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Yutaka Makino (Traducteur)
EAN : 9782742771509
173 pages
Éditeur : Actes Sud (19/01/2009)

Note moyenne : 4.03/5 (sur 368 notes)
Résumé :
Un homme étrange s'est engagé au sein d'une équipe chargée de construire un barrage en haute montagne. Perdu dans la brume, tout au fond d'une vallée mal connue et difficilement accessible, se révèlent les contours d'un hameau. Les travaux ne sont pas remis en question par cette découverte : le village sera englouti sous les eaux.

Au cours du terrible chantier, alors que la dynamite éventre la montagne et ébranle les maisons, le destin du narrateur en... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (100) Voir plus Ajouter une critique
Bookycooky
  20 mai 2019
Un personnage étrange, le narrateur, une vallée mystérieuse, difficile d'accès, perdue dans la brume quelque part au Japon.
Il est sorti de peu de prison et s'est engagé dans un chantier de construction d'un barrage dans cette dite vallée, où vivent des hommes dans un hameau isolé de toute civilisation. Une vallée qui avec son calme et son humidité considérable lui rappelle les quatre murs de sa prison et son passé peu reluisant. Bien qu'ayant une mystérieuse fascination pour la lumière, qu'il éprouve depuis l'enfance et qui lui donne la sensation réelle de paix, paradoxalement, dans cette vallée sans cesse noyée sous la pluie ou le brouillard, il s'y trouve bien. La suite le renforcera, liant son destin à celui du hameau condamné.
Alors que les travaux commencent, s'initie une étrange dynamique entre les habitants du hameau et les ouvriers du chantier. Notre homme observe, le coeur violemment remué par le calme et la discipline de ces habitants qui ne cillent pas face à ces ouvriers venus détruire leur hameau et qui sera bientôt enseveli sous l'eau. Bien qu'un terrible incident chamboule temporairement cette dynamique, les habitants, impassibles, continuent à vivre à leur manière......
Un sentiment de malaise indéfini pèse sur cette histoire qui semble hors du temps. Un sujet révoltant : de quel droit peut-on exproprier les habitants d'un hameau de montagne installés sur une terre depuis quelques centaines d'année, on leur donnant simplement une forte somme d'argent pour quitter les lieux.....ces gens qui ne sauront comment utiliser cet argent pour planifier leur futur ?
“Les chasser de la vallée équivalait à les condamner à mort .”........
J'ai lu et relu les dernières pages, retenant mon souffle, la gorge nouée....
Un texte magnifique d'une noirceur et d'une poésie infinies. Glaçant et Sublime !

“Les silhouettes des habitants du hameau genoux fléchis se diluèrent comme de l'encre de Chine dans la brume”.
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andman
  06 avril 2013
Le narrateur fait partie d'une première équipe d'une soixantaine de travailleurs recrutée pour la construction d'un barrage dans une vallée perdue du Japon de l'immédiat après-guerre.
Cet homme a signé ce dur contrat de travail non pas pour le salaire alléchant mais pour fuir un passé détestable marqué par une enfance compliquée et un récent séjour en prison pour avoir fracassé à coups de bûche la tête de sa femme adultère.
Bien que ses nuits soient peuplées des cris de ses deux petites filles qui ont assistées à la terrible scène sanglante, six ans après les faits il n'arrive pas à pardonner la trahison de sa femme.
Au fond de la vallée existe, depuis on ne sait combien de temps, un hameau où vivent plusieurs centaines de personnes mais l'ordre est donné aux ouvriers, d'éviter tout contact avec les autochtones. Les baraquements sont donc construits sur un promontoire rocheux qui surplombe le village.
Un certain nombre de faits graves en rapport avec les travaux du barrage perturbent la vie paisible du hameau et les travailleurs, de leur poste d'observation, assistent médusés aux réactions souvent stoïques des villageois. Le narrateur est bien le seul à ne pas rire des blagues que lancent entre eux les ouvriers du chantier sur la supposée bêtise des gens du coin.
Le jour où les villageois se rendent au cimetière pour déterrer les morts et manipuler les cranes « avec autant de précaution que s'il s'agissait de précieuses porcelaines », le narrateur nettoie de son côté les cinq petits morceaux d'os des doigts de pied de sa femme qu'il a déterrés à sa sortie de prison.
