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EAN : 9782378760373
1024 pages
Éditeur : De Saxus (31/10/2019)

Note moyenne : 4.1/5 (sur 296 notes)
Résumé :
La maison Berethnet règne sur l'Inys depuis près de mille ans. La reine Sabran IX qui rechigne à se marier doit absolument donner naissance à une héritière pour protéger son reinaume de la destruction, mais des assassins se rapprochent d'elle...
Ead Duryan est une marginale à la cour. Servante de la reine en apparence, elle appartient à une société secrète de mages. Sa mission est de protéger Sabran à tout prix, même si l'usage d'une magie interdite s'impose ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (107) Voir plus Ajouter une critique
NathalC
  02 août 2020
Un pavé de presque 1000 pages.
Une couverture magnifique, des couleurs chatoyantes, un relief magique...
L'histoire semble originale, tout en respectant les classiques et les attendus des histoires fantastiques : des royaumes différents, des passés et présents mouvementés, des créatures fantastiques, un dose de magie.
Ici, la part est faite belle aux femmes. Les héros ne sont que féminines. Les hommes ont un rôle essentiellement secondaire.
Ici, l'ouverture d'esprit est de mise quant aux relations personnelles entre les personnages. L'homosexualité semble normalité.
Le rythme est long à démarrer dans cette histoire. Et une fois le rythme lancé, j'ai éprouvé une sensation de va-trop-vite !, de bâclage...
La guerre finale contre le sans-nom se lit en quelques pages !
Alors, mon avis personnel sur ce roman est vraiment mitigé.
L'auteur a du talent, certes. On ne peut écrire un livre de 1000 pages sans avoir un certain talent d'écrivain, ni sans un certaine dose d'imagination. Cependant, je reste sur une sensation d'insatisfaction.
Comme si l'auteur avait à tout prix voulu écrire un livre à succs avec des clés incontournables :
- Créer un roman fantastique imposant.
- Des créatures, des territoires, des peuples avec leur propre nom. Bref, un univers créé de toute part.
- Etre quand même différent et donc créer des héroïnes, et non pas des héros.
- Etre innovatrice quant aux relations entre héros.
- Et ensuite broder autour de ses axes prédéfinis. Pour en faire surtout un succès commercial, voir imaginer une adaptation visuelle.
Pour conclure, j'ai vraiment eu l'impression que l'auteur n'avait pas pris plaisir à créer cette histoire. On ne devient pas Tolkien ou Hobb en suivant un plan commercial !!! On est, ou on n'est pas... Ici, je n'ai pas été transporté, je n'ai pas rêvé, je n'y ai pas cru... J'ai juste lu une histoire...
En tant que lectrice, il m'a manqué cette poussière magique qui aurait pu m'emporter dans un autre monde.
Quel dommage !
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Tachan
  10 décembre 2019
Ce n'est pas une chronique facile que je m'apprête à rédiger, en premier lieu parce que le prieuré de l'oranger est le dernier titre à la mode dont tout le monde parle et que tout le monde semble avoir aimé, ce qui n'est pas mon cas... et ensuite parce que c'est tout de même une belle brique de plus de 950 pages qu'il n'est pas forcément facile à résumer.
Le prieuré de l'oranger de Samantha Shannon est le dernier phénomène en date de la blogosphère amatrice de roman de Fantasy. Publié dans la petite maison d'édition de Saxus, ces derniers ont fait une grosse campagne de pub sur les réseaux sociaux à renfort de comparaison avec des titres comme Game of Thrones et des auteurs comme Tolkien, Robin Hobb ou G.R.R. Martin. Sauf que malheureusement, comme je le pressentais ce titre est totalement survendu et qu'on est bien loin de la qualité des titres et auteurs cités.
Le prieuré de l'oranger est un titre de fantasy tout à fait classique, se déroulant dans un monde coupé en deux (voire plus, on le verra ensuite) autour de la question de la vénération ou non des dragons, le tout autour d'une légende de grands personnages les ayant affrontés. On s'y retrouve bien des siècles après la dernière grande bataille alors que le plus terrible d'entre eux semble se réveiller. On y suit d'un côté la Reine Sabran dont le règne est perturbé par de multiples complots et de l'autre Tané, une jeune dragonnière en devenir qui tente de gravir les échelons malgré ses origines modestes. Voilà pour résumer très brièvement le début et le contexte.
Au fil des pages, on va suivre de nombreuses péripéties, de nombreux complots, de nombreuses trahisons et de nombreux voyages. On va en apprendre plus sur l'histoire et la mythologie de cet univers. L'autrice va tenter de nous surprendre avec des revirements et des découvertes brutaux, etc. Mais personnellement, dès le début, j'ai trouvé tout cela bien faible. Contrairement à ce qui est annoncé par l'éditeur, nous ne sommes pas avec un titre de fantasy pour adultes, mais plutôt avec un titre dans la lignée des Young Adult sortant chez nous et ça change tout ! Personnages mal définis et bien plus jeunes dans leurs actions et pensées que leur âge semble l'indiquer, actions téléphonées, grosses ficelles utilisées à multiples reprises pour faire avancer l'histoire ou surprendre le lecteur. Les plus de 900 pages du titre ont été bien mal employées....
J'ai d'emblée eu énormément de mal avec les personnages de l'histoire. Je les trouve trop archétypaux et pas bien construits. Ils ne sont pas développés comme peu le faire une Robin Hobb ou un G.R.R. Martin à qui on veut comparer l'autrice. Ici, ils sont fades, sans personnalités et enchainent des actions ma foi fort prévisibles tout en se comportant souvent comme des ados ou des très jeunes adultes malgré leur âge. J'ai été déçue. Je sais que beaucoup ont aimé qu'on retrouve des relations LGBT de façon très naturelle dans ce titre, mais ça ne suffit pas à en faire un bon titre, un titre marquant. Ça a déjà été fait ailleurs et mieux. Lisez les titres de Lynn Flewelling !
