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Yutaka Makino (Traducteur)
ISBN : 2742771506
Éditeur : Actes Sud (19/01/2009)

Note moyenne : 4.05/5 (sur 327 notes)
Résumé :
Un homme étrange s'est engagé au sein d'une équipe chargée de construire un barrage en haute montagne. Perdu dans la brume, tout au fond d'une vallée mal connue et difficilement accessible, se révèlent les contours d'un hameau. Les travaux ne sont pas remis en question par cette découverte : le village sera englouti sous les eaux.

Au cours du terrible chantier, alors que la dynamite éventre la montagne et ébranle les maisons, le destin du narrateur en... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (90) Voir plus Ajouter une critique
Bookycooky
  20 mai 2019
Un personnage étrange, le narrateur, une vallée mystérieuse, difficile d'accès, perdue dans la brume quelque part au Japon.
Il est sorti de peu de prison et s'est engagé dans un chantier de construction d'un barrage dans cette dite vallée, où vivent des hommes dans un hameau isolé de toute civilisation. Une vallée qui avec son calme et son humidité considérable lui rappelle les quatre murs de sa prison et son passé peu reluisant. Bien qu'ayant une mystérieuse fascination pour la lumière, qu'il éprouve depuis l'enfance et qui lui donne la sensation réelle de paix, paradoxalement, dans cette vallée sans cesse noyée sous la pluie ou le brouillard, il s'y trouve bien. La suite le renforcera, liant son destin à celui du hameau condamné.
Alors que les travaux commencent, s'initie une étrange dynamique entre les habitants du hameau et les ouvriers du chantier. Notre homme observe, le coeur violemment remué par le calme et la discipline de ces habitants qui ne cillent pas face à ces ouvriers venus détruire leur hameau et qui sera bientôt enseveli sous l'eau. Bien qu'un terrible incident chamboule temporairement cette dynamique, les habitants, impassibles, continuent à vivre à leur manière......
Un sentiment de malaise indéfini pèse sur cette histoire qui semble hors du temps. Un sujet révoltant : de quel droit peut-on exproprier les habitants d'un hameau de montagne installés sur une terre depuis quelques centaines d'année, on leur donnant simplement une forte somme d'argent pour quitter les lieux.....ces gens qui ne sauront comment utiliser cet argent pour planifier leur futur ?
“Les chasser de la vallée équivalait à les condamner à mort .”........
J'ai lu et relu les dernières pages, retenant mon souffle, la gorge nouée....
Un texte magnifique d'une noirceur et d'une poésie infinies. Glaçant et Sublime !

“Les silhouettes des habitants du hameau genoux fléchis se diluèrent comme de l'encre de Chine dans la brume”.
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andman
  06 avril 2013
Le narrateur fait partie d'une première équipe d'une soixantaine de travailleurs recrutée pour la construction d'un barrage dans une vallée perdue du Japon de l'immédiat après-guerre.
Cet homme a signé ce dur contrat de travail non pas pour le salaire alléchant mais pour fuir un passé détestable marqué par une enfance compliquée et un récent séjour en prison pour avoir fracassé à coups de bûche la tête de sa femme adultère.
Bien que ses nuits soient peuplées des cris de ses deux petites filles qui ont assistées à la terrible scène sanglante, six ans après les faits il n'arrive pas à pardonner la trahison de sa femme.
Au fond de la vallée existe, depuis on ne sait combien de temps, un hameau où vivent plusieurs centaines de personnes mais l'ordre est donné aux ouvriers, d'éviter tout contact avec les autochtones. Les baraquements sont donc construits sur un promontoire rocheux qui surplombe le village.
Un certain nombre de faits graves en rapport avec les travaux du barrage perturbent la vie paisible du hameau et les travailleurs, de leur poste d'observation, assistent médusés aux réactions souvent stoïques des villageois. Le narrateur est bien le seul à ne pas rire des blagues que lancent entre eux les ouvriers du chantier sur la supposée bêtise des gens du coin.
