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EAN : 9782021030013
216 pages
Seuil (19/08/2010)
3.36/5   29 notes
Résumé :
Ce soir-là, au Caire, Dina reçoit. Une petite société cosmopolite se presse dans l’ancienne maison de son beau-père, Georges bey Batrakani, qui fut le roi du tarbouche. L’Égypte, en pleine effervescence sociale et religieuse, a beaucoup changé depuis les années 1960. La plupart des membres de la famille Batrakani, dispersés aux quatre coins du monde, n’y sont jamais revenus, préférant vivre avec leurs souvenirs. Ce n’est pas le cas de Charles, le narrateur, qui, apr... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (14) Voir plus Ajouter une critique
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Mimeko
  25 août 2021
Charles, le narrateur, journaliste, revient au Caire pour des reportages sur des découvertes archéologiques. Cela fait cinquante ans que la tribu Batrakani à quitté l'Égypte après l'arrivée de Nasser au pouvoir. La famille avait prospéré grâce à la fabrication de tarbouches, couvre-chef typique d'Égypte, et Georges le patriarche avait bâti son empire avant d'en voir le début de déliquescence. Charles séjourne chez Dina, sa tante par alliance, la seule de la famille Batrakani à être restée au pays. Une femme fantasque, vivant sur un grand pied, se croyant encore au temps de la gloire de la famille. Pour fêter le retour de ce neveu, elle décide d'organiser une soirée digne du faste du temps de la grandeur de la famille. Au fur et à mesure de la préparation et du déroulement de la soirée, tous les souvenirs reviennent comme autant de joie ou de tristesse, une soirée où même les survivants participent à entretenir le passé.
Une très belle surprise que ce roman, plein de nostalgie, qui convoque les souvenirs d'enfance du narrateur, qui se confronte à la réalité et la déformation de ses souvenirs et de ses sensations. Un récit qui met en lumière une galerie de personnages hauts en couleurs, à commencer par Dina, extravagante, qui semble aveugle à la décrépitude de la maison familiale et qui entretient toujours un faste de plus en plus difficile à organiser. C'est également la vie de la diaspora - ici syro-libanaise - mais qui s'applique à tous les exilés, certains ne voulant surtout pas revenir sur les lieux de leur enfance de peur d'être meurtris par le changement, dénaturant à jamais leurs souvenirs, d'autres qui continuent à entretenir un lien, s'adaptant plus ou moins bien aux mutations. C'est également l'occasion pour Robert Solé d'égratigner les égyptologues qui s'intéressent plus au passé qu'au peuple égyptien qui souffre, les expatriés installés au Caire et ne connaissent rien du pays, ou des affairistes de tout poil. Mais on retrouve surtout dans une soirée au Caire, la faconde, l'extraversion moyen-orientale, les disputes la mauvaise foi, mais également le sens de la fête, de la vie au jour le jour, l'épicurisme et la joie de vivre.
J'ai passé un moment merveilleux pendant cette soirée au Caire...
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Herve-Lionel
  13 avril 2014
N°471– Novembre 2011
UNE SOIRÉE AU CAIRERobert Solé - le Seuil.
Charles, le narrateur, se souvient que sa famille avait quitté l'Égypte qu'elle avait tant aimée, comme des parias. Mais à partir de ce moment, le monde qui s'offrait à eux leur appartenait et ils n'allaient pas tardé à le conquérir.
A la mort de son oncle Michel, Charles, journaliste français, avait recueilli ses cahiers de souvenirs, sorte de journal intime et de témoignage de ces années bénies d'avant le départ. Pourtant, ce document resta longtemps dans un coin sombre sans que personne ne s'en préoccupe. Lui-même avait longtemps cultivé une amnésie volontaire malgré de fréquents retours dans ce pays « Notre monde a disparu, dit-il, mais je continue pourtant à guetter les battements de son coeur et ses sourires ». A l'occasion d'un retour au Caire, officiellement pour des recherches sur Bernard Bruyère, un égyptologie français qui y mena des fouilles dans l'entre-deux-guerres, Charles, 58 ans, choisit de revivre ses propres souvenirs d'enfance. Que reste-t-il de cette période ? Une maison, jadis propriété de son grand-père maternel, Georges Bey Batrakani. Elle est habitée par Dina, qui, en gardienne du temple, entretient la mémoire du lieu. Elle est sa tante par alliance, la veuve d'Alex, son oncle, un infatigable flambeur et coureur de jupons. Dina, malgré son âge avancé le fascine. C'est encore une belle femme qui le reçoit dans cette maison. Par la magie du souvenir, des photos et des extraits de ce journal, il les revoit tous comme avant dans cette maison. André, le père jésuite, Paul qui pensait à la Suisse où il finit par s'établir, Michel, le rêveur qui était resté célibataire, le vieux chauffeur de son grand-père, Yassa, qui avait la particularité de ne pas savoir conduire et avait «  appris en 1954 sur une Aston-Martin décapotable », ceux qui étaient au service de leur famille... Mais aussi Henri Touta, le grand oncle qui truffait sa conversation de citations latines, était consul d'une petite république d'Amérique Centrale et même anobli par le Vatican, ses grands parents maternels, particulièrement Georges qui a été nommé « Bey » à cause des « tarbouches » qu'il fabriquait, cette coiffure emblématique de l'Égypte d'alors... Mais tout cela c'était avant, avant le putsch de Nasser qui en supprima le port parce qu'il incarnait trop l'ancien régime ! Puis ce fut le départ de la famille pour le Liban...  « Nous avons quitté l'Égypte en masse au début des années 60 « sans tarbouche ni trompettes », comme l'écrit Michel dans son journal ». C'était une page qui se tournait.
Maintenant Dina, qui n'est qu'une pièce rapportée comme disent les gens qui manquent d'éducation, évoque pour lui son enfance, ses fiançailles, son mariage avec Alex, sensiblement plus vieux qu'elle. Elle est revenue du Liban à cause de la mort de son mari, d'une histoire d' amour contrariée et de la guerre, pour habiter cette grande maison transformée en musée.
A l'inverse des autres membres de cette famille qui préféraient « mourir avec de beaux souvenirs », les six enfants de Georges, qui eux aussi ont eu une descendance, se sont répandus de par le monde. Charles, qui n'était que le fils de Sélim, le gendre de Georges, mais son successeur choisi, était revenu plusieurs fois dans cette maison du Caire où Dina le charme toujours, mais cette fois elle va donner une soirée amicale à laquelle est conviée l'équipe archéologique à laquelle participe Charles. Ce sera donc cette « soirée au Caire » où il retrouve des membres de sa parentèle, d'anciens amis, des admirateurs de Dina. Il va à la rencontre de l'Égypte d'aujourd'hui [« Ce pays est en train d'étouffer entre les fous furieux qui mettent de la religion partout et un pouvoir épuisé et largement corrompu » avoue Amira ], du lointain souvenir de la présence et de la culture françaises. Il se sent maintenant comme un étranger dans ce pays qui fut pourtant le sien, se perd en conjectures, en face d'une photo jaunie, sur les relations qui ont pu exister entre son propre père et cette tante Dina si troublante ! Bref il va à la rencontre de souvenirs qui maintenant appartiennent à un passé définitivement révolu. de plus, il faudra bien se résoudre à faire éclater cette indivision qui dure depuis si longtemps, vendre cette maison, transiger avec Dina... C'est Charles qui s'est proposé pour cette délicate mission... Heureusement la mémoire de toutes ces années sera préservée avec en plus le charme d'Amira qui vient illuminer le présent et peut-être l'avenir !
C'est un roman plein de nostalgie de l'enfance, du regret des belles années passées, de réalisme aussi mais la madeleine proustienne a pourtant perdu un peu de son goût et ce monde n'est plus qu'un souvenir«  Il y a dans nos familles d'exilés beaucoup d'affabulateurs et d'amnésiques ... Les uns et les autres ont tourné la page sans l'avoir toujours bien lue» écrit le narrateur évoquant le départ, le déracinement, les hasards, l'évolution des événements, les erreurs peut-être?
J'avais déjà apprécié « le tarbouche » du même auteur (la Feuille Volante n° 119). J'ai retrouvé avec plaisir cette saga familiale, la vie personnelle de l'auteur nourrissant sa démarche d'écriture, cette dernière exorcisant son passé. J'ai apprécié le style fluide, simple et agréable à lire avec lequel elle est ici contée.


