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ISBN : 220711239X
Éditeur : Denoël (2016)

Note moyenne : 4.39/5 (sur 579 notes)
Résumé :
Mai 1940, on fête à Berlin la campagne de France. La ferveur nazie est au plus haut. Derrière la façade triomphale du Reich se cache un monde de misère et de terreur. Seul dans Berlin raconte le quotidien d'un immeuble modeste de la rue Jablonski, à Berlin. Persécuteurs et persécutés y cohabitent. C'est Mme Rosenthal, juive, dénoncée et pillée par ses voisins. C'est Baldur Persicke, jeune recrue des SS qui terrorise sa famille. Ce sont les Quangel, désespérés d'avoi... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (68) Voir plus Ajouter une critique
Erveine
23 août 2015
  • 5/ 5
Il n’y a pas de hiérarchie en matière de grandeur d’âme, pas de milieu, il sied à chacun de s’accommoder avec sa conscience. C’est en cela qu’il me plait cet Otto Quangel. Un homme ordinaire et à la fois hors du commun. Il a beau avoir une tête d’oiseau, il m’attire. Il pourrait être vous, moi, ou monsieur tout le monde et c’est en cela qu’il me touche. Monsieur et Madame Quangel se meuvent comme ils le peuvent dans un monde incertain ou la terreur nazie fait rage. Tout d’abord emportés par la norme rigoureusement prescrite par ces temps de ferveur triomphale du troisième Reich, ils se désengagent, discrètement. Mordus dans leur chair suite à la mort du fils, ils s’unissent par un lien indéfectible et trouvent dans la transgression une raison de vivre qui les maintient debout au sens physique comme au sens moral, ils retrouvent leur qualité de libres penseurs. Seul dans Berlin est un livre très fort. Il n’y a pas de héros à proprement parler, juste des hommes. Les escrocs deviennent plus escrocs et les mouchards plus mouchards comme si, les penchants naturels exacerbés par le désordre humanitaire ambiant se chargeaient de révéler chacun à soi-même ; et ainsi, il en va de même, des bons comme des mauvais jusqu'à l’animalité qui pourtant se soumet, à l’attraction d’une affective caresse
Vraiment ! C’est fort ce livre. Il peut se lire en deux temps, comme un roman puisqu'on est emporté dans le récit mais aussi et surtout, ou en tout cas pas moins, comme un récit historique de faits de guerre mais qui se perpétuent dans la ville de Berlin et qui témoignent de la souffrance des Allemands au cœur de la ville, victimes eux-aussi de la persécution et de la dictature hitlérienne. J’ai beaucoup apprécié ces deux niveaux de lecture.
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Yassleo
11 octobre 2015
  • 5/ 5
La semaine dernière c'était dingue: j'ai réussi à acheter du pain sans carte alimentaire. Puis j'ai même passé une soirée avec des amis pendant laquelle on a ralé contre la hausse de nos impôts. Et après on est sorti tous ensemble à 22h, comme ça, dans la rue. Même pas peur. Alors qu'il y avait pourtant un pote juif qu'avait oublié de mettre son étoile jaune le con. Et je suis toujours là, bien vivante. Dingue je vous dis.
Bon ce qui est surtout dingue c'est d'imaginer qu'en d'autres temps pas si reculés, ceci était inenvisageable et relevait du suicide. Mais il y a des livres comme Seul dans Berlin qui sont là pour nous rappeler ce qu'est la liberté. Liberté de penser, liberté d'agir, liberté de s'exprimer. Cette liberté pour laquelle des inconnus se sont battus, en groupes organisés ou par des actes isolés, et très souvent en le payant de leur vie.
Hans Fallada a écrit son roman au sortir de la guerre, à chaud, et le situe à Berlin en pleine domination nazie de 1940 à 1946. Les privations, la misère, la souffrance et la peur sont palpables. le régime nazi terrorise le peuple allemand: on l'accepte et on le défend, ou on le rejette en signant son arrêt de mort. Les rues ne sont pas sûres, on se méfie, on se toise, on s'ignore. Voisins, collègues, famille, à qui faire confiance quand la moindre parole ou le moindre geste mal interprétés peuvent vous envoyer droit à la potence ou en camp de concentration?
