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ISBN : 2370552220
Éditeur : Le Tripode (06/02/2020)

Note moyenne : 4.5/5 (sur 3 notes)
Résumé :
Publié pour la première fois en 1979, Le Détour est le fruit de vingt-cinq années d’écriture. Il relate le parcours de Luce d’Eramo qui, élevée dans une famille de dignitaires fascistes, partit de son propre chef en Allemagne en 1944 pour intégrer un Lager, un camp de travail nazi.
S’il demeure méconnu en France, Le Détour rencontra immédiatement en Italie un immense succès et connaît depuis quelques années une nouvelle vague de traductions dans le monde en... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (4) Ajouter une critique
Litteraflure
  24 mars 2020
Une leçon de résilience qui nous fait relativiser nos déboires actuels tant les épreuves que traversent Luce d'Eramo sont extrêmes. le point de départ est déroutant. L'auteure, issue d'une famille fasciste avec laquelle elle se dispute, décide d'aller voir à quoi ressemblent les camps de l'Allemagne nazie, histoire de démontrer que le Troisième Reich est à la hauteur de ses convictions. Elle déchantera rapidement. de lager en lager (p79), elle découvre l'horreur nazie et devient plus qu'une résistante : une opposante idéologique au système totalitaire. Elle ne craint pas de braver les chiens qui la menacent, d'affronter la foule qui la traite d'espionne ou de collabo, et même de fomenter une grève chez IG Farben ! Sa force de caractère en fait une survivante. Ni la mort-aux-rats, ni le froid, ni le mur qui l'assomme, ne la tueront. On a beaucoup écrit sur les camps. Ici, trois choses m'ont subjuguée : son jugement sur la société des hommes (« le K-lager n'était pas une réalité autre, mais seulement une exaspération inouïe de l'ordre extérieur »), son analyse de la mécanique nazie (« la haine contre les nazis devenait une passion exclusive et non un facteur de cohésion sociale entre internés ») et l'introspection sans concession qu'elle entreprend pour retrouver son passé, et sa santé mentale (p320-.400) Une auteure à découvrir après Levi, Semprun, Arendt ou Kertész.
Bilan : 🌹🌹🌹
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Chestakova
  19 mars 2020
J'ai terminé la lecture du "Détour" au soir de la première journée de confinement et j'associe étroitement ce que je retire du livre à la période qui s'ouvre pour nous tous, quoique l'un et l'autre semblent à première vue fort éloignés.
En se donnant pour objectif de revenir sur son passé de guerre de 43 à 45, Luce d'Eramo se livre à un subtil jeu de miroir avec elle même, dans une introspection littéraire d'une sincérité absolue. Elle nous conduit ainsi à examiner cet étranger que nous sommes à nos propres yeux et dans ce temps inédit que nous traversons, ce pari aux allures d'épopée n'est pas inutile.
Ce livre est ainsi un chef d'oeuvre, par la personnalité de l'auteur, par le récit, par l'écriture.
Luce d'Eramo est restée toute sa vie cette adolescente de 17 ans issue de la bourgeoisie fasciste italienne, en interrogation sur son milieu d'origine, qui décide à la fin de l'été 43 d'aller vérifier par elle même ce qui se passe dans les camps de travail en Allemagne. D'une force de vie à toute épreuve, avec le souci constant de distancier la réalité par la bonne humeur, avec le refus de la peur dans toutes les circonstances, elle est une figure hors du commun. Sa démarche est unique et personnelle car elle est confrontée dès 1945 à l'épreuve de sa propre identité, est- elle la résistante du läger à l'épreuve de Dachau, ou la
fille de bonne famille qui revient au bercail?
Cette interrogation qu'elle portera longtemps de 1953 à 1977, structure totalement sa mémoire et son écriture. Elle nous livre ainsi un récit déconstruit, qu'elle reconstruit progressivement dans un dialogue avec le lecteur, devenu le prolongement d'elle même.
Plutôt que le suivre pas à pas, nous allons reconstituer son périple, du camp de travail de Höchst- Franckfort et des usines IG-Farben en septembre 43 à son retour définitif en Italie en décembre 45.
Il ne s'agit par d'un aller retour mais bien de parcours multiples ou sa recherche d'identité prend forme. Elle est rapatriée une première fois à Vérone en aout 1944, elle y rejoint volontairement des prisonniers encadrés par les SS pour reprendre le chemin du camp, et pour réussir cette fuite, elle renonce à son identité qui l'aurait protégée. Ce deuxième départ la conduit à Dachau dont elle s'évade pour rejoindre le camp de Höchst- Franckfort, qu'elle quittera pour Mayence d'où elle reviendra invalide.
