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EAN : 9782246748915
301 pages
Éditeur : Grasset (02/09/2009)
  Existe en édition audio
3.92/5   388 notes
Résumé :
Un jeune homme de vingt-trois ans a quitté son pays de façon précipitée. Un homme épuisé y retourne, trente-trois ans plus tard. Le jeune homme est passé de l’étouffante chaleur de Port-au-Prince à l’interminable hiver de Montréal. Du Sud au Nord. De la jeunesse à l’âge mûr. Entre ces deux pôles se trouve coincé le temps pourri de l’exil.

Une nuit, un coup de fil lui apprend le décès de son père à New York. Ce père qu’il n’a pratiquement vu qu’en pho... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (64) Voir plus Ajouter une critique
3,92

sur 388 notes

palamede
  04 novembre 2017
Il y a bien longtemps qu'il a fui la dictature d'Haïti, comme son père avant lui. Trente ans exactement qu'il a quitté la chaleur de son île pour les froideurs du Canada. Aujourd'hui s'il est de retour, c'est pour annoncer à sa mère qu'il vient d'enterrer son père à New York.
Sur les traces de ce père, qu'il n'avait pas revu car il avait refusé de lui ouvrir sa porte, il rencontre les anciens amis du vieil homme devenu fou par l'exil forcé. Il redécouvre son pays natal, ses couleurs, ses odeurs. Un pays où plus rien n'est comme avant, où il se pense en déraciné, ni d'ici, ni d'ailleurs, mais qui, malgré sa misère et sa violence, incarne toujours pour lui la beauté du monde.
Nostalgique, poétique et envoûtant, Dany Laferrière évoque magnifiquement les affres de l'exil et la sagesse d'un peuple, qui, en dépit de la dureté des épreuves subies, a su garder espoir. Une oeuvre forte, fascinante, bouleversante.
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LambertValerie
  09 mai 2021
Quelle belle découverte que ce livre de Dany Laferrière !
L 'énigme du retour est écrit sous forme de petits poèmes qui scandent les chapitres de ce livre.
L'écriture est belle, elle nous porte, nous transporte de ce froid Canada aux couleurs d'Haïti.
L'auteur vient de perdre son père exilé à New York ayant fuit la dictature de Papa Doc. Son fils aussi s'est exilé, lui au Canada. Chacun menant leurs vies parallèles sans jamais vraiment se connaître, se voir.
La mort de son père incite l'auteur à rentrer à Haïti, ce retour prend les allures d'une quête. Découvrir qui était son père, par la rencontre de ses anciens amis, par la découverte du village natal de son père.
Dany Laferriere nous conte aussi de façon tendre et acide ce qu'est la vie à Haïti sous une dictature puis un pays totalement corrompu. La faim tenaille les esprits et les corps, occultant le reste des plaisirs et des joies de la vie. Comme le plaisir de lire, d'écrire.
C'est un roman émouvant qui nous emmène aux portes d'une enfance jamais tout à fait perdue et oubliée.
Je laisse la parole à l'auteur avec ces vers :
Nous avons deux vies.
Une qui est à nous.
La seconde qui appartient
à ceux qui nous connaissent
depuis l'enfance.
La langue de la mère.
Le pays du père
Le regard hébété du fils
qui découvre en un jour
un tel héritage.
Un très, très beau livre.

