> Alain Virelle (Traducteur)
> André Vandevoorde (Traducteur)

ISBN : 2070312968
Éditeur : Editions Gallimard (2004)


Note moyenne : 4.44/5 (sur 86 notes) Ajouter à mes livres
Mai 1940, on fête à Berlin la campagne de France. La ferveur nazie est au plus haut. Derrière la façade triomphale du Reich se cache un monde de misère et de terreur. Seul dans Berlin raconte le quotidien d'un immeuble modeste de la rue Jablonski, à Berlin. Persécuteurs... > voir plus
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Critiques et avis

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    • Livres 5.00/5
    Par Woland, le 31 mai 2008

    Woland
    Jeder stirbt für sich allein
    Traduction : A. Virelle et A. Vandevoorde
    "Seul dans Berlin" s'ouvre dans cette ville, alors que l'Allemagne nazie célèbre l'heureuse issue de la campagne de France, et s'achève six ans plus tard, durant l'été 1946, dans la campagne brandebourgeoise. Personnage commun aux deux époques : Emil Borkhausen, l'un de ces parasites qui, sous n'importe quel régime politique, trouvent le moyen de prospérer aux dépens d'autrui.
    A Berlin, Borkhausen, bien qu'il dût, comme tout le monde, faire profil bas devant la morgue de ses voisins, les Persicke, dont tous les membres profitaient honteusement de leurs relations au sein du Parti nazi, détenait encore un certain pouvoir. le pouvoir de la petite frappe, du petit indic qui louvoie entre les gros poissons pour leur ramener du fretin, petit ou grand. Emil vivait aussi sur le dos de sa femme, n'hésitant nullement à profiter des avantages que lui procuraient ses amants. Enfin, il lui arrivait de s'en prendre à leurs enfants, tout particulièrement à leur fils de treize ans, Kuno-Dieter, ainsi prénommé parce que, de l'aveu même de Mme Borkhausen, l'enfant était en fait le fils d'un aristocrate qui avait eu une fantaisie pour elle.
    C'est ainsi que Borkhausen, mettant à profit le climat de terreur quotidienne et de méfiance mutuelle qui règne dans la société allemande depuis la prise de pouvoir par Hitler, cherche à dévaliser l'appartement abandonné par Frau Rosenthal, se met en quatre pour Baldur Persicke, un répugnant adolescent de 16 ans appartenant aux Jeunesses Hitlériennes, fait l'indic pour le commissaire Escherich, fait du chantage à Frau Hete et cause la perte de son ancien acolyte, Enno Kluge.
    Dans l'immeuble de la rue Jablonsky où gravite tout ce petit monde, certains parce qu'ils y vivent, d'autres parce que les y amènent leurs obligations professionnelles, il n'y a guère que Otto Quangel et sa femme, Anna, pour ne pas se commettre avec Emil. Les Quangel viennent de perdre leur fils, tué lors de la campagne de France et cette mort va certainement les inciter à se replier encore un peu plus sur eux-mêmes.
    De temps en temps pourtant, on les voit sortir, bras-dessus, bras-dessous, pour une petite promenade ... En les voyant passer, personne ne les soupçonnerait - non, pas même Baldur ou Emil - de disséminer régulièrement des cartes postales appelant les Allemands à la résistance dans des cages d'escalier choisies au hasard ...
    Il faudra de longs mois au commissaire Escherich avant de parvenir à démasquer Quangel. Encore le moment où celui-ci choisit de se laisser prendre ressemble-t-il plus au premier pas vers une mort souhaitée qu'à un acte maladroit.
    Le plus triste, comme le constatera le commissaire, c'est que les pauvres cartes du couple Quangel ne paraissent pas avoir servi à grand chose. Les deux tiers ont été directement remises à la police par des citoyens que la seule idée de les avoir touchées et lues menait au bord de la panique. le tiers restant ... Qu'est-il advenu du tiers restant ? ...
    Quangel et sa femme sont évidemment condamnés, lui à la peine capitale, elle à la prison à vie. Séparée de son mari, Anna sombre dans une folie douce qui prendra fin quelques années plus tard, sous les bombardements. Les rares fréquentations des Quangel sont, elles aussi, arrêtées, torturées et, pour certaines, exécutées. le commissaire Escherich lui-même, à qui toute l'affaire a ouvert les yeux sur les pratiques du pouvoir en place, se suicide. Et, de combat en défaite, l'Allemagne nazie finit par s'écrouler.
    Et c'est là que nous retrouvons Emil Borkhausen, hâve, déguenillé mais toujours aussi ignoble, bien décidé à se faire entretenir cette fois-ci par son fils, Kuno, lequel s'était enfui de Berlin après avoir reçu une énième correction des mains de son père pour l'Etat-Civil. Grâce à on ne sait trop quels renseignements, Borkhausen a appris que l'enfant avait été recueilli par Eva Kluge, l'ancienne factrice de la rue Jablonski, qui avait trouvé refuge à la campagne après que la Gestapo se fût intéressée à Enno, son ex-mari. Il a remonté la piste et, en ce jour de l'été 1946, il se dresse devant la charrette dans laquelle Kuno a pris place pour aller se ravaitailler à la ville.
    ... La petite scène entre le père et le fils constitue le seul moment de joie véritable de ce roman au style nerveux, encore souligné par l'emploi systématique du présent de l'indicatif, qui fourmille de notations précises sur la vie à Berlin chez M. et Mme Tout-le-Monde pendant l'Age d'Or du nazisme et porte témoignage de toute une époque. En filigrane, la grande question que se pose Hans Fallada : pourquoi la résistance ne s'est-elle pas organisée en Allemagne sur une échelle comparable à celle des autres pays ? Sans le dire expressément, le romancier met d'abord en cause la discipline germanique et le rapport très puissant qui unit l'Allemand au pouvoir, quel qu'il soit. En dernière position seulement, vient cette tare qui afflige Borkhausen mais qui n'est pas représentative du peuple allemand en particulier : la lâcheté, le désir de survivre aux dépens des autres.
    Un roman qui ressemble à son personnage principal, Otto Quangel ou encore (et ce n'est pas si paradoxal que ça en a l'air car les deux hommes ont bien des points communs et finissent par s'estimer l'un l'autre) au commissaire Escherich : tranquille, déterminé, mesuré, minutieux et ... impitoyable. L'hommage également d'un citoyen allemand et d'un écrivain de talent à ceux de son peuple qui, malgré tout, eurent le cran de s'opposer aux Nazis. Ne passez pas à côté. ;o)
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    Critique de qualité ? (13 votes positifs)
    • Livres 5.00/5
    Par lonesloane, le 29 juillet 2011

