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EAN : SIE206716_978
Éditeur : Editions Baudelaire (01/01/1969)

Note moyenne : 4.16/5 (sur 72 notes)
Résumé :
D'un pas rapide et léger, elle descendit les marches et, postée près de la voie, elle scruta les oeuvres basses du train qui la frôlait, les chaînes, les essieux, les grandes roues de fonte cherchant à mesurer de l'oeil la distance qui séparait les roues de devant de celles de derrière «Là, se dit-elle en fixant dans ce trou noir le traverses recouvertes de sable et de poussier là, au beau milieu; il sera puni et je serai délivrée de tous et de moi-même. »
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Critiques, Analyses et Avis (12) Voir plus Ajouter une critique
JacobBenayoune
  02 novembre 2014
J'ai entendu quelques parts ("Le Patient anglais") que le coeur est un organe de feu. Je présume que cela voulait dire qu'à la fois il nous procure chaleur et quiétude mais aussi douleurs et peines. Anna Karenine est un livre sur deux voies, deux itinéraires de deux coeurs (et on découvre cela clairement à la fin de la lecture) celui d'Anna Arkadiévna et celui de Constantin Lévine. Un coeur qui a mené à la paix de l'âme et l'amour de tous, et un coeur qui a conduit à la haine et au désespoir.
Pour ce faire, il fallait tout un décor pour voir ce mouvement des deux coeurs (comme l'astuce des nuages derrière les avions dans l'un des films de Howard Hughes montrant le mouvement avec plus de réalité). le mouvement du coeur d'Anna a commencé par un regard et un friselis ; un sentiment d'euphorie à la découverte de l'amour après une existence misérable sentimentalement. Cet émoi devient une passion coupable. Par ailleurs, le chemin du coeur de Lévine est tout le contraire. C'est à la fin du parcours qu'arrive ce coup de foudre (fortuit ? aucunement, il s'agit d'un résultat) qui lui apporte un éclaircissement pour comprendre le sens de sa vie et lui fait découvrir le but de son existence.
Ainsi Anna Arkadiévna dans le second tome essaie de rendre sa situation plus acceptable au vue de la société hypocrite qui l'entoure. Les femmes la condamnant non pas parce qu'elle mène une relation adultère mais parce qu'elles n'ont pu l'imiter et acceptent de vivre dans le chagrin et l'ennui de leur ménage. Son coeur cherche le confort et le bonheur dans cet amour coupable. Mais elle ne peut le faire ; elle perd ce qui a le plus compté pour elle au début. Elle a perdu la foi, sa conviction que Vronski l'aimait, que les sacrifices peuvent lui apporter le bonheur auquel elle aspirait, que tout pouvait aller comme elle le désirait. Elle n'en pouvait plus !
Du côté de chez Lévine c'était différent. Ses relations avec le monde était difficiles ; nébuleuses. Sa vie interne et ses opinions singulières ne pouvaient le rapprocher des communs. Il n'était pas le meilleur des hommes (il le sait et ne le nie pas) mais il était différent. Il a vécu ce tiraillement entre la tentation de se frotter à la société qui l'entourait et l'appel de la solitude. Il cherchait où réside le sens de son existence et la paix de l'âme qui en résulte. A la compagne, aux champs, à la ville, dans les bals, dans les discussions et la vie mondaine ; partout il a cherché. Et comme pour l'inspiration, cette illumination est venue au moment qu'il ne s'y attendait plus !