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carre
  10 juin 2012
Dany Laferrière signe un livre magnifique sur l'exil. Un homme à la mort de son père, renoue avec son pays (pour annoncer le décès de son père à son mère) et subit le choc frontal de revoir celui-ci moribond, ou la désespérance est aussi présente que l'abondance dans les pays occidentaux. C'est le retour aussi vers le passé, lui expatrié au Canada depuis une trentaine d'années. Laferrière livre une oeuvre ambitieuse, touchante, montrant comment lui a vécu cette séparation de coeur et de sang. L'image d'un peuple auquel on a brisé l'espoir, plongé dans une misère au delà de l'imaginable mais que ni les Duvalier ni les tontons macoutes n'ont pu leurs ôter : la sagesse et la dignité. La poésie de Laferrière pourrait alourdir la force de son texte, on contraire il en devient sa force. Un voyage magnifié par un auteur devenu majeur.
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Myriam3
  19 juillet 2015
Un homme en exil depuis trente ans apprend la mort de son père. Il prend la route, "sans destination, comme ma vie à partir de maintenant".
Dany Laferrière rentre ainsi en Haïti, enfin, pour apprendre lui-même la nouvelle à sa mère.
Mise en abyme du père et du fils, tous les deux exilés à une quinzaine d'années d'intervalles, l'un sous la dictature de Papa Doc, le second sous celle de Bébé Doc. Il ne reverra jamais ce père dont il ne se souvient pas, dont il scrute les quelques photos qu'il a de lui pour le connaître un peu. Puis, un jour, il frappe à sa porte, à New York. le vieil homme refuse d'ouvrir, il est trop tard pour qu'ils se retrouvent. Quelles souffrances et quelle solitude a dû ressentir cet homme dans ce pays d'exil livré à la glace?
Dany Laferrière retrouve donc son pays natal mais également celui de son père dont il suit les traces, rencontrant ses anciens compagnons, découvrant le Haïti contemporain, ses riches et ses pauvres, sa jeunesse perdue, désillusionnée, coincée là. Nouvelle mise en abyme, son neveu cette fois, nommé Dany Laferrière également et rêvant de devenir écrivain... celui-ci le suit dans son voyage et lui soumet ses doutes.
Laferrière construit un récit poétique et symbolique autour de la quête et l'introspection, dans une écriture souvent à fleur de peau, au plus près du ressenti. Culpabilité de l'exilé qui s'est enfui, laissant sa mère deux fois abandonnée et sa soeur, confrontation des trois temps de la vie et lui, aujourd'hui, homme mûr refusant toute concession pour ne pas avoir à être amer.
Ce roman marque sans doute un tournant dans son oeuvre: s'il évoquait le Québec ou les Etats-Unis comme ses pays d'adoption, Haïti était le pays de la mémoire sensuelle et sensorielle. Après ce retour éprouvant aux origines, dans L'Enigme du Retour, Dany Laferrière y retournera plusieurs fois, comme si un verrou avait cédé; dans Tout Bouge autour de Moi, Haïti n'a plus rien de mystérieux mais est ce pays vivant, réel, victime d'un séisme tragique.
Un beau roman, beaucoup plus grave et poétique que ceux que j'ai lus jusqu'ici de cet auteur que j'aime beaucoup.
Lien : http://pourunmot.blogspot.fr..
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SPOUNY
  20 décembre 2019
Né à Haïti, l'écrivain et grand ami de Alain Mabanckou, Dany Laferrière, vit à présent au Canada et a reçu le Prix Médicis 2009.
Pour « L'Énigme du retour » le livre débute par : « Le coup de fil » : « La nouvelle coupe la nuit en deux.
L'appel téléphonique fatal
que tout homme d'âge mûr
reçoit un jour,
Mon père vient de mourir.
J'ai pris la route tôt ce matin.
Sans destination.
Comme ma vie à partir de maintenant. »
Il part, en effet, d'abord vers le Nord, comme pour fuir son passé mais il finit par se rendre à Haïti, son île natale qu'il parcourt avec un neveu (qui porte le même nom que lui).
L'histoire oscille entre un périple rêveur qui le fait revenir sur son passé, ses origines et le présent.
Le livre est pour ainsi dire principalement composé de petits textes ressemblant à des petits poèmes.
Ici, l'action n'est pas le principal ; c'est court ; c'est simple ; c'est mélancolique.
« Les visages autrefois aimés s'effacent
au fil des jours de notre mémoire brûlée.
Le drame de ne plus reconnaître
même ceux qui nous furent proches.
L'herbe repousse, après l'incendie,
afin de camoufler toute trace du sinistre. » (p.39)
Les personnages rencontrés sont pittoresques avec chacun sa particularité. le processus du retour est douloureux, compliqué mais triomphal car il avait été exilé. Si Dany Laferrière retourne au pays, il le fait de façon à se réconcilier.
On s'aperçoit, au fil de la lecture, que ce récit est quasiment autobiographique et ce n'en est que plus émouvant. Il se replonge dans son enfance et regrette de ne pas se souvenir du visage de son père.
« L'Énigme du retour » se révèle un récit bien touchant et a été surnommé « Le grand roman du retour d'exil. » Un ouvrage à ne pas oublier de relire.
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Citations et extraits (125) Voir plus Ajouter une citation
SachenkaSachenka   10 janvier 2018
[...] Gary Victor sort chaque fois de son chapeau un roman plein de diables, de voleurs, de zombies, d'esprits moqueurs et de bandes carnavalesques aux couleurs riantes d'un tableau naïf. Mais si chargé d'obsessions qu'à la fin ça devient aussi noir qu'un cauchemar d'adolescent. J'ai discuté un moment avec lui de ce que pourrait être le sujet du grand roman haïtien. On a d'abord passé en revue les obsessions des autres peuples. Pour les Nord-Américains, on a pensé que c'était l'espace (le Far West, la conquête de la Lune, la route 66). Pour les Sud-Américais, c'est le temps (Cent Ans de solitude). Pour les Européens, c'est la guerre (deux guerres mondiales en un siècle, ça marque un esprit). Pour nous, c'est la faim. Le problème, m'a dit Victor, c'est qu'il est difficile d'en parler si on ne l'a pas connue. Et ceux qui l'ont vu de près ne sont pas forcément des écrivains. On ne parle pas d'avoir faim parce qu'on n'a pas mangé depuis un moment. On parle de quelqu'un qui de tout temps n'a jamais mangé à sa faim, ou juste assez pour survivre et en être obsédé.
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LuneLune   03 février 2011
Aujourd'hui à cinquante-six ans, je réponds non à tout. Il m'a fallu plus d'un demi-siècle pour retrouver cette force de caractère que j'avais au début. La force du non. Faut s'entêter. Se tenir debout derrière son refus. Presque rien qui mérite un oui. Trois ou quatre choses au cours d'une vie. Sinon il faut répondre non sans aucune hésitation.
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WolandWoland   03 septembre 2009
[...] ... C'est quand même étonnant cette absence de la faim comme thématique qui pourrait intéresser les artistes en quête de sujet. Très peu de romans, de pièces de théâtre, d'opéras ou de ballets ont la faim comme thème central. Et pourtant il y a aujourd'hui un milliard d'affamés de par le monde. Est-ce un sujet trop dur ? On exploite bien la guerre, les épidémies, la mort sous toutes formes possibles. Est-ce un sujet trop cru ? Le sexe s'étale sur tous les écrans de la planète. Alors pourquoi ? Parce que cela ne concerne que des gens sans pouvoir d'achat. L'affamé ne lit pas, ne va pas au musée, ne danse pas. Il attend de crever.

