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EAN : 9782246748915
301 pages
Éditeur : Grasset (02/09/2009)
  Existe en édition audio

Note moyenne : 3.9/5 (sur 356 notes)
Résumé :
Un jeune homme de vingt-trois ans a quitté son pays de façon précipitée. Un homme épuisé y retourne, trente-trois ans plus tard. Le jeune homme est passé de l’étouffante chaleur de Port-au-Prince à l’interminable hiver de Montréal. Du Sud au Nord. De la jeunesse à l’âge mûr. Entre ces deux pôles se trouve coincé le temps pourri de l’exil.

Une nuit, un coup de fil lui apprend le décès de son père à New York. Ce père qu’il n’a pratiquement vu qu’en pho... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (60) Voir plus Ajouter une critique
palamede
  04 novembre 2017
Il y a bien longtemps qu'il a fui la dictature d'Haïti, comme son père avant lui. Trente ans exactement qu'il a quitté la chaleur de son île pour les froideurs du Canada. Aujourd'hui s'il est de retour, c'est pour annoncer à sa mère qu'il vient d'enterrer son père à New York.
Sur les traces de ce père, qu'il n'avait pas revu car il avait refusé de lui ouvrir sa porte, il rencontre les anciens amis du vieil homme devenu fou par l'exil forcé. Il redécouvre son pays natal, ses couleurs, ses odeurs. Un pays où plus rien n'est comme avant, où il se pense en déraciné, ni d'ici, ni d'ailleurs, mais qui, malgré sa misère et sa violence, incarne toujours pour lui la beauté du monde.
Nostalgique, poétique et envoûtant, Dany Laferrière évoque magnifiquement les affres de l'exil et la sagesse d'un peuple, qui, en dépit de la dureté des épreuves subies, a su garder espoir. Une oeuvre forte, fascinante, bouleversante.
Commenter  J’apprécie          730
carre
  10 juin 2012
Dany Laferrière signe un livre magnifique sur l'exil. Un homme à la mort de son père, renoue avec son pays (pour annoncer le décès de son père à son mère) et subit le choc frontal de revoir celui-ci moribond, ou la désespérance est aussi présente que l'abondance dans les pays occidentaux. C'est le retour aussi vers le passé, lui expatrié au Canada depuis une trentaine d'années. Laferrière livre une oeuvre ambitieuse, touchante, montrant comment lui a vécu cette séparation de coeur et de sang. L'image d'un peuple auquel on a brisé l'espoir, plongé dans une misère au delà de l'imaginable mais que ni les Duvalier ni les tontons macoutes n'ont pu leurs ôter : la sagesse et la dignité. La poésie de Laferrière pourrait alourdir la force de son texte, on contraire il en devient sa force. Un voyage magnifié par un auteur devenu majeur.
Commenter  J’apprécie          500
Myriam3
  19 juillet 2015
Un homme en exil depuis trente ans apprend la mort de son père. Il prend la route, "sans destination, comme ma vie à partir de maintenant".
Dany Laferrière rentre ainsi en Haïti, enfin, pour apprendre lui-même la nouvelle à sa mère.
Mise en abyme du père et du fils, tous les deux exilés à une quinzaine d'années d'intervalles, l'un sous la dictature de Papa Doc, le second sous celle de Bébé Doc. Il ne reverra jamais ce père dont il ne se souvient pas, dont il scrute les quelques photos qu'il a de lui pour le connaître un peu. Puis, un jour, il frappe à sa porte, à New York. le vieil homme refuse d'ouvrir, il est trop tard pour qu'ils se retrouvent. Quelles souffrances et quelle solitude a dû ressentir cet homme dans ce pays d'exil livré à la glace?
Dany Laferrière retrouve donc son pays natal mais également celui de son père dont il suit les traces, rencontrant ses anciens compagnons, découvrant le Haïti contemporain, ses riches et ses pauvres, sa jeunesse perdue, désillusionnée, coincée là. Nouvelle mise en abyme, son neveu cette fois, nommé Dany Laferrière également et rêvant de devenir écrivain... celui-ci le suit dans son voyage et lui soumet ses doutes.
Laferrière construit un récit poétique et symbolique autour de la quête et l'introspection, dans une écriture souvent à fleur de peau, au plus près du ressenti. Culpabilité de l'exilé qui s'est enfui, laissant sa mère deux fois abandonnée et sa soeur, confrontation des trois temps de la vie et lui, aujourd'hui, homme mûr refusant toute concession pour ne pas avoir à être amer.
Ce roman marque sans doute un tournant dans son oeuvre: s'il évoquait le Québec ou les Etats-Unis comme ses pays d'adoption, Haïti était le pays de la mémoire sensuelle et sensorielle. Après ce retour éprouvant aux origines, dans L'Enigme du Retour, Dany Laferrière y retournera plusieurs fois, comme si un verrou avait cédé; dans Tout Bouge autour de Moi, Haïti n'a plus rien de mystérieux mais est ce pays vivant, réel, victime d'un séisme tragique.
