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ISBN : 2070262146
Éditeur : Gallimard (06/12/1961)

Note moyenne : 4.07/5 (sur 21 notes)
Résumé :
Plus qu'un récit d'alpinisme, c'est le livre d'une vie. Aux critiques de son père qui ne comprend pas cette activité qui consiste à se hisser sur des montagnes sur des montagnes où l on trouve "pas seuleemnt un billet de cent francs au sommet"... Lionel oppose la gratuité du jeu, l'éloge de l'inutile. Il assouvit sa soif de grimper sur les plus hauts sommets des ALpes pui en himalaya et devient un géant de l'alpinisme mondial. Au delà des drames qui font battre le c... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (2) Ajouter une critique
Nastie92
28 mars 2015
Quel livre !
Sans doute le plus beau de la magnifique collection "Texte et images" des Éditions Guérin, cette série d'ouvrages reconnaissables au premier coup d'oeil dans une bibliothèque par leur format carré et leur flamboyante couleur, ces livres "rouges comme les chaussettes et les pulls portés par les montagnards de mon enfance" dit Michel Guérin, le fondateur des éditions du même nom.
Ouvrir les conquérants de l'inutile, c'est l'assurance d'embarquer pour un incroyable voyage. C'est, pour le passionné d'alpinisme, l'occasion de voir ou revoir la vie de ce géant qu'était Lionel Terray ; c'est aussi, pour le lecteur moins averti, la possibilité de comprendre ce qu'est la passion de la montagne.
Les personnes extérieures au milieu montagnard ont souvent beaucoup de mal à comprendre ces hommes (et ces femmes) prêts, semble-t-il, à prendre tous les risques. Lionel Terray nous fait bien ressentir dans son livre que ce qui l'anime, comme d'autres, ce n'est pas un goût morbide du danger, mais une envie d'aventure, d'absolu, de confrontation pure avec la nature, un désir fou de se trouver en allant puiser au plus profond de ses forces physiques et mentales.
Lionel Terray était un puriste, pour qui la qualité d'une ascension, son intérêt technique, les émotions partagées avec ses compagnons de cordée primait sur tout, même sur une victoire prestigieuse. À son retour victorieux du Makalu, il semble paradoxalement presque déçu : l'affaire a été trop simple ! Il écrit à ce sujet "La victoire doit se payer à son prix d'efforts et de souffrances. Les progrès de la technique et la clémence du ciel ne nous ont pas donné celle-ci à sa juste valeur. Comme elle est loin de moi l'ivresse orgueilleuse que j'ai parfois connue, lorsque, après une lutte où j'avais mis toutes mes forces et tout mon coeur, d'un dernier coup de rein je me dressais sur un sommet plus modeste."
Lionel Terray ne cherchait pas la gloire, la performance statistique ou la célébrité ; il cherchait à vivre des expériences humainement et sportivement enrichissantes. Et son livre nous montre à quel point il a réussi à vivre sa vie comme il l'entendait. Quelle richesse, quelle variété ! Il a grimpé un peu partout dans le monde, sur les plus beaux sommets, avec de multiples compagnons d'aventure. À commencer par Louis Lachenal avec qui il forma une cordée exceptionnelle.
Le récit qu'il fait de leur ascension de la face nord de l'Eiger est saisissant. Ce sommet redoutable pour lequel tant d'hommes ont péri, Terray et Lachenal l'ont brillamment gravi. le chapitre qui est consacré à cette terrible paroi, surnommée "Eigerwand" (le mur de l'Eiger), est particulièrement saisissant. Terray raconte tout l'historique des différentes tentatives, sa propre aventure, ainsi qu'un récit de sauvetage terriblement émouvant auquel il a participé.
Il relate dans un chapitre très touchant un grand nombre d'anecdotes qu'il a vécues dans l'exercice de son métier de guide. Un métier qu'il a exercé avec passion, et dont il parle, comme Gaston Rébuffat, avec ferveur : "Donner à un homme la joie d'escalader une cime que, sans nous, il ne pourrait atteindre, m'a toujours paru être une oeuvre de création, une réalisation tangible, et j'en éprouve le même plaisir qu'un artisan à réaliser un travail qu'il aime, voire un artiste à produire un chef-d'oeuvre."
Naturellement, une grande partie est consacrée à la conquête de l'Annapurna par l'expédition française conduite par Maurice Herzog. Là, Lionel Terray nous emporte dans l'aventure, et nous fait revivre toutes les péripéties de cette extraordinaire épopée. C'est très bien écrit, et bien plus intéressant que le récit très "moi-je, moi-je" qu'Herzog en a fait dans son livre "Annapurna, premier 8000". Terray est loin de se mettre en avant, et pourtant, il a joué un rôle capital, même si ce n'est pas lui qui est allé au sommet. Il s'est dévoué dans diverses tâches pour la réussite de l'équipe (portage de matériel, installation de camps), et surtout, avec Gaston Rébuffat, il a secouru les deux vainqueurs Herzog et Lachenal lors de leur descente. Les deux héros seraient morts sans leurs sauveteurs, mais Terray reste très modeste à ce sujet.