    lonesloane
    Il est des ouvrages qui ont la capacité de vous immerger totalement dans un univers, de vous proposer un éclairage pertinent et juste. « Seul dans Berlin » en fait indéniablement partie. Une vertigineuse plongée au cœur de l'Allemagne nazie à son apogée, ou la vie quotidienne est marquée par une allégeance, forcée ou non, au régime totalitaire en place.
    Nous sommes rue Jablonski, dans un petit immeuble, quatre familles y vivent, chacune à leur manière, avec leurs idées, leur vision d'une tragédie qui est en train de se jouer sous leurs yeux, mais toutes vivent dans la peur et la soumission, même si elles n'en ont pas conscience. C'est dans cette ambiance délétère que la famille Quangel va recevoir comme un coup de massue sur la tête l'annonce du décès de leur fils au front. Une prise de conscience de l'absurdité de la guerre, une prise de conscience de l'ignominie du régime en place, d'abord induite par le sentiment de peine énorme causé par la mort d'un enfant, puis, petit à petit, par le constat d'une vie quotidienne devenue hideuse. La naissance d'un sentiment de révolte, un besoin irrépressible de dénoncer de quelque manière que ce soit. Bien sûr les Quangel ne vont pas devenir les « super résistants » qu'on pourrait croiser dans un film à succès, mais ils vont le faire à leur manière, avec leur moyens, avec le peu de place que le régime pouvait laisser aux gens. Ce sont des petites cartes dénonçant Hitler et le régime qui seront disséminées un peu partout dans Berlin. Bien évidemment, cela n'aura aucune incidence sur le cour de l'histoire, la Gestapo se chargera de faire disparaitre les cartes et leurs auteurs, comme pour rétablir une apparence qu'on souhaite à tout prix préserver.
    On suivra ici la vie ordinaire de gens ordinaires plongés dans un univers de haine et de délation, un superbe éclairage pour tenter de répondre à la sempiternelle question : « mais pourquoi n'ont-ils rien fait ? ». Primo Levi disait que « Seul dans Berlin » est l'un des plus beaux livres sur la résistance allemande antinazie, c'est pour moi une nouvelle leçon de vie, un ouvrage magnifique.

