AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizForum
Rejoignez Babelio pour découvrir vos prochaines lectures
ISBN : 2246748917
Éditeur : Grasset (02/09/2009)
  Existe en édition audio

Note moyenne : 3.91/5 (sur 278 notes)
Résumé :
Un jeune homme de vingt-trois ans a quitté son pays de façon précipitée. Un homme épuisé y retourne, trente-trois ans plus tard. Le jeune homme est passé de l’étouffante chaleur de Port-au-Prince à l’interminable hiver de Montréal. Du Sud au Nord. De la jeunesse à l’âge mûr. Entre ces deux pôles se trouve coincé le temps pourri de l’exil.

Une nuit, un coup de fil lui apprend le décès de son père à New York. Ce père qu’il n’a pratiquement vu qu’en pho... >Voir plus
Acheter ce livre sur

AmazonFnacPriceministerLeslibraires.frGoogle
Critiques, Analyses & Avis (49) Voir plus Ajouter une critique
carre
10 juin 2012
Dany Laferrière signe un livre magnifique sur l'exil. Un homme à la mort de son père, renoue avec son pays (pour annoncer le décès de son père à son mère) et subit le choc frontal de revoir celui-ci moribond, ou la désespérance est aussi présente que l'abondance dans les pays occidentaux. C'est le retour aussi vers le passé, lui expatrié au Canada depuis une trentaine d'années. Laferrière livre une oeuvre ambitieuse, touchante, montrant comment lui a vécu cette séparation de coeur et de sang. L'image d'un peuple auquel on a brisé l'espoir, plongé dans une misère au delà de l'imaginable mais que ni les Duvalier ni les tontons macoutes n'ont pu leurs ôter : la sagesse et la dignité. La poésie de Laferrière pourrait alourdir la force de son texte, on contraire il en devient sa force. Un voyage magnifié par un auteur devenu majeur.
Commenter  J’apprécie          430
Myriam3
19 juillet 2015
Un homme en exil depuis trente ans apprend la mort de son père. Il prend la route, "sans destination, comme ma vie à partir de maintenant".
Dany Laferrière rentre ainsi en Haïti, enfin, pour apprendre lui-même la nouvelle à sa mère.
Mise en abyme du père et du fils, tous les deux exilés à une quinzaine d'années d'intervalles, l'un sous la dictature de Papa Doc, le second sous celle de Bébé Doc. Il ne reverra jamais ce père dont il ne se souvient pas, dont il scrute les quelques photos qu'il a de lui pour le connaître un peu. Puis, un jour, il frappe à sa porte, à New York. le vieil homme refuse d'ouvrir, il est trop tard pour qu'ils se retrouvent. Quelles souffrances et quelle solitude a dû ressentir cet homme dans ce pays d'exil livré à la glace?
Dany Laferrière retrouve donc son pays natal mais également celui de son père dont il suit les traces, rencontrant ses anciens compagnons, découvrant le Haïti contemporain, ses riches et ses pauvres, sa jeunesse perdue, désillusionnée, coincée là. Nouvelle mise en abyme, son neveu cette fois, nommé Dany Laferrière également et rêvant de devenir écrivain... celui-ci le suit dans son voyage et lui soumet ses doutes.
Laferrière construit un récit poétique et symbolique autour de la quête et l'introspection, dans une écriture souvent à fleur de peau, au plus près du ressenti. Culpabilité de l'exilé qui s'est enfui, laissant sa mère deux fois abandonnée et sa soeur, confrontation des trois temps de la vie et lui, aujourd'hui, homme mûr refusant toute concession pour ne pas avoir à être amer.
Ce roman marque sans doute un tournant dans son oeuvre: s'il évoquait le Québec ou les Etats-Unis comme ses pays d'adoption, Haïti était le pays de la mémoire sensuelle et sensorielle. Après ce retour éprouvant aux origines, dans L'Enigme du Retour, Dany Laferrière y retournera plusieurs fois, comme si un verrou avait cédé; dans Tout Bouge autour de Moi, Haïti n'a plus rien de mystérieux mais est ce pays vivant, réel, victime d'un séisme tragique.
Un beau roman, beaucoup plus grave et poétique que ceux que j'ai lus jusqu'ici de cet auteur que j'aime beaucoup.
Lien : http://pourunmot.blogspot.fr..
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          330
Woland
03 septembre 2009