Ces semaines hors du temps, remplies d'émotions fortes, sont restées gravées à jamais dans la mémoire de l'auteur : "Que vaut ma vie entière de platitude et de médiocrité auprès de ces heures d'action totale et de bonheur parfait ?"
Dans ces conditions, le retour à la vie ordinaire est forcément difficile : "Un jour ce fut la première route, le premier camion. Accablé de tristesse, je compris alors que la page était tournée. À nouveau il fallait affronter le monde. La grande aventure était terminée."
L'auteur conclut son livre en disant : "Si vraiment aucune pierre, aucun sérac, aucune crevasse ne m'attend quelque part dans le monde pour arrêter ma course, un jour viendra où, vieux et las, je saurai trouver la paix parmi les animaux et les fleurs. le cercle sera fermé, enfin je serai le simple pâtre qu'enfant je rêvais de devenir..." Lionel Terray ne connaîtra pas cette vie paisible dont il parle : en 1965, il fait une chute mortelle dans le Vercors.
Pour terminer, j'ai envie de faire une petite réflexion sur le titre, magnifique, de ce livre.
Je ne peux pas m'empêcher d'y voir une réponse à ce que Lachenal père avait dit lorsque Lionel était jeune : "Il faut être complètement crétin pour s'esquinter à grimper une montagne, au risque de se rompre le cou, alors qu'il n'y a même pas un billet de 100 francs à ramasser au sommet." Grimper une montagne est sûrement inutile si l'on ne voit que l'aspect rentabilité financière, mais comme c'est dommage de ne voir que cela ! Après la lecture de ce livre éblouissant, il faudrait être bien insensible pour ne pas être convaincu du contraire.
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ca72ro
29 juillet 2014
Magnifique ouvrage d'un grand alpiniste français. de splendides ascensions, de terribles vérités. A lire. de toutes façons, dès que l'on a commencé on ne peut plus s'arrêter.
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Citations & extraits (7) Voir plus Ajouter une citation
Nastie92Nastie9204 mai 2015
À vrai dire, j'étais plus gêné par le côté subjectif de la difficulté que par la difficulté elle-même. La simple pensée d'escalader un passage réputé délicat me contractait comme un gladiateur pénétrant dans l'arène, et, pour triompher de cette appréhension, il me fallait tendre ma volonté à l'extrême. Ainsi, par suite d'une mauvaise interprétation du texte des "Guides itinéraires", il m'est arrivé plusieurs fois de franchir avec la plus grande aisance le passage clé d'une course, alors que, dans un endroit plus facile que, par erreur, je croyais être le passage clé, j'étais secoué de tremblements "comme un sucrier sur un plat de fraises".
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Nastie92Nastie9217 avril 2015
Face à nous, toute proche, la muraille nord de l'Eiger se dressait, sombre, farouche et majestueuse.
L'ayant admirée tant de fois en photographie, je pensais qu'elle me semblerait familière. Pourtant je la reconnus à peine tant elle m'apparut plus formidable que je ne l'avais imaginée. Un instant, je sentis ma gorge se serrer. Scrutant avec passion ses parois gigantesques, nous échangeâmes nos impressions. Je ne sus que murmurer bêtement : "D'ici, cela semble impossible. Il faudra aller voir de plus près." Lachenal, qui avait déjà aperçu l'Eigerwand en hiver, semblait désagréablement impressionné par l'aspect lisse et dolomitique qu'il avait revêtu avec l'été. En se grattant le menton, dans un geste qu'il affectionnait, il gémissait d'une manière comique : "Méchant, méchant ! Ça a l'air lisse comme mes fesses ! Si ma mère voyait ça !"
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Nastie92Nastie9208 avril 2015
Donner à un homme la joie d'escalader une cime que, sans nous, il ne pourrait atteindre, m'a toujours paru être une œuvre de création, une réalisation tangible, et j'en éprouve le même plaisir qu'un artisan à réaliser un travail qu'il aime, voire un artiste à produire un chef-d'œuvre.
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Nastie92Nastie9228 mars 2015
Je me souviens parfaitement qu'alors que j'étais un petit garçon de sept à huit ans, ma mère me dit un jour :
- Je veux bien te laisser pratiquer tous les sports, sauf la motocyclette et l'alpinisme.
Comme je lui demandais ce que signifiait ce dernier mot, elle ajouta :
- C'est un sport stupide qui consiste à grimper les rochers avec les mains, les pieds, et les dents !...
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Nastie92Nastie9226 avril 2015
Brusquement, nous débouchons sur l'arête de Mittelegi que le brouillard nous cachait. Cette fois-ci c'est vrai : nous avons vaincu l'Eigerwand.
Nulle émotion violente ne m'étreint : ni l'orgueil d'avoir réalisé un exploit envié, ni la joie d'achever une tâche difficile. Sur cette arête perdue dans le brouillard, je ne suis plus qu'une bête fatiguée que la faim tenaille. J'éprouve seulement la satisfaction animale de sentir que je viens de "sauver ma peau".
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Videos de Lionel Terray (2) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Lionel Terray
Soirée spéciale Lionel Terray autour de son livre "Les conquérants de l'inutile". Espace Guérin le mardi 1 août 2017. Rencontre, projection et débat en présence de René Vernadet.
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