespérément cherché « le Démon » d‘ Hubert Selby, Jr. dans ma médiathèque et, sans conviction, j'avais griffonné le titre de ce roman sur la liste des suggestions.
Début septembre, un Pelecanos à la main pour l'emprunter, je suis averti à la dernière minute que « le Démon » aux éditions 10/18 était réservé à mon nom. Divine surprise ! Brandissant comme un trophée ce roman tout neuf, encore chaud comme une bonne baguette de pain, je me dis que Pelecanos attendra bien quelques jours…
Rentré à la maison, discipliné comme un élève de 6ième, je mets à jour ma liste Babélio et reste interloqué sur la page du Démon. Les étiquettes de ce roman mettent en avant les mots « Sexe » et « sexualité » à coté du « roman » de « Littérature américaine ». Ciel ! On m'aurait menti. On m'avait « vendu » un polar culte et voila que je me retrouve avec un « Cinquante nuances de grey » des années 70.
Si voulez, c'est un peu comme si je commandais un fraisier dans ma boulangerie et que la vendeuse me rapporte, avec le sourire, un gâteau au chocolat en m'expliquant que faute de fraise, elle pensait que ce délice au chocolat ferait l'affaire. Franchement, le pâtissier aurait pu au moins ajouter des framboises en remplacement. (1)
Bref ! Vous comprenez mon désarroi comme l'élève Torless a pu l'être durant son premier rendez-vous avec une prostituée. Et contrairement aux grands critiques de lectures érotiques, je ne suis pas le dieu de la vigne, du vin et de ses excès pour me lancer dans de telles lectures ! (2)
Prenant mon courage à deux mains, je m'attaque donc au Démon paru en 1976 et écrit par l'auteur américain Hubert Selby, Jr.
Le héros du livre, Harry White, est un jeune cadre dynamique dans une société new-yorkaise en pleine expansion. Harry partage sa vie entre son travail et ses conquêtes d'un jour. En effet, son besoin de coucher avec des femmes, de préférence mariées pour éviter de s'attacher à elles, s'avère de plus en plus addictif et altère même sa concentration au bureau. Plus grave encore, Harry doit sans cesse consulter sa montre pour arriver au travail à l'heure ou après sa pause déjeuner. Une pause déjeuner souvent les jambes en l'air si vous voyez ce que veux dire…
Passant de moments d'euphorie intense à des périodes de déprime maladive, Harry réussit tout de même à cacher les apparences dans son entreprise et se laisse même séduire par Linda, une jeune secrétaire au bord d'une piscine lors d'une journée détente organisée par sa société pour galvaniser les troupes.
Malgré ses pulsions sexuelles, Harry va-t-il réussir à conquérir la belle Linda ? Pourra t-il poursuivre son ascension fulgurante dans sa société malgré un premier rappel à l'ordre sévère de son chef Wentworth ? Pourra t-il accéder au luxe d'une belle maison, d'une belle voiture, des plus grands restaurants ou de la carte du Country Club de golf réservé aux élites?
En somme, deviendra t-il quelqu'un d'important et de respecté comme il en rêvé toute sa vie malgré ses travers de plus en plus difficiles à dissimuler ?
Pour avoir réponse à toutes ces questions, je vous invite à découvrir ce roman pour le moins déconcertant, déversant des paroles crues et immondes en alternance avec de longues tirades superbement écrites. Stressé par l'heure qui tournait lors des pauses déjeuner d'Harry, j'ai vécu cette lecture comme une véritable épreuve exhortant Harry à cesser de franchir la ligne jaune à tout bout de champ. En vain, malheureusement…
Si je compare « le démon » à des ouvrages cultes de Jim Thompson, le roman de Selby laisse moins de place à la violence physique que dans « le démon dans la peau » (ou sa nouvelle traduction « L'assassin qui est moi ») et se rapprocherait plus de « Rage noire » pour le langage cru et la pulsion intérieure destructrice du héros du livre incapable de la maîtriser. Malgré tout, le Démon n'atteint pas du tout, selon moi, le génie des deux chefs d'oeuvre de Thompson.
Si je devais énoncer une faiblesse, je déplorerais le milieu du roman trop long et répétitif contrastant avec une première partie tellement intense et lumineuse. Heureusement, la dernière partie est enlevée et se révèle à la hauteur d'un bon roman à la frontière du polar et sur la folie des hommes.
Et comme le dit si bien un proverbe indien, méfiez-vous : "L'homme est son propre démon."
Ps : J'oubliai la conclusion de l'histoire. J'ai bien eu un fraisier en fin de compte avec, il est vrai, de grosses pépites de chocolat sur le dessus fondant au bout d'un certain temps et des fraises un trop clairsemées à mon gout. A vous d'en déduire la fin du roman...
(1) Variante à la boulangerie pour les Belges exclusivement :
Si voulez, c'est un peu comme si je commandais une tarte aux pommes dans ma boulangerie et que la vendeuse me rapporte, avec le sourire, une tarte aux poires. Pas très content, je lui annonce qu'elle me prend vraiment pour la reine des pommes. En guise de réponse, elle m'explique que le pâtissier est belge et que faute de pommes, il s'est dit que je serais parfait pour être la reine des poires...
(2) voir la savoureuse critique de Dionysos89 sur les "Cinquante nuances de Grey"
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cascasimir
  04 septembre 2019
AIDEZ MOI, NOM DE DIEU, AIDEZ MOI!

