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EAN : 9791093606507
200 pages
L'Ogre (21/10/2016)
3.56/5   8 notes
Résumé :
Un homme, venu se ressourcer près de la mer de son enfance, voit le réel qui l’entoure basculer. Un autre prend la route vers le Nouveau-Mexique pour rejoindre les hommes-soleil. Un vacancier assiste à d’étranges disparitions sur une plage bretonne. Un professeur en congé pour préparer un concours sombre dans la folie et se livre à tous les excès dans un Paris halluciné. Et si pour survivre à nos angoisses et à ce que nous avons fait du monde, nous devions aller au ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (4) Ajouter une critique
Ce recueil de nouvelles parle d'expériences d'hommes. Expériences ? Hallucinations ? Monde imaginaire ?
Il m'a été difficile de rentrer dans ces histoires. Romain Verger a un style d'écriture complexe non par la tournure des phrases mais par le vocabulaire employé. Cela traduit-il un manque de confiance en lui en tant qu'auteur ? Cherche-t-il à prouver qu'il vaut mieux que des auteurs de « roman de plage » ? Est-ce un besoin du mot précis mais avec, du coup, une ultra-précision qui n'est pas abordable par tout un chacun ? Il n'est pas nécessaire de prendre le dictionnaire pour comprendre le texte dans son ensemble mais se trouver face à plusieurs mots inconnus dans une même page ne m'est pas habituel. C'est donc assez déroutant : pourquoi préciser le nom exact d'une algue quand le mot algue aurait pu suffire ? Pourquoi donner autant de vocabulaire spécifique d'études de Lettres en université ? Qu'est-ce que cela est censé apporter au récit ?
La première nouvelle est la plus aisée de lecture : on reste dans une histoire assez réaliste. Par contre, les autres nous font entrevoir des milieux psychologiquement durs comme « les hommes-soleil » ou hallucinants comme dans « l'année sabbatique ».
L'impression de fin, qui me laisse une sensation bizarre est : quel est le message de l'auteur à travers ces récits ? Ne voit-il que le côté sombre de l'homme ? Tout n'est que désastre, chaos, désespoir.
Pour aborder cet ouvrage, il faut avoir le coeur bien accroché et un optimisme inébranlable tellement l'auteur arrive à faire ressortir toute la noirceur que peut contenir l'humain.
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Les neuf nouvelles de ce recueil sont toutes plus sombres et inquiétantes les unes que les autres. L'auteur ne nous accorde aucun répit et que peu d'espoir. Toutes parlent de mort, de fin du monde, de catastrophes, d'humanité menacée voire moribonde...Autant dire que ce livre est proscrit aux dépressifs. Moi qui étais plutôt en forme au début, l'étais un peu moins à la fin...
Ironie mise à part, je dois dire que j'ai trouvé à ce livre un charme "vénéneux". Je n'y prenais pas beaucoup de plaisir mais ne pouvais le lâcher, comme fascinée par cet objet bizarre, intelligent et poétique. L'écriture est très belle. Lecture intéressante, mais anxiogène. A lire, mais averti.
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Un recueil de nouvelles… 9 nouvelles à lire ! Encore… le dernier recueil de nouvelles que j'ai lu, c'était il y a quelques semaines et franchement j'étais contente de lire un roman après ! Vous le savez, les nouvelles je n'aime pas cela ! Et là, je dois en lire neuf … (parce que oui, pour moi il des nouvelles, c'est une obligation !)

Ce que je n'aime pas dans les nouvelles, c'est qu'il faut sans cesse changer de lieux, d'histoire, de personnages…et tout cela avec le même style de l'auteur. C'est perturbant ! C'est comme si, toutes les semaines, vous changiez d'endroits, d'amis…tout en restant vous ( je sais la phrase ai bizarre, mais c'est un peu cela…) et chaque semaine, vous reconstruisez votre vie ! ( Je ne sais pas trop si vous voyez ce que je veux dire, mais je sais pas comment l'expliquer en fait. ^^'). On n'a pas le temps de s'habituer à quoique ce soit que déjà faut se remettre dans une nouvelle histoire…

Lire un roman, c'est plus confortable : on prend le temps de découvrir les personnages, les lieux et l'histoire que l'auteur veut nous faire découvrir. On crée des liens imaginaires avec les personnages. Et, cela c'est magique !