Tout au long du roman, Tolstoï expose les idées les plus singulières sur le mariage, l'éducation, les relations humaines, l'art contemporain, la politique, la religion, la guerre…variant les points de vue selon ses personnages, et menant les oppositions dans les dialogues et les pensées internes. Avec art, il a su amuser son lecteur avec les épisodes les plus divers (partie de chasse, visite chez le portraitiste, maladie du frère de Lévine, aveu d'amour manqué de l'autre frère, les scènes de ménage entre Vronski et Anna, la découverte de la foi de Karénine, la visite de Stiva chez ce dernier, l'accouchement de Kitty, les crises de jalousie de Lévine, sa visite chez Anna, le désespoir de cette dernière et sa visite de la gare, les pensées de Lévine à la fin et sa discussion avec son frère concernant la guerre…) introduisant à chaque fois un nouvel invité. Deleuze dit dans son Abécédaire qu'on apprécie les gens par leur sens de l'humour, celui de Tolstoï est d'une finesse sublime. du reste, l'auteur russe ; en pleine possession de ses talents exprime et dépeint le tragique et le comique avec beaucoup de justesse et de profondeur, sans jamais exagérer ; ainsi la scène finale de la septième partie est un sommet du pathétique, alors que celle de Stiva qui s'endort devant les sermons de Lydie est hilarante.
Ce qui fait de ce roman une oeuvre universelle, intemporelle et immortelle est le fait de présenter les événements et les conflits humains ainsi que les sentiments profonds d'une manière qui parle à tous et qui touche les lecteurs les plus différents.
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Tatooa
  17 août 2016
C'était donc avec enthousiasme que je m'attaquais à ce tome 2.
Cela commençait bien, avec Levine et Kitty pour qui, je l'avoue, j'ai une petite faiblesse de coeur, Levine étant mon personnage préféré dans tous ceux que j'ai croisés ici, criant de la vérité autobiographique de Tolstoï, forcément...
Cependant, au fur et à mesure que j'avançais, j'ai eu de plus en plus de mal à reprendre ce livre... En fait, tous les passages avec Anna et Vronski ont commencé à m'agacer sérieusement, j'ai trouvé Anna de plus en plus désagréable et incohérente. Je sais, c'est pas la réaction la plus évidente (j'ai vu passer pas mal d'empathie et de compréhension pour elle, mais moi j'ai juste eu envie de lui fiche des baffes pendant tout le second tome), mais c'est la mienne. J'ai davantage compris les réactions de Vronski face à son délire, j'ai donc eu plus de compassion pour lui que pour elle... Ce qui est plus ou moins le monde à l'envers, vu qu'au départ, Anna, éprise de vérité et de liberté, me plaisait vraiment beaucoup, et que je trouvais Vronski superficiel et antipathique.
Je sais pourquoi, hein. C'est pas un secret. J'ai un vécu difficile face au chantage au suicide et à la souffrance et au chantage à l'amour, "si tu m'aimais tu serais..." qui fait que... Merci papa merci maman... La liberté, ça vaut pour tout le monde, et pas que pour soi, madame Karénine "je vois que mon nombril". C'est pas parce qu'on a souffert et qu'on souffre que ça nous donne tous les droits, non mais... C'est un bouquin qui parle aux tripes, hein ! ;-)
Du coup, j'ai pas mal galéré sur ce second tome.
Jusqu'à ce que je réalise (à partir des 3/4 du tome) que c'était voulu par Tolstoï. Non mais quel talent !!!
Pour finir, le personnage principal de ce roman, c'est l'aristocratie russe, la société russe que nous décrit Tolstoï avec tant de brio... Anna n'en est qu'une infime poussière qui cristallise tout ce qu'elle a de dramatique et de faux, de "paraître", en étant elle-même un archétype des contradictions, voire de la folie que peut engendrer la vie dans de telles conditions. Une simple poussière balayée par le vent, comme en témoignent les derniers chapitres, qui m'ont été un vrai pensum à lire, sisi, mais je tenais à aller jusqu'au bout, j'allais pas m'arrêter à quelques pages du mot "Fin" !