Un beau roman, beaucoup plus grave et poétique que ceux que j'ai lus jusqu'ici de cet auteur que j'aime beaucoup.
Lien : http://pourunmot.blogspot.fr..
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MARINENKA
  20 décembre 2019
Né à Haïti, l'écrivain et grand ami de Alain Mabanckou, Dany Laferrière, vit à présent au Canada et a reçu le Prix Médicis 2009.
Pour « L'Énigme du retour » le livre débute par : « Le coup de fil » : « La nouvelle coupe la nuit en deux.
L'appel téléphonique fatal
que tout homme d'âge mûr
reçoit un jour,
Mon père vient de mourir.
J'ai pris la route tôt ce matin.
Sans destination.
Comme ma vie à partir de maintenant. »
Il part, en effet, d'abord vers le Nord, comme pour fuir son passé mais il finit par se rendre à Haïti, son île natale qu'il parcourt avec un neveu (qui porte le même nom que lui).
L'histoire oscille entre un périple rêveur qui le fait revenir sur son passé, ses origines et le présent.
Le livre est pour ainsi dire principalement composé de petits textes ressemblant à des petits poèmes.
Ici, l'action n'est pas le principal ; c'est court ; c'est simple ; c'est mélancolique.
« Les visages autrefois aimés s'effacent
au fil des jours de notre mémoire brûlée.
Le drame de ne plus reconnaître
même ceux qui nous furent proches.
L'herbe repousse, après l'incendie,
afin de camoufler toute trace du sinistre. » (p.39)
Les personnages rencontrés sont pittoresques avec chacun sa particularité. le processus du retour est douloureux, compliqué mais triomphal car il avait été exilé. Si Dany Laferrière retourne au pays, il le fait de façon à se réconcilier.
On s'aperçoit, au fil de la lecture, que ce récit est quasiment autobiographique et ce n'en est que plus émouvant. Il se replonge dans son enfance et regrette de ne pas se souvenir du visage de son père.
« L'Énigme du retour » se révèle un récit bien touchant et a été surnommé « Le grand roman du retour d'exil. » Un ouvrage à ne pas oublier de relire.
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Lilou08
  24 novembre 2014
Cela fait longtemps que j'ai dans l'idée de lire Dany Laferrière… Sa vie est entremêlée à deux pays qui me touchent… bien sûr et avant tout par le Québec, pays si cher à mon coeur… et Haïti, pays que j'ai deviné, senti quand je suis allée en République Dominicaine, toute proche… Et puis, tout de même, il est entré à l'Académie Française…. je pouvais donc imaginer qu'il écrit bien.
Et oui, il écrit bien, même très bien. Ça a été un réel plaisir de le lire, même si au début j'ai été un petit peu déroutée par sa manière de le faire… souvent à la lisière de la poésie, des paragraphes courts, entrecoupés de récits plus longs, plus classiques… mais avec un charme qui m'a envouté très rapidement. Ce n'est pas du tout comme Gabriel Garcia Marquez, mais il y a tout de même un petit quelque chose dans la manière de parler de la réalité, de façon, parfois, souvent un peu décalée… un pied dans le réel, un autre dans l'imaginaire, dans les étoiles… son écriture est parcourue par un même souffle épique, différent… il y a aussi une certaine proximité avec la mort, le passé…. j'ai beaucoup aimé me laisser embarquer dans son écriture, me laisser prendre par ses mots qui par moments sont de vraies pépites d'émotion.
Il sait très bien parler de son état d'exilé au Québec, du décalage entre l'homme du sud et les grands froids de l'hiver canadien… de son état de « choc » à l'annonce du décès de son père qu'il ne connait pas tant que ça, finalement… il se rend à son enterrement à Manhattan puis prend le chemin du retour, 33 ans après, vers son pays natal, Haïti pour annoncer le décès de son père à sa mère restée au pays. En douceur.
Retour vers ses racines, sa mère, sa soeur, sa famille, ses amis, ses souvenirs… retour étrange, ambigu,… impressions de se sentir étranger dans son propre pays. Et à l'inverse, Montréal lui manque… Où est sa véritable identité ?
Voyage intime, passionnant d'un homme à la recherche de lui-même. Eclairages également sur un pays pauvre, très pauvre, officiellement sorti de la dictature, mais dans la réalité, qu'en est-il ? La vie dans ce petit bout d'île est-elle un éternel recommencement avec son neveu qui pense à partir lui aussi et à écrire…
Un livre que j'ai lu rapidement et que j'ai beaucoup aimé. Si vous voulez découvrir Dany Laferrière je vous le conseille vivement.