Avant tout, nous rappelons que Babelio a décidé de s'associer à un projet ambitieux : chroniquer l'ensemble des romans de la rentrée littéraire. Vous retrouverez donc aussi cette chronique sur le site "Chroniques de la rentrée littéraire" qui regroupe l'ensemble des chroniques réalisées dans le cadre de l'opération.
Nous remercions les Editions Grasset qui nous ont gracieusement expédié cette "'Enigme du Retour" de Dany Laferrière, roman-chronique que nous détaillons ci-après.
Perdu dans les neiges de Montréal, où il s'est réinstallé en 2002 après avoir vécu un temps en Floride, l'auteur haïtien Dany Laferrière apprend le décès d'un homme dont le souvenir ne survit en lui que par les photos et les récits d'autrui : son père. Après l'enterrement, il prend son bâton de pélerin et rejoint Haïti pour y retrouver le disparu - et aussi se retrouver lui-même.
Car leur destin est similaire et celui du père a influé de manière déterminante sur celui de ce fils qu'il n'a pourtant pratiquement pas connu. Menacé par les sbires de François Duvalier (surnommé "Papa Doc" par les autochtones), le père a pris le chemin de l'exil, renonçant à une vie de chien couchant, stable mais humiliante et dépourvue du droit à la parole, pour celle, plus compliquée et infiniment solitaire, de l'homme qui entend vivre et mourir debout. Redoutant la vengeance de Duvalier, la mère de Dany Laferrière, qui vivait à Pointe-à-Pitre, s'est alors séparée de son fils, qu'elle a expédié à Petit-Goâve, chez sa propre mère, la grand-mère Da à qui l'écrivain a si souvent rendu hommage dans ses livres.
A onze ans, l'enfant réintègre le foyer maternel pour entamer ses études secondaires et, bon chien chassant de race, il emprunte, en devenant adulte, la voie droite, royale, mais semée d'embûches sur laquelle, un jour, son père s'était évanoui ainsi que disparaissent au chant du coq les visions du vaudou.
Et ce qui devait arriver arriva : après l'assassinat d'un ami journaliste par les Tontons Macoute qui, entretemps, étaient passés au service du fils du dictateur, Bébé Doc, à son tour, sans prévenir personne d'autre que sa mère, Dany Laferrière se laissa engloutir par le vaste monde, disant un adieu qu'il croyait définitif à Haïti, son soleil, ses goyaves et la poussière de ses cimetières que hante depuis toujours le Baron Samedi.
Dans "L'Enigme du Retour" - dont le titre fait peut-être écho à "L'Enigme de l'Arrivée", de V.S. Naipaul, auteur britannique né, lui aussi, dans les Caraïbes - Laferrière dépeint l'errance et l'instabilité qui l'habitent, la déchirure qui marque en lui la frontière entre son "Moi" enraciné à Haïti, amoureux du soleil malgré la misère ambiante et les horreurs de la dictature, et son "Moi" exilé qui, bien que vitupérant le colonialisme, ne peut s'empêcher de sourire avec ironie lorsque son jeune neveu, qui n'a jamais quitté son île, évoque Montréal comme il parlerait de l'Eldorado.
L'action est ici pratiquement nulle, l'auteur se promène et se souvient, nous conviant à visiter son Haïti à lui, avec sa chaleur écrasante, ses bidonvilles immuables, ses paysans qui attendent, son vaudou - qui semble d'ailleurs aussi mystérieux pour Laferrière qu'il le serait pour n'importe quel Européen - et son passé - ce passé dont le pays ne parvient pas à se débarrasser.
Le style est très simple, les phrases courtes ont parfois des airs - vrais ou faux, je n'ai pas su le démêler - de vers libres. La pudeur est au rendez-vous toutes les fois que l'écrivain évoque ce père avec qui il aurait voulu jouer, grandir et partager son exil.
Un seul bémol - oui, je vais oser car j'ai mes convictins, moi aussi ;o) : il est pénible de voir un homme aussi intelligent et aussi sensible que Danny Laferrière raisonner comme si l'Occident, et l'Occident seul, avait inventé la colonisation et l'esclavage.