Hans Fallada dresse un portrait de ce peuple, de ces allemands ordinaires qui traversent cette période de tyrannie, tant bien que mal, en s'adaptant autant qu'ils le peuvent. Certains, lâches ou convaincus, collaborent avec le parti, d'autres, craintifs ou vulnérables, se soumettent en silence ou fuient, pendant que des derniers, courageusement et à l'ombre, résistent et bravent les interdits.
Le couple phare du roman, les Quangel, est un modèle de lutte silencieuse et patiente. Il aura fallu le décès de leur fils unique mort au combat sous les couleurs du IIIème Reich pour déclencher une sourde colère et une résistance acharnée à ce régime qui a tué leur enfant. Conscients de mettre leur vie en péril, ils luttent ensemble, soudés, convaincus de pouvoir changer le cours des évènements à coup de cartes postales vindicatives et hostiles au régime qu'ils déposent au hasard d'immeubles berlinois. Acte vain et suicidaire ou véritable bravoure qui participera à la déroute allemande..?
En s'inspirant d'un couple réel exécuté en 1943 suite à des actes de résistance, Hans Fallada rend ainsi hommage à tous ces héros anonymes dont L Histoire n'aura pas retenu le nom mais qui ont donné leur vie pour notre liberté actuelle.
Ce roman est grand, bouleversant, tragique, mais l'auteur insiste en fin d'ouvrage: "c'est à la vie qu[e ce roman] est dédié, à la vie qui sans cesse triomphe de la honte et des larmes, de la misère et de la mort". Et de fait, ce roman est, plus que jamais, porteur d'espoir.
 
Il n'y a pas de petit combat: ce sont bien tous les Quangel d'hier qui me permettent aujourd'hui d'écrire cette critique sans crainte de finir au cachot demain
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michemuche
25 octobre 2016
  • 5/ 5
Je viens de finir " Seul dans Berlin " de Hans Fallada.
Je crois que ce récit va me poursuivre, me hanter pendant longtemps.
Peut-être direz-vous " encore un énième roman sur le nazisme " et pourtant...
" Seul dans Berlin " est un roman sur le courage, le courage de femmes et d'hommes qui dirent non à la barbarie, à l'ignominie.
Une photo qui résume bien mes propos celle de la revue historia . Sur cette photo qui date de 1936, des employés de l'arsenal de Hambourg sont réunis, ils font tous le salut nazi, tous sauf August Landmesser. Cet homme croise les bras avec provocation et un sourire ironique. Quel courage !!
En 1940 les époux Quangel Otto et Anna apprennent la mort de leur fils unique.
" Otto fabrique des cercueils le Reich les remplient ".
Pendant deux ans les époux vont disséminer dans Berlin des cartes anti national-socialisme.
Le jeu du chat et de la souris va commencer pour le commissaire Escherich .
Otto et Anna n'ont aucune chance face à la gestapo, ils le savent.
" Seul dans Berlin "est éprouvant, difficile, parfois insoutenable, c'est ce qui fait la force de cette histoire, j'avais souvent les poings serrés, la gorge nouée.
J'ai dénombré 64 critiques de ce livre, et si vous écriviez la votre, une sorte d'hommage à tous ces anonymes.
" Cependant, nous ne voulons pas fermer ce livre sur des images funèbres. C'est à la vie qu'il est dédié, à la vie qui sans cesse triomphe de la honte et des larmes, de la misère et de la mort".
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paroles
14 août 2015
  • 5/ 5
Ravagée par cette lecture.
Au début, je me disais c'est chouette l'auteur parle de cette période comme s'il nous racontait une histoire, comme dans le fameux film de Roberto Begnini "La vie est belle". Moi ça m'allait parce qu'il faut bien avouer que j'avais abordé cette lecture la peur au ventre. Les lectures sur les guerres ne me laissent jamais insensible. Je connaissais l'engagement de Sophie Scholl et de son frère mais je n'avais aucune idée du comportement de leurs compatriotes. J'avais peur de savoir. Alors ce ton, un peu goguenard du début m'aidait à avaler la pilule. Et puis, plus j'avançais dans le récit, plus la cruauté était présente et les exactions insupportables. Et là, il a bien fallu que j'accepte l'évidence : ce ton goguenard était en fait du cynisme et il reflétait le comportement des maîtres du "jeu".