C'est justement le gros point noir du titre pour moi : on nous enrobe l'univers tout un tas d'éléments qui flattent le lecteur mais au final tout sonne creux. L'univers semble prometteur sur le papier. On nous appâte en couverture avec de très beaux dragons, mais ceux-ci n'ont qu'un rôle mineur dans l'histoire au final. Si vous voulez de vrais bons titres où les dragons sont mis en valeur, allez lire Robin Hobb, au moins ils ont une personnalité et leur rôle ne tient pas sur 10 pauvres pages dans l'histoire ! On nous appâte avec une mythologie reposant sur d'anciens personnages avec des pouvoirs qui se sont défiés et ont mis le monde à mal, mais c'est résolu en deux coups de cuillères à pot avec presque aucune conséquences importantes. Un vrai pétard mouillé. Si vous voulez des Dieux qui mettent le monde à mal, allez lire N.K. Jemisin ! On nous parle aussi d'une magie à base de feu, de joyaux et d'arbres donnant des pouvoirs, mais là aussi ce n'est pas du tout visuel. La magie n'a rien de percutant et marquant pour le lecteur. Vous voulez lire des titres avec des systèmes de magie à vous chambouler la tête et de l'action quasi cinématographique, allez lire Brandon Sanderson et son Fils des Brumes ! Enfin, on nous promet des complots de cour à la G.R.R Martin mais c'est du pipi de chat en comparaison, ici. Tout est évident et il n'y a aucune surprise ni renversement dramatique avec nos personnages chéris mis à mal. Les quelques bouleversements qu'ils subissent sont un vrai pis aller en comparaison aux Noces Pourpres du maitre, allez plutôt lire l'original ! Bref un titre vraiment trop survendu !
Alors là, je viens de déverser toute ma frustration de lectrice déçue et on pourrait croire que je n'ai rien aimé dans le titre mais ce n'est pas le cas. C'est juste que je m'attendais à tellement plus vu le matraquage marketing que le banal titre de Fantasy pour grands ados que j'ai lu fut une grande déception.
Cependant, je reconnais que la plume de l'autrice fait que le titre se lit bien. Les chapitres, assez courts, s'enchainent rapidement. le changement régulier de point de vue fait qu'on ne se lasse pas malgré la longueur du titre. On a envie de découvrir quel nouveau coup du sort va leur tomber dessus et comment ils vont s'en sortir. On voyage beaucoup dans les terres et les mers de cet univers. Et même si on reste beaucoup trop en surface pour moi, il y a de vraies bonnes idées dans la mythologie du titre, avec la création du Reinaume d'Inys, ainsi que la manipulation faite de l'Histoire par les différentes puissances qui peuplent ces terres. J'ai aimé les quelques moments où on a entraperçu les dragons et où ils ont agit. La relation entre Tané et sa dragonne était touchante. L'autrice met en avant des valeurs qui me sont chères telle que l'amitié et l'amour au-delà des castes et des différences. Cette lecture ne fut donc pas un total calvaire loin de là, juste pas le chef d'oeuvre annoncé.
Pour conclure, si de Saxus n'avait pas fait un tel matraquage en disant partout que le prieuré de l'oranger était un nouveau "monument de la fantasy et de la littérature" (cf la 4e de couverture...), j'aurais peut-être plus apprécié ma lecture. Là, je m'attendais à recevoir une claque et le lire juste après l'excellent Roue du Temps de Robert Jordan, titre vraiment à destination des adultes, fait paraitre celui-ci bien fade et révèle tous ces défauts dont j'ai parlés en long en large et en travers plus haut. le prieuré de l'oranger est une lecture jeunesse honnête mais ça s'arrête là. Il ne tient absolument pas la comparaison avec les auteurs et les titres à côté desquels son éditeur veut le placer...
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boudicca
  16 avril 2020
Édité par une petite maison d'édition, « Le prieuré de l'oranger » est un impressionnant pavé de près de 1000 pages, écrit par une autrice encore jamais traduite en France : autant dire que les meilleures conditions pour en faire un succès étaient loin d'être réunies. Et pourtant, le roman a fait l'objet d'un sacré bouche-à-oreille qui lui aura permis de se tailler une excellente réputation chez les libraires aussi bien que les blogueurs (merci d'ailleurs à L'ours inculte pour la découverte !). Un succès mérité, tant l'ouvrage séduit à la fois sur le fonds et la forme. Notons d'abord que les éditions de Saxus ont fait l'effort du publier l'épais roman en un seul volume, quand d'autres maisons d'édition (qui a dit Pygmalion ?) se seraient fait un malin plaisir de le découper en deux, voir en trois. L'objet livre lui-même est de très bonne qualité, avec notamment une magnifique couverture et deux belles cartes détaillées présentent au début de l'ouvrage. le charme du roman ne repose évidemment pas que sur ces aspects esthétiques qui permettent avant tout de souligner la qualité du contenu. Posons un peu le décor. Nous sommes dans un univers de fantasy d'inspiration tour à tour médiévale ou moderne, dans lequel les relations entre l'Ouest et l'Est sont quasi inexistantes. Séparées par l'Abysse, une vaste étendue d'eau difficile à traverser, les deux régions possèdent chacune leur raison de haïr ou de craindre leur lointain voisin : les Occidentaux parce qu'ils considèrent les Orientaux comme des hérétiques adorateurs de dragons ; les Orientaux parce qu'ils craignent le retour d'une maladie venue de l'Ouest, la peste draconique, et qu'ils interdisent par conséquent à tout étranger de débarquer sur leur territoire. Mais… Mais une sombre menace grandit dans les entrailles de la terre où le Sans-Nom, gigantesque dragon de feu précédemment vaincu par l'humanité, sort peu à peu de son sommeil. Ses lieutenants eux, se sont déjà éveillés et sèment la terreur partout où ils passent en annonçant le retour de leur maître. D'une manière ou d'une autre, il va falloir que les deux continents fassent front ensemble pour ne pas être détruits.
