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ISBN : 220711239X
Éditeur : Denoël (2016)

Note moyenne : 4.37/5 (sur 504 notes)
Résumé :
Mai 1940, on fête à Berlin la campagne de France. La ferveur nazie est au plus haut. Derrière la façade triomphale du Reich se cache un monde de misère et de terreur. Seul dans Berlin raconte le quotidien d'un immeuble modeste de la rue Jablonski, à Berlin. Persécuteurs et persécutés y cohabitent. C'est Mme Rosenthal, juive, dénoncée et pillée par ses voisins. C'est Baldur Persicke, jeune recrue des SS qui terrorise sa famille. Ce sont les Quangel, désespérés d'avoi... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (58) Voir plus Ajouter une critique
Erveine
Erveine23 août 2015
  • Livres 5.00/5
Il n’y a pas de hiérarchie en matière de grandeur d’âme, pas de milieu, il sied à chacun de s’accommoder avec sa conscience. C’est en cela qu’il me plait cet Otto Quangel. Un homme ordinaire et à la fois hors du commun. Il a beau avoir une tête d’oiseau, il m’attire. Il pourrait être vous, moi, ou monsieur tout le monde et c’est en cela qu’il me touche. Monsieur et Madame Quangel se meuvent comme ils le peuvent dans un monde incertain ou la terreur nazie fait rage. Tout d’abord emportés par la norme rigoureusement prescrite par ces temps de ferveur triomphale du troisième Reich, ils se désengagent, discrètement. Mordus dans leur chair suite à la mort du fils, ils s’unissent par un lien indéfectible et trouvent dans la transgression une raison de vivre qui les maintient debout au sens physique comme au sens moral, ils retrouvent leur qualité de libres penseurs. Seul dans Berlin est un livre très fort. Il n’y a pas de héros à proprement parler, juste des hommes. Les escrocs deviennent plus escrocs et les mouchards plus mouchards comme si, les penchants naturels exacerbés par le désordre humanitaire ambiant se chargeaient de révéler chacun à soi-même ; et ainsi, il en va de même, des bons comme des mauvais jusqu'à l’animalité qui pourtant se soumet, à l’attraction d’une affective caresse
Vraiment ! C’est fort ce livre. Il peut se lire en deux temps, comme un roman puisqu'on est emporté dans le récit mais aussi et surtout, ou en tout cas pas moins, comme un récit historique de faits de guerre mais qui se perpétuent dans la ville de Berlin et qui témoignent de la souffrance des Allemands au cœur de la ville, victimes eux-aussi de la persécution et de la dictature hitlérienne. J’ai beaucoup apprécié ces deux niveaux de lecture.
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Yassleo
Yassleo11 octobre 2015
  • Livres 5.00/5
La semaine dernière c'était dingue: j'ai réussi à acheter du pain sans carte alimentaire. Puis j'ai même passé une soirée avec des amis pendant laquelle on a ralé contre la hausse de nos impôts. Et après on est sorti tous ensemble à 22h, comme ça, dans la rue. Même pas peur. Alors qu'il y avait pourtant un pote juif qu'avait oublié de mettre son étoile jaune le con. Et je suis toujours là, bien vivante. Dingue je vous dis.
Bon ce qui est surtout dingue c'est d'imaginer qu'en d'autres temps pas si reculés, ceci était inenvisageable et relevait du suicide. Mais il y a des livres comme Seul dans Berlin qui sont là pour nous rappeler ce qu'est la liberté. Liberté de penser, liberté d'agir, liberté de s'exprimer. Cette liberté pour laquelle des inconnus se sont battus, en groupes organisés ou par des actes isolés, et très souvent en le payant de leur vie.