Quelle connerie la guerre, disait notre ami Prévert. C'est vrai, la guerre n'est qu'une foutue saloperie qui donne la possibilité à des imbéciles d'exprimer toute leur ignominie sous couvert de patriotisme. Licence est donnée à un tas de crétins d'exprimer toute la noirceur de leur âme : envie de supériorité, pouvoir, cruauté, hypocrisie, trahison, délation, lâcheté, haine, et surtout profit.
Seul dans Berlin est une lecture accablante. On y découvre la réalité nazie vue de l'intérieur, comment les Allemands ont pu (ou dû) accepter la folie du Führer et de ses sbires. Ah, posséder un petit pouvoir et faire pression sur son entourage, familial ou autre ! Quel délice pour certains. Ah, spolier son voisin car bien sûr, il ne mérite pas ce qu'il possède, c'est un voleur ! On y apprend aussi comment la population allemande a été enrôlée, plus ou moins contre son gré, dans toute la batterie de formations dédiées au service du Führer : jeunesse hitlérienne, École Militaire, service de travail pour les femmes, adhésion au parti... Car "le parti est tout, le peuple n'est rien". Tout a été prévu pour contrôler la population, lui tenir la bride, la soumettre, et surtout lui faire peur. "Ils ont tous peur. Mais pourquoi en fait ? Tout est pourtant facile pour eux, ils n'ont qu'à faire ce qu'on leur dit." le moindre petit pas de travers et vous étiez accusé de haute trahison envers l'Etat et condamné à mort lors d'un simulacre de procès. Mais avant, vous aviez le droit de descendre dans les caves de la Gestapo pour avouer, et vous avouiez car les tortures étaient insupportables. Alors, même le plus petit, le plus insignifiant acte de résistance est un acte de courage. "Peu ou beaucoup, personne ne pouvait risquer plus que sa vie".

1940, rue Jablonski, Berlin. Un petit immeuble comme un autre où vivent quelques familles presque encore ordinaires. Mais ce petit monde, au fur et à mesure de l'avancée de la guerre, va évoluer. Nous allons faire connaissance avec des Allemands dont les choix seront différents car non, les Allemands, ne se sont pas tous laissés embrigader par les propos de leur Führer, comme ce couple d'ouvriers berlinois, les Quangel, entrés en résistance après la mort de leur fils unique. "Mère ! le Führer a assassiné mon fils". de nombreux personnages gravitent autour d'eux et permettent d'apprécier l'étendue des comportements sous le IIIe Reich.
Un magnifique réquisitoire sur la résistance allemande, bouleversant, tragique et cependant avec une petite lueur d'espoir. A vous de découvrir la boîte de Pandore.
Lien : http://mes-petites-boites.ov..
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mariecesttout
29 mars 2014
  • 5/ 5
Beaucoup a déjà été écrit sur ce livre dont le titre allemand aurait du être traduit par Chacun meurt seul?
De façon anecdotique, j'ai lu ce livre -dans le cadre séance de rattrapage- en même temps qu'un ami, échangeant nos impressions au fil de la lecture. Un jour, peu de temps avant le premier tour des élections municipales, il m'a écrit que quelqu'un lui avait tendu un tract politique pour un candidat, qu'il l'avait pris, mais que complètement dans l'ambiance du roman, il s'est senti très angoissé, ne sachant que faire du papier.. Je crois que c'est la qualité principale de ce roman, cette angoisse extrême que transmet l'auteur, cette oppression constante que l'on ressent vraiment et c'est là qu'on comprend à quel point c'était difficile, voire quasi impossible pour cette population d'opposer la moindre résistance. Tout le monde s'épiait, le moindre geste, la moindre parole suspecte, ils le savaient , pouvaient conduire à l'arrestation, la torture pour faire dénoncer des proches et la mort. Et combien il a fallu de courage à certains pour résister à cette terreur qui rend impuissant, et mène au pire dans les conduites humaines:
"Les Hergesell supportaient avec peine cette atmosphère dans laquelle il leur fallait vivre.Mais ils se répétaient que rien ne pouvait leur arriver , puisqu'ils n'entreprenaient rien contre l'Etat. Les pensées sont libres, disaient-ils. Mais ils auraient du savoir que ce n'était même plus le cas sous ce régime."