    Lien : http://testivore.com/seul-dans-berlin/
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    Critique de qualité ? (21 votes positifs)
    • Livres 5.00/5
    Par Giwago, le 15 avril 2008

    Giwago
    Ce livre est un chef-d'œuvre. On y découvre une face, non pas cachée, mais méconnue de la Seconde Guerre mondiale : la vie quotidienne des Allemands durant le conflit, la peur qui taraude le ventre des gens normaux, la haine, la corruption, la bassesse du genre humain… On se retrouve aussi, et surtout, face à un phénomène trop peu abordé à mon goût : la résistance des Allemands face au Reich nazi : résistance qui se devait d'être la plus discrète possible, demandant mille précautions afin de ne pas se faire prendre – la surveillance était constante et la dénonciation pouvait venir de n'importe qui.
    On pourrait penser que l'action des Quangel – parsemer Berlin de cartes postales dénonçant le régime – était totalement inutile. Pas tant que ça au final, puisque le livre décrit la quête de la Gestapo pour traquer ces deux « traîtres » qui ont réussi à déstabiliser les autorités.
    Ce roman nous décrit aussi le quotidien très pénible de la masse allemande, la lutte pour pouvoir se nourrir correctement, la tension constante afin d'échapper à la surveillance, le risque de brimades qui n'est jamais loin, et, surtout, la peur, peur de se faire arrêter et de se voir envoyer dans un camp de concentration.
    Ce livre est un vrai coup de cœur. L'émotion est présente à chaque page, la tension aussi. On ressent la terreur des Quangel de se faire prendre, leur désespoir quand ils apprennent la mort de leur fils, leur descente aux enfers dans les prisons de la Gestapo.
    Je citerais, pour terminer, les paroles de M. Vincent Anfossi, ancien déporté du camp de Thil-Longwy : « Je m'adresse surtout aux enfants. N'oubliez pas une chose : respectez-vous les uns les autres, quelle que soit la couleur de peau d'un individu, quelle que soit sa nationalité, quelle que soit sa religion. N'oubliez pas non plus de ne pas avoir de haine envers les Allemands. Car les Allemands, ce sont les premiers qui ont connu les camps de concentration, Dachau et autres, et plusieurs milliers de démocrates allemands sont passés par les fours crématoires. N'oubliez jamais ».
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    Critique de qualité ? (3 votes positifs)
    • Livres 5.00/5
    Par IreneAdler, le 02 février 2012