Le roman n'a, au premier abord, pas grand-chose d'original, à commencer par son pitch qui repose sur un aspect mille fois utilisé en fantasy : le retour d'une entité maléfique et la nécessité pour l'humanité de s'unir contre la menace. Or, s'il s'agit bien du fil rouge qui traverse tout le récit, celui-ci ne se résume pas à une opposition manichéenne entre le camp du bien et celui du mal. le roman est en effet truffé d'une multitude de sous intrigues qui permettent d'aborder quantité de thèmes et d'enrichir considérablement l'univers, dans la mesure où elles permettent de mettre en lumière les différences entre les royaumes ou entre les deux continents. La question religieuse est, par exemple, omniprésente à l'Ouest où la Vertu (dogme rendant hommage au vainqueur du Sans Nom et caractérisée par une grande rigidité) s'oppose aux adorateurs des wryms, les dragons de feu serviteur du Sans Nom. A l'Est, la question religieuse est évacuée au profit de celle du repli et des spécificités de la culture seeki, à commencer par leur relation avec les dragons (qui n'ont rien à voir avec les wryms puisque leur principal élément est l'eau et non le feu). le bestiaire assez d'ailleurs assez classique lui même, les créatures rencontrées étant soit des dragons (dont certains ont pour particularité de pouvoir voler… sans ailes!), soit des bêtes issues d'un croisement avec des dragons (vouivre, cocatrix…). Autre stéréotype de la fantasy ici réutilisé par l'autrice : la prophétie. Samantha Shannon parvient heureusement à ne pas tomber dans les écueils habituels et s'amuse à multiplier les supports et les énigmes (textes à déchiffrer, problèmes à résoudre…) pour entretenir le suspens et ne pas faire reposer son récit sur cette seule prophétie. le cadre dans lequel se déroule l'intrigue pourrait, lui aussi, paraître trop traditionnel car il emprunte beaucoup à la période médiévale (on combat principalement à l'arc et à l'épée, la noblesse vit dans des châteaux…). le royaume d'Inys, qui est le principal territoire mis en scène à l'Ouest, est pour sa part fortement inspiré de l'Angleterre (la reine, Sabran est clairement une sorte d'Elizabeth Iere), et notamment de deux légendes issues du folklore britannique : celle du roi Arthur et celle de Saint Georges et le dragon. Seulement, si l'autrice reprend là encore des éléments assez classiques, elle n'hésite pas aussi à s'écarter des sentiers battus puisque la civilisation de l'Est emprunte, elle, davantage à la culture et aux mythes japonais, plus rarement mis en scène en fantasy. La Seeki partage notamment avec le Japon son caractère insulaire ainsi que quantité d'aspects concernant le mode de vie ou les traditions (importance des rituels, poids de l'honneur…).
Il est toutefois un aspect sur lequel le roman tranche nettement avec la plupart des ouvrages de fantasy : la volonté de l'autrice d'écrire un récit féministe. Pas question ici de grands discours sur le sujet pour convaincre le lectorat, mais une mise en application directe (une initiative qui tend à se multiplier puisqu'on retrouve le même procédé dans « Le chant des cavalières » de Jeanne Mariem Corrèze, récemment paru chez Les Moutons Électriques). Dans « Le prieuré de l'oranger », ce sont donc les femmes qui occupent les premiers rôles (vous allez me dire « on commence à en avoir l'habitude », pourtant, s'il est en effet de plus en plus fréquent de voir des héroïnes, il est plus rare de voir celles-ci entourées d'autres femmes, et non pas d'hommes). le royaume d'Inys est ainsi un « reinaume », la tradition voulant que la reine n'enfante que d'une fille qui occupera le trône à sa suite (à noter que, dans le reste du royaume, la succession est assurée par l'aîné des enfants, qu'il soit fille ou garçon). Une grande partie des chapitres consacrés à l'Ouest se déroulent à la cour où l'on suit Ead, une jeune femme appartenant à un ordre secret, envoyée pour espionner et protéger la reine (la croyance veut alors que la seule chose qui empêche le retour du Sans Nom soit l'existence d'une descendante de la famille Berethnet, or la reine n'a pas encore d'héritière et est donc, pour le moment, la dernière de sa lignée). On suit donc les intrigues de la cour, et notamment tout ce qui touche au quotidien de la reine et de ses plus proches compagnes. Cette attention particulière portée à la reine et son entourage féminin fait beaucoup penser à un autre roman de fantasy, « Récits du Demi-Loup » de Chloé Chevalier, qui avait recours au même procédé (le quatrième et dernier tome de la série devrait d'ailleurs paraître dans le courant de l'année). du côté de l'Est, nous ne sommes pas dans une société matriarcale mais le principal personnage que l'on suit est une femme, Tané. Après avoir subie une formation intensive, la jeune fille s'apprête à savoir si elle va pouvoir intégrer la prestigieuse garde de haute mer, dont quelques membres seulement auront l'occasion de devenir dragonnier, son plus grand rêve. Cette fois encore l'entourage de la jeune femme est principalement composé de femmes, l'armée seeki ne faisant manifestement pas de discrimination en fonction du sexe (ce qui n'est pas le cas de la condition sociale qu'on lui reprochera bien plus que son genre). Pour ce qui est du sud, le Prieuré de l'Oranger, l'ordre auquel appartient Ead, est une sororité et n'accueille par conséquent que des femmes qui sont formées à la magie et au combat. On y vénère la Mère et on y propose une version de la légende relatant la défaite du Sans Nom très différente de la version officielle (dans la version retenue par la Vertu, la princesse Cléonide aurait été sauvée par un preux chevalier, alors que c'est en réalité la jeune femme qui aurait pourfendue le dragon). A noter qu'en dépit de cette volonté de gommer les différences hommes/femmes et de les mettre sur un pied d'égalité, le roman aborde tout de même certaines problématiques propres au genre féminin, à commencer par la maternité.
