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ISBN : 2911412737
Éditeur : Vents d'ailleurs (09/09/2010)

Note moyenne : 4.05/5 (sur 21 notes)
Résumé :
Après la mort de leurs parents, Estevèl et Hérodiane quittent le village Saint-Jean en bord de mer pour la capitale. Ils s’installent dans une petite chambre, en haut de l’escalier serpent qui mène à Paradi, un bidonville sur les hauteurs de Port-au-Prince. Dans cet enfer de béton et de crasse, l’amour peut-il être plus fort que tout ? L’amour impossible entre un frère et une sœur, entre un peintre sensible et son modèle, entre une jeune fille à la beauté fracassant... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (9) Voir plus Ajouter une critique
Gangoueus
  13 octobre 2010
Depuis que j'ai entrepris mes petites escales littéraires du côté d'Haïti en passant dans la case de Gary Victor, je n'ai pas encore été déçu. Aussi, j'aborde l'intitulé de son nouveau roman et le quatrième de couverture comme un fin gourmet découvre la composition du plat du jour d'un restaurant gastronomique.

Seulement voilà, il n'est pas question de joyeuses ripailles ici. Mais plutôt de mots sur des destinées dans un pays si singulier. Gary Victor aborde le mythe du prince charmant dans le contexte haïtien.

Hérodiane est la jeune fille noire d'un paysan de Saint-Jean, petite bourgade perdue au bord de la mer. Elle est agonisante quand commence ce roman. Un avortement raté. Alors que son frère, Estèvel, tente désespérément de la secourir, Hérodiane se remémore le parcours qui l'a conduit dans cette impasse. L'expropriation du patrimoine foncier de son père par un sénateur véreux, sa disparition, la survie avec sa mère à Saint-Jean, son frère si différent qui possède une relation si particulière avec la mer, l'exode vers Port-au-Prince, plus précisément vers Paradi, sorte bidonville mal famé accroché au flanc d'une colline, près à disparaître à la moindre secousse sismique. Dans cette phase des souvenirs d'une jeune fille de 17 ans, Gary Victor porte un intérêt particulier dans la description du contexte dans lequel ses personnages se meuvent. Pour que le lecteur saisisse bien de quelle misère tente de s'extraire Hérodiane.

En mourant, leur mère a fait promettre à Estèvel de prendre soin de sa petite soeur. Ce jeune homme va concentrer toutes ses énergies afin que sa soeur douée puisse poursuivre ses études contre une ville, un bidonville où la prostitution semble être la seule issue proposée.
J'allais avoir dix-sept ans. la plupart des filles à cet âge, je le comprendrais un peu plus tard, avaient connu un homme, malheureusement dans des conditions qui les avaient traumatisées et qui faisaient qu'elles allaient intérioriser un certain dégoût de l'amour physique le restant de leur vie. Moi, mes lectures, mes conversations avec Soeur Marie-Francine et peut-être ses propos pour me rassurer après les paroles horribes de soeur Jérémie m'avaient en quelques sortes protégée. Je rêvais toujours d'un prince charmant, d'un homme beau et jeune, de préférence blanc ou à défaut de teint clair, avec des yeux bleus, qui arriverait sur son beau cheval ou dans sa voiture de luxe. Ce rêve persistait malgré le panorama sinueux et escarpé de ma vie au quotidien.
Page 60, Editions Vents d'Ailleurs
Quand elle rencontre Yvan Guéras, jeune mulâtre aux yeux bleus, aux manières raffinées et héritier d'une des familles les plus riches d'Haïti, le rêve de cette jeune femme prend enfin forme.

Si Gary Victor est un fantastique peintre de la réalité des quartiers difficiles de cette grande ville qu'est Port-au-Prince, il sait également mettre en scène les états d'âme de ses personnages. Relations complexes dans une fratrie, conflits intérieurs aux personnages, rapports biaisés entre les deux communautés historiques de ce pays, mulâtres et noirs. On a le sentiment d'un schisme définitif et d'un fossé infranchissable entre ces deux groupes. Et quand l'amour qui prend forme est-il sain dans cette île ? La relation amoureuse m'a rappelé les développements de Frantz Fanon sur les couples mixtes d'après guerre. Finalement, c'est sur le mal être de son pays que s'exprime Gary Victor en dépeçant le mythe erroné de ce qu'on a appelé la première nation nègre.
Je compris que son semi-mutisme en certaines occasions n'était qu'une attitude prudente due à son désir de dissimuler le plus possible ses pensées et ses sentiments profonds dans la crainte, fausse ou réelle, que s'il les dévoilait, cela le mette en position de faiblesse. "des politiciens en quête de pouvoir, démagogues, ont souvent tenté de faire croire que nous, Guéras, n'étions pas haïtiens, mais des étrangers venus d'Europe ou du Moyen-Orient. Nous possédions des terres ici, du temps où ce pays était encore une colonie. Nous avons un aïeul proche qui a signé l'acte d'indépendance." Il ajouta ces mots qui auraient dû susciter de ma part une question, mais je gardai, je ne sus pourquoi, un silence prudent : "Cette terre est beaucoup plus à nous qu'aux Noirs. Nous leur avons construit un beau mythe. Qu'ils s'en abreuvent. Qu'ils s'en contentent."
Page 103, Editions Vents d'ailleurs
La violence de ce texte vient du fait que la tentation est grande pour le lecteur de transposer la relation passionnée voir perverse entre Hérodiane et Yvan à une échelle communautaire.

