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ISBN : 2207112381
Éditeur : Denoël (2014)


Note moyenne : 4.34/5 (sur 271 notes) Ajouter à mes livres
Résumé :
Mai 1940, on fête à Berlin la campagne de France. La ferveur nazie est au plus haut. Derrière la façade triomphale du Reich se cache un monde de misère et de terreur. Seul dans Berlin raconte le quotidien d'un immeuble modeste de la rue Jablonski, à Berlin. Persécuteurs... > voir plus
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Critiques, analyses et avis

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    • Livres 4.00/5
    Par MissG, le 13 janvier 2013

    MissG
    "Ils n'ont qu'à obéir. C'est le Fürher qui réfléchit."
    Il est trop facile et trop réducteur de penser que tous les allemands ont obéi et suivi aveuglément Hitler en cessant de réfléchir, lui accordant une confiance totale et prenant la moindre de ses déclarations pour parole d'évangile.
    Non, tous les allemands n'ont pas été nazis, tous les allemands n'ont pas été antisémites, pourtant on se pose bien peu souvent la question de savoir ce qui se passait réellement en Allemagne à cette époque et quel était le ressenti de la population civile.
    "Seul dans Berlin" a le mérite de lever le voile sur ces questions, de traiter du quotidien d'allemands et de leur prise de position par rapport au régime du IIIè Reich.
    Bienvenue à Berlin en mai 1940, plus précisément dans l'immeuble du 55 rue Jablonski.
    Il y a les Quangel qui viennent de perdre leur fils unique, Madame Rosenthal une juive qui se cache, les Persicke avec le benjamin jeune recrue des SS et faisant la fierté de sa famille, le conseiller Fromm un individu mystérieux ayant travaillé auparavant dans la justice.
    A côté il y a aussi Enno Kluge qui vit aux crochets des femmes et pourrit la vie de sa femme Eva, factrice, et Emil Borkhausen, un individu particulièrement louche qui monnaye des informations.
    Toutes ces personnes vont se croiser, s'observer, se dénoncer, faire affaire, entre ceux qui soutiennent le IIIè Reich comme les Persicke, les SS et la Gestapo : "Et pourquoi tant de raffut pour la mort d'une Juive ? J'ai assez à faire avec les vivants.", ceux qui choisissent de sombrer dans l'alcool et vivre d'expédients : "Nous sommes tous des hommes, mais nous différons en ceci que nous ne nous pendons pas tous quand nous avons trop bu.", ceux qui choisissent de résister et de dénoncer Hitler et son régime comme les Quangel qui vont se mettre à semer des lettres dans Berlin en espérant les faire circuler dans la population, cette idée ayant germé dans leur esprit grâce à l'action de résistance à laquelle participait la fiancée de leur fils, Trudel Baumann.
    Et puis il y a quelques personnes neutres dont le lecteur ne sait pas trop la position comme le conseiller Fromm, un personnage secondaire mais qui intervient toujours à un moment critique.
    La construction de ce livre est astucieuse et bien pensée.
    L'histoire s'ouvre avec Eva Kluge et se termine avec elle, tandis que le milieu de l'histoire est ponctué par un intermède campagnard qui la met en scène.
    Ce n'est pas un personnage clé de l'histoire mais il en est quand même la voûte et sert de repère au lecteur.
    Les autres personnages interviennent tout au long de l'histoire, les points de vue s'alternant de l'un à l'autre, parfois ces personnages se croisent, s'observent et se craignent.
    En dehors de la population hétéroclite de cet immeuble, il y a la police, la terrible Gestapo, qui fait peser sur toute l'histoire un climat de suspicion : "Dans son sous-sol obscur, elle avait cru passer complètement inaperçue; et voilà qu'elle venait de s'apercevoir qu'elle était constamment espionnée (comme tout le monde à cette époque, d'ailleurs).".
