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Nathalie Castagné (Traducteur)
ISBN : 2370550457
Éditeur : Le Tripode (19/03/2015)

Note moyenne : 4.27/5 (sur 11 notes)
Résumé :
Le dernier volet du cycle autobiographique de l'auteure. Elle raconte sa relation passionnelle avec la jeune Roberta, son ancienne codétenue et militante radicale. Ensemble, elles parcourent de long en large la Rome des années 1980, ville déchirée entre son histoire et un consumérisme en plein essor.
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Critiques, Analyses et Avis (2) Ajouter une critique
jostein
  06 novembre 2015
Ma lecture tant appréciée de L'Université de Rebbibia est un peu trop ancienne pour renouer facilement avec les amitiés carcérales de Goliarda.
Deux ans après un vol de bijoux, Goliarda est arrêtée et envoyée à la prison de femmes de Rebbibia, une volonté d'écrivain de plonger dans ce monde marginal. Elle y noue des amitiés inoubliables.
Dans ce texte autobiographique, Goliarda évoque ses retrouvailles avec Roberta dans le Rome des années 80.
Le titre affirme que nous sommes dans le cycle de l'autobiographie des contradictions et le fond confirme cette ambiance.
Attirance et méfiance, violence et tendresse, liberté et regret de l'univers carcéral, jeunesse et vieillesse, droit commun et politique. Toutes les relations entre les deux femmes soufflent le froid et le chaud avec toutefois une amitié inaltérable qui lie tous ceux qui ont connu la prison.
Goliarda s'interroge sur ses sentiments. « Est-ce qu'être attaché à quelqu'un qui vous est si profondément nécessaire ne rentrerait pas dans les catégories de l'amour? »
Qu'est-ce qui l'attire vers Roberta? L'attirance de la jeunesse pour cette gamine de vingt quatre ans qui pourrait être la fille qu'elle n'a jamais pu avoir. Cette sensation que Roberta est sa lune noire, sa jumelle, une autre si semblable à elle-même. Ce regret nostalgique de l'univers carcéral où le temps et les frontières n'existent plus.
» Parce qu'elle y a grandi, dans la réclusion, sur ce damier sans fin d'heures coupées jusqu'à l'insupportable en minutes et secondes, et peut-être en quelques mesures temporelles qui nous sont encore plus imperceptibles, à nous gens du dehors. Roberta a été élevée en prison – depuis qu'elle y est entrée pour la première fois à quatorze ans- comme vous qui lisez avez été élevés chez les soeurs ou à l'école publique ou dans quelque collège huppé d'au-delà des Alpes. »
Roberta est un être insaisissable qui peut passer de la violence aux larmes, opportuniste et dévouée à ses amis de prison. Elle perçoit les hésitations de Goliarda et la guide vers la Rome débauchée qui semble toujours la fasciner, elle la sicilienne rebelle.
Ce récit est beaucoup moins romanesque que L'université de Rebbibia ( pourtant autobiographique lui aussi) mais il met en évidence la dualité du personnage de l'auteur, sa fragilité. Lorsque Roberta qui pense que l'écriture est une chose personnelle et sacrée demande à Goliarda pourquoi elle écrit…
» Oh, pour deux raisons seulement! Pour me défoncer -exactement comme pour toi l'héroïne- cela seul me fait vivre pleinement la vie. Pour moi, ce que nous appelons vie ne prend de la consistance que si j'arrive à la traduire en écriture….la seconde est une conséquence de la première: raconter aux autres – je ne crois pas qu'on écrive pour soi-même – les visages, les personnes que j'ai aimées et ainsi, je sais que ça peut paraître sentimental et naïf mais je m'en fous, et ainsi-disais-je- prolonger de quelques instants leur existence et peut- être la mienne. »
Avec Les certitudes du doute, Goliarda prolonge quelques instants la vie des personnes qu'elle aime et trace cette manie de se parler à elle- même pour donner une vie à sa part de joie.
Lien : https://surlaroutedejostein...
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sophietaam
  14 mai 2018
Belle découverte que cette auteure inclassable. Si Les certitudes du doute appartiennent à un cycle autobiographique, il se lit également seul et constitue une entité en soi, qui donne, bien entendu, envie d'aller fouiner du côté de cette grande université improbable de Rebibbia.