De plus en plus en symbiose avec le village condamné, c'est par une action courageuse et d'une grande humanité que le narrateur entreverra enfin un début de rédemption.
« le convoi de l'eau » est un court roman de toute beauté, empreint de poésie.
Akira Yoshimura signe là une fable où deux histoires – celle du narrateur et celle des habitants du hameau voué à la destruction – évoluent en parallèle pour finalement se rejoindre dans un dénouement chargé d'émotions.
Quelle est belle cette humanité cachée au tréfonds de l'âme humaine capable de soudain se réveiller et de franchir… le plus résistant des barrages !
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Asterios
  28 novembre 2018
La longue file de nos ouvriers s'étire sur le flan de la colline. Au creux de la vallée, près de la rivière s'offre à notre regard un antique village, dont les habitants vivent en huis clos depuis toujours. C'est une société hors du temps. C'est en tout cas ce qu'on suppose parce qu'on ne peut que les observer, de loin. Ils peuvent nous voir aussi maintenant que notre camp est en face. Chacun vit son existence et on fantasme celle de l'autre. le moindre geste est surprenant ou suspect de si loin.
Nous savons qu'ils savent.
Leur village va disparaitre sous les eaux, on est là pour construire un barrage. Il leur reste quelques semaines pour partir. Et nous, on prépare la suite, on creuse, on fore, on mesure, on calcule.
On se demande comment ils vont faire, on se demande ce qu'ils pensent de nous quand ils nous regardent. On ne peut pas leur parler, ça déclencherait un massacre, surement. Ils doivent nous haïr. Mais là leur peine est terrible, et si on essayait...
Quand je les vois je pense à ma femme, à ma vie, mon enfant, mes secrets; il y a des choses qui me rapprochent d'eux, mais quoi? Cette attente est interminable.
On est tous l'étranger de l'autre tant qu'on a pas été à sa rencontre.
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gonewiththegreen
  18 octobre 2020
Une vallée perdue au Japon où est érigé un petit village d'agriculteurs, coupé, oublié du monde.
Une compagnie de travaux publics dans les montagnes entourant ce petit village , faisant sauter la montagne pour y construire un barrage qui à terme rayera le village la carte.
Un ouvrier singulier, juste sorti de prison qui échoue dans ce bout du monde pour se reconstruire.
Roman particulier, nimbé de mystère, porté par une écriture simple, efficace , faisant place au sentiment, à l'évoqué plutôt qu'au long dialogue.
L'auteur nous plonge dans cette atmosphère où s'opposent deux mondes , celui du progrès technologique et celui des villageois , vivant repliés sur eux mêmes , en symbiose avec leurs montagnes.
Et puis, il y a cet ouvrier, qui va s'attacher au village et dont le portrait dressé par l'auteur est tout en subtilité , remords, culpabilité, empathie.
Un livre , qu'il est certes difficile de qualifier d'étrange dans sa globalité, mais qui n'est pas commun et où règne une atmosphère particulière.
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Missbouquin
  18 juin 2012
Un homme étrange s'engage au sein d'une équipe chargée de construire un barrage en haute montagne. Or, tout au fond de la vallée désignée, se dessinent les contours d'un hameau, inconnu et resté isolé de la civilisation depuis des dizaines d'années. Pourtant, les plans ne seront pas remis en question et le village est destiné à être englouti.
“Au fond de la vallée, deux mondes s'étaient constitués. Sans s'influencer l'un l'autre, à l'intérieur d'une frontière abstraite, ils semblaient mener chacun sa vie de manière indépendante.”
C'est un petit roman étrange et poétique que j'ai découvert ici. Très vite, l'écho se fait entre le destin du narrateur, cet ouvrier au sombre passé, et la petite communauté de villageois qui supporte sans broncher les envahisseurs et la destruction de leur territoire.
Mises en scène par de splendides descriptions, les montagnes semblent être un personnage à part entière, tour à tour menaçantes et accueillantes. Des paysages qui contrastent avec la violence des hommes de la ville, par leur comportement et leurs moeurs.