    Cette peur qui habitait tous les allemands, ou presque, à cette époque est bien retranscrite dans le récit et les conflits intérieurs sont bien présents : certains choisissent de dénoncer le régime même s'ils doivent en payer le prix de leur vie, tandis que d'autres se jugent plus lâches car ils choisissent de ne pas entrer ouvertement en opposition avec le régime et de vivre leur vie le plus tranquillement possible, comme Trudel Baumann qui revient sur ses engagements premiers dans la résistance, et enfin il y a ceux qui collaborent avec le régime.
    Certains peuvent juger que les actions des Quangel sont ridicules et sans impact, c'est d'ailleurs presque ce qui transpire du récit, mais pour moi il n'y a pas de petites actions et le battement d'aile d'un papillon peut avoir des répercussions bien grandes.
    Ici, c'est le cas : même si la très grande majorité des lettres des Quangel ont fini entre les mains de la police sans avoir circulées ni même avoir été lues, elles touchent forcément quelques personnes, d'autant plus que dans le même temps d'autres actions de résistance ont lieu dans la population, comme des sabotages.
    Le sort des Juifs est également abordé en toile de fond, il est beaucoup question des camps de travail au début du live où sont déportés les allemands qui s'opposent au IIIè Reich ou qui ne sont pas assez productifs, mais bien vite il circule dans la population que les Juifs sont arrêtés et déportés.
    Ceci a d'ailleurs pour conséquence que certains allemands cessent de croire en Dieu : "Songe à tout ce qu'ils ont pu faire aux Juifs et à d'autres peuples sans en être punis ! ... Crois-tu vraiment que Dieu existe, mère ?".
    A tout cela, il faut également ajouter le réalisme de toute la partie du récit retraçant les tortures par les SS pour faire avouer les personnes, l'emprisonnement dans des conditions plus qu'insalubres, les jugements expéditifs où même l'avocat de la défense enfonce plutôt qu'il n'aide l'accusé.
    La multitude de personnages ne m'a pas dérangée, au contraire, elle permet d'avoir différents points de vue et de ne pas traiter la population allemande en la mettant dans un seul panier : celui du nazisme.
    Du point de vue de l'écriture, c'est maîtrisé de bout en bout, mais j'ai trouvé que toutes les parties n'étaient pas égales du point de vue de la fluidité de lecture, certaines se lisant plus rapidement que d'autres.
    C'est une histoire sombre et réaliste, j'ai apprécié de lire cette histoire qui parle de la résistance allemande, elle sort des sentiers battus et permet d'ouvrir ses opinions et de sortir du champ de la facilité.
    De plus, le titre est particulièrement bien choisi, car si l'histoire fait se mêler une multitude de personnages au final chacun d'eux est seul face à lui-même et face au nazisme.
    Je n'aurai qu'un petit reproche à faire au niveau des repères spatio-temporels, ils sont trop peu présents et sans s'en rendre compte le lecteur passe de 1940 à 1942, j'aurais aimé que l'auteur soit un peu plus précis à ce sujet, mais c'est bien le seul petit reproche que je peux lui faire.
    "Seul dans Berlin" est le dernier livre écrit par Hans Fallada en 1947 et c'est une réussite, car à travers une multitude de personnages il traite de la résistance allemande et du quotidien des allemands pendant la Seconde Guerre Mondiale d'une façon très réaliste, un sujet bien rare en littérature et qui ne laisse pas le lecteur indemne la lecture achevée.