Bref, malgré mes difficultés, je ne peux que saluer l'immense talent de Tolstoï, ressentir tant d'émotions diverses intenses quand on lit un livre, ce n'est pas si courant.
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Chocolatiine
  01 juin 2015
Nous étions restés à la fin du premier tome à la fuite d'Anna Karénine avec le comte Vronski et à l'annonce du mariage de Kitty et Lévine. Six semaines se sont écoulées. Ici, nous allons suivre chacun des couples en parallèle.
Constantin Lévine a épousé sa bien-aimée dans une église bondée. Kitty, rappelons-le, avait été amoureuse de Vronski jusqu'à ce que le monde apprenne sa passion pour Anna. Les époux s'en sont retournés à la campagne où ils découvrent que la vie de couple n'est pas exactement conforme à leurs attentes. On ne vit pas que d'amour et d'eau fraîche, il faut aussi penser aux problèmes matériels.
L'arrivée d'un bébé et des questionnements métaphysiques préoccupent Lévine. Ce n'est qu'à la fin du roman qu'il parvient à calmer son esprit agité. Malgré tout, Constantin et Catherine, qui s'aiment tendrement, sans manières, sont le seul couple qui tient la route, dans toute cette histoire !
Quant à Anna, nous la retrouvons alors qu'elle court l'Europe avec Alexis. Elle a abandonné son mari et son fils, lui ses espoirs de carrière. Fuyant une société qui les désapprouvent, ils visitent la France, l'Allemagne, l'Italie... Hélas, on ne peut fuir éternellement et ils finissent par rentrer en Russie.
Ils s'installent à la campagne et entreprennent de transformer la propriété du comte en un oasis de luxe ; l'intérieur est ce que l'on fait de plus chic et de plus confortable, ils construisent un hôpital, aménagent le parc. Quand arrive l'hiver, il faut néanmoins aller vivre en ville.
Là, ils sont frappés de plein fouet par la position douloureuse d'Anna. Ses anciens amis l'ont abandonnée, des femmes aux moeurs dissolues la méprisent, on l'insulte au théâtre, la mère de Vronski ne l'apprécie pas. Rares sont ceux qui acceptent de la recevoir ou de lui rendre visite. Elle ne parvient qu'à grand peine à revoir son fils qui, bien évidemment, ne lui sera pas rendu, et elle ne parvient pas à aimer la fille de son amant.
Le comte Vronski tente par tous les moyens de la persuader d'écrire à Alexis Alexandrovitch pour demander le divorce. le mariage effacerait en partie leur faute. Cependant, des mois sont nécessaires à Anna pour accepter cette idée. En attendant, elle est malheureuse, terriblement malheureuse.
Amant et maitresse, après s'être construit une bulle de passion, reviennent à la réalité. Elle a tout quitté pour suivre Alexis, elle n'a plus rien ni personne, elle est dans une solitude extrême, une paria aux yeux du monde ; lui s'est fermé des portes en enlevant cette femme à son mari, il en souffre et, en même temps, il a bien conscience d'être responsable de leur malheur. On devine le dénouement dès les premières pages du roman. Anna Karénine, c'est un peu la Belle du seigneur russe du XIXème siècle ! Après s'être offert des mois d'une passion qu'elle n'aurait jamais connue avec son mari, une seule issue s'offre à la pauvre Anna : le suicide.
Challenge ABC 2014/2015
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coincescheznous
  27 septembre 2015
Je ne suis ni une femme de Lettres, ni une critique littéraire ou un libraire. Je conçois donc que cela puisse paraître pompeux de faire un billet sur un MÉGA chef d'oeuvre du XIXème siècle et je prie d'excuser nos connaissances écrivains, critiques et autres si ces considérations leur apparaissent comme illégitimes…

