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Philippe Hamon (Éditeur scientifique)Colette Becker (Éditeur scientifique)
ISBN : 2253082139
Éditeur : Le Livre de Poche (08/06/2005)

Note moyenne : 3.95/5 (sur 442 notes)
Résumé :
Près d'Arromanches, dans la maison du bord de mer où ils se sont retirés après avoir cédé leur commerce de bois, les Chanteau ont recueilli Pauline, leur petite cousine de dix ans qui vient de perdre son père. Sa présence est d'abord un surcroît de bonheur dans le foyer puis, autour de l'enfant qui grandit, les crises de goutte paralysent peu à peu l'oncle Chanteau, la santé mentale de son fils Lazare se dégrade, l'héritage de Pauline fond dans les mains de ses tute... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (40) Voir plus Ajouter une critique
isajulia
  23 septembre 2014
Ah! la petite Pauline... difficile d'imaginer, quand on fait sa connaissance dans le Ventre de Paris que le destin va lui jouer d'aussi mauvais tours. Vous vous souvenez certainement de cette enfant mignonne et sans histoires, fille de l'emblématique couple de charcutiers de la saga. On a connu Nana, qui était un vrai petit démon dans son genre et bien Pauline c'est tout le contraire, un vrai petit ange habité par la joie de vivre, et c'est là que notre histoire va prendre un tournant décisif avec ce douzième volet des Rougon-Macquart. Bouclez vos valises les enfants, on part respirer les embruns à à Bonneville, charmante bourgade de Normandie. Prêts? alors on y va!
Orpheline à dix ans et à la tête d'une immense fortune, Pauline Quenu est confiée à des cousins de son père, Mr et Mme Chanteau, qui deviennent ses tuteurs et vont prendre en charge les intérêts de la petite fille. Attendris par le caractère doux et conciliant de l'enfant, ils mettent un point d'honneur à ne jamais toucher à sa fortune. le couple a un fils, Lazare, jeune raté passionné de musique et Madame Chanteau nourrit de grands espoirs pour sa progéniture. Frustrée par la vie qu'elle-même a mené, elle veut pour Lazare un destin hors du commun seulement pour réaliser de telles ambitions il manque une chose essentielle : l'argent! Si il y a bien une personne qui pourrait aider Lazare, c'est Pauline, qui possède cette fortune qui dort au fond d'un tiroir depuis trop longtemps...
La première chose que j'ai envie de dire, c'est que cette lecture met les nerfs à rude épreuve. Ce douzième volet de la saga pris en pincette entre deux des monuments de l'auteur (Au bonheur des dames et Germinal) est vraiment réussi, que ce soit dans son contexte ou son histoire, difficile de rester insensible au sort de la petite Pauline. On avait eu un aperçu de l'espère de malédiction dont son frappés ceux du clan Macquart, nous avons été témoins de la déchéance de Gervaise dans l'Assommoir et je trouve que le cas de Pauline dans la Joie de vivre est aussi violent dans son genre. Pourtant, Lisa, sa mère a plus ou moins essayé d'échapper à sa condition de Macquart mais on dirait que le destin revient implacable, quoiqu'il arrive, pour finir son oeuvre, par n'importe quel moyen. C'est ce ressenti qui m'a le plus choquée au cours de cette lecture, en dehors du fait que l'histoire fend le coeur à la base quand on est un humain normalement constitué. Plus d'une fois j'ai eu envie de secouer Pauline, j'avais beau penser très fort à chaque page: "bon sang ma fille, mais quitte ce merdier!" et bien non, la malheureuse a préféré se complaire avec ces sales gens qui lui ont tout pris. Non contents de la mettre dans l'impasse, ce sont d'autres malheurs qui vont frapper Pauline. Malgré tout ça nous nous retrouvons face à un ange, qui prend sur elle quand ses défauts ressurgissent et subit un quotidien lugubre sans broncher en continuant d'insuffler la joie de vivre dans un foyer ou tout est déjà mort.
J'ai aimé ce roman et plusieurs mois après l'avoir lu j'en garde encore un souvenir assez vivace. Pour le moment c'est un des volets de la saga que je préfère donc je le conseille aux lecteurs qui n'ont pas encore eu le temps ou l'envie de le lire, ce portrait au vitriol mérite qu'on lui accorde de l'attention alors si le coeur vous en dit, ne cherchez plus, lisez-le!