Harry a un démon, en lui, sans le savoir. Il ne lui apparaît qu'en rêve :
"Un visage... la bouche ouverte, sur un gémissement muet."
Harry a la beauté du diable et peut séduire autant de femmes qu'il désire.

Il est devenu Harry White, le plus jeune vice-président de sa société, marié à Linda, sa jolie épouse et père de 2 enfants...
Et heureux propriétaire d'une belle demeure. Il est riche et a du pouvoir!
L'American way of life.

Harry a eu de nombreuses aventures avant son mariage. Il continue, sans comprendre pourquoi, alors qu'il est heureux avec Linda.
Le "démon de midi" ?
"Elles étaient belles, surtout avec le vent qui plaquait leur robe, sur leur mont de Vénus."..

Mais, pourquoi lever des pochardes et les baiser?
Parfois, son esprit vagabonde, il ne sait pas comment il a fait pour être, dans cet hôtel sordide ?
"Pleurer, ne serait-ce que pleurer... Il fut pris d'un frisson d'angoisse..." Pauvre diable...

Pourquoi ce plaisir malsain pour le sexe et l'adultère, le vol, puis cette envie de tuer...?
"De nouveau, il se retrouva au fond de l'abîme, qui cette fois, était puant et dégueulasse..."
Une descente aux enfers?
Il savait, depuis des mois, comment s'y prendre pour tuer quelqu'un, sans risque. Pas sa femme, pas Linda! Car, il serait soupçonné...
Non!
Un inconnu! Oui, un inconnu...

Il voulait faire de ce crime, un acte de charité! Une cloche, un pauvre diable, qui ne serait regretté par personne.
.."Vêtements en lambeaux, chaussures dont les semelles bâillaient, col auréolé de crasse."
Le bruit de la rame de métro se fit plus fort...

Le cardinal Leterman allait célébrer la messe, ce dimanche de Pâques, dans la cathédrale.
.."il guérissait tous ceux qui étaient sous le pouvoir du démon, car Dieu était avec lui!"

Mais, que fait Harry ? Cherche-t-il le pardon et l'absolution!
Il est comme une âme en peine...
..."tout homme qui croit en Dieu, reçoit par Lui, le pardon de ses péchés. "
Que tient donc en main, Harry, un missel ou?

DIS LE, NOM DE DIEU DE BORDEL DE MERDE, DIS LE, DIS LE, S'IL TE PLAIT!...