Hans Fallada a écrit son roman au sortir de la guerre, à chaud, et le situe à Berlin en pleine domination nazie de 1940 à 1946. Les privations, la misère, la souffrance et la peur sont palpables. le régime nazi terrorise le peuple allemand: on l'accepte et on le défend, ou on le rejette en signant son arrêt de mort. Les rues ne sont pas sûres, on se méfie, on se toise, on s'ignore. Voisins, collègues, famille, à qui faire confiance quand la moindre parole ou le moindre geste mal interprétés peuvent vous envoyer droit à la potence ou en camp de concentration?
Hans Fallada dresse un portrait de ce peuple, de ces allemands ordinaires qui traversent cette période de tyrannie, tant bien que mal, en s'adaptant autant qu'ils le peuvent. Certains, lâches ou convaincus, collaborent avec le parti, d'autres, craintifs ou vulnérables, se soumettent en silence ou fuient, pendant que des derniers, courageusement et à l'ombre, résistent et bravent les interdits.
Le couple phare du roman, les Quangel, est un modèle de lutte silencieuse et patiente. Il aura fallu le décès de leur fils unique mort au combat sous les couleurs du IIIème Reich pour déclencher une sourde colère et une résistance acharnée à ce régime qui a tué leur enfant. Conscients de mettre leur vie en péril, ils luttent ensemble, soudés, convaincus de pouvoir changer le cours des évènements à coup de cartes postales vindicatives et hostiles au régime qu'ils déposent au hasard d'immeubles berlinois. Acte vain et suicidaire ou véritable bravoure qui participera à la déroute allemande..?
En s'inspirant d'un couple réel exécuté en 1943 suite à des actes de résistance, Hans Fallada rend ainsi hommage à tous ces héros anonymes dont L Histoire n'aura pas retenu le nom mais qui ont donné leur vie pour notre liberté actuelle.
Ce roman est grand, bouleversant, tragique, mais l'auteur insiste en fin d'ouvrage: "c'est à la vie qu[e ce roman] est dédié, à la vie qui sans cesse triomphe de la honte et des larmes, de la misère et de la mort". Et de fait, ce roman est, plus que jamais, porteur d'espoir.
 
Il n'y a pas de petit combat: ce sont bien tous les Quangel d'hier qui me permettent aujourd'hui d'écrire cette critique sans crainte de finir au cachot demain
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paroles
paroles14 août 2015
  • Livres 5.00/5
Ravagée par cette lecture.
Au début, je me disais c'est chouette l'auteur parle de cette période comme s'il nous racontait une histoire, comme dans le fameux film de Roberto Begnini "La vie est belle". Moi ça m'allait parce qu'il faut bien avouer que j'avais abordé cette lecture la peur au ventre. Les lectures sur les guerres ne me laissent jamais insensible. Je connaissais l'engagement de Sophie Scholl et de son frère mais je n'avais aucune idée du comportement de leurs compatriotes. J'avais peur de savoir. Alors ce ton, un peu goguenard du début m'aidait à avaler la pilule. Et puis, plus j'avançais dans le récit, plus la cruauté était présente et les exactions insupportables. Et là, il a bien fallu que j'accepte l'évidence : ce ton goguenard était en fait du cynisme et il reflétait le comportement des maîtres du "jeu".
Quelle connerie la guerre, disait notre ami Prévert. C'est vrai, la guerre n'est qu'une foutue saloperie qui donne la possibilité à des imbéciles d'exprimer toute leur ignominie sous couvert de patriotisme. Licence est donnée à un tas de crétins d'exprimer toute la noirceur de leur âme : envie de supériorité, pouvoir, cruauté, hypocrisie, trahison, délation, lâcheté, haine, et surtout profit.