©Hervé GAUTIER – Novembre 2010.http://hervegautier.e-monsite.com
Lien : http://hervegautier.e-monsit..
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Dosamuse
  29 mai 2013
Une très bon moment : une ambiance, une lumière, de la cuisine, du sable et des souvenirs.
L'auteur nous convie chaleureusement aux repas dominicaux de la famille. On suit en parallèle, l'enfance heureuse de l'auteur au Caire et ses retours multiples des années plus tard à la recherche de ce paradis perdu.
Ce livre me plait d'autant plus que la quête de l'identité lorsque l'on est partagé entre deux rives me touche particulièrement. Et c'est écrit avec beaucoup de finesse, ce qui nous évite les pleurnicheries schizophréniques que l'on retrouve souvent dans ce genre de littérature.
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Loubhi
  13 avril 2012

Avis et commentaires :

De cet auteur, j'avais lu un ouvrage passionnant d'érudition "L'Egypte, passion française" et découvert ainsi un des meilleurs écrivains français contemporain, d'origine egyptienne. Je peux dire qu'à la fin de ce livre, je me suis précipité sur un autre de ses livres, assez proche de celui-ci "Le Tarbouche" qui me paraît complémentaire, tant l'histoire de cette famille d'origine libanaise et chrétienne est riche et m'a fait découvrir l'histoire moderne récente de ce pays si attachant et déroutant.

