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ISBN : 2246748917
Éditeur : Grasset (02/09/2009)
  Existe en édition audio

Note moyenne : 3.92/5 (sur 326 notes)
Résumé :
Un jeune homme de vingt-trois ans a quitté son pays de façon précipitée. Un homme épuisé y retourne, trente-trois ans plus tard. Le jeune homme est passé de l’étouffante chaleur de Port-au-Prince à l’interminable hiver de Montréal. Du Sud au Nord. De la jeunesse à l’âge mûr. Entre ces deux pôles se trouve coincé le temps pourri de l’exil.

Une nuit, un coup de fil lui apprend le décès de son père à New York. Ce père qu’il n’a pratiquement vu qu’en pho... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (55) Voir plus Ajouter une critique
palamede
  04 novembre 2017
Il y a bien longtemps qu'il a fui la dictature d'Haïti, comme son père avant lui. Trente ans exactement qu'il a quitté la chaleur de son île pour les froideurs du Canada. Aujourd'hui s'il est de retour, c'est pour annoncer à sa mère qu'il vient d'enterrer son père à New York.
Sur les traces de ce père, qu'il n'avait pas revu car il avait refusé de lui ouvrir sa porte, il rencontre les anciens amis du vieil homme devenu fou par l'exil forcé. Il redécouvre son pays natal, ses couleurs, ses odeurs. Un pays où plus rien n'est comme avant, où il se pense en déraciné, ni d'ici, ni d'ailleurs, mais qui, malgré sa misère et sa violence, incarne toujours pour lui la beauté du monde.
Nostalgique, poétique et envoûtant, Dany Laferrière évoque magnifiquement les affres de l'exil et la sagesse d'un peuple, qui, en dépit de la dureté des épreuves subies, a su garder espoir. Une oeuvre forte, fascinante, bouleversante.
Commenter  J’apprécie          590
carre
  10 juin 2012
Dany Laferrière signe un livre magnifique sur l'exil. Un homme à la mort de son père, renoue avec son pays (pour annoncer le décès de son père à son mère) et subit le choc frontal de revoir celui-ci moribond, ou la désespérance est aussi présente que l'abondance dans les pays occidentaux. C'est le retour aussi vers le passé, lui expatrié au Canada depuis une trentaine d'années. Laferrière livre une oeuvre ambitieuse, touchante, montrant comment lui a vécu cette séparation de coeur et de sang. L'image d'un peuple auquel on a brisé l'espoir, plongé dans une misère au delà de l'imaginable mais que ni les Duvalier ni les tontons macoutes n'ont pu leurs ôter : la sagesse et la dignité. La poésie de Laferrière pourrait alourdir la force de son texte, on contraire il en devient sa force. Un voyage magnifié par un auteur devenu majeur.
Commenter  J’apprécie          450
Myriam3
  19 juillet 2015
Un homme en exil depuis trente ans apprend la mort de son père. Il prend la route, "sans destination, comme ma vie à partir de maintenant".
Dany Laferrière rentre ainsi en Haïti, enfin, pour apprendre lui-même la nouvelle à sa mère.
Mise en abyme du père et du fils, tous les deux exilés à une quinzaine d'années d'intervalles, l'un sous la dictature de Papa Doc, le second sous celle de Bébé Doc. Il ne reverra jamais ce père dont il ne se souvient pas, dont il scrute les quelques photos qu'il a de lui pour le connaître un peu. Puis, un jour, il frappe à sa porte, à New York. le vieil homme refuse d'ouvrir, il est trop tard pour qu'ils se retrouvent. Quelles souffrances et quelle solitude a dû ressentir cet homme dans ce pays d'exil livré à la glace?
Dany Laferrière retrouve donc son pays natal mais également celui de son père dont il suit les traces, rencontrant ses anciens compagnons, découvrant le Haïti contemporain, ses riches et ses pauvres, sa jeunesse perdue, désillusionnée, coincée là. Nouvelle mise en abyme, son neveu cette fois, nommé Dany Laferrière également et rêvant de devenir écrivain... celui-ci le suit dans son voyage et lui soumet ses doutes.