Seul dans Berlin est une lecture accablante. On y découvre la réalité nazie vue de l'intérieur, comment les Allemands ont pu (ou dû) accepter la folie du Führer et de ses sbires. Ah, posséder un petit pouvoir et faire pression sur son entourage, familial ou autre ! Quel délice pour certains. Ah, spolier son voisin car bien sûr, il ne mérite pas ce qu'il possède, c'est un voleur ! On y apprend aussi comment la population allemande a été enrôlée, plus ou moins contre son gré, dans toute la batterie de formations dédiées au service du Führer : jeunesse hitlérienne, École Militaire, service de travail pour les femmes, adhésion au parti... Car "le parti est tout, le peuple n'est rien". Tout a été prévu pour contrôler la population, lui tenir la bride, la soumettre, et surtout lui faire peur. "Ils ont tous peur. Mais pourquoi en fait ? Tout est pourtant facile pour eux, ils n'ont qu'à faire ce qu'on leur dit." le moindre petit pas de travers et vous étiez accusé de haute trahison envers l'Etat et condamné à mort lors d'un simulacre de procès. Mais avant, vous aviez le droit de descendre dans les caves de la Gestapo pour avouer, et vous avouiez car les tortures étaient insupportables. Alors, même le plus petit, le plus insignifiant acte de résistance est un acte de courage. "Peu ou beaucoup, personne ne pouvait risquer plus que sa vie".

1940, rue Jablonski, Berlin. Un petit immeuble comme un autre où vivent quelques familles presque encore ordinaires. Mais ce petit monde, au fur et à mesure de l'avancée de la guerre, va évoluer. Nous allons faire connaissance avec des Allemands dont les choix seront différents car non, les Allemands, ne se sont pas tous laissés embrigader par les propos de leur Führer, comme ce couple d'ouvriers berlinois, les Quangel, entrés en résistance après la mort de leur fils unique. "Mère ! le Führer a assassiné mon fils". de nombreux personnages gravitent autour d'eux et permettent d'apprécier l'étendue des comportements sous le IIIe Reich.
Un magnifique réquisitoire sur la résistance allemande, bouleversant, tragique et cependant avec une petite lueur d'espoir. A vous de découvrir la boîte de Pandore.
Lien : http://mes-petites-boites.over-blog.com
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MissG
MissG13 janvier 2013
  • Livres 4.00/5
"Ils n'ont qu'à obéir. C'est le Fürher qui réfléchit."
Il est trop facile et trop réducteur de penser que tous les allemands ont obéi et suivi aveuglément Hitler en cessant de réfléchir, lui accordant une confiance totale et prenant la moindre de ses déclarations pour parole d'évangile.
Non, tous les allemands n'ont pas été nazis, tous les allemands n'ont pas été antisémites, pourtant on se pose bien peu souvent la question de savoir ce qui se passait réellement en Allemagne à cette époque et quel était le ressenti de la population civile.
"Seul dans Berlin" a le mérite de lever le voile sur ces questions, de traiter du quotidien d'allemands et de leur prise de position par rapport au régime du IIIè Reich.
Bienvenue à Berlin en mai 1940, plus précisément dans l'immeuble du 55 rue Jablonski.
Il y a les Quangel qui viennent de perdre leur fils unique, Madame Rosenthal une juive qui se cache, les Persicke avec le benjamin jeune recrue des SS et faisant la fierté de sa famille, le conseiller Fromm un individu mystérieux ayant travaillé auparavant dans la justice.
A côté il y a aussi Enno Kluge qui vit aux crochets des femmes et pourrit la vie de sa femme Eva, factrice, et Emil Borkhausen, un individu particulièrement louche qui monnaye des informations.
Toutes ces personnes vont se croiser, s'observer, se dénoncer, faire affaire, entre ceux qui soutiennent le IIIè Reich comme les Persicke, les SS et la Gestapo : "Et pourquoi tant de raffut pour la mort d'une Juive ? J'ai assez à faire avec les vivants.", ceux qui choisissent de sombrer dans l'alcool et vivre d'expédients : "Nous sommes tous des hommes, mais nous différons en ceci que nous ne nous pendons pas tous quand nous avons trop bu.", ceux qui choisissent de résister et de dénoncer Hitler et son régime comme les Quangel qui vont se mettre à semer des lettres dans Berlin en espérant les faire circuler dans la population, cette idée ayant germé dans leur esprit grâce à l'action de résistance à laquelle participait la fiancée de leur fils, Trudel Baumann.