En tant qu'Occidentale et Française d'origine espagnole et portugaise, j'admets sans problème la responsabilité occidentale dans le destin passé et actuel d'Haïti. Mais l'esclavage existait chez les peuples les plus anciens et, si l'on veut traiter la question avec un maximum d'impartialité, il convient de ne pas passer sous silence les pratiques des Arabo-musulmans en Afrique, et ceci dès le VIIème siècle de notre ère au moins. (Cf. à ce propos l'excellent ouvrage de Jacques Heers : "Les Négriers en Terre d'Islam.")* Sans oublier la complicité des chefs africains qui pratiquaient eux-mêmes l'esclavage. Quant au colonialisme ... le premier homme des cavernes qui a décidé de s'emparer des terres du clan voisin est celui qui l'a inventé : était-il blanc, était-il noir, était-il rose à pois bleus ? Qu'en saurons-nous jamais ? L'être humain peut avoir différentes couleurs de peau : mais l'instinct de profit, lui, est universel.
Malgré cette divergence, j'ai suffisamment apprécié "L'Enigme du Retour" pour en recommander la lecture, tout particulièrement à celles et ceux qui n'ont pas pu vivre tout ce qu'ils auraient voulu vivre avec leur père disparu.
* : Autre ouvrage à lire sur la question : "Esclaves chrétiens, maîtres musulmans", de Robert C. Davis, qui traite le sujet de 1500 à 1800 en Mer Méditerranée. Ca remet les idées en place."
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          80
Lilou08
24 novembre 2014
Cela fait longtemps que j'ai dans l'idée de lire Dany Laferrière… Sa vie est entremêlée à deux pays qui me touchent… bien sûr et avant tout par le Québec, pays si cher à mon coeur… et Haïti, pays que j'ai deviné, senti quand je suis allée en République Dominicaine, toute proche… Et puis, tout de même, il est entré à l'Académie Française…. je pouvais donc imaginer qu'il écrit bien.
Et oui, il écrit bien, même très bien. Ça a été un réel plaisir de le lire, même si au début j'ai été un petit peu déroutée par sa manière de le faire… souvent à la lisière de la poésie, des paragraphes courts, entrecoupés de récits plus longs, plus classiques… mais avec un charme qui m'a envouté très rapidement. Ce n'est pas du tout comme Gabriel Garcia Marquez, mais il y a tout de même un petit quelque chose dans la manière de parler de la réalité, de façon, parfois, souvent un peu décalée… un pied dans le réel, un autre dans l'imaginaire, dans les étoiles… son écriture est parcourue par un même souffle épique, différent… il y a aussi une certaine proximité avec la mort, le passé…. j'ai beaucoup aimé me laisser embarquer dans son écriture, me laisser prendre par ses mots qui par moments sont de vraies pépites d'émotion.
Il sait très bien parler de son état d'exilé au Québec, du décalage entre l'homme du sud et les grands froids de l'hiver canadien… de son état de « choc » à l'annonce du décès de son père qu'il ne connait pas tant que ça, finalement… il se rend à son enterrement à Manhattan puis prend le chemin du retour, 33 ans après, vers son pays natal, Haïti pour annoncer le décès de son père à sa mère restée au pays. En douceur.
Retour vers ses racines, sa mère, sa soeur, sa famille, ses amis, ses souvenirs… retour étrange, ambigu,… impressions de se sentir étranger dans son propre pays. Et à l'inverse, Montréal lui manque… Où est sa véritable identité ?
Voyage intime, passionnant d'un homme à la recherche de lui-même. Eclairages également sur un pays pauvre, très pauvre, officiellement sorti de la dictature, mais dans la réalité, qu'en est-il ? La vie dans ce petit bout d'île est-elle un éternel recommencement avec son neveu qui pense à partir lui aussi et à écrire…
Un livre que j'ai lu rapidement et que j'ai beaucoup aimé. Si vous voulez découvrir Dany Laferrière je vous le conseille vivement.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          143
Herve-Lionel
28 février 2014
N°709 - Décembre 2013.
L'ENIGME DU RETOURDany Laferrière – Grasset.[Prix Médicis 2009]
Avec l'élection du Canadien (Québécois) d'origine haïtienne Dany Laferrière en décembre 2013, L Académie Française s'ouvre à la francophonie. Ce n'est d'ailleurs pas vraiment une nouveauté puisqu'elle avait déjà accueilli en son sein Marguerite Yourcenar qui fut la première femme académicienne et plus récemment Mickaël Edwards (La Feuille Volante n° 629). Il est en effet légitime que cette institution qui oeuvre pour la défense de la langue française et pour sa culture ouvre ses portes à ceux qui, hors de nos frontières, la diffuse et la serve si bien.