    Lien : http://lemondedemissg.blogspot.fr/2013/01/seul-dans-berlin-de-hans-f..
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    • Livres 5.00/5
    Par mariecesttout, le 29 mars 2014

    mariecesttout
    Beaucoup a déjà été écrit sur ce livre dont le titre allemand aurait du être traduit par Chacun meurt seul?
    De façon anecdotique, j'ai lu ce livre -dans le cadre séance de rattrapage- en même temps qu'un ami, échangeant nos impressions au fil de la lecture. Un jour, peu de temps avant le premier tour des élections municipales, il m'a écrit que quelqu'un lui avait tendu un tract politique pour un candidat, qu'il l'avait pris, mais que complètement dans l'ambiance du roman, il s'est senti très angoissé, ne sachant que faire du papier.. Je crois que c'est la qualité principale de ce roman, cette angoisse extrême que transmet l'auteur, cette oppression constante que l'on ressent vraiment et c'est là qu'on comprend à quel point c'était difficile, voire quasi impossible pour cette population d'opposer la moindre résistance. Tout le monde s'épiait, le moindre geste, la moindre parole suspecte, ils le savaient , pouvaient conduire à l'arrestation, la torture pour faire dénoncer des proches et la mort. Et combien il a fallu de courage à certains pour résister à cette terreur qui rend impuissant, et mène au pire dans les conduites humaines:
    "Les Hergesell supportaient avec peine cette atmosphère dans laquelle il leur fallait vivre.Mais ils se répétaient que rien ne pouvait leur arriver , puisqu'ils n'entreprenaient rien contre l'Etat. Les pensées sont libres, disaient-ils. Mais ils auraient du savoir que ce n'était même plus le cas sous ce régime."
    C'est un roman que l'on sent écrit rapidement , peut être Fallada qui est très mort très vite après la parution se sentait-il pressé de témoigner, de dénoncer.
    Des petits chapitres, avec leurs titres assez anodins, qui donnent au départ un aspect feuilletonesque avec même quelques scènes qui pourraient relever du burlesque. En dehors du contexte.. Parodie comme le faisait Erika Mann dans un cabaret à Munich dès 1933 , ou plus tard à Zurich? Je ne sais pas, mais au début, certaines scènes font sourire. Pas très longtemps.
    Hans Fallada fait appel à certaines figures représentatives de la population allemande ordinaire qu'il développe dans des portraits individuels ou familiaux, chacun représentant une sorte d'archétype de personnage , l'idée étant de les réunir dans une unité de lieu, un immeuble. On a la commerçante juive dont le mari a déjà été arrêté et qui vit cloitrée, de peur d'être dénoncée, la famille nazie pure et dure, mais là, tous les degrés depuis le fils qui terrorise tout le monde et grimpera la hiérarchie, jusqu'à la soeur qui a un bon emploi comme gardienne dans un camp de concentration. le pourri de service , de ceux que l'on retrouve partout quand l'occasion se présente , prêt à sauter sur chaque occasion de s'enrichir, et tirer son épingle du jeu.
    Ceux qui essaient .. dans la clandestinité, à plusieurs, ou seul, par des gestes individuels comme ceux de ce très beau personnage du conseiller Fromm.
    Et puis, il il y a le couple Quangel, qui au départ, appartient à la majorité silencieuse. Travail, famille , on se tait et on ne pense pas. Mais le fils vient de se faire tuer sur le front russe, alors, tout commence.
    J'ai lu sur Wikipedia qu'Hans Fallada s'était inspiré pour raconter cette histoire de Otto et Elise Hampel, exécutés le 8 avril 1943 pour actes de résistance. Je ne sais pas quels étaient ces actes de résistance, mais, en tout cas, la décision des Quangel, leur application à la tâche pour faire ce qu'ils peuvent faire, faire ce qui leur semble bon de faire , sachant très bien et le disant d'emblée, ce qu'ils risquent, tout cela force l'admiration. L'ironie noire sera de savoir à quoi ça sert., concrètement
    A quoi ça sert? Fallada le dit dans un dialogue entre deux prisonniers , Otto Quangel, qui découvre là tout ce qu'il a manqué dans sa vie, et un chef d'orchestre, un des personnages les plus lumineux de cette histoire ( il y en a d'autres):
    "Vous avez résisté au mal, vous et tous ceux qui sont dans cette prison. Et les autres détenus, et les dizaines de milliers des camps de concentration… Tous résistent aujourd'hui et ils résisteront demain
    - Oui et ensuite, on nous fera disparaître ! Et à quoi aura servi notre résistance ?
    -A nous, elle aura beaucoup servi, car nous pourrons nous sentir purs jusqu'à la mort. Et plus encore au peuple, qui sera sauvé à cause de quelques justes, comme il est écrit dans la Bible. Voyez-vous, Quangel, il aurait naturellement été cent fois préférable que nous ayons eu quelqu'un pour nous dire : « Voilà comment vous devez agir. Voilà quel est notre plan. » Mais s'il avait existé en Allemagne un homme capable de dire cela, nous n'aurions pas eu 1933. Il a donc fallu que nous agissions isolément. Mais cela ne signifie pas que nous sommes seuls et nous finirons par vaincre. Rien n'est inutile en ce monde. Et nous finirons par être les vainqueurs, car nous luttons pour le droit contre la force brutale.
    - Et quel avantage en tirerons- nous, couchés dans la tombe?
    - Préféreriez- vous vivre pour une cause injuste ou mourir pour une cause juste? Il n'y a pas de choix possible, ni pour vous, ni pour moi. C'est parce que nous sommes mous-mêmes que nous avons dû suivre cette voie.
    Je connaissais déjà un peu l'histoire de la résistance allemande ( la famille Hammerstein , la famille Scholl, ), mais là, c'est un témoignage tout à fait unique de quelqu'un qui a vécu cela de très près et le décrit de façon assez magistrale.