Selby écrivit : J'écris avant tout sur la solitude... Tout le monde connaît ça, le désir d'être quelqu'un. Le besoin de trouver quelque chose. Les addictions , la dégénérescence de l'être humain.
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LydiaB
  30 juin 2013
Tout souriait à Harry White. Jeune cadre dynamique, il passe pour un modèle aux yeux de ses parents. Mais ce qu'ils ne savent pas, c'est qu'Harry a des pulsions. Des pulsions sexuelles au départ qui le mènent à ne coucher qu'avec des femmes mariées. Il se rassure en se disant que c'est pour la bonne cause, qu'il leur donne un peu de bonheur pendant ces instants éphémères. Mais Harry se rend bien compte qu'il y a quelque chose "qui ne tourne pas rond". Car il est capable de tout abandonner d'un coup, d'arriver en retard à son travail, de remplacer son repas de midi, pour céder à ce désir oppressant. Cela lui vaudra d'ailleurs des réprimandes de son patron qui le met aux pieds du mur en nommant son collègue directeur adjoint alors que cette récompense était, en toute logique, réservée à Harry. Monsieur Wentworth veut quelqu'un d'équilibré.

Le démon qui est en Harry s'apaise alors pour atteindre cette place tant convoitée. Il va presque devenir "normal" en passant ses journées à travailler et en fondant une famille. Mais pour combien de temps ? Trouvera-t-il un moyen d'assouvir ses pulsions par autre chose que le sexe ?

Ce roman m'a coupé le souffle ! Il est d'une intensité ! Alors attention quand même, car c'est cru, parfois glauque. Ceci dit, ce n'est pas gratuit et c'est justement ce qui aide à comprendre qu'Harry réagit à des pulsions. Il est malade. Une force intérieure le pousse à agir ainsi, à avoir des montées d'adrénaline, comme si sa vie en dépendait. C'est puissant, très puissant ! Et la narration y est aussi pour quelque chose car on entre souvent dans les pensées du personnage, d'où l'absence, pouvant déstabiliser au premier abord, de certains signes de ponctuation. Mais quoi de mieux, pour adhérer pleinement à l'histoire, que d'être nous aussi bousculés ?
Lien : http://www.lydiabonnaventure..
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nameless
  10 octobre 2015
L'histoire d'Harry White happe immédiatement, créant une attraction trouble pour cet homme banal qui a tout pour réussir, et qui pourtant va s'auto-détruire au terme d'un inexorable processus de lente désintégration. Fils unique de parents aimants appartenant à la classe moyenne, brillant, Harry occupe un poste important et prometteur, qui lui procure l'aisance matérielle, a du succès auprès des filles. Pour citer une Panglossade, tout irait donc pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles, si Harry n'hébergeait pas en lui un démon, aussi irrésistible qu'inexplicable, séducteur et manipulateur.

Harry souffre d'une addiction au sexe, et s'il jette d'abord son dévolu sur des femmes mariées, c'est pour le délicieux frisson qu'il ressent à l'idée d'être surpris par leur mari. Harry aime se faire peur, et pour avoir de plus en plus peur, il lui faut prendre de plus en plus de risques. Comme pour toutes les addictions, celle au sexe oblige celui qui en est atteint, à trouver des doses de plus en plus fréquentes et massives pour un effet identique. Les périodes de calme apparent sont de plus en plus rares et courtes, laissant Harry en proie aux symptômes du manque : migraines, nausées, vertiges, tremblements.

Harry lutte contre ses pulsions, avec les moyens à sa disposition : il s'investit corps et âme dans sa carrière, décrochant un poste prestigieux, il épouse Linda et devient le papa de deux beaux enfants, qu'il installe dans une luxueuse maison : “La réussite ! Il avait vraiment réussi. Alors, comment les choses auraient-elles pu aller mal ? C'était impossible, manifestement impossible” (p. 208). Et, pourtant tout va mal, sa descente aux enfers se poursuit au même rythme que son ascension sociale. Linda, femme aimante, “assistait en spectatrice silencieuse à la destruction de son mari par un mal invisible. Elle était comme hypnotisée par le changement lent et régulier qui s'opérait en lui” (p.313).