Avec « L'énigme du retour »Dany Laferrière raconte son retour à Port au Prince, sa ville natale qu'il avait dû fuir à l'âge de 23 ans pour échapper à la dictature qui sévissait dans son pays comme son père l'avait fait avant lui. Il était parti sans avertir les siens, « sans se retourner » et parlera de cela dans « Le cri des oiseaux fous ». de cet homme qui vient de s'éteindre à New-York dans le plus grand dénuement solitaire, il ne connaît que des photos [« Je pense à un mort de qui je n'ai pas tous les trais du visage en tête »]et il doit l'annoncer à sa mère restée au pays, comme un coup de fil l'en a informé, une nuit. Il prend donc la route pour assister à ses funérailles américaines.
L'annonce de cette mort pourtant inévitable le bouleverse au point qu'il part et refait donc à l'envers le chemin fait, trente trois ans plus tôt mais sans le corps de ce père qui ne retrouvera jamais sa terre natale. Ce seront donc des funérailles sans cercueil, c'est seulement l'esprit de son père qu'il rapporte avec lui et qu'il retrouve en rencontrant ses anciens amis, ceux qui vivent encore dans son souvenir. Il prend pourtant beaucoup de précautions pour annoncer à cette femme qui s'est réfugiée dans la prière et la religion la mort de son mari. En réaction, elle chante et danse sa tristesse. Pourtant il retrouve Haïti, son climat et la beauté de ses femmes dont il parle si bien (il évoque avec des mots simples leur nuque fragile et leur corps gracile, parle avec émotion des rêves qu'il faisait étant enfant quand il pénétrait en songe dans la chambre des filles dont il était amoureux pour les regarder dormir), le syncrétisme entre le christianisme et le vaudou (ainsi cet homme qui entreprend une conversation avec lui et qui se rend compte au bout de quelque temps qu'ils ne se connaissent pas et disparaît dans la pénombre, sa mère n'y voit rien d'autre qu'un mort), le kidnapping, la violence, le sexe, la corruption, les meurtres, des disparités sociales mais un pays qui n'est plus le sien, un pays où le régime certes a changé mais qui est peut-être le même que sous la dictature et qu'il ne le reconnaît pas malgré ses efforts [« Les images d'hier cherchent sans cesse à se superposer sur celles d'aujourd'hui, je navigue dans deux temps »]. Il constate seulement un fait mais entre les lignes on sent quand même quelques regrets. Au Canada il n'en retrouvait la douceur que dans l'eau chaude de sa baignoire où il « se recroqueville comme dans un ventre rempli d'eau » et compare malgré lui son soleil, sa misère et les horreurs de la dictature au froid et à la sécurité du Canada qui ne sera jamais pour lui qu'une terre d'exil [«Je suis conscient d'être dans un monde à l'opposé du mien. le feu du sud croisant la glace du nord fait une mer tempérée de larmes »]. Il ne peut s'empêcher de sourire quand son neveu qui porte le même prénom que lui et qui n'a jamais quitté Haïti lui parle du Canada comme d'un véritable Eldorado.
Il prend conscience qu'il n'est plus d'ici (d'ailleurs, après avoir bu un jus de fruit local il est atteint d'une diarrhée comme en ont les touristes, ce qui est plus qu'un symbole) et qu'il ne sera jamais un vrai écrivain haïtien parce qu'il n'a pas connu la faim qui est ici le lot quotidien des pauvres. Quand il tente d'interpeller de jeunes enfants en créole, ils ne le comprennent pas [« C'est là que j'ai compris qu'il ne suffit pas de parler créole pour se métamorphoser en Haïtien »]. Lui qui est devenu journaliste, écrivain, essayiste, n'a plus vraiment de racines, un pied sur son île ensoleillée et l'autre sur le continent glacé, il n'est plus vraiment haïtien mais pas non plus canadien, n'oublie pas de vilipender le colonialisme et il se terre dans une chambre d'un hôtel réservé aux journalistes, comme un étranger pour ne pas donner à sa mère l'illusion qu'ils pourraient vivre de nouveau ensemble, après toutes ces années de séparation. Au vrai, son retour ne se fait pas vraiment incognito et celui qui revient chez lui après une si longue absence est toujours entouré d'une sorte d'aura. Il ne manque pas de gens qui disent le connaître ne serait-ce qu'à cause de son père et d'autres que, malgré lui, il ne reconnaît pas.