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Gwen21
  03 janvier 2014
Toute la finesse, tout le talent et toute la profondeur de Zola sont réunis dans l'ironie éclatante de ce titre prometteur "La joie de vivre" qui introduit l'un des romans les plus noirs de sa série des Rougon-Macquart.
Que dis-je "ironie" ? Ce cynisme est d'autant plus poignant qu'il succède au flamboyant et coloré "Au bonheur des Dames", le moins noir des vingt volumes de l'histoire sociale de cette famille corrompue par sa nature même.
Souvenez-vous de Pauline, la petite fille grasse et rieuse du "Ventre de Paris", l'enfant unique du couple Quenu, charcutiers aux Halles. Orpheline, confiée aux Chanteau qui vivent en Normandie et qui ont désormais la quasi mainmise sur la fortune colossale dont elle a hérité, Pauline, va devenir, sous la plume du grand Zola, l'incarnation de l'abnégation engendrant la désillusion.
De cette enfant en pleine santé et qui se trouve privée de toute autorité sur sa propre existence, la vie et les choix iniques de ses tuteurs (surtout ceux de l'ambitieuse Mme Chanteau) vont faire une jeune femme fragile en proie à tous les coups du sort.
Les figures de femmes que brosse Zola sont assez terrifiantes et portent au pessimisme comme l'ensemble du récit. Les hommes ne sont pas plus reluisants mais les femmes laissent vraiment transparaître avec exacerbation leur jusqu'au-boutisme, leur volonté de s'élever ou se s'abaisser. Comme toujours dans les romans zoliens, les personnages ne font pas les choses à moitié et Pauline se fera tondre jusqu'à abandonner sa seule "joie de vivre", son amour pour son cousin Lazare qu'elle poussera dans les bras de sa rivale.
"La joie de vivre", c'est aussi le constat que le fort a raison du faible. La manipulatrice tutrice qui avait été désignée pour tenir le rôle de tendre substitut de mère, révélera un monstre d'égoïsme et de protectionnisme pour son fils, au détriment de tout autre être.
Avec tout le lyrisme dont l'auteur est coutumier, le récit se déploie au grand air des falaises normandes mais n'en demeure pas moins aussi oppressant que s'il se déroulait dans les rues grises de Paris.
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LiliGalipette
  23 décembre 2012
Orpheline à 10 ans, Pauline est recueillie par des parents éloignés. Elle quitte l'exubérance du Ventre de Paris pour Bonneville, un village normand assez reculé. La fille de la belle Lisa et du charcutier Quenu se prend très vite d'affection pour son cousin Lazare, un adolescent rêveur aux projets sans cesse changeants. Mme Chanteau nourrit de grandes ambitions pour son fils, mais l'indolence placide de son époux et la goutte qui le frappe entravent ses projets. La maladie est accusée de tous les maux de la famille Chanteau : « Elle l'exécrait comme l'ennemie, la gueuse qui avait gâté son existence, ruiné son fils, tué son ambition. » (p. 41) Ce qui manque tant à Mme Chanteau, c'est l'argent. Or, Pauline est riche de la vente du florissant commerce de ses parents. Il serait bien dommage que cet argent dorme alors qu'on pourrait l'investir pour faire de Lazare un grand homme ! Finalement, ce qui ne devait être qu'un modeste prêt se révèle une gabegie : la fortune de l'enfant est pillée et perdue dans les projets sans consistance d'un jeune homme sans poigne.
Pauline grandit et ne veut rien d'autre qu'être heureuse. Ses penchants avaricieux fondent devant les besoins de son cousin pour qui elle éprouve une inclinaison de plus en plus tendre. Pourtant, « même en donnant argent, elle se sentait moins aimée qu'autrefois. » (p. 136) Pire, sa tante en vient à l'accabler de reproches et à lui imputer les misères du foyer et les échecs de son fils. « C'est drôle, cette malheureuse Pauline ne nous a jamais porté bonheur. Et dire que les gens la croient notre ange. » (p. 167) Face à cette mesquine ingratitude, Pauline est prête à tout donner sans retour, mais on lui en veut encore davantage pour cette générosité sans faille : « elle exécrait Pauline de tout l'argent qu'elle lui devait. » (p. 168)
Le renoncement de Pauline est pourtant loin d'être achevé. Dans l'espoir de s'acheter le bon vouloir de sa nièce, Mme Chanteau lui avait promis le mariage avec Lazare. Mais il y a la Louise, la filleule, celle que Lazare ne considère pas comme un bon camarade, mais comme une fleur exotique. Pleine de sa santé franche et de sa simplicité, Pauline est encore prête à s'arracher le coeur pour que son cousin soit heureux. Mais c'est compter sans les démons qui rongent Lazare, son ennui de tout et sa terreur de la mort.