Reste à aborder la question des personnages que l'auteur dépeint avec beaucoup de nuances et qui connaissent, pour certains, une remarquable évolution entre le début et la fin du récit. C'est le cas surtout de deux d'entre eux, à commencer par la reine d'Inys, Sabran, qui, dans un premier temps, ne suscite que de l'agacement. Arrogante, hautaine, rigide, butée, susceptible sur tout ce qui touche au culte de la Vertu… : voilà typiquement le genre de personnage qu'il est difficile de ne pas prendre en grippe. Et puis, au fur et à mesure de son rapprochement avec Ead, on commencer à entrevoir la femme sous la reine et à identifier, sous le vernis rigide, un être extrêmement vulnérable et déjà bien cabossé par la vie, en dépit de son jeune âge. le second personnage parmi les plus ambivalents du roman est sans aucun doute Niclays Roos, alchimiste à la recherche du secret de l'élixir de vie et banni du royaume d'Inys par la reine Sabran. Envoyé croupir sur une île minuscule à l'Est, rongé par l'amertume, la colère et le chagrin, le docteur est un personnage détestable, coupable de plusieurs actes moralement indéfendables, et pourtant, là encore, l'autrice parvient à lui donner suffisamment d'épaisseur pour que le lecteur dépasse sa première impression. Les autres personnages, quoique moins torturés, sont tout aussi réussis, à commencer par les deux héroïnes. On suit avec intérêt les progrès d'Ead à la cour où elle doit en permanence jouer un double jeu et cacher sa véritable identité et ses capacités. le parcours de Tané est lui aussi captivant dans la mesure où il repose sur une succession d'épreuves au terme desquelles on ignore si la jeune femme parviendra ou non à accomplir son rêve et se lier avec un dragon. La première partie respecte un équilibre parfait entre l'Ouest et l'Est, si bien qu'on voit les deux femmes évoluer en parallèle. La seconde partie du roman accorde en revanche beaucoup plus d'importance à l'Ouest, laissant ainsi Tané en retrait et c'est l'un des bémols que j'apporterais au roman. le dernier tiers est, d'ailleurs, dans l'ensemble, un peu moins captivant car les relations entre les personnages sont désormais posées et n'évoluent plus vraiment. Les différents fils de l'intrigue, eux, se regroupent, si bien que le roman se fait moins surprenant à mesure que la grande bataille finale approche. Si la première moitié est indéniablement plus captivante, la seconde réserve malgré tout de beaux moments qui plairont aux amateurs de fantasy, qu'il s'agisse de la découverte de la flotte des pirates, des scènes de batailles navales, ou de la confrontation avec la sorcière de la forêt.
Premier roman de Samantha Shannon traduit en français, « Le prieuré de l'oranger » est un ouvrage imposant et dense qui mérite d'être connu. Si l'autrice réutilise un certain nombre d'archétypes de la fantasy, elle sait également s'en détacher, notamment en ce qui concerne le traitement des personnages féminins qui sont nombreuses à occuper le devant de la scène. Une très belle épopée.
Lien : https://lebibliocosme.fr/202..
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florencem
  08 mars 2020
Je suis enfin parvenue à la fin de cette « petite » brique. J'avoue qu'en voyant l'épaisseur du Prieuré de l'oranger, j'avais un peu peur de me lancer dans l'aventure. Je n'aime pas particulièrement abandonner un roman, et devoir me « forcer » à lire un tel volume…C'était un peu angoissant. Fort heureusement, j'ai assez vite accroché à l'histoire de Samantha Shannon.
Pour moi, le Prieuré de l'oranger est une oeuvre typique de fantaisie. On y retrouve beaucoup d'éléments qui en font un classique du genre. L'univers, la quête, la touche de magie qui n'étouffe pas l'ensemble, des personnages forts, un monde complexe mais abouti. J'ai aussi beaucoup aimé le fait que nous suivons plusieurs personnages principaux et qu'au fur et à mesure leurs destins s'entremêlent. C'est un peu comme assister à la construction d'un puzzle.
Le début est un peu lent. Surtout, n'ayez pas peur de cela. Il faut mettre en place un vaste univers et pas loin de cinq personnages principaux. Cela prend du temps, mais je ne me suis pas ennuyée pour autant. Les intrigues se faufilent dès le départ, même si elles ne sont pas dans la lignée de la principale, elles donnent tout de suite envie de poursuivre. Elles construisent les personnages, nous permettent de mieux les connaître et surtout, elles les poussent dans leurs retranchements.
Ead, Loth, Sabran, Roos et Tané se retrouvent tous les cinq dans une aventure d'envergure : sauver le monde du Sans-Nom, une créature maléfique dont le retour est proche. Si tout tourne autour de cela, ce n'est pour moi qu'un fil conducteur pour une plus vaste chamboulement. Bien que le tout soit très bien dosé, j'ai trouvé que le roman avait ce côté révolutionnaire, en brisant de nombreuses règles et traditions. Bien que l'époque soit assez semblable au Moyen-Âge, il y a un vent de nouveauté qui souffle et qui prouve que les jeunes générations peuvent aller de l'avant et surtout porter moins de préjugés, être plus ouverts d'esprit. C'est vraiment un point que j'ai apprécié. On sent que l'ensemble des peuples que l'on découvre veulent briser leurs chaînes. D'autres sont plus réticents et il y a un processus intéressant qui se déroule.