Quand, j'ai reçu « Ravive », j'étais super contente parce que la couverture est quand même super classe ! Il faut avouer que la couverture m'a donné super envie de le lire ! Mais voilà, j'ai tourné la couverture et j'ai vu marquer « Recueil de nouvelles »… et là j'ai vite déchanté ! Alors, je me suis motivée comme j'ai pu et j'ai commencé à le lire : j'y ai découvert la plume d'un auteur – que je ne connaissais pas auparavant, mais que je me laisserais tenter si je trouve un roman de lui – dure, terrifiante, complexe, angoissante. Une plume qui ne nous laisse pas indifférents certes. Mais, je ne pense pas que ce type de style d'écriture soit fait pour un recueil de nouvelles… Non, non, non, c'est une plume qui est faite pour nous glacer le sang et donc moi je la verrai bien dans un roman policier, un bon gros thriller !

C'est un livre sur lequel je n'ai pas accroché du tout, et pourtant, j'ai essayé de le lire ! Rien n'y fait, je n'ai pas réussi à le terminer… et cela me déçoit, parce que même si je n'aime pas un livre, j'aime bien le finir quand même ! Mais là, non … ma motivation seule n'a pas suffi et donc j'ai abandonné la lecture… Peut-être qu'un peu plus tard, je le relirais (genre après avoir lu 300 romans, afin d'être blindée à ce niveau-là… ^^).

Ma note 3/5.


@Bookscritics

PS: je remercie l'équipe de Babelio pour m'avoir envoyé le livre grâce à la masse critique. Et, je les remercie aussi de m'avoir fait découvrir une nouvelle ME !🙂
Lien : https://bookscritics.wordpre..
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Neuf nouvelles diaboliques où le réel se dérobe et bascule en beauté horrible.