Laferrière construit un récit poétique et symbolique autour de la quête et l'introspection, dans une écriture souvent à fleur de peau, au plus près du ressenti. Culpabilité de l'exilé qui s'est enfui, laissant sa mère deux fois abandonnée et sa soeur, confrontation des trois temps de la vie et lui, aujourd'hui, homme mûr refusant toute concession pour ne pas avoir à être amer.
Ce roman marque sans doute un tournant dans son oeuvre: s'il évoquait le Québec ou les Etats-Unis comme ses pays d'adoption, Haïti était le pays de la mémoire sensuelle et sensorielle. Après ce retour éprouvant aux origines, dans L'Enigme du Retour, Dany Laferrière y retournera plusieurs fois, comme si un verrou avait cédé; dans Tout Bouge autour de Moi, Haïti n'a plus rien de mystérieux mais est ce pays vivant, réel, victime d'un séisme tragique.
Un beau roman, beaucoup plus grave et poétique que ceux que j'ai lus jusqu'ici de cet auteur que j'aime beaucoup.
Lien : http://pourunmot.blogspot.fr..
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Lilou08
  24 novembre 2014
Cela fait longtemps que j'ai dans l'idée de lire Dany Laferrière… Sa vie est entremêlée à deux pays qui me touchent… bien sûr et avant tout par le Québec, pays si cher à mon coeur… et Haïti, pays que j'ai deviné, senti quand je suis allée en République Dominicaine, toute proche… Et puis, tout de même, il est entré à l'Académie Française…. je pouvais donc imaginer qu'il écrit bien.
Et oui, il écrit bien, même très bien. Ça a été un réel plaisir de le lire, même si au début j'ai été un petit peu déroutée par sa manière de le faire… souvent à la lisière de la poésie, des paragraphes courts, entrecoupés de récits plus longs, plus classiques… mais avec un charme qui m'a envouté très rapidement. Ce n'est pas du tout comme Gabriel Garcia Marquez, mais il y a tout de même un petit quelque chose dans la manière de parler de la réalité, de façon, parfois, souvent un peu décalée… un pied dans le réel, un autre dans l'imaginaire, dans les étoiles… son écriture est parcourue par un même souffle épique, différent… il y a aussi une certaine proximité avec la mort, le passé…. j'ai beaucoup aimé me laisser embarquer dans son écriture, me laisser prendre par ses mots qui par moments sont de vraies pépites d'émotion.
Il sait très bien parler de son état d'exilé au Québec, du décalage entre l'homme du sud et les grands froids de l'hiver canadien… de son état de « choc » à l'annonce du décès de son père qu'il ne connait pas tant que ça, finalement… il se rend à son enterrement à Manhattan puis prend le chemin du retour, 33 ans après, vers son pays natal, Haïti pour annoncer le décès de son père à sa mère restée au pays. En douceur.
Retour vers ses racines, sa mère, sa soeur, sa famille, ses amis, ses souvenirs… retour étrange, ambigu,… impressions de se sentir étranger dans son propre pays. Et à l'inverse, Montréal lui manque… Où est sa véritable identité ?
Voyage intime, passionnant d'un homme à la recherche de lui-même. Eclairages également sur un pays pauvre, très pauvre, officiellement sorti de la dictature, mais dans la réalité, qu'en est-il ? La vie dans ce petit bout d'île est-elle un éternel recommencement avec son neveu qui pense à partir lui aussi et à écrire…
Un livre que j'ai lu rapidement et que j'ai beaucoup aimé. Si vous voulez découvrir Dany Laferrière je vous le conseille vivement.
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Woland
  03 septembre 2009
Avant tout, nous rappelons que Babelio a décidé de s'associer à un projet ambitieux : chroniquer l'ensemble des romans de la rentrée littéraire. Vous retrouverez donc aussi cette chronique sur le site "Chroniques de la rentrée littéraire" qui regroupe l'ensemble des chroniques réalisées dans le cadre de l'opération.