J'ai été littéralement envoûtée par l'atmosphère de ce texte, qui m'a transportée au coeur de ce hameau à travers les yeux de l'ouvrier. Un texte qui nous fait voir l'ampleur du gouffre entre la ville et la campagne, mais pas n'importe laquelle : une campagne pure, qui semble dénuée de vices, des notions de pauvreté ou de crimes. le culte des ancêtres, le rapport à la nature y occupent une place centrale.Un texte qui nous réconcilie pourtant avec les hommes, et nous laisse le coeur en paix.
Un roman à découvrir …
Lien : http://missbouquinaix.wordpr..
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critiques presse (1)
Actualitte   14 novembre 2011
Il nous a été difficile d'entrer dans ce roman d'Akira Yoshimura : la lecture laborieuse nous a semblé laborieuse et le texte haché, un peu lourd, peu enthousiasmant. Puis, les pages ont défilé sans qu'on les retienne : elles tournaient toutes seules, nous entraînant à leur suite dans les souvenirs de cet homme meurtrier, subjugué par ce village presque fantomatique et ses habitants aux us étonnantes, aux maisons inouïes et à l'impressionnant comportement collectif.
Lire la critique sur le site : Actualitte
Citations et extraits (67) Voir plus Ajouter une citation
OsmantheOsmanthe   22 octobre 2020
L'appel se terminait enfin lorsque nous avons aperçu quatre silhouettes humaines avançant vers nous sur le lit du torrent noyé dans la brume blanche de la pluie.
Ils s'approchaient en marchant sur les pierres qui bordaient le torrent gonflé par les eaux. Trois d'entre eux avaient une pèlerine de paille et un chapeau de laîche. La dernière silhouette, vêtue de blanc, était battue par la pluie.
Ils commençèrent à gravir la pente qui menait au camp où nous nous trouvions. Je finis enfin par comprendre que la silhouette blanche battue par la pluie était celle d'une jeune femme. Et cette femme, en plus, marchait pieds nus.
Nous avons échangé des regards. C'était la première fois que des gens du hameau venaient jusqu'ici, nous sentions que l'aspect de cette femme n'était pas ordinaire, si bien que nous les regardions approcher, le corps raidi.
Les pieds de la fille glissant sur l'herbe mouillée de la pente, elle faillit tomber plusieurs fois. Une grande quantité de boue maculait l'ourlet de son vêtement blanc, et ses petits pieds nus en étaient recouverts.
Arrivés en haut de la montée, ils se dirigèrent sans hésiter vers l'endroit où nous nous trouvions. Etait-ce parce qu'ils portaient une pèlerine ? Les épaules des hommes paraissaient larges et vigoureuses.
Leurs yeux perçants sous les chapeaux de laîche nous lançaient des regards noirs.
Il y avait un vieillard bien charpenté au menton tanné, un homme d'âge mûr aux lèvres épaisses, et un jeune homme au teint pâle.
Pétrifiés, nous observions le visage des gens du hameau que nous découvrions de près pour la première fois.
Le chef d'équipe s'avança l'air méfiant :
- Vous désirez quelque chose ? leur demanda-t-il d'un ton courtois.
Mais ils continuaient de nous transpercer du regard en silence, le visage parfaitement immobile. Ensuite, brusquement, le vieillard secoua violemment la fille par l'épaule.
Elle releva la tête. La pluie roulait de ses cheveux vers ses joues et coulait dans son cou. Elle avait le visage blême, les lèvres bleues. J'eus instinctivement le souffle coupé devant ses traits nettement dessinés. Son visage aux cheveux collés des joues vers la bouche était d'une beauté incroyable, presque insoutenable.
Les yeux de la fille, comme si on l'y poussait, commencèrent à se déplacer sur nos visages. La pluie qui tombait dru et bruyamment rejaillissait aussi en vapeur blanche sur sa tête et ses épaules.
Soudain, ses yeux s'arrêtèrent sur un point. Sa main dont on voyait la peau en transparence du tissu détrempé s'éleva lentement pour indiquer une direction.
J'ai tourné la tête. Au bout du doigt de la fille se trouvait le visage apeuré d'un ouvrier de petite taille sous son ciré.
Je dirigeai à nouveau mon regard vers le visage de la fille. Elle fixait l'ouvrier d'un oeil plein de colère. Son corps frêle était pris de tremblements, qu'elle paraissait supporter en serrant les dents. Mais aussitôt son visage s'abaissa vers ses pieds dans un mouvement brusque. Je vis sur son profil, mélangée à la peur, une légère nuance de honte.