Sur le thème de l'abjection envers soi-même, de l'obsession et de l'addiction sexuelle, Hubert Selby Jr, écrivain écorché vif, a écrit un roman abrupt, noir, violent qui ne peut laisser indifférent. La palette des ressentis lors de cette lecture est immense, car Harry est à la fois monstrueux et terriblement humain.
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mumuboc
  13 janvier 2020
Je ne sais plus pourquoi j'avais acheté ce livre : une émission, un article qu'importe mais je l'avais noté immédiatement car il était vivement recommandé comme une référence de la littérature américaine, un classique comme on dit, mais dont je n'avais jamais entendu parler auparavant, ni du roman ni de l'auteur d'ailleurs . Se fier à son instinct, et malgré un démarrage de lecture un peu lent et interrogatif sur la suite, j'ai finalement découvert un roman d'une force incroyable, d'une tension inouïe et d'une introspection dans l'âme humaine d'une rare intensité. Si je m'étais contenté de cette première partie, cela n'aurait pas été un coup de coeur et je ne sais même si j'aurai été au bout, mais tout tient dans la construction minutieuse et l'intensité qui règne au fur et à mesure de la lecture.
Harry White, le narrateur, a tout pour réussir : 25 ans, une situation en pleine progression, il vit chez ses parents par commodité et a une passion : les femmes mariées, par simplicité, pour éviter tout engagement. Une vie pour lui idéale..... Mais derrière cette façade se cache finalement un esprit tourmenté, que dis-je tourmenté, un démon. Mais qui est finalement le démon ? Lui ou cette chose qui le ronge de l'intérieur et qu'il n'arrive à assouvir, à faire taire.
J'ai trouvé la première partie du roman assez "banale", une histoire d'addiction au sexe, un personnage assez narcissique, au langage assez cru, je n'étais pas convaincue que ce roman était pour moi. Mais il y avait dans la narration, quelque chose qui me poussait à aller plus loin, je sentais que ce Harry White n'était pas aussi ordinaire que cela et bien m'en a pris car au fur et à mesure de ma lecture, c'est une escalade infernale jusqu'à un final magistral. Et quand je parle d'escalade, c'est pas un vain mot. 
"Une force irrésistible semblait le pousser vers la folie ou vers la mort. (p267)"
La dualité d'un esprit toujours en questionnements, en recherche d'adrénaline, quitte à mettre sa vie professionnelle, pourtant prometteuse, en danger. Mais comm c'est un esprit brillant il parvient toujours à sortir des pires situations. Il joue avec le feu et il aime cela. C'est sa came. Un homme à deux visages : une image publique faite de réussites de tous ordres, qui forme avec Linda et leurs deux enfants une famille parfaite et une image intime sombre, de plus en plus ténébreuse et tourmentée. Un Jekyll et Hyde.....
(...) mais il savait qu'il ne pouvait s'empêcher de sortir de temps à autre, qu'il ne pouvait renoncer à ses virées dans ces bars dégueulasses où il levait quelque loque humaine répugnante pour y déverser son poison et ensuite essayer de vomir la pourriture infernale qui lui rongeait les tripes..... (p252)
Harry White (serait-ce un clin d'oeil de l'auteur de lui avoir donné ce nom "blanc" en opposition à la noirceur de son esprit) s'enfonce dans les ténèbres, déjouant par orgueil les aides qu'on lui propose : sa femme, un psychiatre, son employeur, rien n'y fait, rien ne le retient, la seule chose qui l'épanouit c'est être un autre, sentir le pouvoir qui est en lui, être sur le fil du rasoir, la mise en équilibre au bord de l'abîme. Et comme dans toute addiction, il lui en faut plus, toujours plus. Pendant dix années, on suit sa descente aux enfers dans la solitude de son enfermement mental. Il n'a d'estime que pour lui-même et encore pour une certaine image de lui, pour sa satisfaction personnelle, il a besoin de se lancer de nouveaux défis, toujours plus dangereux, sans conscience de la portée de ses actes, dans l'indifférence totale des conséquences, seulement pour sa satisfaction personnelle. Bien ou mal n'ont plus d'importance, il lui faut un "shut" pour continuer.
