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EAN : 9782715231603
221 pages
Le Mercure de France (13/01/2011)
3.81/5   13 notes
Résumé :
Deux hommes s’affrontent quelque part dans la jungle africaine. Laurent Kala, le Blanc, pris de folie furieuse, est sur le point de tuer Mamad, son domestique noir... Comment les deux hommes en sont-ils arrivés là ?

Issu d’une famille nombreuse, Mamad n’a pas connu son père. Pour faire vivre la famille, sa mère vend des fripes sur les marchés. L’école est loin : chaque jour Mamad parcourt des kilomètres à pied, l’estomac vide. Cacher à ses camarades d... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (9) Voir plus Ajouter une critique
croquignol
  17 novembre 2021
Extension du domaine de la lutte contre le racisme.
Le roman s'ouvre sur une scène d'anthologie hallucinante : la mise en pièces de Mamad, le boy noir, par "Monsieur Laurent", le maître blanc.
Whaouh, du grand art.
Louis-Philippe Dalembert dissèque ensuite le long chemin qui les a menés tous deux là, en leur donnant alternativement et longuement la parole.
OK.
Puis retour sur l'affrontement sanglant.
Ouais....
Puis épilogue en queue de poisson.
Bouhouhou !
...
Allez, je vais pas vous laisser partir comme ça. J'utilise mon coup de fil à un ami, Ovide, cité en exergue du livre :
"Vidant presque son carquois, il le tua ; par de noires blessures se répandit le venin de la bête."
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Elisanne
  13 janvier 2011
Noires blessures
Louis–Philippe Dalembert éditions Mercure de France.
Ce livre sort aujourd'hui en librairie, par l'intermédiaire de Babelio je l'ai reçu début de semaine, je l'ai ouvert et je l'ai lu savourant ce récit à la fois grave et plein d'humour, cette écriture vive et alerte, cette histoire de deux hommes l'un noir, Mamad l'autre blanc, Kala cette rencontre sur fond d'Afrique. Impossible de lâcher le récit sans avoir compris comment ces deux hommes en sont arrivés là. Comment la haine, le racisme prend le dessus.
Deux hommes s'affrontent, le blanc Kala pris de folie furieuse sur le point de tuer Mamad devenu son domestique noir, huis clos sur le rapport bourreau, victime, résonance du parcours de deux enfances, deux trajets, deux souffrances …absence du père.
La musique très présente, ces voix de l'enfance, celles de la vie, celles de l'enfance de Mamad., lui qui n'a jamais dit papa de sa vie, lui qui avec philosophie se dit
« sur cette terre on ne fait pas toujours ce qu'on veut, à moins d'être bien né ou d'avoir beaucoup étudié »
Lui qui chaque jour pour aller à l'école parcourt des kilomètres à pied, l'estomac vide le plus souvent, devant maîtriser les nausées, cacher à ses camarades sa situation précaire. Son combat quotidien. Peut-être une issue, décrocher une bourse, faire des études, trouver un emploi, mettre sa famille à l'abri. Mais même son excellente mémoire lui fera défaut le jour du concours, alors ne lui reste plus que la solution des désespérés fuir son pays vers un avenir meilleur. Mais on ne fait pas toujours ce qu'on veut.
« Je rêvais bien sûr d'autre chose, on accroche toujours ses rêves plus haut que la réalité… »
Trait d'union entre les deux hommes…
« Comme si l'enfance était ce lieu unique qui ne se brouille que pour mieux s'imprégner dans la mémoire, façonner les faits et gestes du présent »
Mais Laurent Kala entend la voix, « cette voix qu'il entend constamment ces derniers temps, qui s'est hissée jusqu'à son cerveau, en a pris possession, et qui l'entraîne si loin de son enfance, de son histoire, de ses passions, et le pousse à haïr ces gens, tous tant qu'ils sont, où qu'ils soient. A vouloir les étrangler de ses propres mains. Celui-là, il le tient ; celui-là paiera pour les autres. Laurent sent ses poings se durcir en même temps que son coeur. »
Voir son père pleurer en apprenant la mort de Luther King, Kala se » rappelle avoir demandé en quoi cela le concernait, il n'était ni protestant, ni noir, et puis cela se passait loin de la rue Dalembert (j'ai aimé ce clin d'oeil), « pourquoi se chiffonner l'âme et pleurer pour quelque chose d'étranger à soi ? » « Nul homme n'est une île, un tout complet en soi ; chaque homme est un morceau du continent, une part de l'ensemble…La mort de tout homme me diminue, parce que j'appartiens au genre humain. Aussi n‘envoie jamais demander pour qui sonne le glas : il sonne pour toi. »
Perte douloureuse du père lors de la manifestation du lendemain. Kala ne comprit que plus tard la cause de cette mort, ce père qui lui avait fait découvrir la boxe, Miles Davis, ce père qui avait célébré à sa manière la naissance de son fils qui coïncidait avec la sortie du film « ascenseur pour l'échafaud ».
Temps de l'adolescence, des études, élève brillant, rêves d'ailleurs, d'horizons lointains.