Et puis il y a quelques personnes neutres dont le lecteur ne sait pas trop la position comme le conseiller Fromm, un personnage secondaire mais qui intervient toujours à un moment critique.
La construction de ce livre est astucieuse et bien pensée.
L'histoire s'ouvre avec Eva Kluge et se termine avec elle, tandis que le milieu de l'histoire est ponctué par un intermède campagnard qui la met en scène.
Ce n'est pas un personnage clé de l'histoire mais il en est quand même la voûte et sert de repère au lecteur.
Les autres personnages interviennent tout au long de l'histoire, les points de vue s'alternant de l'un à l'autre, parfois ces personnages se croisent, s'observent et se craignent.
En dehors de la population hétéroclite de cet immeuble, il y a la police, la terrible Gestapo, qui fait peser sur toute l'histoire un climat de suspicion : "Dans son sous-sol obscur, elle avait cru passer complètement inaperçue; et voilà qu'elle venait de s'apercevoir qu'elle était constamment espionnée (comme tout le monde à cette époque, d'ailleurs).".
Cette peur qui habitait tous les allemands, ou presque, à cette époque est bien retranscrite dans le récit et les conflits intérieurs sont bien présents : certains choisissent de dénoncer le régime même s'ils doivent en payer le prix de leur vie, tandis que d'autres se jugent plus lâches car ils choisissent de ne pas entrer ouvertement en opposition avec le régime et de vivre leur vie le plus tranquillement possible, comme Trudel Baumann qui revient sur ses engagements premiers dans la résistance, et enfin il y a ceux qui collaborent avec le régime.
Certains peuvent juger que les actions des Quangel sont ridicules et sans impact, c'est d'ailleurs presque ce qui transpire du récit, mais pour moi il n'y a pas de petites actions et le battement d'aile d'un papillon peut avoir des répercussions bien grandes.
Ici, c'est le cas : même si la très grande majorité des lettres des Quangel ont fini entre les mains de la police sans avoir circulées ni même avoir été lues, elles touchent forcément quelques personnes, d'autant plus que dans le même temps d'autres actions de résistance ont lieu dans la population, comme des sabotages.
Le sort des Juifs est également abordé en toile de fond, il est beaucoup question des camps de travail au début du live où sont déportés les allemands qui s'opposent au IIIè Reich ou qui ne sont pas assez productifs, mais bien vite il circule dans la population que les Juifs sont arrêtés et déportés.
Ceci a d'ailleurs pour conséquence que certains allemands cessent de croire en Dieu : "Songe à tout ce qu'ils ont pu faire aux Juifs et à d'autres peuples sans en être punis ! ... Crois-tu vraiment que Dieu existe, mère ?".
A tout cela, il faut également ajouter le réalisme de toute la partie du récit retraçant les tortures par les SS pour faire avouer les personnes, l'emprisonnement dans des conditions plus qu'insalubres, les jugements expéditifs où même l'avocat de la défense enfonce plutôt qu'il n'aide l'accusé.
La multitude de personnages ne m'a pas dérangée, au contraire, elle permet d'avoir différents points de vue et de ne pas traiter la population allemande en la mettant dans un seul panier : celui du nazisme.
Du point de vue de l'écriture, c'est maîtrisé de bout en bout, mais j'ai trouvé que toutes les parties n'étaient pas égales du point de vue de la fluidité de lecture, certaines se lisant plus rapidement que d'autres.
C'est une histoire sombre et réaliste, j'ai apprécié de lire cette histoire qui parle de la résistance allemande, elle sort des sentiers battus et permet d'ouvrir ses opinions et de sortir du champ de la facilité.
De plus, le titre est particulièrement bien choisi, car si l'histoire fait se mêler une multitude de personnages au final chacun d'eux est seul face à lui-même et face au nazisme.