Anna Karenine a été mon partenaire pendant 4 semaines de passion et je suis très triste aujourd'hui de devoir passer à autre chose. Vraiment, à tel point que je ne sais absolument pas quoi lire maintenant. Heureusement, mais heureusement, que Tom la Patate et une collègue du bureau me l'ont recommandé, sinon je serais passée à côté de cet ouvrage absolument… Grandiose, à tout point de vue.

Ce livre, qui pourtant date de 1877, est extrêmement moderne et a pour mérite de nous initier de façon limpide à la littérature russe. Selon moi, c'est une littérature assez compliquée à appréhender car il y a souvent une foule de personnages, chacun ayant plusieurs noms selon les contextes (et des noms pas simples pour nous, occidentaux !). Ne vous laissez pas décourager par les deux tomes et les 1200 pages, car elles se lisent excessivement facilement, chaque tome étant découpé en 3 parties, elles-mêmes découpées en tous petits chapitres.

J'ai pour principe de ne pas raconter l'histoire des livres que nous présentons chez les Coincés chez nous, mais pour fois, je vais y déroger, car il est impossible, avec un tel livre, de ne pas entrer au contact des protagonistes. Certains lecteurs perçoivent cette histoire comme celle de deux couples principaux, avec un troisième en arrière-plan. Ce qui est assurément vrai, puisque d'ailleurs le titre originel voulu par Tolstoï était Deux couples, deux histoires. Mais, personnellement, j'y ai surtout vu l'histoire de deux personnages principaux, qui se trouvent être en couple et en être profondément affectés, d'une façon ou d'une autre.
D'un côté, vous avez la belle Anna Karenine, mariée à un homme (Alexis Karenine) qui se veut sur le principe exemplaire, et mère d'un petit garçon qui s'appelle Serge. Anne mène une vie mondaine et sage, jusqu'au jour où elle rencontre le jeune Comte séducteur Vronski (plusieurs orthographes existent selon les traductions). La passion va littéralement envahir ces deux personnages, au point qu'Anna abandonne mari et fils pour la vivre. A la fois sévèrement jugée par l'aristocratie de l'époque, et en même temps enviée, Anna ne se pardonnera jamais vraiment cet « écart » de vie et le fera payer, inconsciemment puis volontairement, à son amant.
De l'autre côté, vous avez Constantin Lévine, beau, réservé, timide, et fuyant les mondanités. Ce personnage est censé représenter Léon Tolstoï dans son rapport au monde. Fuyant les prétentions de la ville pour vivre dans son immense propriété agricole à la campagne, Constantin s'interroge énormément sur le sens du travail paysan, ainsi que sur le sens de la vie. En perpétuel mouvement intérieur, Constantin évolue lui-aussi, trouvant chez sa jeune femme Kitty, l'amour de sa vie, un début de bonheur.

Ces deux personnages ne se rencontreront qu'une fois, vers la fin du livre. Pourtant, leurs vies sont indéniablement entremêlées. Et ils ont tous deux énormément de points communs. Ils aspirent tous deux à être heureux, à trouver un sens à leurs actions et à ce qu'ils vivent. Ils tombent tous deux follement amoureux, lisent énormément, et sont peu enclins aux mondanités, vivant facilement reclus à la campagne ou dans les petits hôtels du monde… Anna tombe gravement malade lorsque Constantin accompagne son frère dans la mort, Anna lit énormément pour accompagner son amant dans chacune de ses passions (architecture, peinture etc.) quand Constantin lit énormément pour comprendre les différents modèles économiques possibles, le sens et l'ordre des choses. Pourtant, ils se différencient par les chemins qu'ils vont prendre. Malgré elle, Anna va se perdre dans la vanité et la passion : elle ne voudra plus que tester ses charmes, sa féminité, son intelligence. Elle n'arrivera plus à vivre pour elle-même, et cherchera, chez son amant avant tout, la flamme qui lui permettra de tenir debout. Constantin, lui, n'aura de cesse que de refouler les sentiments humains « mauvais » comme la vanité, l'ostentation etc. Il réalisera à la fin que c'est d'ailleurs cette foi en le « bien » des humains qui lui permet de donner un sens à sa vie, et à celle de la famille qu'il construit. J'ignore si la leçon que Tolstoï veut faire passer est que la vanité peut nous tuer, quand la foi peut nous sauver, mais c'est en tout cas ce que j'ai retenu du livre.