Concernant le Sans-Nom et tout ce qu'il y a autour. C'est la quête, le but ultime, mais aussi le moyen pour nous de voir des légendes prendre vie ainsi que leurs ramifications. Tout est lié, et au fur et à mesure que nous avançons, les pièces du puzzle se mettent en place. J'adore cela, encore une fois. le Prieuré de l'oranger joue sur plusieurs plans : religieux, magique, politique, gouvernance… avec une question : comment des êtres que tout oppose peuvent s'unir face à un ennemi commun ? Et c'est quelque chose qui est aussi contemporain et avec laquelle on arrive facilement à s'immerger.
Côté personnages. Ead, Loth et Sabran ont été un régal à suivre. Ils évoluent tous les trois de façons intelligentes et ce sont des êtres avec lesquels il est facile d'avoir de la sympathie. Il n'y a pas de sublimation d'ailleurs, on voit autant les défauts que les qualités de chacun, ce qui les rend plus humains. Ce ne sont pas des surhommes. Tané et Roos… j'ai eu plus de mal. Tané est trop centrée sur elle-même, tout comme Roos. Les deux ont consacré leur vie à leurs rêves et cela les rend trop égocentriques. Même si Tané est plus nuancée à ce niveau-là, elle est parfois trop froide, trop distante. Elle évolue, fort heureusement, et l'on comprend pourquoi elle est devenue qui elle est, ce qui atténue le tout. Roos est trop en colère, trop aigri… Il est obligé de sombrer encore et encore pour qu'une faible étincelle apparaisse à un moment donné. Mais franchement… Je trouve qu'il a malgré tout une bonne étoile bien trop conciliante au-dessus de sa tête.
La fin est épique comme on pouvait s'y attendre. Elle est aussi assez rapide et un peu expéditive en un sens. Il y a eu un long processus pour parvenir à ce moment, et je pense que le fait d'arriver à un moment si intense fait qu'on le voit défiler rapidement. Mais j'aurais surtout aimé qu'on est une conclusion plus « définitive » concernant certains personnages. Samantha Shannon ne semble pas avoir renoncé à poursuivre l'aventure du Prieuré de l'oranger, elle se donne ainsi la possibilité de continuer. Alors je ne perds pas espoir d'avoir les réponses à mes questions.
Une belle épopée qui joue avec la modernité et les règles du genre. Des personnages féminins forts, une gestion de la religion et de la sexualité plus libre et diverse, une quête prenante, un style fluide et un univers riche et abouti. Une découverte fort sympathique et prenante.

Lien : https://loticadream.com/le-p..
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LeScribouillard
  30 avril 2020
Crénom d'une pipe de poil de nouille, il faut vraiment que les médias arrêtent ça. La comparaison à GoT en première de couverture, encore, je veux bien, mais comparer systématiquement un bouquin à « Tolkien, Robin Hobb et G.R.R.R. Martin », non seulement c'est à la portée du premier mercantiliste venu, mais en plus ça revient à dire que la littérature blanche s'arrête à Camus, le polar à James Ellroy et le cinéma italien à Rocco Siffredi. Ainsi on décrédibilise un peu plus la fantasy, et donc ce pauvre petit Prieuré de l'Oranger qui n'avait rien demandé à personne. Acheté parce qu'il était appétissant (près de 1000 pages, le bougre) et sur les conseils de l'Ours Inculte, je pensais prendre un sacré pied loin de tous les poncifs du genre. La vérité sera plus nuancée… même si le résultat s'avère très satisfaisant.
« Ah, Batman, quelle noblesse dans le geste chevaleresque de ce marsouin ! »
Il y a plus de mille ans, les wyrms sont venus envahir le monde et les humains qui n'avaient rien demandé à personne. À l'Ouest, on les a combattus et le responsable de leur boutage hors d'Occident a été élevée au rang de divinité, même si on est pas trop d'accord sur qui c'est ; l'occasion d'instaurer un nouvel ordre légitimant toutes sortes de magouilles. À l'Est, on vénère leurs cousins dragons comme des dieux. Dans tous les cas, aucun des deux camps n'est préparé pour leur retour…
Commençons par dire ce qui m'a agacé ou rendu méfiant avant de commencer le roman. En regardant la quatrième de couverture, le sommaire et le dramatis personæ, j'ai fini par me rendre compte qu'il s'agissait certes d'une oriental fantasy avec pour thème notable le choc des cultures, mais également d'un med-fan un peu plus que simplement classique. Ça se passe dans un monde secondaire avec des intrigues politiques à la pelle et le retour d'une race maudite qui vient troller le game, déjà on comprend un peu mieux la comparaison avec Game of Thrones ; mais j'étais déjà informé, et le fait que deux histoires se ressemblent dans les grandes lignes ne me dérangent pas tant que ça. Mais si vous suivez mon blog depuis longtemps, vous savez que je suis vite agacé par la critique systématique d'une religion monothéiste en en créant une autre apparentée ; que l'on s'inspire du catholicisme pour créer la religion du continent occidental, j'ai vu ça des millions de fois, ce qui se traduit presque toujours sauf chez Guy Gavriel Kay ou bien par un pamphlet sur cette religion avec des gros sabots, ou bien par un gros manque d'inspiration pour les croyances de son monde.