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    • Livres 5.00/5
    Par lonesloane, le 29 juillet 2011

    lonesloane
    Il est des ouvrages qui ont la capacité de vous immerger totalement dans un univers, de vous proposer un éclairage pertinent et juste. « Seul dans Berlin » en fait indéniablement partie. Une vertigineuse plongée au cœur de l'Allemagne nazie à son apogée, ou la vie quotidienne est marquée par une allégeance, forcée ou non, au régime totalitaire en place.
    Nous sommes rue Jablonski, dans un petit immeuble, quatre familles y vivent, chacune à leur manière, avec leurs idées, leur vision d'une tragédie qui est en train de se jouer sous leurs yeux, mais toutes vivent dans la peur et la soumission, même si elles n'en ont pas conscience. C'est dans cette ambiance délétère que la famille Quangel va recevoir comme un coup de massue sur la tête l'annonce du décès de leur fils au front. Une prise de conscience de l'absurdité de la guerre, une prise de conscience de l'ignominie du régime en place, d'abord induite par le sentiment de peine énorme causé par la mort d'un enfant, puis, petit à petit, par le constat d'une vie quotidienne devenue hideuse. La naissance d'un sentiment de révolte, un besoin irrépressible de dénoncer de quelque manière que ce soit. Bien sûr les Quangel ne vont pas devenir les « super résistants » qu'on pourrait croiser dans un film à succès, mais ils vont le faire à leur manière, avec leur moyens, avec le peu de place que le régime pouvait laisser aux gens. Ce sont des petites cartes dénonçant Hitler et le régime qui seront disséminées un peu partout dans Berlin. Bien évidemment, cela n'aura aucune incidence sur le cour de l'histoire, la Gestapo se chargera de faire disparaitre les cartes et leurs auteurs, comme pour rétablir une apparence qu'on souhaite à tout prix préserver.
    On suivra ici la vie ordinaire de gens ordinaires plongés dans un univers de haine et de délation, un superbe éclairage pour tenter de répondre à la sempiternelle question : « mais pourquoi n'ont-ils rien fait ? ». Primo Levi disait que « Seul dans Berlin » est l'un des plus beaux livres sur la résistance allemande antinazie, c'est pour moi une nouvelle leçon de vie, un ouvrage magnifique.

    Lien : http://testivore.com/seul-dans-berlin/
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    • Livres 5.00/5
    Par Woland, le 31 mai 2008