Je me suis demandée, pendant la lecture, pourquoi ce livre s'intitule Anna Karenine alors que Constantin Lévine y a une place tout autant importante. Je pense – mais sans prétention – que c'est parce qu'Anna va systématiquement influer sur la vie des gens qu'elle croise, et hélas toujours pour leur malheur. A force de vouloir vivre dans le regard d'autrui, elle « bouffe » littéralement les gens qu'elle rencontre. Son influence est présente tout le livre, y compris malgré elle souvent dans la vie de Lévine. Constantin ne fait pas cet effet nocif aux autres, même s'il les marque, car il n'est pas dans la même quête existentielle narcissique…

Au-delà de cette histoire très détaillée et travaillée, Anna Karenine est un chef-d'oeuvre d'écriture à bien des égards. Les descriptions de la Russie de l'époque sont parfaites, je voyais mentalement les images en même temps que je lisais. Chaque ville, chaque course épique, chaque chasse est décrite avec une précision qui nous fait vivre l'évènement. L'odeur de la terre, les saisons qui défilent, rien n'est laissé au hasard. Et que dire de la façon dont Tolstoï retrace les trajectoires psychiques de ses personnages, y compris dans tout ce qu'ils ont de plus laid. C'est absolument dingue.

Dans le métro, dans le lit, dans le train, dans l'avion, j'ai lu Anna Karenine. Un petit chapitre par-ci, un petit chapitre par-là. J'ai souvent éteint ma Kindle à regret pour passer à une autre activité…

Franchement, sans hésitation, lisez ce livre. Ce serait vraiment dommage de faire une vie de lecteurs en passant à côté d'un tel bijou.
Lien : http://coincescheznous.unblo..
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Tinaju
  30 janvier 2019
Suite et fin de "Anna Karenine".
Voilà 2 belles histoires d'amour, même si leurs issues sont diamétralement opposées.
Une belle histoire pour Lévine (en qui tout le monde aura reconnu Tolstoi soi-même) et Kitty.
Une belle histoire aussi malgré une fin terrible pour Anna et Wronsky.
L'écriture de Tolstoi m'a parue torturée, mais c'est, il me semble, l'apanage des auteurs russes.
Mais finalement, je ne mets que 3 étoiles à ce livre car cela reste un livre sur une histoire d'amour, et décidément, c'est pas mon truc...
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Citations et extraits (97) Voir plus Ajouter une citation
JcequejelisJcequejelis   01 mars 2012
La nuit était déjà venue, mais les chasseurs n’avaient pas encore sommeil. La conversation qui hésita d’abord entre les anecdotes concernant des souvenirs ou des exploits des chiens, et la chasse, tomba enfin sur un sujet qui les intéressait tous trois. L’enthousiasme que manifestait Vassenka pour la beauté de cette soirée, l’odeur du foin, la simplicité des paysans qui lui avaient offert de l’eau-de-vie, les chiens, chacun couché aux pieds de son maître, incitèrent Oblonski à raconter les délices, qu’il avait goûtées l’année précédente, au cours d’une chasse chez M. Malthus.

C’était un entrepreneur de chemin de fer, extrêmement riche. Stépan Arkadiévitch décrivit les immenses marais gardés dont cet homme était propriétaire dans la province de Tver, le luxe des voitures qui amenaient les chasseurs, les tentes dressées près des marais pour déjeuner.

- Je ne te comprends pas, dit Lévine se soulevant sur son foin. Comment ces gens-là ne te sont-ils pas odieux ? J’admets qu’il soit agréable de déjeuner au Laffitte, mais est-ce que précisément ce luxe ne te révolte pas ? Tous ces gens, comme jadis les fermiers généraux, s’enrichissent par les moyens méprisables ; ils se moquent du mépris public, sachant que leur argent, bien que mal acquis, les réhabilitera.