Nous remercions les Editions Grasset qui nous ont gracieusement expédié cette "'Enigme du Retour" de Dany Laferrière, roman-chronique que nous détaillons ci-après.
Perdu dans les neiges de Montréal, où il s'est réinstallé en 2002 après avoir vécu un temps en Floride, l'auteur haïtien Dany Laferrière apprend le décès d'un homme dont le souvenir ne survit en lui que par les photos et les récits d'autrui : son père. Après l'enterrement, il prend son bâton de pélerin et rejoint Haïti pour y retrouver le disparu - et aussi se retrouver lui-même.
Car leur destin est similaire et celui du père a influé de manière déterminante sur celui de ce fils qu'il n'a pourtant pratiquement pas connu. Menacé par les sbires de François Duvalier (surnommé "Papa Doc" par les autochtones), le père a pris le chemin de l'exil, renonçant à une vie de chien couchant, stable mais humiliante et dépourvue du droit à la parole, pour celle, plus compliquée et infiniment solitaire, de l'homme qui entend vivre et mourir debout. Redoutant la vengeance de Duvalier, la mère de Dany Laferrière, qui vivait à Pointe-à-Pitre, s'est alors séparée de son fils, qu'elle a expédié à Petit-Goâve, chez sa propre mère, la grand-mère Da à qui l'écrivain a si souvent rendu hommage dans ses livres.
A onze ans, l'enfant réintègre le foyer maternel pour entamer ses études secondaires et, bon chien chassant de race, il emprunte, en devenant adulte, la voie droite, royale, mais semée d'embûches sur laquelle, un jour, son père s'était évanoui ainsi que disparaissent au chant du coq les visions du vaudou.
Et ce qui devait arriver arriva : après l'assassinat d'un ami journaliste par les Tontons Macoute qui, entretemps, étaient passés au service du fils du dictateur, Bébé Doc, à son tour, sans prévenir personne d'autre que sa mère, Dany Laferrière se laissa engloutir par le vaste monde, disant un adieu qu'il croyait définitif à Haïti, son soleil, ses goyaves et la poussière de ses cimetières que hante depuis toujours le Baron Samedi.
Dans "L'Enigme du Retour" - dont le titre fait peut-être écho à "L'Enigme de l'Arrivée", de V.S. Naipaul, auteur britannique né, lui aussi, dans les Caraïbes - Laferrière dépeint l'errance et l'instabilité qui l'habitent, la déchirure qui marque en lui la frontière entre son "Moi" enraciné à Haïti, amoureux du soleil malgré la misère ambiante et les horreurs de la dictature, et son "Moi" exilé qui, bien que vitupérant le colonialisme, ne peut s'empêcher de sourire avec ironie lorsque son jeune neveu, qui n'a jamais quitté son île, évoque Montréal comme il parlerait de l'Eldorado.
L'action est ici pratiquement nulle, l'auteur se promène et se souvient, nous conviant à visiter son Haïti à lui, avec sa chaleur écrasante, ses bidonvilles immuables, ses paysans qui attendent, son vaudou - qui semble d'ailleurs aussi mystérieux pour Laferrière qu'il le serait pour n'importe quel Européen - et son passé - ce passé dont le pays ne parvient pas à se débarrasser.
Le style est très simple, les phrases courtes ont parfois des airs - vrais ou faux, je n'ai pas su le démêler - de vers libres. La pudeur est au rendez-vous toutes les fois que l'écrivain évoque ce père avec qui il aurait voulu jouer, grandir et partager son exil.
Un seul bémol - oui, je vais oser car j'ai mes convictins, moi aussi ;o) : il est pénible de voir un homme aussi intelligent et aussi sensible que Danny Laferrière raisonner comme si l'Occident, et l'Occident seul, avait inventé la colonisation et l'esclavage.