La nourriture est la plus terrifiante des drogues. On y revient toujours : pour certains au moins trois fois par jour, pour d'autres une fois de temps en temps. Gary Victor [autre auteur haïtien] m'a dit qu'il n'a pas connu la grande famine. Moi non plus. Ce qui nous a donné le sentiment qu'on ne sera jamais l'auteur du grand roman haïtien dont le sujet ne peut être que la faim. Roumain l'avait effleuré en faisant de la sécheresse le thème de Gouverneurs de la Rosée. La sécheresse c'est la soif. La terre qui a soif. Je parle de l'homme qui a faim. Bien sûr que la terre nourrit l'homme. J'ai tenté de le consoler en évoquant des sujets peut-être aussi intéressants comme l'exil, mais ça ne fait pas le poids face à l'homme qui a faim. Victor m'a quitté avec une certaine tristesse dans les yeux. ... [...]
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SachenkaSachenka   12 janvier 2018
C'est quand même étonnant, cette absence de la faim comme thématique qui pourrait intéresser les artistes toujours en quête de sujets. Très peu de romans, de pièces de théâtre, d'opéras ou de ballets ont la faim comme thème central. Et pourtant il y a aujourd'hui un milliard d'affamés dans le monde. Est-ce un sujet trop dur? On exploite bien la guerre, les épidémies, la mort sous toutes les formes possibles. Est-ce un sujet trop cru? Le sexe s'étale sur tous les écrans de la planète. Alors pourquoi? Parce que cela ne concerne que des gens sans pouvoir d'achat. L'affamé ne lit pas, ne va pas au musée, ne danse pas. Il attend de crever.
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SachenkaSachenka   14 décembre 2017
Quand j'ai acheté ma vieille Remington 22, il y a un quart de siècle, je l'ai fait pour adopter un nouveau style. Plus rude, plus dru qu'avant. Écrire à la main me semblait trop littéraire. Je voulais être un écrivain rock. Un écrivain de l'ère de la machine. Les mots m'intéressaient moins que le bruit du clavier. J'avais cette énergie à revendre. Dans l'étroite chambre de la rue Saint-Denis, je passais mon temps à taper comme un dératé dans la pénombre. Je travaillais, les fenêtres fermées, torse nu dans la fournaise de l'été. Avec une bouteille de mauvais vin au pied de la table.
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Vidéo de Dany Laferrière
Comme chaque année le 12 août, les libraires encouragent les lecteurs à acheter un livre québécois. Pour l'occasion, entrevue avec l'écrivain et membre de l’Académie française Dany Laferrière pour parler de littérature .
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