Cette histoire récente est celle que nous relate Charles, journaliste français aux attaches egyptiennes, bien qu'il ait dû à l'image de sa famille, quitter précipitament ce pays alors qu'il était encore jeune, à travers l'histoire du patriarche Georges "Bey" Batrakani,et de sa fantastique réussite commerciale avec ses tarbouches.
Par ses voyages périodiques en Egypte, à travers les lettres de son oncle et surtout des souvenirs de sa tante Dina, la seule à être rester en Egypte et à y mener encore une vie assez mondaine dans la demeure familiale, seule vestige de l'époque de la splendeur, nous fait partager la grandeur et la déchéance de sa famille au contact des évènements politiques, militaires qui vont bousculer violemment l'Egypte moderne.
Les destins de Georges, de sa femme et de ses fils si dissemblables se croisent le plus souvent violemment avec les conflits régionaux (nationalisation du canal de Suez, Guerre de six jours) et la succession des hommes politiques qui vont bousculer la société traditionellement calme et tempérée de ce pays (Nasser, Sadate...)
Comme souvent, ces expatriés qui sont arrivés sans un sou, fort de la culture orientale avec un profond sens du commerce et des affaires vont faire fortune, se faire accepter voir admirer par la société egyptienne dominante mais restent des étrangers et on va le leur faire payer aux premiers revers et changements politiques.

Par touche sensible, d'une écriture fluide et attachante, les souvenirs se bousculent, s'emboîtent, et les émois de Charles se bousculent, nous rendant cette famille bien attachante. Amours, hobbys, passe temps de chacun sont décrits avec un certain talent. Et le dernier chapître de cette dynastie, va s'imposer avec l'annonce de Charles de vente de la maison familiale lors d'un dernier repas à Dina.

Excellent partenariat à nouveau et pour moi une note de 8 / 10.
Lien : http://passiondelecteur.over..
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jfponge
  20 septembre 2015
Charles Batrakani, parti d'Égypte comme (presque) toute la famille quelques années après la crise de Suez de 1956, vient visiter sa tante Dina, restée au pays contre vents et marées dans la vaste demeure familiale d'Héliopolis. Au cours d'une soirée, les souvenirs vont défiler, alimentés par le trouble causé chez le narrateur par cette femme, très belle, qui a chaviré le coeur de plus d'un homme dans le microcosme cairote. Au fil des cahiers rédigés par Michel, l'oncle et parrain, et poursuivis après sa mort par le narrateur lui-même, c'est presque un siècle de l'histoire contemporaine de l'Égypte qui va défiler sous nos yeux. Dans une langue raffinée, Robert Solé décrit les rapports complexes qui s'établissent entre les membres d'une même diaspora, aux parcours divergents mais toujours habités par le sentiment d'appartenir à une même famille, au-delà des barrières de la langue et des inimitiés qui se tissent au fil du temps. Une fine analyse psychologique, une belle leçon d'humanité, et un art de raconter qui nous rend attachants même les personnages les plus secondaires. Écrit juste avant la révolution du 25 janvier, "Une soirée au Caire" nous éclaire sur une Égypte loin, très loin des clichés touristiques, un creuset culturel unique au monde…
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Citations et extraits (18) Voir plus Ajouter une citation
MimekoMimeko   26 août 2021
Elle choisit un autre tarbouche et en lisse amoureusement la crinière de fils noirs du revers de la main :
- Ca, c'est le Malaki. Un des plus beaux modèles jamais fabriqués en Egypte. Touchez un peu la douceur du feutre.
Dina dit "le Malaki" au hasard, comme elle dirait "le Damanhour" ou "le Biladi". Le mot sonne bien, et ça lui suffit. Avec elle, je retrouve l'imprécision de nos familles, cette propension à soutenir des choses approximatives, devenues vraies à force d'être répétées.
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DosamuseDosamuse   26 mai 2013
Après notre départ d'Egypte, pendant vingt-cinq ans, j'ai refusé de regarder en arrière. J'étais devenu français, avec passion. Cette France que j'avais découverte et aimé à distance, par les livres, était encore plus séduisante que sur les pages imprimées. Nourri de sa langue et de sa culture, je fondais dans le décor en véritable caméléon.
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DosamuseDosamuse   28 mai 2013
Quel passeport présenter en premier ? L'égyptien ou le français ? Tout le drame du binational resurgit à la frontière, devant un guichet. Le douanier pose des questions simples, auxquelles il faut répondre par oui ou par non, alors qu'elles exigeraient trois cents pages d'explications, complétées par des notes et des annexes.
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MimekoMimeko   29 août 2021
De la terrasse de l'appartement, à travers l'armature du panneau publicitaire, on aperçoit sur la droite une aile du Musée égyptien et sur la gauche le gigantesque bâtiment du ministère de l'Intérieur, symbole de la bureaucratie égyptienne.
- A droite les papyrus et à gauche la paperasse ! m'a dit Cheminard d'un ton ironique.
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MimekoMimeko   25 août 2021
Quelque chose s'est brisé quand j'ai quitté ce pays. Les sensations ont laissé place à la réflexion. Paris est devenu pour moi le centre du monde, alors que mon centre de gravité physique, climatique, se trouve plus au sud, en Méditerranée. Si je reviens ici, n'est-ce pas pour tenter de renouer avec une certaine ferveur ? Les départs en vacances, le parfum des algues, les murmures des branches de palmier, une silhouette guettée et entrevue...
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