C'est un roman que l'on sent écrit rapidement , peut être Fallada qui est très mort très vite après la parution se sentait-il pressé de témoigner, de dénoncer.
Des petits chapitres, avec leurs titres assez anodins, qui donnent au départ un aspect feuilletonesque avec même quelques scènes qui pourraient relever du burlesque. En dehors du contexte.. Parodie comme le faisait Erika Mann dans un cabaret à Munich dès 1933 , ou plus tard à Zurich? Je ne sais pas, mais au début, certaines scènes font sourire. Pas très longtemps.
Hans Fallada fait appel à certaines figures représentatives de la population allemande ordinaire qu'il développe dans des portraits individuels ou familiaux, chacun représentant une sorte d'archétype de personnage , l'idée étant de les réunir dans une unité de lieu, un immeuble. On a la commerçante juive dont le mari a déjà été arrêté et qui vit cloitrée, de peur d'être dénoncée, la famille nazie pure et dure, mais là, tous les degrés depuis le fils qui terrorise tout le monde et grimpera la hiérarchie, jusqu'à la soeur qui a un bon emploi comme gardienne dans un camp de concentration. le pourri de service , de ceux que l'on retrouve partout quand l'occasion se présente , prêt à sauter sur chaque occasion de s'enrichir, et tirer son épingle du jeu.
Ceux qui essaient .. dans la clandestinité, à plusieurs, ou seul, par des gestes individuels comme ceux de ce très beau personnage du conseiller Fromm.
Et puis, il il y a le couple Quangel, qui au départ, appartient à la majorité silencieuse. Travail, famille , on se tait et on ne pense pas. Mais le fils vient de se faire tuer sur le front russe, alors, tout commence.
J'ai lu sur Wikipedia qu'Hans Fallada s'était inspiré pour raconter cette histoire de Otto et Elise Hampel, exécutés le 8 avril 1943 pour actes de résistance. Je ne sais pas quels étaient ces actes de résistance, mais, en tout cas, la décision des Quangel, leur application à la tâche pour faire ce qu'ils peuvent faire, faire ce qui leur semble bon de faire , sachant très bien et le disant d'emblée, ce qu'ils risquent, tout cela force l'admiration. L'ironie noire sera de savoir à quoi ça sert., concrètement
A quoi ça sert? Fallada le dit dans un dialogue entre deux prisonniers , Otto Quangel, qui découvre là tout ce qu'il a manqué dans sa vie, et un chef d'orchestre, un des personnages les plus lumineux de cette histoire ( il y en a d'autres):
"Vous avez résisté au mal, vous et tous ceux qui sont dans cette prison. Et les autres détenus, et les dizaines de milliers des camps de concentration… Tous résistent aujourd'hui et ils résisteront demain
- Oui et ensuite, on nous fera disparaître ! Et à quoi aura servi notre résistance ?
-A nous, elle aura beaucoup servi, car nous pourrons nous sentir purs jusqu'à la mort. Et plus encore au peuple, qui sera sauvé à cause de quelques justes, comme il est écrit dans la Bible. Voyez-vous, Quangel, il aurait naturellement été cent fois préférable que nous ayons eu quelqu'un pour nous dire : « Voilà comment vous devez agir. Voilà quel est notre plan. » Mais s'il avait existé en Allemagne un homme capable de dire cela, nous n'aurions pas eu 1933. Il a donc fallu que nous agissions isolément. Mais cela ne signifie pas que nous sommes seuls et nous finirons par vaincre. Rien n'est inutile en ce monde. Et nous finirons par être les vainqueurs, car nous luttons pour le droit contre la force brutale.
- Et quel avantage en tirerons- nous, couchés dans la tombe?
- Préféreriez- vous vivre pour une cause injuste ou mourir pour une cause juste? Il n'y a pas de choix possible, ni pour vous, ni pour moi. C'est parce que nous sommes mous-mêmes que nous avons dû suivre cette voie.
Je connaissais déjà un peu l'histoire de la résistance allemande ( la famille Hammerstein , la famille Scholl, ), mais là, c'est un témoignage tout à fait unique de quelqu'un qui a vécu cela de très près et le décrit de façon assez magistrale.