Je n'aurai qu'un petit reproche à faire au niveau des repères spatio-temporels, ils sont trop peu présents et sans s'en rendre compte le lecteur passe de 1940 à 1942, j'aurais aimé que l'auteur soit un peu plus précis à ce sujet, mais c'est bien le seul petit reproche que je peux lui faire.
"Seul dans Berlin" est le dernier livre écrit par Hans Fallada en 1947 et c'est une réussite, car à travers une multitude de personnages il traite de la résistance allemande et du quotidien des allemands pendant la Seconde Guerre Mondiale d'une façon très réaliste, un sujet bien rare en littérature et qui ne laisse pas le lecteur indemne la lecture achevée.
Lien : http://lemondedemissg.blogspot.fr/2013/01/seul-d..
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mariecesttout
mariecesttout29 mars 2014
  • Livres 5.00/5
Beaucoup a déjà été écrit sur ce livre dont le titre allemand aurait du être traduit par Chacun meurt seul?
De façon anecdotique, j'ai lu ce livre -dans le cadre séance de rattrapage- en même temps qu'un ami, échangeant nos impressions au fil de la lecture. Un jour, peu de temps avant le premier tour des élections municipales, il m'a écrit que quelqu'un lui avait tendu un tract politique pour un candidat, qu'il l'avait pris, mais que complètement dans l'ambiance du roman, il s'est senti très angoissé, ne sachant que faire du papier.. Je crois que c'est la qualité principale de ce roman, cette angoisse extrême que transmet l'auteur, cette oppression constante que l'on ressent vraiment et c'est là qu'on comprend à quel point c'était difficile, voire quasi impossible pour cette population d'opposer la moindre résistance. Tout le monde s'épiait, le moindre geste, la moindre parole suspecte, ils le savaient , pouvaient conduire à l'arrestation, la torture pour faire dénoncer des proches et la mort. Et combien il a fallu de courage à certains pour résister à cette terreur qui rend impuissant, et mène au pire dans les conduites humaines:
"Les Hergesell supportaient avec peine cette atmosphère dans laquelle il leur fallait vivre.Mais ils se répétaient que rien ne pouvait leur arriver , puisqu'ils n'entreprenaient rien contre l'Etat. Les pensées sont libres, disaient-ils. Mais ils auraient du savoir que ce n'était même plus le cas sous ce régime."
C'est un roman que l'on sent écrit rapidement , peut être Fallada qui est très mort très vite après la parution se sentait-il pressé de témoigner, de dénoncer.
Des petits chapitres, avec leurs titres assez anodins, qui donnent au départ un aspect feuilletonesque avec même quelques scènes qui pourraient relever du burlesque. En dehors du contexte.. Parodie comme le faisait Erika Mann dans un cabaret à Munich dès 1933 , ou plus tard à Zurich? Je ne sais pas, mais au début, certaines scènes font sourire. Pas très longtemps.
Hans Fallada fait appel à certaines figures représentatives de la population allemande ordinaire qu'il développe dans des portraits individuels ou familiaux, chacun représentant une sorte d'archétype de personnage , l'idée étant de les réunir dans une unité de lieu, un immeuble. On a la commerçante juive dont le mari a déjà été arrêté et qui vit cloitrée, de peur d'être dénoncée, la famille nazie pure et dure, mais là, tous les degrés depuis le fils qui terrorise tout le monde et grimpera la hiérarchie, jusqu'à la soeur qui a un bon emploi comme gardienne dans un camp de concentration. le pourri de service , de ceux que l'on retrouve partout quand l'occasion se présente , prêt à sauter sur chaque occasion de s'enrichir, et tirer son épingle du jeu.
Ceux qui essaient .. dans la clandestinité, à plusieurs, ou seul, par des gestes individuels comme ceux de ce très beau personnage du conseiller Fromm.