En tant qu'Occidentale et Française d'origine espagnole et portugaise, j'admets sans problème la responsabilité occidentale dans le destin passé et actuel d'Haïti. Mais l'esclavage existait chez les peuples les plus anciens et, si l'on veut traiter la question avec un maximum d'impartialité, il convient de ne pas passer sous silence les pratiques des Arabo-musulmans en Afrique, et ceci dès le VIIème siècle de notre ère au moins. (Cf. à ce propos l'excellent ouvrage de Jacques Heers : "Les Négriers en Terre d'Islam.")* Sans oublier la complicité des chefs africains qui pratiquaient eux-mêmes l'esclavage. Quant au colonialisme ... le premier homme des cavernes qui a décidé de s'emparer des terres du clan voisin est celui qui l'a inventé : était-il blanc, était-il noir, était-il rose à pois bleus ? Qu'en saurons-nous jamais ? L'être humain peut avoir différentes couleurs de peau : mais l'instinct de profit, lui, est universel.
Malgré cette divergence, j'ai suffisamment apprécié "L'Enigme du Retour" pour en recommander la lecture, tout particulièrement à celles et ceux qui n'ont pas pu vivre tout ce qu'ils auraient voulu vivre avec leur père disparu.
* : Autre ouvrage à lire sur la question : "Esclaves chrétiens, maîtres musulmans", de Robert C. Davis, qui traite le sujet de 1500 à 1800 en Mer Méditerranée. Ca remet les idées en place."
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Citations et extraits (115) Voir plus Ajouter une citation
SachenkaSachenka   10 janvier 2018
[...] Gary Victor sort chaque fois de son chapeau un roman plein de diables, de voleurs, de zombies, d'esprits moqueurs et de bandes carnavalesques aux couleurs riantes d'un tableau naïf. Mais si chargé d'obsessions qu'à la fin ça devient aussi noir qu'un cauchemar d'adolescent. J'ai discuté un moment avec lui de ce que pourrait être le sujet du grand roman haïtien. On a d'abord passé en revue les obsessions des autres peuples. Pour les Nord-Américains, on a pensé que c'était l'espace (le Far West, la conquête de la Lune, la route 66). Pour les Sud-Américais, c'est le temps (Cent Ans de solitude). Pour les Européens, c'est la guerre (deux guerres mondiales en un siècle, ça marque un esprit). Pour nous, c'est la faim. Le problème, m'a dit Victor, c'est qu'il est difficile d'en parler si on ne l'a pas connue. Et ceux qui l'ont vu de près ne sont pas forcément des écrivains. On ne parle pas d'avoir faim parce qu'on n'a pas mangé depuis un moment. On parle de quelqu'un qui de tout temps n'a jamais mangé à sa faim, ou juste assez pour survivre et en être obsédé.
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WolandWoland   03 septembre 2009
[...] ... C'est quand même étonnant cette absence de la faim comme thématique qui pourrait intéresser les artistes en quête de sujet. Très peu de romans, de pièces de théâtre, d'opéras ou de ballets ont la faim comme thème central. Et pourtant il y a aujourd'hui un milliard d'affamés de par le monde. Est-ce un sujet trop dur ? On exploite bien la guerre, les épidémies, la mort sous toutes formes possibles. Est-ce un sujet trop cru ? Le sexe s'étale sur tous les écrans de la planète. Alors pourquoi ? Parce que cela ne concerne que des gens sans pouvoir d'achat. L'affamé ne lit pas, ne va pas au musée, ne danse pas. Il attend de crever.

La nourriture est la plus terrifiante des drogues. On y revient toujours : pour certains au moins trois fois par jour, pour d'autres une fois de temps en temps. Gary Victor [autre auteur haïtien] m'a dit qu'il n'a pas connu la grande famine. Moi non plus. Ce qui nous a donné le sentiment qu'on ne sera jamais l'auteur du grand roman haïtien dont le sujet ne peut être que la faim. Roumain l'avait effleuré en faisant de la sécheresse le thème de Gouverneurs de la Rosée. La sécheresse c'est la soif. La terre qui a soif. Je parle de l'homme qui a faim. Bien sûr que la terre nourrit l'homme. J'ai tenté de le consoler en évoquant des sujets peut-être aussi intéressants comme l'exil, mais ça ne fait pas le poids face à l'homme qui a faim. Victor m'a quitté avec une certaine tristesse dans les yeux. ... [...]