Lazare préfigure le héros décadent : torturé par l'ennui et rongé par l'insatisfaction, il est incapable de mener un projet à son terme et se prend de passion pour un sujet aussi vite qu'il est rattrapé par le désintérêt. Il tend vers des plaisirs trop raffinés et se berce d'ambitions trop grandes. Entre l'inachèvement et le taedium vitae, Lazare ressuscite sans fin à de nouveaux projets qui n'ont aucune solidité face à l'angoisse de la mort que le jeune homme porte en lui comme une Némésis.
Sous son titre aux allures printanières, ce roman est une machine à broyer les espoirs. Arrivée enfant dans un foyer au bord de la faillite, Pauline ne savait pas qu'elle y entrait pour toujours et sans espoir de recouvrer sa liberté. Les scrupules n'ont pas fait long feu et même la générosité de l'enfant a été pillée. Pauline est la bonté même et elle fait tout pour se corriger de ses travers afin d'apporter une félicité sereine dans un foyer rongé par la mesquinerie. La joie de vivre ? Pauline en est débordante, mais tout empêche son épanouissement. L'aigreur contamine toutes choses et l'entourage de la jeune femme semble s'acharner à détruire toutes les pousses des joies simples. « C'était donc possible ? La charité ne suffisait pas, on pouvait aimer les gens et faire le malheur : car elle voyait son cousin malheureux peut-être par sa faute. » (p. 291) L'abnégation de Pauline confine au sacrifice et son existence est phagocytée par des ingrats et des insatisfaits.
Ne vous fiez pas au titre bien innocent du roman : Zola signe ici un tableau très violent. À l'instar de la mer qui ravage les côtes de Bonneville, une tempête sourde souffle sous le toit des Chanteau. Dans cette marine mesquine, Pauline est un bateau en perdition et Zola est la puissance supérieure qui relance les vagues. Beaucoup ont rapproché ce roman de celui De Balzac, Eugénie Grandet : il s'agit en tout cas de deux destins de femmes sacrifiés au bon vouloir des égoïstes.
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colimasson
  06 septembre 2014

Oeuvre de moindre importance dans la série des Rougon-Macquart, La Joie de vivre qui fait l'objet de ce roman constitue également le contrepoint discret mais puissant adressé à la théorie schopenhauerienne. Celle-ci est représentée par Lazare, jeune homme de son époque influencé par le pessimisme jusque dans la faillite de ses rêves de grandeur : la musique, puis la médecine, puis les sciences techniques subissent un lent désenchantement à mesure que la foi inconsciente de Lazare pour le pessimisme augmente. La théorie est-elle si puissante qu'elle parvient à enrôler un jeune homme intelligent et ambitieux dans la tentation du dégoût ? Pas à une contradiction près, Lazare se range aux côtés de Schopenhauer pour dénigrer le sentiment amoureux jusqu'à ce qu'il le connaisse lui-même jusqu'au déchaînement passionnel. Mais même de cela, Lazare finit par se lasser.

De son côté, Pauline semble complètement immunisée par le pessimisme. On ne peut pas croire que ce soit un quelconque manque d'érudition qui l'en préserve car elle se montre au contraire extrêmement cultivée, égale de Lazare dans la plupart de ses recherches scientifiques. La différence semble plutôt se distinguer dans des aptitudes à l'amour et au don de soi qui se situent sur des échelles de valeur opposées : alors que Lazare ne pense rien qu'à son bonheur, Pauline passe sa vie à se dévouer pour les autres.

Lazare et Pauline grandissent ensemble et bien qu'ils nourrissent des conceptions de la vie contradictoires, ils se complètent longtemps, s'éloignent parfois, et s'avouent finalement indispensables l'un à l'autre, après les longs détours de deux existences à moitié gâchées, à moitié achevées. Emile Zola propose discrètement sa propre interprétation du pessimisme et s'avance au-delà de la conclusion du Monde comme volonté… de Schopenhauer.

Comme dans La Curée ou La Faute de l'Abbé Mouret, lorsque Zola se détourne du parasitage mondain et des grands projets urbains et politiques, il éblouit par les habiletés de ses constructions biographiques et parvient à dessiner des identités ambivalentes qui traduisent une grande perspicacité psychologique. Emile Zola confirme avec ce roman qu'il excelle mieux dans les drames intimistes que dans les tragédies politiques.