"C'EST fait, UNE fois de plus, et il répondait, J'rentre chez moi, J'rentre chez moi, et, en arrivant chez lui, il alla directement à la salle de bains pour prendre une douche et resta sous l'au jusqu'au moment où elle commença à tiédir, la laissant rebondir sur ses épaules et couler le long de son corps en essayant de chasser la pensée qui revenait constamment lui harceler l'esprit, sans y parvenir car il savait que c'était la vérité, qu'il allait devoir recommencer, et il sentit que le mal commençait à lui ronger les entrailles et il comprit que ce n'était qu'une question de temps, que bientôt le démon s'emparerait à nouveau de lui et qu'il lui faudrait trouver un moyen pour se délivrer de cette tension poignante et de cette anxiété dévorante. (p310)"
Est-il un démon ou est-il habité par un démon ? Est-il dément, schizophrène ? Lui argumente, justifie ses actes. ne culpabilise jamais, passe par des périodes de "rémission" mais qui ne durent jamais, sa vraie nature, son autre moi reprend le dessus.
"Il resta dans l'étuve pendant des heures, regardant le poison suinter par tous les pores de sa peau, n'arrêtant pas de déglutir, pas tant en raison de la bile amère qui emplissait sa bouche que pour repousser ce quelque chose qui, du tréfonds de lui-même, essayait de remonter au grand jour. Et il continua à ravaler et à refouler ce démon sans jamais reconnaître son existence.. (p238)"
J'ai rarement eu entre les mains un roman aussi noir, avec une plongée aussi vertigineuse dans l'âme humaine et ses tourments. L'écriture est en parfaite adéquation avec les pensées du "héros", elle le rend vivant, présent, on est pénétré par sa folie, son enfermement, dans son orgueil et sa misanthropie. La tension est palpable et va crescendo. Car après les femmes, la fange, le vol il va s'attaquer à la religion, à ce qu'elle représente : le bien et voudra prouver que le mal peut l'emporter, qu'il est au-dessus de tout, qu'il peut tout en toute impunité
"Le vide contemplant le vide. L'abîme contemplant l'abîme. La conclusion contemplant les prémisses. (p329)"
Et sa dualité provoque une dualité chez le lecteur : faut-il le plaindre, le haïr ? C'est le mal à l'état pur sous un visage lisse. Qui pourrait croire que parallèlement à une telle réussite professionnelle et personnelle, un homme aussi brillant puisse basculer dans la nécessité presque vitale pour lui de faire mal ou le mal.
J'ai lu les dernières pages en apnée, partagée entre épouvante dans ce que l'âme humaine peut avoir de plus retors et complexités mais, bizarrement, avec une certaine compassion pour lui : est-il responsable ou simplement le résultat de sa folie ? Pas de prise de position de la part de l'auteur. Il expose, il raconte et finalement nous laisse seul juge.
C'est un roman d'une maîtrise incroyable dans sa construction, dans le style et dans la vision de l'auteur sur l'homme, dans ses retranchements, dans sa multiplicité psychologique.
"Et ce qui s'était dit serait oublié, mais les sentiments resteraient présents dans les mémoires, comme ils le font  toujours, et ce, pendant longtemps, alors que les paroles et les événements sont déjà oubliés.(p158)"
Lien : https://mumudanslebocage.wor..
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Citations et extraits (45) Voir plus Ajouter une citation
LydiaBLydiaB   30 juin 2013