    Woland
    Jeder stirbt für sich allein
    Traduction : A. Virelle et A. Vandevoorde
    "Seul dans Berlin" s'ouvre dans cette ville, alors que l'Allemagne nazie célèbre l'heureuse issue de la campagne de France, et s'achève six ans plus tard, durant l'été 1946, dans la campagne brandebourgeoise. Personnage commun aux deux époques : Emil Borkhausen, l'un de ces parasites qui, sous n'importe quel régime politique, trouvent le moyen de prospérer aux dépens d'autrui.
    A Berlin, Borkhausen, bien qu'il dût, comme tout le monde, faire profil bas devant la morgue de ses voisins, les Persicke, dont tous les membres profitaient honteusement de leurs relations au sein du Parti nazi, détenait encore un certain pouvoir. le pouvoir de la petite frappe, du petit indic qui louvoie entre les gros poissons pour leur ramener du fretin, petit ou grand. Emil vivait aussi sur le dos de sa femme, n'hésitant nullement à profiter des avantages que lui procuraient ses amants. Enfin, il lui arrivait de s'en prendre à leurs enfants, tout particulièrement à leur fils de treize ans, Kuno-Dieter, ainsi prénommé parce que, de l'aveu même de Mme Borkhausen, l'enfant était en fait le fils d'un aristocrate qui avait eu une fantaisie pour elle.
    C'est ainsi que Borkhausen, mettant à profit le climat de terreur quotidienne et de méfiance mutuelle qui règne dans la société allemande depuis la prise de pouvoir par Hitler, cherche à dévaliser l'appartement abandonné par Frau Rosenthal, se met en quatre pour Baldur Persicke, un répugnant adolescent de 16 ans appartenant aux Jeunesses Hitlériennes, fait l'indic pour le commissaire Escherich, fait du chantage à Frau Hete et cause la perte de son ancien acolyte, Enno Kluge.
    Dans l'immeuble de la rue Jablonsky où gravite tout ce petit monde, certains parce qu'ils y vivent, d'autres parce que les y amènent leurs obligations professionnelles, il n'y a guère que Otto Quangel et sa femme, Anna, pour ne pas se commettre avec Emil. Les Quangel viennent de perdre leur fils, tué lors de la campagne de France et cette mort va certainement les inciter à se replier encore un peu plus sur eux-mêmes.
    De temps en temps pourtant, on les voit sortir, bras-dessus, bras-dessous, pour une petite promenade ... En les voyant passer, personne ne les soupçonnerait - non, pas même Baldur ou Emil - de disséminer régulièrement des cartes postales appelant les Allemands à la résistance dans des cages d'escalier choisies au hasard ...
    Il faudra de longs mois au commissaire Escherich avant de parvenir à démasquer Quangel. Encore le moment où celui-ci choisit de se laisser prendre ressemble-t-il plus au premier pas vers une mort souhaitée qu'à un acte maladroit.
    Le plus triste, comme le constatera le commissaire, c'est que les pauvres cartes du couple Quangel ne paraissent pas avoir servi à grand chose. Les deux tiers ont été directement remises à la police par des citoyens que la seule idée de les avoir touchées et lues menait au bord de la panique. le tiers restant ... Qu'est-il advenu du tiers restant ? ...
    Quangel et sa femme sont évidemment condamnés, lui à la peine capitale, elle à la prison à vie. Séparée de son mari, Anna sombre dans une folie douce qui prendra fin quelques années plus tard, sous les bombardements. Les rares fréquentations des Quangel sont, elles aussi, arrêtées, torturées et, pour certaines, exécutées. le commissaire Escherich lui-même, à qui toute l'affaire a ouvert les yeux sur les pratiques du pouvoir en place, se suicide. Et, de combat en défaite, l'Allemagne nazie finit par s'écrouler.
    Et c'est là que nous retrouvons Emil Borkhausen, hâve, déguenillé mais toujours aussi ignoble, bien décidé à se faire entretenir cette fois-ci par son fils, Kuno, lequel s'était enfui de Berlin après avoir reçu une énième correction des mains de son père pour l'Etat-Civil. Grâce à on ne sait trop quels renseignements, Borkhausen a appris que l'enfant avait été recueilli par Eva Kluge, l'ancienne factrice de la rue Jablonski, qui avait trouvé refuge à la campagne après que la Gestapo se fût intéressée à Enno, son ex-mari. Il a remonté la piste et, en ce jour de l'été 1946, il se dresse devant la charrette dans laquelle Kuno a pris place pour aller se ravaitailler à la ville.
    ... La petite scène entre le père et le fils constitue le seul moment de joie véritable de ce roman au style nerveux, encore souligné par l'emploi systématique du présent de l'indicatif, qui fourmille de notations précises sur la vie à Berlin chez M. et Mme Tout-le-Monde pendant l'Age d'Or du nazisme et porte témoignage de toute une époque. En filigrane, la grande question que se pose Hans Fallada : pourquoi la résistance ne s'est-elle pas organisée en Allemagne sur une échelle comparable à celle des autres pays ? Sans le dire expressément, le romancier met d'abord en cause la discipline germanique et le rapport très puissant qui unit l'Allemand au pouvoir, quel qu'il soit. En dernière position seulement, vient cette tare qui afflige Borkhausen mais qui n'est pas représentative du peuple allemand en particulier : la lâcheté, le désir de survivre aux dépens des autres.
    Un roman qui ressemble à son personnage principal, Otto Quangel ou encore (et ce n'est pas si paradoxal que ça en a l'air car les deux hommes ont bien des points communs et finissent par s'estimer l'un l'autre) au commissaire Escherich : tranquille, déterminé, mesuré, minutieux et ... impitoyable. L'hommage également d'un citoyen allemand et d'un écrivain de talent à ceux de son peuple qui, malgré tout, eurent le cran de s'opposer aux Nazis. Ne passez pas à côté. ;o)
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    • Livres 5.00/5
    Par vieuchamp, le 18 juin 2012