Dans cette pérégrination à travers le pays, un peu comme s'il reprenait possession de sa terre quittée plus de trois décennies plus tôt, il entre en communion avec cette grand-mère qui l'a élevé, avec la mémoire de son père à travers ceux qui l'ont connu. A partir des traces de son père, en fait un véritable fantôme, le narrateur fait un parcours initiatique qui se terminera finalement en lui-même et prend conscience qu'il l'a peu connu. Ils ont eu chacun leur dictateur, tout les deux ont eu l'exil en partage, sans retour pour le père et énigmatique pour lui-même. Il n'a pu ramener son corps mais l'esprit paternel l'accompagne[« Il m'a donné naissance , je m'occupe de sa mort. Entre naissance et mort on s'est à peine croisé – Je n'ai aucun souvenir de mon père dont je sois sûr »] Ayant passé une nuit symbolique dans un cimetière où son père ne reposera jamais, il est reconnu comme Legba, un dieu vaudou haïtien à la frontière du visible et de l'invisible et cet hommage posthume rendu à son père avec des mots sera son véritable tombeau.
Ce retour, même s'il est pathétique et peut-être dramatique n'est pas dénué d'humour et à son neveu qui veut devenir écrivain il conseille d'avoir de bonnes fesses parce que, pour écrire, il faut rester longtemps assis ! Son humour un peu caustique s'adresse aussi à lui-même, à son parcours [«Je suis passé en si peu de temps de végétarien forcé à carnivore obligé »] ou même carrément enjoué quand il parle de la dictature de son pays qu'il a fui pour mieux tomber sous celle du Canada qu'est le froid.
Dany Laferrière n'oublie pas qu'il est lui aussi un écrivain qui revendique ses influences, la culture française certes mais aussi l'oeuvre d'Aimé Césaire, le poète de la négritude, mais aussi celui du « Cahier du retour au pays natal » ainsi passe-t-il du statut d'exilé à celui d'écrivain. C'est en cela sans doute que ce retour tant désiré est une énigme, retour à la fois rêvé et désenchanté ou l'imaginaire colorie l'exil dont la réalité et aussi un peu sa notoriété l'excluent de fait de ce pays [« Je sens une distance de plus en plus grande entre la réalité et moi »].
Le style est simple, grave, sur le ton de la confidence et de la pudeur et les vers libres alternent avec une prose faite de phrases courtes, agréables à lire, pas vraiment un roman traditionnel mais une écriture forte, riche, pleine d'émotion, touchante, une petite musique un peu nostalgique, plus un récit autobiographique qu'une véritable fiction romanesque, une somme de réflexions personnelles sur l'exil, sur cette moitié d' île un peu oubliée et sur un peuple qui a perdu tout espoir. Je l'ai ressenti comme un long poème fait de visions factuelles, de scènes quotidiennes qui illustrent si bien cette citation de Victor Ségalen « Voir le monde et l'ayant vu, dire sa vision »
Avec les poèmes de Laferrière je retrouve l'illustration du dérisoire contre l'inacceptable, l'écriture contre la douleur et la mort
©Hervé GAUTIER – Décembre 2013 - http://hervegautier.e-monsite.com
Lien : http://hervegautier.e-monsit..
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          50
Citations & extraits (88) Voir plus Ajouter une citation
WolandWoland03 septembre 2009
[...] ... C'est quand même étonnant cette absence de la faim comme thématique qui pourrait intéresser les artistes en quête de sujet. Très peu de romans, de pièces de théâtre, d'opéras ou de ballets ont la faim comme thème central. Et pourtant il y a aujourd'hui un milliard d'affamés de par le monde. Est-ce un sujet trop dur ? On exploite bien la guerre, les épidémies, la mort sous toutes formes possibles. Est-ce un sujet trop cru ? Le sexe s'étale sur tous les écrans de la planète. Alors pourquoi ? Parce que cela ne concerne que des gens sans pouvoir d'achat. L'affamé ne lit pas, ne va pas au musée, ne danse pas. Il attend de crever.