Ensuite comme d'habitude, je me rends au glossaire avant de lire ; ça y est, vous vous dites, le père Sylvain, il va sortir les couteaux. Rassurez-vous, rien de comparable à Boxap, mais tout de même, remplacer le terme « dépression » par « céphalogravité », franchement, quelle utilité… Pareil pour « rhume des roses » au lieu de « rhume des foins », au final on se retrouve avec ce que l'on nomme communément des schmeerps, soit du vocab qui ne sert concrètement à rien (bien qu'il s'avère qu'il n'y en ait que deux ou trois au final, d'où le fait que le texte en rouge ne se retrouve pas en gras). de même, certains mots que nous employons dans la vraie vie sont repris des fois sans le moindre rajout qu'on ne trouverait pas nous-même dans un dictionnaire comme « marsouin », « poiré » ou « massepain ». Je sais que c'est du pinaillage, mais inutile d'alourdir un lexique quand un background est déjà bien chargé.
Et pourtant…
Un traitement singulier du dragon…
Mais ce qui saute aux yeux avec le prieuré de l'oranger reste le compromis auquel il parvient entre fantasy classique et moderne. J'avais déjà parlé de ces romans qui tentent de garder le meilleur de ces deux recettes ; ici, c'est carrément le wuxia / shenmo qui s'invite dans le med-fan old school. L'amateur de donjons et dragons bien d'chez nous pourra ainsi profiter d'un roman de son habitude tout en s'ouvrant l'esprit à des formes d'Imaginaire plus exotiques, tandis que celui qui désire se voir un peu plus dépaysé trouvera ainsi de l'oriental fantasy saupoudrée d'un peu du charme médiéval sans se faire étouffer avec. On pourrait critiquer le procédé du fait qu'il garde chacun dans sa zone de confort ; ça n'en reste pas moins un moyen progressif pour les moins prêts à changer pour s'ouvrir vers de nouveaux horizons.
Ce qui constitue en effet le centre du roman, c'est comment la culture nous fait percevoir le monde ; comment un élément, ici le dragon, peut être vu d'une manière différente, idolâtré ou diabolisé (même si on découvre que les wyrms sont au final différents des « vrais » dragons, on va tout de même les inclure dedans, étant donné que les habitants de l'Ouest ignorent tout de leurs différences). Dans la Chine médiévale, le dragon suivait la première formule, dans l'Europe médiévale la deuxième ; le fait d'installer son récit dans un pseudo-Moyen Âge n'a donc pour une fois rien d'un choix par défaut. S'inspirant des diverses légendes d'Europe comme d'Asie, Samantha Shannon imagine différentes espèces de dragons chacun avec leur morphologie spécifique : après la trilogie Dragons et son approche fantaisiste de la créature, on pourrait y voir ici un des contrepieds possibles, qui tente de coller au plus près des récits ancestraux.
… et de la femme
Et si les croyances ont leur part d'ambiguïté, rien chez les personnages non plus n'est noir, ni tout blanc : le royaume d'Inys, gouverné par une femme, pourrait être pensé comme résolument féministe et donc ou bien les gentils ou bien un matriarcat inversant la question des sexes sans grande subtilité, mais il en ressort un système plus complexe et sans manichéisme : citons pour exemple la scène où Ead et Sabran racontent chacune à la manière de leur peuple une de leurs légendes fondatrices. Deux visions opposées du féminisme se confrontent alors : celle du reinaume d'Inys, de la vertu, où la femme devient un objet sacré et intouchable, et celle de Lasia, de l'héroïsme, où les femmes tout autant que les hommes sont amenées à combattre physiquement les menaces contre l'ordre commun, quitte à se mettre les mains dans le cambouis. Et quand on se rend compte que la femme rendue intouchable n'est qu'un prétexte pour l'homme afin de s'accaparer la gloire au combat (à savoir que dans cette légende, c'est la femme qui vainc le Sans-Nom, en gros le roi des dragons, mais l'homme qui s'attribue l'honneur), un dialogue se créée avec un message à la fin.
D'ailleurs on pourrait même se demander si les femmes, on les aime bien pour gouverner, mais pas question qu'elles se mêlent des affaires militaires. le temps est en permanence à l'amour et à la courtoisie, les légendes inyssiennes jugent hérétiques les versions du sud selon laquelle c'est une femme qui aurait vaincu le Sans-Nom ; même les figures chevaleresques féminines esquissées dans la mythologie défendent des vertus pacifiques et restent au rang d'allégories. Des femmes soldates sont mentionnés, mais elles restent manifestement minoritaires. Et la reine Sabran n'est reine que parce qu'elle est l'aînée, sans quoi on se serait sans doute empressés de se trouver un roi masculin. Quand on a un peu de bon sens pour gouverner, c'est bien, mais qu'on nous laisse nous bagarrer entre bonshommes.
Subvertir les codes de la high fantasy
Et c'est bien la baston comme vous pouvez vous en douter qui se trouve au coeur du bouquin : parce que bon, j'ai râlé sur la comparaison avec Game of Thrones, mais honnêtement, une fantasy politique en Occident mais parfois aussi en Orient, où les dragons jouent une place centrale, où la magie relève du second plan et où une menace s'apprête à recouvrir le monde et tous ses petits complots bien ridicules à côté, ça ne vous évoque rien ? Mais les ressemblances s'arrêtent là avec l'oeuvre du plus célèbre serial-killer de personnages : la violence hardcore s'avère absente du roman, le sexe bien moins présent, et la tonalité d'ensemble s'avère optimiste et progressiste (hopepunk pour parler le langage des djeunz). Et c'est là que vous vous dites : y'aurait-y pas un os dans la moulinette ? Derrière une fantasy politiquement complexe aux personnages ambigus ne se cacherait-il pas une high fantasy un peu maquillée pour mieux passer chez un public de nos jours désillusionné ?