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lecassin
  19 mai 2013
Publié en 1884, « La joie de vivre » est le douzième volume de la série « Les Rougon-Macquart », une « Histoire naturelle et sociale d'une famille sous le Second Empire ».
En fait de Second Empire, « La joie de vivre » est un roman à l'intrigue non datée qui aurait bien pu ne pas appartenir au cycle des Rougon-Macquart, si ce n'est par les liens de parenté de Pauline avec Gervaise, sa tante et Nana, sa cousine.
Un roman que Zola écrit dans le désarroi et qui pourrait bien laisser transparaître dans le personnage de Lazare ses propres obsessions face à la mort. Il vient de perdre sa mère et ne s'est jamais vraiment remis de la mort, quelques années auparavant de Gustave Flaubert
Le roman se situe en Normandie, à Bonneville, une petite ville littorale, non loin d'Arromanches. Pauline a dix ans . Elle est orpheline, mais néanmoins à la tête d'une belle fortune. Aussi est-elle recueillie par la famille Chanteau et leur fils Lazare, de vagues cousins qui en ont accepté la tutelle. Elle est généreuse et ne tardera pas à voir ses tuteurs dilapider son bien.
Zola nous présente ici un livre maritime, éclaboussé d'embruns. La mer y ronge la falaise comme le destin ronge les vies des personnages de ce remarquable roman : le père Chanteau, rongé par la maladie, la mère Chanteau qui mourra dans de terribles souffrances… Jusqu'au chien qui passera de vie à trépas… Et Véronique, la servante : pourquoi déteste-t-elle à ce point Pauline ? Quant à Lazare, pessimiste jusqu'au nihilisme…au milieu de tout ce beau monde, Pauline, la joie de vivre personnifiée.
« La joie de vivre », un roman qui sent les embruns et les algues les jours de « grande laisse ». Ce n'est pas mon préféré dans le cycle des Rougon-Macquart, même si la plume de Zola fait merveille à décrire ce littoral normand que j'aime tant …
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Citations et extraits (124) Voir plus Ajouter une citation
adonisosadonisos   20 novembre 2008
« Ses paupières fines étaient comme un voile de soie tiré sur son regard, un petit souffle régulier sortait de ses lèvres lures » p.1049
« Sur le visage endormi de Pauline, un rêve passait, la clarté rapide d’un sourire » p. 1052
« Et maintenant, Pauline savait pourquoi le flot sanglant de sa puberté avait jailli comme d’une grappe mûre, écrasée aux vendanges. Ce mystère éclairci la rendait grave, dans la marée de vie qu’elle sentait monter en elle. » p. 1079
« Mais à présent, il y avait entre eux un nouveau lien, la mort toujours présente. Elle ne faisait plus allusion à la gravité de son état, elle trouvait la force de sourire ; lui-même parvenait à feindre une tranquilité parfaite, un espoir de la voir se lever d’une heure à l’autre ; et, pourtant, chez elle comme chez lui, tout se disait adieu, continuellement, dans la caresse plus longue de leurs regards qui se rencontraient. La nuit surtout, lorsqu’il veillait près d’elle, ils finissaient l’un et l’autre par s’entendre penser, la menace de l’éternelle séparation attendrissaient jusqu’à leur silence. Rien n’était d’une douceur si cruelle, jamais ils n’avaient senti leurs êtres se confondre à ce point. » p. 1134
« Ah ! misère ! la pluie rouge de la puberté tombait là, aujourd’hui, pareille aux larmes vaines que sa virginie pleurait en elle. Désormais, chaque mois ramènerait ce jaillissement de grappe mûre, écrasée de vendanges, et jamais elle ne serait femme, et elle vieillirait dans la stérilité ! » p. 1229
« A la grande clarté brutale, le mystère troublant s’en était allé de la peau si délicate aux endroits secrets, de la toison frisant en petites mèches blondes ; et il ne restait que l’humanité douloureuse, l’enfantement dans le sang et dans l’ordure, faisant craquer le ventre des mères, élargissant jusqu’à l’horreur la fente rouge, pareille au coup de hache qui ouvre le tronc et laisse couler la vie des grands arbres. » p. 1271
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colimassoncolimasson   23 septembre 2014
Une certitude affreuse lui avait serré le cœur tout d’un coup : Pauline allait mourir, peut-être ne passerait-elle pas la nuit. […]
Cependant, la nuit se termina sans catastrophe. Deux journées passèrent encore. Mais, à présent, il y avait entre eux un nouveau lien, la mort toujours présente. Elle ne faisait plus aucune allusion à la gravité de son état, elle trouvait la force de sourire ; lui-même parvenait à feindre une tranquillité parfaite, un espoir de la voir se lever d’une heure à l’autre ; et, pourtant, chez elle comme chez lui, tout se disait adieu, continuellement, dans la caresse plus longue de leurs regards qui se rencontraient. La nuit surtout, lorsqu’il veillait près d’elle, ils finissaient l’un et l’autre par s’entendre penser, la menace de l’éternelle séparation attendrissait jusqu’à leur silence. Rien n’était d’une douceur si cruelle, jamais ils n’avaient senti leurs êtres se confondre à ce point.