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LuneLune   03 février 2011
Aujourd'hui à cinquante-six ans, je réponds non à tout. Il m'a fallu plus d'un demi-siècle pour retrouver cette force de caractère que j'avais au début. La force du non. Faut s'entêter. Se tenir debout derrière son refus. Presque rien qui mérite un oui. Trois ou quatre choses au cours d'une vie. Sinon il faut répondre non sans aucune hésitation.
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SachenkaSachenka   12 janvier 2018
C'est quand même étonnant, cette absence de la faim comme thématique qui pourrait intéresser les artistes toujours en quête de sujets. Très peu de romans, de pièces de théâtre, d'opéras ou de ballets ont la faim comme thème central. Et pourtant il y a aujourd'hui un milliard d'affamés dans le monde. Est-ce un sujet trop dur? On exploite bien la guerre, les épidémies, la mort sous toutes les formes possibles. Est-ce un sujet trop cru? Le sexe s'étale sur tous les écrans de la planète. Alors pourquoi? Parce que cela ne concerne que des gens sans pouvoir d'achat. L'affamé ne lit pas, ne va pas au musée, ne danse pas. Il attend de crever.
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SachenkaSachenka   14 décembre 2017
Quand j'ai acheté ma vieille Remington 22, il y a un quart de siècle, je l'ai fait pour adopter un nouveau style. Plus rude, plus dru qu'avant. Écrire à la main me semblait trop littéraire. Je voulais être un écrivain rock. Un écrivain de l'ère de la machine. Les mots m'intéressaient moins que le bruit du clavier. J'avais cette énergie à revendre. Dans l'étroite chambre de la rue Saint-Denis, je passais mon temps à taper comme un dératé dans la pénombre. Je travaillais, les fenêtres fermées, torse nu dans la fournaise de l'été. Avec une bouteille de mauvais vin au pied de la table.
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Vidéo de Dany Laferrière
Il est le plus haïtien des Canadiens et le plus québécois des Académiciens français ! Dany Laferrière relève le défi du grand entretien et l?on peut s?attendre à ce qu?on ne s?ennuie pas au cours de cette soirée? Car ce spécialiste mondial de la sieste, qui n?aime rien tant que lire ses auteurs favoris confortablement installé dans sa baignoire et enseigner « l?art de regarder ailleurs », sait capter comme personne le monde tel qu?il va. Son éclectisme est sans limite, sa curiosité aussi : « Pour devenir écrivain, dit-il, le caractère est plus important que le talent ».
Né en 1953 à Haïti, Dany Laferrière quitte son pays natal pour l?Amérique du Nord en raison de la situation politique. En 1985, il publie Comment faire l?amour à un nègre sans se fatiguer, qui le révèle au public. Ce livre, comme d?autres (Le Goût des jeunes filles, Vers le sud?), sera adapté au cinéma. Les neuf romans qui vont suivre forment ce que Dany Laferrière appelle « une autobiographie américaine ». En 2009, il obtient le prix Médicis pour L?Énigme du retour où il raconte sa relation à Haïti après trente ans d?exil. Il vient de faire paraître un incroyable roman dessiné dont il signe les illustrations et calligraphie les textes, Autoportrait de Paris avec chat. Son narrateur (qui lui ressemble) y déambule dans Paris, une ville de littérature devenue espace de fiction où Borges converse avec Montaigne et Villon rappe avec Doc Gynéco?
Accompagné par son éditrice, Laure Leroy, celui qui écrivait en 2015 dans son discours de réception à l?Académie française « C?est un étrange animal que celui qui vit hors de sa terre natale. Sa condition d?exilé lui permet d?ourdir une littérature qui n?est ni tout à fait de là-bas, ni tout à fait d?ici, et c?est là tout son intérêt » pourrait bien ce soir nous offrir une grande leçon de vie et de littérature.
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