- C’est bien vrai ! s’écria Veslovski. Oblonski accepte leurs invitations par bonhomie, et les autres disent : » Mais puisque Oblonski vient chasser ! … «

- Pas du tout -- Lévine sentit qu’Oblonski souriait en prononçant ces mots -- si je vais chez eux, c’est que je ne les trouve pas plus malhonnêtes que n’importe quels riches marchands et gentilshommes. Les uns et les autres ont acquis également leur fortune par le travail et par l’intelligence.

- Oui, mais par quel travail ! Est-ce un travail de se procurer une succession pour la revendre ?

- Sans doute, en ce sens que si personne ne prenait cette peine, nous n’aurions pas de chemin de fer.

- Peux-tu comparer ce travail à celui d’un paysan ou d’un savant ?
- Non, mais il n’en reste pas moins un résultat -- les chemins de fer. Il est vrai que tu les trouves inutiles.
- Ceci est une autre question. Je suis prêt à admettre leur utilité. Mais toute rémunération disproportionnée au travail est malhonnête.
- Et qui sera chargé d’évaluer le travail ?
- L’acquisition de la fortune par des moyens malhonnêtes, par la ruse, continua Lévine, mais il se sentait incapable de définir, les fortunes acquises dans la banque -- est un mal. L’acquisition d’énormes fortunes, sans travail correspondant, existait au temps des fermiers généraux, mais la forme seule a changé : Le roi est mort vive, vive le roi ! Et de nos jours les chemins de fer, les banques, c’est aussi le pain sans travail.