Deux nuances à faire : la high fantasy ne dépend pas forcément d'un optimisme malgré son manichéisme, on peut tout à fait en imaginer une extrêmement sombre avec une violence aussi élevée que dans la dark (Goblind). Ensuite, il est fréquent dans une dark fantasy qu'il reste malgré tout un méchant (du moins plus méchant que les autres) contre lequel les personnages finissent par se liguer et enfin combattre pour une cause juste, recouvrant ainsi leur humanité à nos yeux : qu'il s'agisse des Marcheurs Blancs pour rester dans l'univers du Trône de Fer, de la Dame dans la Compagnie noire, ou du Dieu Estropié dans le Livre des Martyrs. Mais dans ces cas-là, il est fréquent que l'antagoniste ne soit, bien que terrifiant, pas tout noir non plus ; et les protagonistes ne sont pas non plus des enfants de choeur.
Or ici les personnages sans être tout blancs s'avèrent à des années-lumière de la dark fantasy, n'ayant jamais commis de fautes graves (aux yeux du lecteur) et s'avérant pour la plupart emplis de valeurs morales. de même subsiste un certain dualisme : si les humains sont dépourvus de manichéisme, les « vrais » dragons de l'Ouest sont des seigneurs majestueux quand les wyrms sont de grogros méchants. le prieuré de l'oranger s'inscrit donc bien dans la high fantasy, mais de façon bien plus secondaire que l'aspect fantasy politique ; il n'en puise pas moins dans son héritage épique et mythifiant. le danger qui en découle est : mais au final, est-ce que toutes ces petites chamailleries entre adultes ne sont pas de la poudre aux yeux pour nous faire oublier le conflit le plus important, à savoir celui avec les dragons, qui se fait expédier de façon totalement manichéenne et donc déjà-vue mille fois ?
Eh bien pas vraiment : l'originalité ne réside pas dans la nature de la menace, mais la manière dont elle est traitée. Durant tout le long du roman, nous assistons à l'évolution de deux camps, l'Est et l'Ouest, auxquels vient par la suite s'en ajouter un troisième de vague inspiration arabe, le Sud. Chacun veut agir au nom du bien de son royaume ou de l'Humanité, mais au nom de sa religion qui s'avère contestable : par exemple les croyances du Sud s'avèrent détenir de gros arguments (et de gros reproches) contre celles de l'Ouest. le risque, quand notre message se fait justement critique envers les religions ou du moins leurs interprétations préconçues, est alors de nous faire délaisser un dogme pour en embrasser pleinement un autre, parce qu'on préfère celui-ci. Néanmoins l'auteure évite cet écueil en partie en remettant en question les croyances du Sud, même si bien moins fortement. Enfin, la vénération des dragons dans l'Est se voit contredite par sans doute le meilleur personnage du récit : Niclays Roos.
Si vous ne vous en doutiez pas encore, je dois vous avouer ma sympathie pour les vieux savants excentriques obsédés par leur science (on en a eu un récent exemple avec Arcandius Moog dans l'excellent Kings of the Wyld), quitte à se retrouver prêts à tout pour assouvir leurs plans (du style Ambrosius dans les suites — plus ou moins réussies — des Mystérieuses cités d'or, ou Macros le Noir dans Krondor qui s'éloigne un peu de tout ça mais reste dans le domaine de la science bizarre et de la moralité ambigüe). Alchimiste et chirurgien en exil dans les terres de l'Est, Roos est un être de pur intellect, éloigné de la bagarre à laquelle il ne connaît rien ; ce qui l'amène à se montrer extrêmement lâche et calculateur. Il va ainsi braver un des interdits suprêmes : prélever le sang d'un dragon. Roos est présenté sous un jour négatif, pourtant il veut le progrès de la science ; il refuse de vénérer ces créatures sous le simple prétexte qu'elles sont plus puissantes que lui et ne rêve que d'une chose, à savoir rentrer chez lui une fois qu'il sera parvenu à ses fins. C'est lui qui véhicule les valeurs humanistes quand il n'est qu'un misérable ; en face de lui se dressent des divinités pour lesquels le peuple est prêt à se radicaliser, mais qui paradoxalement représentent le Bien par leur noblesse. Rien n'est tout noir, ni tout blanc : devons-nous nous ranger du côté d'une croyance, même aveugle, ou lui préférer la raison, quand bien même celle-ci nous pousserait à devenir égoïstes ? Si le livre pose davantage la question qu'il n'y répond, il en adresse malgré tout une autre à la dramaturgie impeccable : Un personnage aussi asocial que lui peut-il espérer une rédemption ?
L'inspiration catholique se fait globalement peu sentir et n'est là le plus souvent que pour servir au récit. L'intrigue se déploie agréablement même lorsque vous avez la tête ailleurs, servie par un style direct malgré quelques choix difficilement compréhensibles (le staccato de phrases courtes lorsqu'on n'est pas dans un climax, parfois présent au début), et un brin d'humour assez fin, entre autres avec la scène du chevalier courtois qui se fait rabaisser par le vieil alchimiste : quand tout laissait penser avec le glossaire qu'on tomberait dans un m'as-tu-lu embarrassant, le livre enjambe soigneusement cet écueil et ça fait du bien de voir enfin un ouvrage se moquer un peu de la préciosité que l'on trouve parfois dans la fantasy ou le merveilleux ancien.
Alors, certes, tout ça garde un petit côté déjà-vu : deux points dans le récit sont très inspirés de Dune et du Hobbit. Mais celui de Dune est particulièrement bien écrit, donc je valide. Et puis il y a cette fin émouvante ainsi que fait à noter, un combat final naval plutôt que terrestre.