    vieuchamp
    Primo Levi disait que "Seul dans Berlin" était un des meilleurs livres sur la résitance antinazie.
    Sur le quatrième de couverture est écrit que c'est le dernier roman de Hans Fallada écrit en 1947, son chef-d'oeuvre;
    Je viens d'achever ce roman, et les citations ci-dessus sont profondément fondées, ce roman restera certainement un des meilleurs que j'aurai l'occasion de lire.
    L'histoire débute en 1940, à Berlin, dans un bâtiment ordinaire dans une rue ordinaire, ou se cotoient les résidents ordinaires, sauf que la situation en Allemagne est devenue critique, que le parti est passé par là, et que le pays est gouverné par des gens pratiquant le fanatisme, ce qui a le don de transformer un tout un chacun.
    Ce roman nous plonge dans la vie d'une dizaine de personnes, allemands pro ou contre le parti, juifs, délinquants, alcooliques, travailleurs ou fainéants, et j'en passe.
    L'ambiance est morose, c'est évident, nous sommes en 1940, et le maître-mot n'est que trahison ou dénonciation méprisable et honteuse. La vie, même pour les allemands, était loin d'être agréable.
    Même si parfois, j'ai eu un peu de mal à suivre devant la multiciplicité des personnages, ce livre, j'ai eu du mal à le refermer et je n'userais pas de superlatif pour qualifier également ce roman de chef-d'oeuvre, que je ne saurais que conseiller très vivement à tout les lecteurs qui portent un intérêt à cette triste période de notre ère.
    Un très grand moment de lecture.
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Critiques presse (1)


  • Telerama , le 29 janvier 2014
    Années 1940 : le nazisme triomphe, un couple d'Allemands résiste. Censuré à sa parution en 1946, ce roman puissant paraît dans sa version intégrale.
    Lire la critique sur le site : Telerama

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Citations et extraits

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  • Par ay_guadalquivir, le 28 août 2013

    Il prit la plume et dit doucement, mais avec une certaine emphase :
    - La première phrase de notre première carte sera : "Mère, le Führer m'a tué mon fils."
    De nouveau, elle frissonna : il y avait quelque chose de décidé et de sinistre dans ces paroles ! Elle comprit à cet instant que, par cette première phrase, il avait déclaré la guerre, aujourd'hui et à jamais. Confusément, elle comprit ce que cela signifiait. D'un côté, eux deux, les pauvres petits travailleurs insignifiants, qui pour un mot pouvaient être anéantis pour toujours. Et de l'autre côté, le Führer et le Parti, cet appareil monstrueux, avec toute sa puissance, tout son éclat, avec derrière lui les trois quarts, oui, les quatre cinquièmes de tout le peuple allemand. Et eux deux, seuls ici, dans cette petite chambre de la rue Jablonski !...
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  • Par Piling, le 24 septembre 2009