Temps des cauchemars, de la voix, de la rencontre avec l'Afrique , travail dans une ONG, pages qui retracent le trajet de ce fils d'humaniste, sa transformation , la rencontre avec Mamad en qui il retrouve le portrait vivant de ses cauchemars, portraits de femmes et d'hommes émouvants, parfois drôles,( je pense notamment à ce cauchemar où il se retrouve dans un chaudron découpé en rondelles, avec tout plein de négrillons autour qui attisent le feu tandis que les adultes entament une danse sacrificielle)
Peut-être enfin la paix, les larmes d'émotion le jour où il s'est entendu dire papa.
« Tout porte de noires blessures »Eluard
Mamad et Laurent Kala en sont la preuve…
Je ne sais si je vous ai donné envie de lire ce livre, pour moi cela a été des heures pleines où je me suis trouvée dans un monde que j'ai découvert avec la force et la justesse des mots de Louis-Philippe Dalembert.

http://malcontenta.blog.lemonde.fr/2011/01/13/noires-blessures…/
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Liss
  02 février 2011
Un roman qui vous prend en otage dès les premières lignes, voilà ce que recherchent les lecteurs qui ne demandent qu'à être captifs des serres d'un auteur, le temps d'une lecture.
Noires Blessures met en scène deux personnes qui sont en quelque sorte sur un ring : un Noir, Mamad White, et un Blanc, Laurent Kala. On remarque d'emblée la curiosité des noms qui sont comme inversés. le Noir porte le nom de ‘‘Blanc'' et le Blanc un nom tout africain, à l'instar du héros de L'Impasse, de Daniel Biyaoula. En langue congolaise, ce nom signifie précisément ‘‘charbon'', c'est-à-dire ‘‘noir''. L'un a tenté, au prix de sacrifices de tous les siens, de gagner l' Eldorado européen, comme Soleiman et Boubakar, personnages du roman de Laurent Gaudé, car il faut sortir la famille de la misère. Il a failli y laisser sa vie. L'autre a fait aboutir sans trop de peine le projet de quitter sa France natale pour s'installer sur les terres de « ces gens », les Noirs. Cette France qui ne représente plus que ‘‘grisaille'' et que ‘‘stress'' depuis la disparition de son père.
L'un est l'employé de l'autre, son homme à tout faire. Ligoté à une chaise, il est sonné de coups, il est pour ainsi dire ‘‘K.O.'', ce qui n'empêche pas l'autre, amateur de boxe, de continuer à cogner, libérant ainsi toutes ses frustrations, toutes ses peurs, déversant sur ce Noir toute la rage contenue depuis des années. Il veut lui infliger toutes les humiliations, et voici la pire d'entre elles :
Les premiers rayons du soleil éclairent la pièce d'une douce lumière. du plat du pied, le Blanc le renverse sur le flanc, tout en sortant son sexe de son pyjama. Mamad a juste le réflexe de fermer les yeux et la bouche. Il sent le liquide chaud et salé gicler sur son visage, un jet continu qui ravive ses blessures à vif. le Blanc aurait bu le fleuve entier qu'il n'aurait pas uriné autant. Une fois son sexe égoutté et rangé, le Blanc empoigne Mamad, le rétablit péniblement en position assise, et le coince dans un angle de la pièce qu'il prend soin de bloquer avec un canapé.
(Noires blessures, p. 103)
A ce moment de la lecture, le lecteur est un bloc d'indignation, surtout lorsque, quelques minutes seulement après son forfait, le Blanc est « ému aux larmes » à cause du chant des oiseaux dans la forêt qui semble faire écho au choeur de gospel qui s'échappe de son lecteur de disque. Quel est donc cet homme qui se montre d'une inhumanité révoltante et qui, dans le même temps, se laisse émouvoir par la nature autour de lui ? C'est alors que Laurent Kala se met à se raconter.
Le roman est donc composé de deux parties, séparées d'intermèdes pris en charge par un narrateur externe, où chacun des personnages déroule le fil de sa vie : son enfance, ses frustrations, ses échecs, ses espoirs, ses motivations. Blessures d'un peuple. Blessures de l'enfance qui, bien souvent, expliquent les dérèglements de l'adulte. Très bon roman. Tout y pèse son poids : le dit, le ton, la construction. Il mêle également, en un tout harmonieux : histoire, musique et sport.
Très belle découverte de cet auteur, que je ne connaissais que de nom, et de la littérature haïtienne avec laquelle je n'avais flirté jusque-là qu'au travers de quelques oeuvres de Dany Laferrière.
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carre
  29 mars 2012
Laurent Kala, le Blanc, va tuer Mamad, son domestique noir, dans ce huis clos tendu et angoissant, Dalembert reviens sur les raisons de ce drame qui se joue. Noires blessures est un roman sur le racisme, sur les dégats du colonianisme, sur la folie d'un homme qui perd tout humanité. Sous la plume dense mais aussi drôle par instant, l'haitien Louis-Philippe Dalembert réussi un roman qui nous interroge sur nos propres démons, mais surtout réussit à insinuer le doute, chacun des deux hommes ayant eu leur lot de malheurs. Même si rien n'excuse la moindre violence. Dérangeant. Et si l'on prenais le temps de connaitre l'autre avant de le juger ?