Le jour où les villageois se rendent au cimetière pour déterrer les morts et manipuler les cranes « avec autant de précaution que s'il s'agissait de précieuses porcelaines », le narrateur nettoie de son côté les cinq petits morceaux d'os des doigts de pied de sa femme qu'il a déterrés à sa sortie de prison.
De plus en plus en symbiose avec le village condamné, c'est par une action courageuse et d'une grande humanité que le narrateur entreverra enfin un début de rédemption.
« le convoi de l'eau » est un court roman de toute beauté, empreint de poésie.
Akira Yoshimura signe là une fable où deux histoires – celle du narrateur et celle des habitants du hameau voué à la destruction – évoluent en parallèle pour finalement se rejoindre dans un dénouement chargé d'émotions.
Quelle est belle cette humanité cachée au tréfonds de l'âme humaine capable de soudain se réveiller et de franchir… le plus résistant des barrages !
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Asterios
  28 novembre 2018
La longue file de nos ouvriers s'étire sur le flan de la colline. Au creux de la vallée, près de la rivière s'offre à notre regard un antique village, dont les habitants vivent en huis clos depuis toujours. C'est une société hors du temps. C'est en tout cas ce qu'on suppose parce qu'on ne peut que les observer, de loin. Ils peuvent nous voir aussi maintenant que notre camp est en face. Chacun vit son existence et on fantasme celle de l'autre. le moindre geste est surprenant ou suspect de si loin.
Nous savons qu'ils savent.
Leur village va disparaitre sous les eaux, on est là pour construire un barrage. Il leur reste quelques semaines pour partir. Et nous, on prépare la suite, on creuse, on fore, on mesure, on calcule.
On se demande comment ils vont faire, on se demande ce qu'ils pensent de nous quand ils nous regardent. On ne peut pas leur parler, ça déclencherait un massacre, surement. Ils doivent nous haïr. Mais là leur peine est terrible, et si on essayait...
Quand je les vois je pense à ma femme, à ma vie, mon enfant, mes secrets; il y a des choses qui me rapprochent d'eux, mais quoi? Cette attente est interminable.
On est tous l'étranger de l'autre tant qu'on a pas été à sa rencontre.
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Missbouquin
  18 juin 2012
Un homme étrange s'engage au sein d'une équipe chargée de construire un barrage en haute montagne. Or, tout au fond de la vallée désignée, se dessinent les contours d'un hameau, inconnu et resté isolé de la civilisation depuis des dizaines d'années. Pourtant, les plans ne seront pas remis en question et le village est destiné à être englouti.
“Au fond de la vallée, deux mondes s'étaient constitués. Sans s'influencer l'un l'autre, à l'intérieur d'une frontière abstraite, ils semblaient mener chacun sa vie de manière indépendante.”
C'est un petit roman étrange et poétique que j'ai découvert ici. Très vite, l'écho se fait entre le destin du narrateur, cet ouvrier au sombre passé, et la petite communauté de villageois qui supporte sans broncher les envahisseurs et la destruction de leur territoire.
Mises en scène par de splendides descriptions, les montagnes semblent être un personnage à part entière, tour à tour menaçantes et accueillantes. Des paysages qui contrastent avec la violence des hommes de la ville, par leur comportement et leurs moeurs.
J'ai été littéralement envoûtée par l'atmosphère de ce texte, qui m'a transportée au coeur de ce hameau à travers les yeux de l'ouvrier. Un texte qui nous fait voir l'ampleur du gouffre entre la ville et la campagne, mais pas n'importe laquelle : une campagne pure, qui semble dénuée de vices, des notions de pauvreté ou de crimes. le culte des ancêtres, le rapport à la nature y occupent une place centrale.Un texte qui nous réconcilie pourtant avec les hommes, et nous laisse le coeur en paix.
Un roman à découvrir …
Lien : http://missbouquinaix.wordpr..