La nourriture est la plus terrifiante des drogues. On y revient toujours : pour certains au moins trois fois par jour, pour d'autres une fois de temps en temps. Gary Victor [autre auteur haïtien] m'a dit qu'il n'a pas connu la grande famine. Moi non plus. Ce qui nous a donné le sentiment qu'on ne sera jamais l'auteur du grand roman haïtien dont le sujet ne peut être que la faim. Roumain l'avait effleuré en faisant de la sécheresse le thème de Gouverneurs de la Rosée. La sécheresse c'est la soif. La terre qui a soif. Je parle de l'homme qui a faim. Bien sûr que la terre nourrit l'homme. J'ai tenté de le consoler en évoquant des sujets peut-être aussi intéressants comme l'exil, mais ça ne fait pas le poids face à l'homme qui a faim. Victor m'a quitté avec une certaine tristesse dans les yeux. ... [...]
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          100
LuneLune03 février 2011
Aujourd'hui à cinquante-six ans, je réponds non à tout. Il m'a fallu plus d'un demi-siècle pour retrouver cette force de caractère que j'avais au début. La force du non. Faut s'entêter. Se tenir debout derrière son refus. Presque rien qui mérite un oui. Trois ou quatre choses au cours d'une vie. Sinon il faut répondre non sans aucune hésitation.
Commenter  J’apprécie          381
zabeth55zabeth5527 janvier 2012
Le feu du sud croisant
la glace du nord
fait une mer tempérée de larmes
......................
Le galop dans la morne plaine du temps
avant de découvrir
qu'il n'y a dans cette vie
ni nord ni sud
ni père ni fils
et que personne
ne sait vraiment où aller
..............
.La force du non. Faut s'entêter. Se tenir debout derrière son refus. Presque rien qui mérite un oui. Trois ou quatre choses au cours d'une vie. Sinon il faut répondre non sans aucune hésitation.
........................
Il n'y a que dans une banque, une église ou une bibliothèque qu'on trouve cette qualité de silence. Les hommes ne se taisent que devant l'Argent, Dieu et le Savoir - la grande roue qui les écrase.
.........................
Cette valise m'attendait.
Il a fait confiance au réflexe de son fils.
Ce qu'il ne savait pas
(tais-toi donc, on n'apprend rien à un mort)
c'est que le destin ne se transmet pas de père en fils.
cette valise n'appartient qu'à lui,
Le poids de sa vie.
......................
Et l'exil du temps est plus impitoyable
que celui de l'espace.
Mon enfance
me manque plus cruellement que mon pays.
...................................
Ma mère ne se baigne pas
dans le fleuve de l'Histoire.
Mais toutes les histoires individuelles
sont comme des rivières qui la traversent.
Elle conserve dans les replis de son corps
les cristaux de douleur de tous ces gens
que je croise dans les rues depuis mon arrivée
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          50
VALENTYNEVALENTYNE19 août 2016
Du bon usage du sommeil