Et puis, il il y a le couple Quangel, qui au départ, appartient à la majorité silencieuse. Travail, famille , on se tait et on ne pense pas. Mais le fils vient de se faire tuer sur le front russe, alors, tout commence.
J'ai lu sur Wikipedia qu'Hans Fallada s'était inspiré pour raconter cette histoire de Otto et Elise Hampel, exécutés le 8 avril 1943 pour actes de résistance. Je ne sais pas quels étaient ces actes de résistance, mais, en tout cas, la décision des Quangel, leur application à la tâche pour faire ce qu'ils peuvent faire, faire ce qui leur semble bon de faire , sachant très bien et le disant d'emblée, ce qu'ils risquent, tout cela force l'admiration. L'ironie noire sera de savoir à quoi ça sert., concrètement
A quoi ça sert? Fallada le dit dans un dialogue entre deux prisonniers , Otto Quangel, qui découvre là tout ce qu'il a manqué dans sa vie, et un chef d'orchestre, un des personnages les plus lumineux de cette histoire ( il y en a d'autres):
"Vous avez résisté au mal, vous et tous ceux qui sont dans cette prison. Et les autres détenus, et les dizaines de milliers des camps de concentration… Tous résistent aujourd'hui et ils résisteront demain
- Oui et ensuite, on nous fera disparaître ! Et à quoi aura servi notre résistance ?
-A nous, elle aura beaucoup servi, car nous pourrons nous sentir purs jusqu'à la mort. Et plus encore au peuple, qui sera sauvé à cause de quelques justes, comme il est écrit dans la Bible. Voyez-vous, Quangel, il aurait naturellement été cent fois préférable que nous ayons eu quelqu'un pour nous dire : « Voilà comment vous devez agir. Voilà quel est notre plan. » Mais s'il avait existé en Allemagne un homme capable de dire cela, nous n'aurions pas eu 1933. Il a donc fallu que nous agissions isolément. Mais cela ne signifie pas que nous sommes seuls et nous finirons par vaincre. Rien n'est inutile en ce monde. Et nous finirons par être les vainqueurs, car nous luttons pour le droit contre la force brutale.
- Et quel avantage en tirerons- nous, couchés dans la tombe?
- Préféreriez- vous vivre pour une cause injuste ou mourir pour une cause juste? Il n'y a pas de choix possible, ni pour vous, ni pour moi. C'est parce que nous sommes mous-mêmes que nous avons dû suivre cette voie.
Je connaissais déjà un peu l'histoire de la résistance allemande ( la famille Hammerstein , la famille Scholl, ), mais là, c'est un témoignage tout à fait unique de quelqu'un qui a vécu cela de très près et le décrit de façon assez magistrale.

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Les critiques presse (1)
Telerama29 janvier 2014
Années 1940 : le nazisme triomphe, un couple d'Allemands résiste. Censuré à sa parution en 1946, ce roman puissant paraît dans sa version intégrale.
Lire la critique sur le site : Telerama
Citations & extraits (77) Voir plus Ajouter une citation
canelcanel06 juillet 2015
Mais sa femme lui arrache le feuillet, avec une soudaine violence. Elle a changé du tout au tout. Avec fureur, elle déchire la missive en menus fragments, tout en lui criant au visage, à mots précipités :
- Pourquoi lirais-tu ces ordures, ces mensonges ignobles, qu'ils écrivent tous ?... Que [notre fils] est tombé en héros "pour son Führer et pour son peuple" ?... Qu'il a été un soldat et un camarade exemplaire ?... Voilà ce que tu te laisserais conter par ces gens, alors que nous savons si bien tous les deux que notre petit ne vivait que pour ses bricolages de radio, et qu'il a pleuré quand il a dû rejoindre l'armée !... Combien de fois ne m'a-t-il pas dit, pendant son service militaire, qu'il aurait volontiers sacrifié sa main droite pour être délivré de ces gens-là !... Et maintenant, un soldat modèle et un mort exemplaire !... Mensonges, mensonges, rien que mensonges !... Mais, tout ça, c'est vous qui l'avez préparé, avec votre misérable guerre, toi et ton Führer !