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OsmantheOsmanthe   21 octobre 2020
Après avoir progressé pendant un certain temps, nous sommes arrivés au sommet d'une petite cascade. Nous l'avons descendue en nous agrippant aux rochers, et continuant plus avant, au détour de la vallée, notre vue se dégagea et nous vîmes s'élever d'épais nuages de vapeur.
- C'est là, cria l'homme de tête.
Nous avons couru vers la vapeur en nous disputant à qui serait le premier.
La source jaillissait du lit peu profond. Le sable fin dansait au fond de l'eau, étincelant comme des paillettes.
Nous nous sommes précipités pour y tremper l'extrémité de notre main. C'était chaud. Nous poussions des cris de joie. Et quand nous avons découvert dans un coin une vasque naturelle comme une grande baignoire en plein air, notre excitation monta d'un cran.
Quelques-uns d'entre nous se débarrassèrent de leurs vêtements pour y plonger tout nus. Ils s'aspergèrent avec ardeur, riaient comme des fous.
Le chef d'équipe était lui aussi d'excellente humeur. Jusqu'alors nous avions fabriqué un bassin en bois que nous remplissions d'eau chaude, et dans lequel nous ne pouvions nous laver qu'une fois tous les quinze jours. De plus, nous étions nombreux à l'utiliser, il se salissait vite, et l'utilisation de l'eau chaude était rationnée.
- Bon, on va en faire une vraie station thermale, proposa le chef d'équipe.
Nous sommes retournés au camp en courant. Du bois fut transporté sans tarder, des planches franchirent le torrent, un solide escalier fut construit à l'endroit de la petite cascade.
Dès que l'accès du bain fut aménagé, nous nous sommes plongés dedans. L'eau devait provenir d'une source légèrement alcaline, car au bout d'un moment, elle rendait la peau toute douce.
Nous nous y trempions à tour de rôle, nous nous lavions puis, assis sur les rochers, nous regardions les parois qui se dressaient de chaque côté. Ici où là, à mi-pente de l'escarpement, poussaient des sélaginelles qui étalaient leurs branches, à un endroit ruisselait le filet d'eau qui tombait en cascade, et de temps à autre, au gré du vent, des gouttelettes arrosaient la vasque au creux des rochers.
- Des bains aussi luxueux, on n'en trouve pas si facilement, hein.
Ils contemplaient avec satisfaction la paisible vallée.
Ce jour-là, après le dîner, à la lumière d'une lampe-tempête, nous sommes descendus le long du torrent tous ensemble comme des curistes. Ainsi pendant deux ou trois heures avons-nous discuté joyeusement, ce qui apaisa notre humeur chagrine.
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OsmantheOsmanthe   22 octobre 2020
Le souvenir du visage de la fille empreint de honte me faisait ressentir la douloureuse solitude des femmes. Même si elle avait été violée, à partir de l'instant où elle avait cédé, le poids de l'homme s'était-il installé à demeure tout au fond de son corps ?
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OsmantheOsmanthe   19 octobre 2020
Au fur et à mesure de notre avancée, de chaque côté de nous se dressaient d'énormes charpentes de bois supportant des toitures si imposantes qu'elles en étaient menaçantes. Les ouvriers, maintenant impressionnés, continuaient à marcher sans rien dire en jetant de temps à autre un regard gêné aux bâtiments des deux côtés. Ce qui me frappa le plus, c'est l'épaisseur inhabituelle de la couche de mousse qui recouvrait les toits de chaume extraordinairement pentus. Toutes sortes de mousses devaient y vivre en symbiose, le vert gorgé d'eau brillait, lourdement détrempé. On aurait dit d'énormes créatures recouvertes d'une épaisse fourrure luisante blotties les unes contre les autres.
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OsmantheOsmanthe   19 octobre 2020
Je croyais qu'il y avait tapi au fond de moi quelque chose de mystérieux que je ne pouvais absolument pas contrôler. Une fois que la violence s'emparait de moi, elle s'exacerbait sans que je puisse l'arrêter, pour éclater soudain comme si une digue se rompait. Alors mon corps se remplissait comme d'eau chaude d'un vif plaisir.
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