Je suis rentré tard dans la nuit.
J’ai fait couler un bain.
Je me sens toujours à l’aise dans l’eau.
Un animal aquatique – je le sais.
Par terre, le recueil gondolé de Césaire.
Je m’essuie les mains avant de l’ouvrir.

Je me suis endormi dans la baignoire rose.
Cette vieille fatigue
dont je fais semblant d’ignorer la cause
m’a emporté
vers des territoires inédits.

J’ai dormi ainsi pendant une éternité.
C’était le seul moyen
pour rentrer incognito au pays
avec la vaste nouvelle.
Le cheval de nuit qu’il m’arrive parfois
de monter à midi connaît bien le chemin
qui traverse la savane désolée.
Le galop dans la morne plaine du temps
avant de découvrir
qu’il n’y a dans cette vie
ni nord ni sud
ni père ni fils
et que personne
ne sait vraiment où aller.

On peut bâtir sa maisonnette
sur le flanc d’une montagne.
Peindre les fenêtres en bleu nostalgie.
Et planter tout autour des lauriers roses.
Puis s’assoir au crépuscule pour voir
le soleil descendre si lentement dans le golfe.
On peut bien faire cela dans chacun de nos rêves
on ne retrouvera jamais la saveur
de ces après-midi d’enfance passés pourtant
à regarder tomber la pluie.

Je me souviens que je m’étais mis au lit
pour tenter d’atténuer cette faim
qui me dévorait les entrailles.
Aujourd’hui, je dors plutôt
afin de quitter mon corps
et calmer ma soif des visages d’autrefois.

Le petit avion passe sans sourciller
sous le grand sablier
qui efface le ruban de la mémoire.
Me voilà devant une vie neuve.
Il n’est pas donné à tout le monde de renaître.

Je tourne au coin d’une rue de Montréal
et sans transition
je tombe dans Port-au-Prince.
Comme dans certains rêves d’adolescent
où l’on embrasse une fille différente de celle
qu’on tient dans ses bras.

Dormir pour me retrouver dans ce pays que j’ai quitté
un matin sans me retourner.
Longue rêverie faite d’images sans suite.
L’eau de la baignoire s’est entre-temps refroidie
et je me découvre même des branchies.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          30
mandarine43mandarine4305 novembre 2011
[ Incipit ]

I- LENTS PREPARATIFS DE DEPART

Le coup de fil.

La nouvelle coupe la nuit en deux.
L’appel téléphonique fatal
que tout homme d’âge mûr
reçoit un jour.
Mon père vient de mourir.

J’ai pris la route tôt ce matin.
Sans destination.
Comme ma vie à partir de maintenant.

Je m’arrête en chemin pour déjeuner.
Des oeufs au bacon, du pain grillé et un café brûlant.
M’assois près de la fenêtre.
Piquant soleil qui me réchauffe la joue droite.
Coup d’oeil distrait sur le journal.
Image sanglante d’un accident de la route.
On vend la mort anonyme en Amérique.

Je regarde la serveuse circuler
Entre les tables.

Tout affairée.
La nuque en sueur.

La radio passe cette chanson western
qui raconte l’histoire d’un cow-boy
malheureux en amour.
La serveuse a une fleur rouge tatouée
sur l’épaule droite.
Elle se retourne et me fait un triste sourire.

Je laisse le pourboire sur le journal
à côté de la tasse de café froid.
En allant vers la voiture je tente d’imaginer
la solitude d’un homme face à la mort
dans un lit d’hôpital d’un pays étranger.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          50
autres livres classés : haïtiVoir plus
Acheter ce livre sur

AmazonFnacPriceministerLeslibraires.frGoogle





Quiz Voir plus

Tu connais Dany Laferriere ?

son premier roman s'intitule?

l'enigme du retour
l'odeur du café
comment faire l'amour avec un negre sans se fatiguer
le gout des jeunes filles

11 questions
26 lecteurs ont répondu
Thème : Dany LaferrièreCréer un quiz sur ce livre
. .