On désespère de cette humanité qui se nourrit tant de l'opposition de ses différences plutôt que de leur complémentarité. D'ailleurs, l'écrivain échappe au manichéisme primaire dans lequel son ouvrage aurait pu s'enfermer, car la froideur qu'Hérodiane voue à son frère est liée à l'orientation sexuelle qu'il suit. Cela dépasse donc la simple couleur de peau...
Le surnaturel n'est jamais absent des textes de Gary Victor. Ici, il prend une forme poétique rare incarné par Estèvel. C'est un roman après tout. Un très beau roman.
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Fransoaz
  28 avril 2011
Hérodiane, une jeune fille de 17 ans arrive, à la mort de ses parents, vivre à Port au Prince. Elle est accompagnée d' Estevèl son frère aîné qui a juré à sa mère agonisante de prendre soin de sa petite soeur. Leur père, à la suite d'une horrible machination, s'est retrouvé privé de ses terres. C'est sans un sou en poche que les deux jeunes gens arrivent dans la grande ville. Ils louent un misérable logement sur les hauteurs de port au Prince le paradi et côtoient la pauvreté et la saleté au quotidien.
Monsieur Wilson, peintre reconnu et ami d' Estevèl va permettre à Hérodiane de s'inscrire dans une école et de continuer à s'adonner à ses passions : les livres, la lecture et l'écriture.
Hérodiane va découvrir avec stupeur et colère la nature des liens qui unit les deux hommes. Elle fugue pour mettre de la distance entre son frère et elle, pour tenir la vérité trop choquante à l'écart. C'est dans cet état d'esprit, hagarde et bouleversée qu'elle rencontre Yvan, le riche mulâtre, qu'elle accueille comme le prince charmant de ses rêves.

Gary Victor sculpte l'ébène précieux pour révéler le portrait sublime d'Hérodiane : une jeune fille belle et harmonieuse. Il y ajoute des blocs d'énergie, de résistance et d'intelligence afin qu'elle puisse supporter la misère des taudis, la noirceur des hommes.
C'est dans les flots salés, dans les vagues dévastatrices et les coquillages blancs qu'il va édifier le personnage d'Esterèl, le grand frère protecteur et mystérieux.
Ce livre m'a pris par la main et m'a fait voyager dans les ghettos de Port au Prince là où sévit l'extrême dénuement d'une frange de la population délaissée par les pouvoirs publics. Rapines, prostitution, boulots à la sauvette sont les seules clefs de leur survie. La poésie du récit, la beauté rayonnante d'Hérodiane et le surnaturel qui habite Estevèl « l'homme sirène » ont eu raison de mes réticences à embarquer à bord d'une histoire sombre, dramatique mais lumineuse.