Elle n'écrit son passage à Dachau qu'en 1977, son analyse de cette "distorsion" nous livre en fin de récit, des pages sublimes, Luce devient Lucia, le je s'efface pour la 3ème personne.
Son écriture enfin est à la mesure du personnage, la réalité de l'ordre nazi à l'agonie dans cette fin de guerre est évoqué sans pathos, dans une langue simple et fluide avec le souci d'imposer le tragique dans sa dimension quotidienne.
Pour évoquer la terreur nazie, bâtie sur la peur, les mots de Luce se fondent dans un minimalisme de la vie, pour mieux éclabousser l'horreur qui transpire, au plus près des sensations et du corps, elle voit, elle sent , elle touche, elle fait comprendre que l'anomalie devient l'ordinaire.
Ce livre est un hommage à la fuite, non pas celle des lâches et de la peur mais celle de la recherche du sens et du combat.
Je vous invite fortement à placer ce livre dans vos listes!
Prenez soin de vous! Bonnes lectures, bon confinement!
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AlineMarieP
  27 février 2020
Je me suis lancée dans «Le détour» sans trop savoir pourquoi mais je sais pourquoi je l'ai continué... Dès la première page j'ai été happée par l'écriture charnelle de Luce D'eramo, une écriture violente qui fait ressortir les bruits, les odeurs, les sensations des terribles Lager nazis. J'ai été bousculée par l'héroïne, jeune fille fasciste, volontaire pour s'engager dans ces camps de travail, une jeune fille pour laquelle on pense ne pouvoir ressentir aucune sympathie mais qui vibre pourtant d'humanité. Lucia raconte son expérience, les conditions de travail, elle est petite bourgeoise et pourtant tente d'interagir avec ceux qui ne sont pas privilégiés. Elle ne réussit pas toujours, elle n'arrive pas toujours à oublier ses préjugés... et c'est là que le roman bascule, passe à une narratrice extérieure qui interroge le lecteur et surtout ses propres actions passées, et propose alors un travail de mémoire intime et bouleversant.
«Le détour» se lit dans l'urgence, avec frénésie, celle qui transparait chez celle qui doit survivre, celle qui perce chez celle qui doit comprendre.
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viduite
  18 février 2020
Récit d'une distorsion, témoignage d'une lucidité accablante, sans repos, sur les camps de travail et de concentration,  précieuse autopsie des façons dont on se reconstruit et surtout dont on affronte le serpent social. Livre indispensable sur la valeur de l'expérience, les apories de l'individualité, les difficultés de la solidarité, le détour se révèle surtout saisissant par la sensibilité  si particulière, fine et sans concession, de Luce d'Eramo.
Lien : https://viduite.wordpress.co..
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Citations et extraits (2) Ajouter une citation
LitteraflureLitteraflure   24 mars 2020
Le sifflement des oiseaux, avant l’aube, le bruissement des feuilles le soir, les cris excités des enfants mutilés et estropiés qui jouaient dehors avec une énergie barbare, tout et rien me serrait la gorge, me faisait monter les larmes aux yeux, me réchauffait, me remplissait d’un « oui » intime et diffus.
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ChestakovaChestakova   20 mars 2020
Il était alors évident que même mon nouveau départ de Vérone ne pouvait tarder à m'apparaître. En fait, dès que j'eus l'esprit un peu désencombré, cet épisode s'imposa avec tant de violence qu'il m'absorba complètement. Tous les évènements refoulés, depuis la prison de Francfort, étaient là devant moi, nets, précis, sans problèmes: non seulement mon rapatriement et mes journées véronaises, mais peut être encore davantage ces douze semaines d'ébahissement continu devant la "normalité" de Dachau.
Et j'affrontai "la distorsion".
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Video de Luce d'Eramo (1) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Luce d'Eramo
France Inter
Il m’aura fallu un détour pour enfin découvrir Le Détour. Ce récit « histoire vraie » et de est une "attaque" tant le point de départ est stupéfiant...

"Le détour" de Luce d’Eramo aux éditions Le Tripode.

La chronique de Juliette Arnaud - (13 Février 2020 - Bertrand Usclat)
Retrouvez toutes les chroniques de Juliette Arnaud dans « Par Jupiter ! » sur France Inter et sur https://www.franceinter.fr/emissions/...
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