(p. 13)
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ay_guadalquiviray_guadalquivir28 août 2013
Il prit la plume et dit doucement, mais avec une certaine emphase :
- La première phrase de notre première carte sera : "Mère, le Führer m'a tué mon fils."
De nouveau, elle frissonna : il y avait quelque chose de décidé et de sinistre dans ces paroles ! Elle comprit à cet instant que, par cette première phrase, il avait déclaré la guerre, aujourd'hui et à jamais. Confusément, elle comprit ce que cela signifiait. D'un côté, eux deux, les pauvres petits travailleurs insignifiants, qui pour un mot pouvaient être anéantis pour toujours. Et de l'autre côté, le Führer et le Parti, cet appareil monstrueux, avec toute sa puissance, tout son éclat, avec derrière lui les trois quarts, oui, les quatre cinquièmes de tout le peuple allemand. Et eux deux, seuls ici, dans cette petite chambre de la rue Jablonski !...
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AllantversAllantvers20 février 2016
Lorsqu'ils avaient quitté Berlin pour emménager à Erkner, ils s'étaient dit qu'ils pourraient, là-bas, vivre dans la tranquillité la plus parfaite, loin du parti et de ses exigences. Comme beaucoup d'habitants des grandes villes, ils avaient cru de façon tout à fait erronée que la délation n'était nulle part ailleurs aussi grave qu'à Berlin et qu'à la campagne, dans les petites villes, on savait encore se tenir. Et comme beaucoup d'habitants des grandes villes, ils avaient eux aussi du faire l'expérience que justement la délation, les écoutes et les espionnages étaient dix fois pires dans une petite ville que dans une grande (...)
Les Hergesell souffraient vraiment de l'atmosphère dans laquelle ils devaient vivre à Erkner. Mais ils se persuadaient que cela leur était égal et que rien ne pouvait leur arriver puisqu'ils n'entreprenaient rien contre cet Etat. "Les pensées sont libres", disaient-ils, mais en réalité ils auraient dû savoir que, dans cet Eta, pas même les pensées n'étaient libres.
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BiboundeBibounde01 mars 2008
Et que voulait-il faire ? Autant dire rien !... Quelque chose de dérisoire, d'insignifiant, tout à fait dans sa ligne ; quelque chose de calme, qui ne pourrait en rien troubler sa tranquilité. Il voulait écrire des cartes ! Des cartes postales, avec des appels contre le Führer et le Parti, contre la guerre, pour éclairer ses semblables. C'est tout... Et ces cartes, il ne comptait nullement les envoyer à des gens bien déterminés, ni les coller sur les murs comme des affiches. Non, il voulait simplement les déposer dans les escaliers des immeubles où il y avait beaucoup d'allées et venues, les abandonner là, sans savoir aucunement qui les ramasserait, ni si elles ne seraient pas aussitôt foulées aux pieds ou déchirées.
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PilingPiling24 septembre 2009
Pendant cette promenade matinale, qui se prolongeait de dix heures à midi, le Dr Reichhardt chantait tout bas, et Quangel avait pris l'habitude de prêter l'oreille à ce qu'il fredonnait. Parfois, il se sentait devenir assez fort pour braver n'importe quelle épreuve, et Reichhardt disait alors : "Beethoven." Parfois, Quangel sentait une joie et une légèreté incompréhensibles et qu'il n'avait jamais connues auparavant, et Reichhardt disait : "Mozart." Puis les sons qui venaient de la bouche du musicien se faisaient graves et engendraient comme une douleur dans le cœur de Quangel; ou bien il se sentait reporté au temps de son enfance, quand il accompagnait sa mère à l'église : il avait encore toute la vie devant lui, et c'était pour accomplir une grande tâche : "Jean-Sébastien Bach", disait Reichhardt."
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