294 - [Le Livre de Poche n° 638, tome II, p. 191]
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JacobBenayouneJacobBenayoune   29 janvier 2014
Vous montez à cheval en guêtres ? lui demanda Lévine, s’emparant d’une baguette qu’il avait cueillie le matin en faisant de la gymnastique.
— Oui, c’est plus propre », répondit Vassenka, achevant de boutonner sa guêtre.
C’était au fond un si bon enfant, que Lévine se sentit honteux en remarquant la soudaine timidité de son hôte.
« Je voulais… – il s’arrêta confus, mais continua en se rappelant sa scène avec Kitty… – je voulais vous dire que j’ai fait atteler.
— Pourquoi ? où allons-nous ? demanda Vassenka étonné.
— Pour vous mener à la gare, dit Lévine d’un air sombre.
— Partez-vous ? est-il survenu quelque chose ?
— Il est survenu que j’attends du monde, continua Lévine, cassant sa baguette de plus en plus vivement ; ou plutôt non, je n’attends personne, mais je vous prie de partir : interprétez mon impolitesse comme bon vous semblera. »
Vassenka se redressa avec dignité.
« Veuillez m’expliquer…
— Je n’explique rien, et vous ferez mieux de ne pas me questionner », dit Lévine lentement, tâchant de rester calme et d’arrêter le tremblement convulsif de ses traits, mais continuant à briser sa baguette. Le geste et la tension des muscles dont Vassenka avait éprouvé la vigueur le matin même, en faisant de la gymnastique, convainquirent celui-ci mieux que des paroles. Il haussa les épaules, sourit dédaigneusement, salua et dit :
« Pourrai-je voir Oblonsky ?
— Je vais vous l’envoyer, répondit Lévine, que ce haussement d’épaules n’offensa pas ; que lui reste-t-il d’autre à faire ? » pensa-t-il.
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JacobBenayouneJacobBenayoune   06 janvier 2014
« Il a découvert aux simples et aux enfants ce qu’il a caché aux sages », pensa Levine causant quelques moments après avec sa femme. – Ce n’est pas qu’il se crût un sage en citant ainsi l’Évangile ; mais, sans s’exagérer la portée de son intelligence, il ne pouvait douter que la pensée de la mort l’impressionnât autrement que sa femme et Agathe Mikhaïlovna. Cette pensée terrible, d’autres esprits virils l’avaient sondée comme lui, de toutes les forces de leur âme ; il avait lu leurs écrits, mais eux aussi ne semblaient pas en savoir aussi long que sa femme et sa vieille bonne. Ces deux personnes, si dissemblables du reste, avaient sous ce rapport une ressemblance parfaite. Toutes deux savaient, sans éprouver le moindre doute, le sens de la vie et de la mort, et, quoique certainement incapables de répondre aux questions qui fermentaient dans l’esprit de Levine, elles devaient s’expliquer de la même façon ces grands faits de la destinée humaine, et partager leur croyance à ce sujet avec des millions d’êtres humains. Pour preuve de leur familiarité avec la mort, elles savaient approcher les mourants, et ne les craignaient pas, tandis que Levine et ceux qui pouvaient, comme lui, longuement discourir sur le thème de la mort n’avaient pas eu ce courage et ne se sentaient pas capables de secourir un moribond ; seul auprès de son frère, Constantin se fût contenté de le regarder, et d’attendre sa fin avec épouvante, sans rien faire pour la retarder.
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TatooaTatooa   13 août 2016
- Anna Arcadievna fait dire qu'elle est partie pour le théâtre, annonça un domestique.
Yavshine versa encore un petit verre dans l'eau gazeuse, l'avala et se leva en boutonnant son uniforme.
- Eh bien ? Partons-nous ? dit-il, souriant à moitié sous ses longues moustaches, montrant ainsi qu'il comprenait la cause de la contrariété de Vronski, sans y attacher d'importance.
- Je n'irai pas, répondit Vronski tristement.
- Moi, j'ai promis, je dois y aller ; au revoir ! Si tu te ravises, prends le fauteuil de Krasinski qui est libre, ajouta-t-il en sortant.
-Non, j'ai à travailler.
"On a des ennuis avec sa femme, mais avec une maîtresse, c'est encore pis", pensa Yavshine en quittant l'hôtel.
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JacobBenayouneJacobBenayoune   02 décembre 2013
« Le divorce, selon nos lois, – il eut une nuance de dédain pour : nos lois, – est possible, comme vous le savez, dans les trois cas suivants… – Qu’on attende ! » s’écria-t-il à la vue de son secrétaire qui entrouvrait la porte. Il se leva cependant, alla lui dire quelques mots et revint s’asseoir ; « … dans les trois cas suivants ; défaut physique d’un des époux, disparition de l’un d’eux pendant cinq ans, – il pliait, en faisant cette énumération, ses gros doigts velus l’un après l’autre, – et enfin l’adultère (il prononça ce mot d’un ton satisfait). Voilà le côté théorique ; mais je pense qu’en me faisant l’honneur de me consulter c’est le côté pratique que vous désirez connaître ? Aussi, le cas de défaut physique et d’absence d’un des conjoints n’existant pas, autant que j’ai pu le comprendre… ? »
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Vidéo de Léon Tolstoï
Léon Tolstoï, par Francis Ambrière, première diffusion sur la Chaîne nationale le 20 février 1953. Un seul écrivain, au programme ce soir de GRANDS ECRIVAINS, GRANDES CONFERENCES : un homme de la terre, un nationaliste, qui méprisait quelque peu le cosmopolitisme de certains de ses confrères. Un auteur dont Dostoïevski qualifiait l’ œuvre de « littérature de propriétaires fonciers » : Léon Tolstoï ! Peut-être avez-vous oublié les détails de la Troisième coalition, de la Paix de Tilsit, et, pour finir, de la Campagne de Russie ? Lisez, relisez Guerre et paix - ou La Guerre et la Paix, selon les traductions. Oui, reprenez contact avec le comte Pierre Kirillovitch Bezoukhov, le prince André Nikolaïevitch Bolkonsky, la princesse Marie Nikolaïevna Bolkonskaïa, la comtesse Natalia Ilinitchna Rostova, etc… Mais en attendant, écoutez la Conférence donnée salle Gaveau dans le cadre de l’université des Annales par Francis Ambrière, diffusée pour la première fois sur la Chaîne nationale le 20/02/1953. Source : France Culture
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