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patrick75
  02 août 2012
Avec Yoshimura le dépaysement est total. L'écriture est sans fioritures, elle est simple, juste, elle est très agréable à lire. L'auteur nous décrit le paysage et installe une ambiance avec talent. Ici, il est question de choc de culture entre un Japon moderne et le Japon ancestral. On pourrait aussi dire qu'il s'agit d'un livre "écologique". Mais il est bien plus que cela, seulement je manque de mots ( ou de talent) pour le décrire . Comme souvent avec les auteurs Japonais, il n'y a pas une histoire, mais plusieurs histoires superposées.Il y a beaucoup de non-dit, tout est en nuances, en ambiances, en images .Yoshimura n'écrit pas, il dessine.
Inutile de dire ( mais je le dit quand même) que je lirai d'autres livres de ce grand auteur.
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critiques presse (1)
Actualitte   14 novembre 2011
Il nous a été difficile d'entrer dans ce roman d'Akira Yoshimura : la lecture laborieuse nous a semblé laborieuse et le texte haché, un peu lourd, peu enthousiasmant. Puis, les pages ont défilé sans qu'on les retienne : elles tournaient toutes seules, nous entraînant à leur suite dans les souvenirs de cet homme meurtrier, subjugué par ce village presque fantomatique et ses habitants aux us étonnantes, aux maisons inouïes et à l'impressionnant comportement collectif.
Lire la critique sur le site : Actualitte
Citations et extraits (61) Voir plus Ajouter une citation
PiatkaPiatka   04 mars 2014
Dans cette gorge constamment ravinée par la pluie, la vitesse à laquelle germaient les bourgeons printaniers était stupéfiante. Au début c'était comme si tout se couvrait vaguement d'une fine couche de poudre vert-de-gris, mais de jour en jour la couleur devenait plus foncée, et bientôt les couleurs fraîches du feuillage printanier se répandaient dans toute la vallée.
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andmanandman   02 avril 2013
Sa seule arme était la connaissance obtenue par les études. Mais, comme quelque chose d'hétérogène, elle ne se confondait pas au travail des ouvriers couverts de sueur et de cambouis.
Dans ses yeux minces qui luisaient derrière ses lunettes cohabitaient sans cesse la crainte et l'arrogance. Comme s'il tentait de dissimuler le sentiment d'impuissance vis-à vis des travailleurs, commun aux ingénieurs diplômés de l'université.
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andmanandman   03 avril 2013
On dit que le projet de budget du plan des travaux intègre les indemnités des victimes en fonction de la puissance maximale en kilowatts du barrage. En somme, la mort est une réalité prise en compte dès le début. Ceux qui travaillent dans un tel contexte semblent s’efforcer de devenir insensibles à la mort d’autrui. Dans la pratique, si l’on devait s’apitoyer à chaque décès, il n’y aurait pas de travail possible.
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rosulienrosulien   26 septembre 2017
Je distinguais nettement le flot blanc.
La procession ne se dirigeait pas vers le monde civilisé, elle s’enfonçait davantage
dans les profondeurs de la montagne. Sur les sommets, la neige arrivait jusqu’à elle,
étincelant tout autour. Et elle s’y enfonçait, comme aspirée par sa blancheur. Les yeux écarquillés, je l’ai accompagnée. Soumise à la fatalité du sang des hommes déchus, elle s’enfonçait encore plus profondément dans la montagne, à l’abri des regards
En un point au milieu des pics, signalant peut-être l’arrivée de la neige, jaillissaient
des nuages blancs. Des nuages qui s’étendaient rapidement entre les sommets. La coulée blanche, comme aspirée par ces nuages dans lesquels elle se fondait, disparut
bientôt, comme effacée du monde.
Je suis resté un long moment agrippé à la rambarde de la tour de guet, abattu. Devant mes yeux se succédaient les montagnes enneigées, indifférentes, en une étendue qui se déroulait à l’infini
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brigittelascombebrigittelascombe   14 octobre 2012
Un abîme s'ouvrit au fond de moi.Tandis que dans cet espace vacant,quelque chose d'énigmatique et lourd s'engouffrait brusquement avec la violence d'un torrent en crue.
Le hameau qui avait bien voulu soigner ma blessure était en train de disparaître de cette vallée.
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