Côté rythme, enfin, il n'y a pas de grosses baisses ; de temps à autres des rappels inutiles d'évènements ou qui auraient pu se faire écourter, ou de longues descriptions de plats ou de vêtements. Certains pourront s'agacer du fait qu'elles sont quasiment systématiques ; j'y vois malgré tout quant à moi une volonté profonde de rendre ce monde vivant dans les moindres détails. Et une chose que j'ai appréciée tout particulièrement, c'est que Samantha Shannon sait se servir des mots anciens : c'est avant tout pour désigner des habits ou des instruments oubliés, qui n'ont pas d'autre terme alloué, donnant ainsi un cachet ancien au texte tout en possédant une véritable utilité.
Conclusion
Le prieuré de l'oranger est un roman très sympa parvenant à innover dans le med-fan et la high fantasy qui en avaient bien besoin en les métissant avec d'autres genres bien plus novateurs. Ça carbure à fond au hopepunk, on est à des années-lumières du grimdark et vous n'y verrez pas non plus de grandes envolées lyriques ou mélancoliques ; bref un bouquin qui laisse un bon souvenir et qui parvient à inclure des femmes dans son récit sans avoir l'air de remplir un quota. Ce n'est sans doute pas LE classique qui va redéfinir le genre, mais c'est digeste pour un pavé, et puis c'est pour votre culture…
Lien : https://cestpourmaculture.wo..
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critiques presse (4)
MadmoizellePresse   05 février 2021
La force d’un bon roman de fantasy repose principalement sur la capacité de son auteur ou autrice à créer un univers. Vu le nombre de pages du livre, vous vous en doutez, Samantha Shannon a pris le temps de peaufiner les détails, mythes et légendes de ce joli petit monde !
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MadmoizellePresse   04 février 2021
Outre son côté féministe assumé, l’autrice pointe du doigt un autre fait, tout aussi touchy : la déformation des textes historiques pour en faire une arme qui sert les dirigeants. On sent comme un petit parfum de critique de la religion là-dessous…
Lire la critique sur le site : MadmoizellePresse
eMaginarock   17 février 2020
Si nombre de lecteurs comparent ce roman à l’œuvre de Georges R. R. Martin ou de Robin Hobb, Samantha Shannon tire son épingle du jeu en utilisant les traditions de nombreux peuples pour son univers. Ainsi, elle recourt aux dragons de feu et aux dragons de mer, en en faisant des ennemis que les humains trop sophistiqués ne distinguent pas et dont ils souhaitent la disparition, se privant ainsi d’alliés fort utiles.
Lire la critique sur le site : eMaginarock
Elbakin.net   18 décembre 2019
Véritable pavé pensé pour finir sous le sapin, Le Prieuré de l’oranger ne démérite pas, bien au contraire. Si l’on n’ira pas aussi loin que l’éditeur, dans son rôle, évoquant un “tour de force magistral”, c’est sans conteste une lecture de qualité, qui, sans tutoyer les sommets les plus solitaires, ne déçoit jamais et se révèle pleinement satisfaisante, pour ne pas dire réjouissante par instants, tout en assumant avec fougue ses racines épiques.
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Citations et extraits (53) Voir plus Ajouter une citation
SousunepluiedemotsSousunepluiedemots   21 mars 2020
- Je ne veux pas te réprimander. J’avais énormément d’affection pour Jannart, mais je n’avais aucun droit sur son cœur. Comme tu le sais, nos familles avaient arrangé notre mariage. » […]
- Mais Jannart a juré dans un sanctuaire, devant témoins, de n’accorder ses faveurs à personnes d’autres qu’à toi, et tu as toujours été une femme pieuse, Ally.
- Je l’étais, et je le suis encore. C’est la raison pour laquelle, même si Jannart avait brisé son serment, j’ai refusé d’en faire autant. J’avais juré, avant toute chose, de l’aimer et de la défendre. » Elle posa une main délicate sur celle de Niclays. « Il avait besoin de ton amour, et la meilleure façon pour moi d’honorer la promesse que je lui avais faite était de le laisser en profiter en paix, et t’aimer en retour. »
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NathalCNathalC   22 juillet 2020
Elle se sentait vivante, vraiment vivante, comme si elle n'avait jamais respiré avant ce jour. Là, elle n'était plus dame Tané du clan Miduchi, ni personne d'autre. Elle n'était qu'un figure anonyme au milieu du crépuscule. Un souffle de vent sur l'onde.
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gwendalgwendal   19 février 2020
Ils nous élèvent pour que nous soyons doux comme la soie et nous distraient avec du luxe et des richesses sans bornes, pour qu'il ne nous vienne pas à l'idée de secouer la barque sur laquelle nous nous trouvons ... Ils s'attendent à ce que nous soyons tellement las de notre propre pouvoir que nous préférions les laisser diriger à notre place ... Derrière chaque trône, il y a un serviteur masqué qui n'espère qu'une chose : faire de celui qui est assis dessus sa marionnette.
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NathalCNathalC   28 juillet 2020
Quand l'histoire est incapable de déterminer la vérité, les mythes se chargent d'inventer la leur.
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gwendalgwendal   03 février 2020
" J'imagine qu'vous avez pas dû voir beaucoup d'morts.
- Je m'inscris en faux ! s'offusqua Kit. J'ai vu ma chère vieille tante reposant dans sa bière.
- Oui et j'suppose qu'elle portait une robe rouge en prévision d'sa rencontre avec le Saint. Elle devait être propre comme un sou neuf et embaumer l'romarin." Comme Kit faisait la grimace, elle ajouta : "Vous avez jamais vu la mort, mon seigneur. Seulement l'masque qu'on pose dessus."
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Vidéo de Samantha Shannon
A world divided. A queendom without an heir. An ancient enemy awakens. The trailer for Samantha Shannon's The Priory of the Orange Tree is here!
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