Il passa un après-midi atroce. Il sentait les muscles de ses jambes se contracter et sa peau semblait le démanger en permanence. A dix reprises, peut-être plus, il prit le téléphone pour appeler Linda et lui dire qu'il ne rentrerait pas ce soir-là, et, à chaque fois, il renonça au dernier instant. Et il lutta, là, et, à chaque fois, il renonça au dernier instant. Et il lutta, et lutta encore, et il avait l'impression que ce combat l'usait à petit feu, au point qu'il ne resterait plus rien en lui le soir venu. Et le conflit continuait à faire rage, et une fois encore il saisissait le téléphone, puis se forçait à raccrocher. Il fallait qu'il rentre ce soir-là. Il le fallait absolument. Il avait le sentiment que c'était une question de vie ou de mort. Cette fois au moins, il ne devait pas céder. Il ne pouvait pas céder.
Il ne réalisa à quel point il était tendu qu'au moment où ses muscles commencèrent à se relâcher quand le train quitta la gare. Une fois sorti du tunnel, celui-ci commença son long périple à travers la banlieue et Harry sentit son corps se liquéfier littéralement et il eut subitement peur de s'endormir.
Au cours du dîner ce soir-là, ses yeux furent constamment attirés par un dieffenbachia complètement fané dont les feuilles avaient la même couleur que la terre desséchée dans laquelle il était planté. Tandis qu'il mangeait, son esprit fut de plus en plus accaparé par cette saloperie de plante, et ses mains se mirent à trembler légèrement chaque fois qu'il regardait ce putain de bordel de végétal, et son estomac se nouait et il se sentait des envies de mordre ; il se mit à lacérer sa viande jusqu'au moment où, incapable de supporter plus longtemps la vue de cette saloperie de dieffenbachia, il se leva de table et le tailla en pièces avec son couteau !!! Et il s'escrima contre lui encore, et encore, et encore, et il le tordit dans ses mains jusqu'à ce que cette saloperie jaunie fût réduite à une tige qui sortait du pot et alors il poignarda la terre à plusieurs reprises jusqu'au moment où, la gorge en feu, il se laissa tomber sur une chaise et resta là immobile, les yeux fixés, le menton sur la poitrine.
+ Lire la suite
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jeranjoujeranjou   15 septembre 2013
Ils n'avaient pas beaucoup de temps devant eux (encore moins qu'elle ne l'imaginait), et, quand le premier round fut terminé, ils ne s'attardèrent pas à fumer une cigarette et à badiner, voulant tirer le maximum de ces quelques instants (Tirer le maximum, hahaha, elle est excellente celle-là, un vrai bon mot)

1 ) "bon mot" en français dans le texte
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jeranjoujeranjou   14 septembre 2013
Soudain, Harry se souvint de Rappelez-moi-son-nom, qui l’attendait sur un banc de central park – Mary, voila, c’est ça -, et il partit dans un éclat de rire, le visage enfoui dans les nichons d’Irma. La main gauche de celle-ci était plongée dans les cheveux d’Harry tira légèrement. Eh bien, merci quand même.

Harry White ne sachant plus à quels seins se vouer…
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namelessnameless   09 octobre 2015
En réalité, il n'arrivait pas à définir exactement ce qu'il ressentait, mais il savait fort bien ce qu'il ne ressentait pas. Il avait conscience d'un manque, mais ce manque ne lui manquait pas.

Page 150 - 10/18 Domaine étranger
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namelessnameless   08 octobre 2015
J'ai aperçu cet écriteau soldes là-bas, (...) et je crois bien que je me suis mise à foncer comme un éléphant dans un magasin de porcelaine.
Si tous les éléphants vous ressemblaient, je m'ferais volontiers cornac.

Page 71 - 10/18 Domaine étranger
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