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Les critiques presse (1)
Telerama29 janvier 2014
Années 1940 : le nazisme triomphe, un couple d'Allemands résiste. Censuré à sa parution en 1946, ce roman puissant paraît dans sa version intégrale.
Lire la critique sur le site : Telerama
Citations & extraits (87) Voir plus Ajouter une citation
sarahorchanisarahorchani04 décembre 2016
La première phrase de notre première carte sera " Mère! Führer m'a tué mon fils" De nouveau elle frissonna ; il y avait quelque chose de décidé et de sinistre dans ces paroles! Elle comprit à cet instant que, cette première phrase, il avait déclaré la guerre, aujourd'hui et à jamais. Confusément, elle comprit ce que cela signifiait D' un côté; eux deux, les pauvres petits travailleurs insignifiants, qui pour un moment pouvaient être anéantis pour toujours. Et de l'autre côté, le Führer et le Parti, cet appareil monstrueux, avec toute sa puissance ,tout son éclat, avec derrière lui les trois quarts, oui, les quatre cinquième de tout le peuple allemand. Et eux deux, seuls ici, dans cette petite chambre de la rue Jablonski
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sarahorchanisarahorchani03 décembre 2016
"Personne ne pouvait faire plus que risquer sa vie. Chacun selon ses forces et ses aptitudes : Le principal était de résister. "
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canelcanel06 juillet 2015
Mais sa femme lui arrache le feuillet, avec une soudaine violence. Elle a changé du tout au tout. Avec fureur, elle déchire la missive en menus fragments, tout en lui criant au visage, à mots précipités :
- Pourquoi lirais-tu ces ordures, ces mensonges ignobles, qu'ils écrivent tous ?... Que [notre fils] est tombé en héros "pour son Führer et pour son peuple" ?... Qu'il a été un soldat et un camarade exemplaire ?... Voilà ce que tu te laisserais conter par ces gens, alors que nous savons si bien tous les deux que notre petit ne vivait que pour ses bricolages de radio, et qu'il a pleuré quand il a dû rejoindre l'armée !... Combien de fois ne m'a-t-il pas dit, pendant son service militaire, qu'il aurait volontiers sacrifié sa main droite pour être délivré de ces gens-là !... Et maintenant, un soldat modèle et un mort exemplaire !... Mensonges, mensonges, rien que mensonges !... Mais, tout ça, c'est vous qui l'avez préparé, avec votre misérable guerre, toi et ton Führer !
(p. 13)
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ay_guadalquiviray_guadalquivir28 août 2013
Il prit la plume et dit doucement, mais avec une certaine emphase :
- La première phrase de notre première carte sera : "Mère, le Führer m'a tué mon fils."
De nouveau, elle frissonna : il y avait quelque chose de décidé et de sinistre dans ces paroles ! Elle comprit à cet instant que, par cette première phrase, il avait déclaré la guerre, aujourd'hui et à jamais. Confusément, elle comprit ce que cela signifiait. D'un côté, eux deux, les pauvres petits travailleurs insignifiants, qui pour un mot pouvaient être anéantis pour toujours. Et de l'autre côté, le Führer et le Parti, cet appareil monstrueux, avec toute sa puissance, tout son éclat, avec derrière lui les trois quarts, oui, les quatre cinquièmes de tout le peuple allemand. Et eux deux, seuls ici, dans cette petite chambre de la rue Jablonski !...
+ Lire la suite
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BiboundeBibounde01 mars 2008
Et que voulait-il faire ? Autant dire rien !... Quelque chose de dérisoire, d'insignifiant, tout à fait dans sa ligne ; quelque chose de calme, qui ne pourrait en rien troubler sa tranquilité. Il voulait écrire des cartes ! Des cartes postales, avec des appels contre le Führer et le Parti, contre la guerre, pour éclairer ses semblables. C'est tout... Et ces cartes, il ne comptait nullement les envoyer à des gens bien déterminés, ni les coller sur les murs comme des affiches. Non, il voulait simplement les déposer dans les escaliers des immeubles où il y avait beaucoup d'allées et venues, les abandonner là, sans savoir aucunement qui les ramasserait, ni si elles ne seraient pas aussitôt foulées aux pieds ou déchirées.
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>Littérature (Belles-lettres)>Littérature des langues germaniques. Allemand>Romans, contes, nouvelles (879)
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