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colimassoncolimasson   09 septembre 2014
D’abord, elle n’avait pas compris, rebutée par les mots techniques qu’il lui fallait chercher dans le dictionnaire. Devinant ensuite la nécessité d’une méthode, elle s’était acharnée sur l’Anatomie descriptive, avant de passer au Traité de physiologie. Alors, cette enfant de quatorze ans apprit, comme dans un devoir, ce que l’on cache aux vierges jusqu’à la nuit des noces. Elle feuilletait les planches de l’Anatomie, ces planches superbes d’une réalité saignante ; elle s’arrêtait à chacun des organes, pénétrait les plus secrets, ceux dont on a fait la honte de l’homme et de la femme ; et elle n’avait pas de honte, elle était sérieuse, allant des organes qui donnent la vie aux organes qui la règlent, emportée et sauvée des idées charnelles par son amour de la santé. La découverte lente de cette machine humaine l’emplissait d’admiration. Elle lisait cela passionnément, jamais les contes de fées, ni Robinson, autrefois, ne lui avaient ainsi élargi l’intelligence.
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colimassoncolimasson   24 avril 2015
Dans la certitude de sa fin prochaine, il ne sortait pas d’une pièce, ne fermait pas un livre, ne se servait pas d’un objet, sans croire que c’était son dernier acte, qu’il ne reverrait ni l’objet, ni le livre, ni la pièce ; et il avait alors contracté l’habitude d’un continuel adieu aux choses, un besoin maladif de reprendre les choses, de les voir encore. Cela se mêlait à des idées de symétrie : trois pas à gauche et trois pas à droite ; les meubles, aux deux côtés d’une cheminée ou d’une porte touchés chacun un nombre égal de fois ; sans compter qu’il y avait, au fond, l’idée superstitieuse qu’un certain nombre d’attouchements, cinq et sept par exemple, distribués d’une façon particulière, empêchaient l’adieu d’être définitif. Malgré sa vive intelligence, sa négation du surnaturel, il pratiquait avec une docilité de brute cette religion imbécile, qu’il dissimulait comme une maladie honteuse. C’était la revanche du détraquement nerveux, chez le pessimiste et le positiviste, qui déclarait croire uniquement au fait, à l’expérience.
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fredhofredho   25 juin 2016
Ce samedi-là, quand ils furent seuls, le jeune homme laissa échapper toute sa souffrance dans une phrase.
- Il me semble que je sors d'un égout.
Puis il ajouta:
- Comment peux-tu aimer ces monstres (les miséreux)?
- C'est que je les aime pour eux et non pour moi, répondit la jeune fille. Tu ramasserais bien un chien galeux sur une route.
Il eut un geste de protestation.
- Un chien n'est pas un homme.
- Soulager pour soulager, n'est-ce donc rien? reprit-elle. Il est fâcheux qu'ils ne se corrigent pas, car leur misère diminuerait peut-être. Mais, quand ils ont mangé et qu'ils ont chaud, eh bien, cela me suffit, je suis contente; c'est toujours de la douleur de moins... Pourquoi veux-tu qu'ils nous récompensent de ce que nous faisons pour eux?
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Vidéo de Émile Zola
Alice Chemama est diplômée de L'École Nationale Supérieure des Arts Décoratifs (2017), a reçu le Premier Prix de dessin pour un carnet de voyage déjanté (Concours Libé Apaj 2016) et publiera son tout premier album chez Dargaud à la rentrée 2019 ! Jeune autrice, grand talent, l'artiste impressionne par sa créativité sans borne et son style. Son premier album, Zola, avec Méliane Marcaggi au scénario, sera à découvrir en librairies en 2019. En attendant, visitez son site https://www.alicechemama.com/
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