Ce texte riche, intense et profondément poétique, ne m'a pas laissée insensible. On suit les revirements de Goliarda Sapienza sortie de prison (hélas, serait-on tenté d'ajouter, tant est grande la nostalgie carcérale !). Perdue dans cette vie trop vaste et pleine d'obligations, Goliarda renoue avec ses anciennes compagnes de Rebibbia, et en particulier Roberta, une jeune femme intelligente, dont elle retombe amoureuse.
Cette jeune femme lui apparaît comme son double, son sosie, son autre face, et cette gémellité de l'âme l'attire profondément. Mais, en même temps qu'une jumelle, c'est également une fille, on les prend d'ailleurs constamment pour mère et fille, ce dont joue l'auteure avec humour tout au long du récit. L'ironie est extraordinaire, si intelligente et subtile, comme le personnage insaisissable et fascinant de cette jeune fille révolutionnaire à la sagesse centenaire. Elle a été à bonne école ; la meilleure, celle de la prison de Rebibbia, qui est devenue désormais si réputée que les ex-prisonnières commettent des délits pour y retourner, mais les places sont maintenant chères !
Voilà un récit romancé, poétique, sensible, touchant, qui aborde des thèmes d'une manière très personnelle et originale : l'incarcération, l'amitié entre opprimés, la solidarité. C'est également un portrait vivant de la Rome résistante et souterraine dans les années 80, malgré le désenchantement des utopies.
Un magnifique portrait de femme, et une réflexion sur l'écriture comme témoignage de destinées atypiques (les lettres des prisonniers, un projet littéraire initié par Roberta et poursuivi par Goliarda) et en tant que vocation de l'auteure. Enfin, une relation hors norme, prenant toutes les formes de l'humanité qui peuvent unir deux êtres, en particulier deux femmes.
On plonge dans cet univers avec le désir d'y rester, nous aussi, lecteur, encore et encore…
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Citations et extraits (2) Ajouter une citation
sophietaamsophietaam   14 mai 2018
— Pourquoi écris-tu, Goliarda ?
— Pour prolonger de quelques instants la vie des personnes que j’aime.
— Et avec la leur, la tienne, hein, renarde rusée ?
— Bien sûr. Qui déteste la vie au point de ne pas résister que la sienne ne soit au moins un peu prolongée ?
— Bien, alors peut-être un jour écriras-tu sur moi.
C’est cela que Roberta voulait de moi ? Renaître littérairement, personnage vivant dans un livre ? Un désarroi nouveau me prend. Parviendrai-je, moi, privée par la marâtre nature de la joie d’enfanter, parviendrai-je à façonner à l’intérieur de moi ce petit cocon informe de chair pour en faire une petite fille, sinon belle et bonne, du moins pas difforme ou ne manquant pas de quelque membre ? Voilà la terreur ancestrale que toutes les femmes éprouvent à chaque fois qu’elles se sentent grandir un être en elles… Serai-je capable de surmonter cette terreur, et prenant papier et stylo, de me mettre à ce dur travail d’accouchement charnel et mental qu’il me faudra pendant des mois et des mois affronter chaque matin et peut-être chaque heure ? Je ne sais pas, — mais j’ n’ai plus qu’à me jeter dans le vide en retournant à elle, la recherchant, me rendant enceinte de son image et la laissant mûrir en moi, la nourrissant constamment jusqu’à ce que, enfin modelée, elle puisse passer des ténèbres à la lumière : Roberta, mon enfant.
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sophietaamsophietaam   14 mai 2018
— […] Pourquoi écris-tu ?
— Oh, pour deux raisons seulement ! Pour me défoncer — exactement comme pour toi l’héroïne —, cela seul me fait vivre pleinement la vie. Pour moi, ce que nous appelons vie ne prend de la consistance que si j’arrive à la traduire en écriture.
— Je comprends, ça, c’est une réponse, et l’autre ? Tu avais deux raisons.
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Vidéo de Goliarda Sapienza
Extrait de "L'Art de la joie" de Goliarda Sapienza lu par Valérie Muzzi. Editions Audiolib. Parution le 13 février 2019.
Pour en savoir plus : https://www.audiolib.fr/livre-audio/lart-de-la-joie-9782367628318
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