    Pendant cette promenade matinale, qui se prolongeait de dix heures à midi, le Dr Reichhardt chantait tout bas, et Quangel avait pris l'habitude de prêter l'oreille à ce qu'il fredonnait. Parfois, il se sentait devenir assez fort pour braver n'importe quelle épreuve, et Reichhardt disait alors : "Beethoven." Parfois, Quangel sentait une joie et une légèreté incompréhensibles et qu'il n'avait jamais connues auparavant, et Reichhardt disait : "Mozart." Puis les sons qui venaient de la bouche du musicien se faisaient graves et engendraient comme une douleur dans le cœur de Quangel; ou bien il se sentait reporté au temps de son enfance, quand il accompagnait sa mère à l'église : il avait encore toute la vie devant lui, et c'était pour accomplir une grande tâche : "Jean-Sébastien Bach", disait Reichhardt."
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  • Par pgremaud, le 29 avril 2014

    Pendant cette promenade matinale, qui se prolongeait de dix heures à midi, le Dr Reichhardt chantait tout bas, et Quangel avait pris l'habitude de prêter l'oreille à ce qu'il fredonnait. Parfois, il se sentait devenir assez fort pour braver n'importe quelle épreuve, et Reichhardt disait alors: « Beethoven. » Parfois, Quangel sentait une joie et une légèreté incompréhensibles et qu'il n'avait jamais connues auparavant, et Reichhardt disait : « Mozart. » Puis les sons qui venaient de la bouche du musicien se faisaient graves et engendraient comme une douleur dans le coeur de Quangel; ,ou bien il se sentait reporté au temps de son enfance, quand il accompagnait sa mère à l'église : il avait encore toute la vie devant lui, et c'était pour accomplir une grande tâche. « Jean-Sébastien Bach », disait Reichhardt.
    Bien que Quangel n'eût pas encore une très haute idée de la musique, il ne pouvait se soustraire entièrement à son influence, si imparfaits que fussent les airs murmurés par l'artiste. En le voyant ainsi marcher les yeux fermés, Quangel, assis sur son tabouret, se demandait parfois s'il avait bien fait de vivre volontairement en marge. La soixantaine passée, à la veille d'une mort prochaine, le contremaître sentait encore une métamorphose se produire en lui. Il avait beau s'en défendre... Et la musique en était moins la cause que ;;l'exemple offert par son compagnon. Jadis il avait souvent fait taire Anna, parce qu'il considérait le silence comme l'état idéal; à présent il se surprenait à souhaiter que le Dr Reichhardt voulût bien fermer enfin son livre pour lui adresser la parole.
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  • Par Bibounde, le 01 mars 2008

    Et que voulait-il faire ? Autant dire rien !... Quelque chose de dérisoire, d'insignifiant, tout à fait dans sa ligne ; quelque chose de calme, qui ne pourrait en rien troubler sa tranquilité. Il voulait écrire des cartes ! Des cartes postales, avec des appels contre le Führer et le Parti, contre la guerre, pour éclairer ses semblables. C'est tout... Et ces cartes, il ne comptait nullement les envoyer à des gens bien déterminés, ni les coller sur les murs comme des affiches. Non, il voulait simplement les déposer dans les escaliers des immeubles où il y avait beaucoup d'allées et venues, les abandonner là, sans savoir aucunement qui les ramasserait, ni si elles ne seraient pas aussitôt foulées aux pieds ou déchirées.
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  • Par mariecesttout, le 13 mars 2014

    Il faudra aussi étudier de près cette Frau Häberle, songe Escherich. Ce peuple est vraiment lamentable! Alors que son bonheur futur est en jeu dans une guerre d'une ampleur inouïe, il trouve encore le moyen de regimber. Rares sont ceux qui ont la conscience pure. A l'exception, bien entendu, des membres du Parti. Mieux vaut d'ailleurs se garder d'aller mettre le nez dans les affaires de ces derniers...
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