Sur mon blog : https://charybde2.wordpress.com/2016/10/02/note-de-lecture-ravive-romain-verger/
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Citations et extraits (5) Ajouter une citation
Jamais Eirik n’avait songé à quitter son poste. Le sémaphore était de ces virus opiniâtres et jaloux qui réclament toujours plus de sang et d’oxygène. Kjartan, son père, lui en avait inoculé la passion. Très tôt, Eirik avait appris de lui à reconnaître les vents, à localiser les courants, à déceler les dérives d’icebergs dans la nuit, à déterminer l’influence de la houle et des marées sur le déplacement des bancs de sable. Enfant, il fixait les repères sur la terrasse, les faisait coulisser de droite à gauche en suivant du regard les gestes de son père. Il hissait boules et drapeaux, tenait son propre journal de bord où il consignait le nom des bateaux qu’il avait héroïquement sauvés du péril de la passe. Mais ce n’est qu’à neuf ans, lorsque sa mère Hedda disparut, que le sémaphore s’imposa à lui comme une évidence. C’était un jour de tempête, la mer écumant jusque dans les terres battait à rompre la vitre du sémaphore. Pour rentrer plus rapidement de la sécherie, Hedda avait pris ce soir-là le sentier côtier. Kjartan et Eirik l’avaient attendue en vain toute la nuit. À l’aube, Kjartan avait refait le chemin, fouillé les criques et scruté les poches d’écume grise prisonnières des rochers ; nombre d’habitants s’étaient mobilisés, ratissant la côte sur des kilomètres, du port au cap Krigh. Mais jamais la mer ne rendit son corps. Si la vocation d’Eirik procédait jusqu’ici d’une inclination juvénile quelque peu naïve, faite d’imitation et de fascination pour un père lui-même soucieux de voir son fils prolonger son existence, elle prit tout son sens avec ce drame. Il savait dorénavant qu’il consacrerait sa vie à surveiller la mer, qu’il n’aurait de cesse de la traquer du regard, de la soumettre à ses mesures, que chaque bateau arraché à sa dévoration l’affamerait un peu plus, les vengeant son père et lui de cette précieuse vie qu’elle leur avait raflée. (« Le dernier homme », nouvelle n°6)
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Cela fait sept ans que tu réclames ce congé de formation et maintenant qu’on te l’a octroyé, tu te demandes si tu ne ferais pas mieux de décamper et de profiter de l’été indien. Tu signes, puis tapotes l’épaule de ta voisine de devant pour lui faire passer la feuille, et lorsqu’elle se retourne, tu reconnais dans son visage poinçonné de deux yeux vitreux de poisson celui du défi piteux que tu t’es lancé. Tu ne feras pas le tour du monde sur les mains, tu n’exploreras ni les monts de Kong ni le Mont Analogue, tu ne traverseras pas le triangle des Bermudes à la rame ni ne descendras le superbe Orénoque. Tu redeviens ce que tu as été il y a longtemps déjà : un poulet de compétition prêt à en découdre pour décrocher ton label et vendre plus cher ta peau. (« L’année sabbatique », nouvelle n°7)
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Ruisselant, Anton se tenait debout devant elle, son anneau croulant de poissons, la bouche bleue et la taille lacérée par leurs nageoires. Il déposa sa pêche sur le sol et s’assit en tailleur entre les jambes de Lena. C’étaient invariablement les mêmes poissons qu’il pêchait, les seuls qu’il sortait quotidiennement de l’eau. Ils avaient proliféré avec les années, supplantant toutes les autres espèces dont vivait autrefois le village, à moins que celles-ci ne se soient peu à peu conformées à cette même et unique apparence : de superbes bêtes aux couleurs chatoyantes, aux ouïes bayantes et foliacées et aux yeux de mercure, couvertes de rayons multicolores tranchants comme des lames de canif. Avec le temps, Lena avait appris à neutraliser l’âcreté de leur chair en les fourrant et en les enveloppant d’herbes pour la cuisson. Lena frictionna Anton, attendrit son corps dur et glacé comme la pierre, elle goûta au sel marin d’un baiser sur sa nuque et inspecta son crâne nu, ses épaules, son dos et ses cinq bras un à un. Elle redoutait toujours d’y trouver ces mêmes taches qui parsemaient son propre corps depuis des mois et qu’elle avait vues chez tant de pêcheurs promis à une mort certaine, ces taches qui allaient et venaient d’une zone à l’autre de sa peau, qui s’unissaient pour n’en former plus qu’une, se divisaient, se creusaient, s’induraient et saignaient ou changeaient inexplicablement de couleur d’un mois sur l’autre, virant du rose au brun ou inversement. Taches dont Anton était miraculeusement épargné. Au fil du temps, le corps du jeune homme avait même gagné en fermeté, se doublant d’une seconde peau lustrée et vernissée, totalement imberbe et dénuée de pores apparents. (« Anton », nouvelle n°8)
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La tempête est maintenant loin derrière, plombant les falaises d’un gris de cendre mouillée. Pas même un ciel de traîne ici pour témoigner de ces quelques heures déchaînées. L’eau et le vent ont épuré la côte, lissé les reliefs et la végétation, et lessivé la route qui serpente le long de la corniche. Tu avances, et chacun de tes pas ravive cette brûlure au ventre qu’aiguisent le sel, le frottement de ta ceinture, le soleil et l’absence. Ce n’est ni la faim, ni même une nausée résultant d’un excès de boisson. Et pourtant tu as bu, beaucoup bu en compagnie de Donvor, mais la marche et le vent qui souffle depuis l’aube t’ont dessoûlé, et la sensation lancinante du vide persiste, se creuse et te recreuse sans cesse, poursuivant le travail de Donvor : cet abîme ouvert en toi d’où nul écho ne répondrait à la chute d’une pierre, au cri de ton nom. Tu ne sais où tu es, où tu vas, qui tu es. Tu ne te souviens de presque absolument rien. Tu pourrais lever le pouce et gagner la sympathie d’un automobiliste, mais que lui dirais-tu ? Comme vous, au premier carrefour ou à la prochaine ville… En seras-tu plus avancé ? Les routes, les voitures existent, tout comme les villes et les falaises qui plongent dans la mer, et le ciel qui pèse sur tes épaules. De cela tu ne doutes pas, pas plus que tu ne t’étonnes de ce que tes jambes te portent. L’oubli n’est pas allé jusqu’à effacer ça. (« Donvor », nouvelle n°2)
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Je me suis étendu sur le lit et j’ai inspecté mes mains. L’une et l’autre, paume et dos. J’ouvrais et fermais le poing et leurs veines bleues saillaient sous la levée des tendons puis se dégonflaient, soulignant les sillons de ma peau de lézard. Avec le temps et les ridules, le lentigo et ces poils grotesques qui en recouvraient les phalanges, elles me rappelaient ces mains de singes cramponnées aux cordes et barreaux des zoos, comme je l’étais moi-même à cet été de mon enfance. Malgré la fenêtre close, j’entendais la mer fricasser dans mon crâne, l’infatigable mer dérouler ses barbules sur le sable, de son increvable obstination. J’ai tenté de lire un moment, mais pages et paragraphes défilaient, comme détachés du livre lui-même, voguant à la dérive. Je revenais en arrière, raccrochais le fil, puis mon regard déviait et se fixait sur le rideau de velours empesé de poussière dont les plis me ramenaient aux ondulations de l’estran et au château. Qu’avais-je eu besoin d’y retourner après tout ce temps ? (« Le château », nouvelle n°1)
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