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Citations et extraits (125) Voir plus Ajouter une citation
SachenkaSachenka   10 janvier 2018
[...] Gary Victor sort chaque fois de son chapeau un roman plein de diables, de voleurs, de zombies, d'esprits moqueurs et de bandes carnavalesques aux couleurs riantes d'un tableau naïf. Mais si chargé d'obsessions qu'à la fin ça devient aussi noir qu'un cauchemar d'adolescent. J'ai discuté un moment avec lui de ce que pourrait être le sujet du grand roman haïtien. On a d'abord passé en revue les obsessions des autres peuples. Pour les Nord-Américains, on a pensé que c'était l'espace (le Far West, la conquête de la Lune, la route 66). Pour les Sud-Américais, c'est le temps (Cent Ans de solitude). Pour les Européens, c'est la guerre (deux guerres mondiales en un siècle, ça marque un esprit). Pour nous, c'est la faim. Le problème, m'a dit Victor, c'est qu'il est difficile d'en parler si on ne l'a pas connue. Et ceux qui l'ont vu de près ne sont pas forcément des écrivains. On ne parle pas d'avoir faim parce qu'on n'a pas mangé depuis un moment. On parle de quelqu'un qui de tout temps n'a jamais mangé à sa faim, ou juste assez pour survivre et en être obsédé.
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WolandWoland   03 septembre 2009
[...] ... C'est quand même étonnant cette absence de la faim comme thématique qui pourrait intéresser les artistes en quête de sujet. Très peu de romans, de pièces de théâtre, d'opéras ou de ballets ont la faim comme thème central. Et pourtant il y a aujourd'hui un milliard d'affamés de par le monde. Est-ce un sujet trop dur ? On exploite bien la guerre, les épidémies, la mort sous toutes formes possibles. Est-ce un sujet trop cru ? Le sexe s'étale sur tous les écrans de la planète. Alors pourquoi ? Parce que cela ne concerne que des gens sans pouvoir d'achat. L'affamé ne lit pas, ne va pas au musée, ne danse pas. Il attend de crever.

La nourriture est la plus terrifiante des drogues. On y revient toujours : pour certains au moins trois fois par jour, pour d'autres une fois de temps en temps. Gary Victor [autre auteur haïtien] m'a dit qu'il n'a pas connu la grande famine. Moi non plus. Ce qui nous a donné le sentiment qu'on ne sera jamais l'auteur du grand roman haïtien dont le sujet ne peut être que la faim. Roumain l'avait effleuré en faisant de la sécheresse le thème de Gouverneurs de la Rosée. La sécheresse c'est la soif. La terre qui a soif. Je parle de l'homme qui a faim. Bien sûr que la terre nourrit l'homme. J'ai tenté de le consoler en évoquant des sujets peut-être aussi intéressants comme l'exil, mais ça ne fait pas le poids face à l'homme qui a faim. Victor m'a quitté avec une certaine tristesse dans les yeux. ... [...]
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LuneLune   03 février 2011
Aujourd'hui à cinquante-six ans, je réponds non à tout. Il m'a fallu plus d'un demi-siècle pour retrouver cette force de caractère que j'avais au début. La force du non. Faut s'entêter. Se tenir debout derrière son refus. Presque rien qui mérite un oui. Trois ou quatre choses au cours d'une vie. Sinon il faut répondre non sans aucune hésitation.
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SachenkaSachenka   12 janvier 2018
C'est quand même étonnant, cette absence de la faim comme thématique qui pourrait intéresser les artistes toujours en quête de sujets. Très peu de romans, de pièces de théâtre, d'opéras ou de ballets ont la faim comme thème central. Et pourtant il y a aujourd'hui un milliard d'affamés dans le monde. Est-ce un sujet trop dur? On exploite bien la guerre, les épidémies, la mort sous toutes les formes possibles. Est-ce un sujet trop cru? Le sexe s'étale sur tous les écrans de la planète. Alors pourquoi? Parce que cela ne concerne que des gens sans pouvoir d'achat. L'affamé ne lit pas, ne va pas au musée, ne danse pas. Il attend de crever.
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SachenkaSachenka   14 décembre 2017
Quand j'ai acheté ma vieille Remington 22, il y a un quart de siècle, je l'ai fait pour adopter un nouveau style. Plus rude, plus dru qu'avant. Écrire à la main me semblait trop littéraire. Je voulais être un écrivain rock. Un écrivain de l'ère de la machine. Les mots m'intéressaient moins que le bruit du clavier. J'avais cette énergie à revendre. Dans l'étroite chambre de la rue Saint-Denis, je passais mon temps à taper comme un dératé dans la pénombre. Je travaillais, les fenêtres fermées, torse nu dans la fournaise de l'été. Avec une bouteille de mauvais vin au pied de la table.
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