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Shan_Ze
  07 mars 2014
Mamad White n'a jamais connu son père, il a grandi dans cette absence ainsi que dans l'espoir de sa famille de le voir réussir. Laurent Kala, lui, a vu son père s'émouvoir à la mort de Martin Luther King mais la disparition de celui-ci lors d'une manifestation fera prendre à sa vie un sacré tournant.
Ce livre est une rencontre entre deux hommes qui ont connu tous les deux l'absence d'un père. Mais celle-ci devient brutalement une descente aux enfers pour Mamad. J'ai aimé la première partie sur l'enfance de Mamad avec ses interrogations, ses rêves, moins celle de Laurent où la vie de famille semble moins joyeuse. Les parties intermédiaires étaient assez dérangeantes, Laurent paraît être un autre homme… Est-ce les noms de famille donnés aux protagonistes sont un reflet de leur âme ? Dalembert paraît montrer qu'on peut avoir les mêmes blessures mais avec un état d'esprit différent. Une bonne lecture.
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Citations et extraits (21) Voir plus Ajouter une citation
croquignolcroquignol   16 novembre 2021
Voilà comment je m’apprêtais à embarquer dans un avion en partance pour des contrées dont je ne savais pas grand-chose hormis l’emplacement sur une carte et, grosso modo, le régime politique, des dictatures pour la plupart. J’ignorais aussi que j’allais y découvrir une musique jusque-là inconnue, qui me passionnerait autant sinon plus que le jazz et la boxe : le chœur d’hommes a cappella. Il s’est inséré dans ma vie comme un complément à ces autres passions. Il apporte au jazz de Miles Davis la voix absente, et à la boxe la fragilité qui lui manque. C’est le chant dans ce qu’il a de plus pur, de plus fort, de plus viril. Ces voix nues ont le don de m’émouvoir, j’y entends comme l’appel profond de la forêt et, par instants, tels des flashs d’une insupportable intensité, une musique que je croyais à jamais perdue : le timbre si grave et si doux de mon père.
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croquignolcroquignol   15 novembre 2021
Quand tu vois ta mère déchirée de douleur, elle qui a longtemps été le pilier du clan familial, courir comme folle, toute dignité bue, derrière la voiture qui t’emporte, tu as beau être un homme, tu n’as qu’une envie, c’est laisser tes larmes se répandre à flots tièdes, lourds d’inquiétude, de tristesse et de rage mêlées. Mais, sous ces latitudes, un homme, même jeune, ne pleure pas. Pour ne pas ajouter la honte à l’affliction maternelle, j’ai serré les mâchoires et demandé à mon oncle d’accélérer.
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gteisseire2gteisseire2   09 décembre 2010
Mamad tente d’ouvrir les yeux, mais il n’y parvient pas. Ses paupières, gorgées de sel et de sang, refusent d’obéir à son cerveau. Autour de lui, les objets continuent de flotter dans le brouillard. Un goût d’hémoglobine traîne sur ses lèvres sèches et bouffies. En face de Mamad, le Blanc est méconnaissable. Il a les yeux injectés de sang. Une épaisse écume blanchâtre auréole les commissures de ses lèvres. Les veines de son cou tendues à se rompre. De grosses gouttes de sueur perlent sur son front, qu’il essuie du revers de sa manche retroussée, entre une calotte et une autre. Mamad n’a plus la force de crier. Du regard, il implore pitié. Mais le Blanc cogne, tel un forcené, tout en crachant ses injures.
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ElisanneElisanne   13 janvier 2011
cette voix qu’il entend constamment ces derniers temps, qui s’est hissée jusqu’à son cerveau, en a pris possession, et qui l’entraîne si loin de son enfance, de son histoire, de ses passions, et le pousse à haïr ces gens, tous tant qu’ils sont, où qu’ils soient. A vouloir les étrangler de ses propres mains. Celui-là, il le tient ; celui-là paiera pour les autres. Laurent sent ses poings se durcir en même temps que son cœur.
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ElisanneElisanne   13 janvier 2011
Nul homme n’est une île, un tout complet en soi ; chaque homme est un morceau du continent, une part de l’ensemble…La mort de tout homme me diminue, parce que j’appartiens au genre humain. Aussi n‘envoie jamais demander pour qui sonne le glas : il sonne pour toi.
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Vidéo de Louis-Philippe Dalembert
On n'en finirait plus de faire le tour des livres sortis à l'occasion de la rentrée littéraire, cette semaine la librairie Point Virgule a sélectionné pour vous trois romans particulièrement forts en émotions.
- Milwaukee Blues, Louis-Philippe Dalembert, Sabine Wespierser éditeur, 21€ - Au-delà de la mer, Paul Lynch, Albin Michel, 19,90€ - Le fils de l'homme, Jean-Baptiste Del Amo, Gallimard, 19€
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