Lien : http://bevanhalennebzh.over-..
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simae
  12 novembre 2010
Haïti... pays de paradoxes... Une jeune fille pauvre peut-elle sortir de son bidonville au bras d'un jeune blanc riche?? le personnage d'Hérodiane nous fait vibrer et en même temps nous présente son pays, ses rêves et ses désillusions. L'histoire du livre se passe avant le tremblement de terre mais on ne peut pas ne pas y penser, Hérodiane a ce pressentiment, qu'un jour cela arrivera...
Lorsque Gary Victor nous décrit Paradi, ce bidonville accroché à la colline, on revoit les images de janvier dernier... Comment tous ces gens ont pu vivre dans cet enfer avec aucune chance de s'en sortir? Comment les familles riches, les personnes influentes ont-elles pu laisser faire ça??
C'est une magnifique histoire, une écriture délicate et poétique, on plonge dans ce livre comme dans la mer si présente.
C'est une vraie peinture des paysages, de ce petit bout d'île et de ses habitants.
Je suis d'autant plus touchée par ce livre que ma tante habite Port au Prince depuis de nombreuses années. Avec ce livre, je lis, pour la première fois depuis janvier, un texte qui relfète ce qu'elle nous raconte de ce pays : la beauté des paysages, les couleurs, la musique, les habitants courageux mais aussi la corruption, le ravin entre les riches et les pauvres, les beaux hôtels et les bidonvilles... Haïti, pays de paradoxes...
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Shan_Ze
  04 juillet 2013
Hérodiane vit avec son frère Estevel dans le bidonville Paradi à Port-au-Prince. Pensant ses derniers instants arrivés, elle repense à sa vie quand le malheur a commencé à s'attacher à leur famille.
C'est la première fois que je lis Gary Victor et j'ai été séduite par son écriture poétique dès les premières lignes. Il ressort une sensualité du roman, il semble imprégné de sexe comme la capitale haïtienne. Gary Victor nous fait visiter les bas-fonds de la ville, oppose et mêle la pauvreté aux fortunés dominant sans pitié avec Hérodiane et Yvan.
Le titre choisi par Gary Victor résume bien la relation entre le frère et la soeur et leurs caractères respectifs et opposés. La touche de fantastique ne m'a pas dérangé, elle rend juste le roman plus vivant. Je ne trouve pas les mots justes mais c'est vraiment une belle découverte.
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jostein
  26 mai 2011
Gary Victor a une très belle écriture, poétique et son univers est à la fois concret et surréaliste.
Concret, parce qu'il décrit Haïti avec la corruption, les clivages entre pauvres et nantis issus de la colonisation et aussi la fragilité de ce pays face aux éléments naturels. Dans ce quartier où habitent Hérodiane et son frère, en haut du sentier reptilien, si la terre tremble, il ne restera rien.
" la lèpre de Paradi suspendue à ce flanc de montagne, attendant le prochain ouragan ou un tremblement de terre pour que la croûte craque, noyant de son pus la grande respiration des guignols."
Et ce sont les riches qui entassent les malheureux dans ces quartiers et, en plus, en tirent profit. Ils les renient mais tirent de l'argent de cette misère.
L'imaginaire est présent par le biais d'Estevel, le frère d'Hérodiane. Il est né prématurément, en pleine mer lors d'un orage. Sa mère le disait fils d'Agwe, un dieu marin. Il se transforme en l'océan pour sauver ou venger sa soeur ou pour trouver un refuge. C'est tout le mystère de la culture vaudoue.
Dans ce contexte, l'auteur nous conte l'histoire d'Hérodiane qui rêve du prince charmant et croit le rencontrer en la personne d'Ivan, un mulâtre fortuné aux yeux bleus .Mais les filles de son milieu ont-elles droit à ce bonheur?
Les personnages sont certes un peu typiques et l'histoire d'amour est classique mais il y a aussi toute la chaleur des relations d'amitié, avec son frère, avec Monsieur Wilson, le peintre ou avec Marie-Edith, la fille de la voisine.
Ce livre m'a permis de découvrir Haïti et son histoire et sa façon de vivre, sa richesse culturelle et sa fragilité.
Lien : http://surlaroutedejostein.o..
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Citations et extraits (4) Ajouter une citation
Shan_ZeShan_Ze   04 juillet 2013
J’eus même droit à un reportage où, à l’occasion de la rentrée des tribunaux, on pouvait voir juges et avocats, en tenue d’apparat, discourir sur les vertus de la probité, de l’honnêteté et de la vérité, applaudis par une assistance sans doute schizophrène, car il état de notoriété publique que ces hommes et femmes était pour la plupart des bandits de grand chemin, voleurs de terres, affameurs de paysans, détrousseurs de veuves, défenseurs intéressés de fils de grandes familles qui violaient et engrossaient en toute impunité des filles du peuple vierges et mineures.
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claraetlesmotsclaraetlesmots   28 mars 2011
Moi, j'avais cru pouvoir aller plus vite. Nous, les femmes, sommes arrivées, pour notre malheur parfois, à considérer comme normal, obigatoire même, un chemin pavé de briques cuites au feu de l'enfer.
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josteinjostein   26 mai 2011
A cette heure, une longue file de gens montaient le sentier reptilien, pareils à des damnés dans un autre univers où le ciel serait le lieu d'expiation de toutes les fautes.
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josteinjostein   26 mai 2011
Mais c'est un exercice national chez nous. Enterrer ceux d'en bas sous les ordures.
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