    IreneAdler
    1940. Liesse dans les rues de Berlin : la France vient de capituler. Pourtant, chez les Quangel, rue Jablonski l'ambiance n'est pas à la fête : ils viennent de recevoir la lettre du ministère de la guerre leur annonçant la mort de leur fils unique. le mari décide alors d'entrer en résistance, seul, à son humble niveau. Chaque semaine, il écrira une carte postale dénonçant le régime, qu'il déposera dans un immeuble de la ville, entamant une étrange partie de cache-cache avec les autorités.
    Même si ce ne sont pas les seules personnes dont on suit la vie de 1940 à la bataille de Berlin, c'est eux qui suscitent le plus d'empathie.
    C'est un très bon tableau de la vie sous le III Reich tel qu'elle fut vécue par les petites gens. Un exemple de courage.
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    • Livres 5.00/5
    Par havanagin, le 27 février 2011

    havanagin
    Ce roman pour moi est à classer parmi les chefs-d'oeuvre. Otto Quangel est un ouvrier ordinaire à l'aspect rébarbatif. Il aspire au calme et la tranquilité dans son quotidien mais celui çi va être bouleversé par la mort de son fils au front.
    A partir de cet événement, Otto se lance dans une propagande anti fasciste de son cru. Au bout de deux années, il se fait prendre. L'auteur a dans la vraie vie fait de la prison et cela se sent dans son roman. J'ai rarement lu une descente aux enfers avec autant de relents d'authenticité. Fallada a vécu l'hitlérisme sans plonger dans le pathos. Quel roman ! J'ai aimé Otto Quangel dès les premières lignes jusqu'aux dernières. J'ai même étiré ma lecture le plus longtemps possible tant je n'avais pas envie de refermer le livre.
    Ce roman laisse en nous des échos pendant longtemps.
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Citations et extraits

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  • Par Piling, le 24 septembre 2009

    Pendant cette promenade matinale, qui se prolongeait de dix heures à midi, le Dr Reichhardt chantait tout bas, et Quangel avait pris l'habitude de prêter l'oreille à ce qu'il fredonnait. Parfois, il se sentait devenir assez fort pour braver n'importe quelle épreuve, et Reichhardt disait alors : "Beethoven." Parfois, Quangel sentait une joie et une légèreté incompréhensibles et qu'il n'avait jamais connues auparavant, et Reichhardt disait : "Mozart." Puis les sons qui venaient de la bouche du musicien se faisaient graves et engendraient comme une douleur dans le cœur de Quangel; ou bien il se sentait reporté au temps de son enfance, quand il accompagnait sa mère à l'église : il avait encore toute la vie devant lui, et c'était pour accomplir une grande tâche : "Jean-Sébastien Bach", disait Reichhardt."
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  • Par Bibounde, le 01 mars 2008

    Et que voulait-il faire ? Autant dire rien !... Quelque chose de dérisoire, d'insignifiant, tout à fait dans sa ligne ; quelque chose de calme, qui ne pourrait en rien troubler sa tranquilité. Il voulait écrire des cartes ! Des cartes postales, avec des appels contre le Führer et le Parti, contre la guerre, pour éclairer ses semblables. C'est tout... Et ces cartes, il ne comptait nullement les envoyer à des gens bien déterminés, ni les coller sur les murs comme des affiches. Non, il voulait simplement les déposer dans les escaliers des immeubles où il y avait beaucoup d'allées et venues, les abandonner là, sans savoir aucunement qui les ramasserait, ni si elles ne seraient pas aussitôt foulées aux pieds ou déchirées.
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  • Par Piling, le 15 septembre 2009

    Il s'intéressait à ce cas; il se passionnait. Au fond, il lui était tout à fait égal de mettre ou non la main au collet d'un criminel. Escherich, on l'a déjà dit, était en chasse. Pas pour la proie, mais parce que la chasse est un plaisir. Il savait bien ce qui se passerait au moment où le gibier serait terrassé, où le coupable serait arrêté et où ses crimes lui seraient démontrés à suffisance : à ce moment précis, Escherich n'éprouverait plus aucun intérêt pour cette affaire. Le gibier terrassé, l'homme mis en détention préventive, la chasse serait terminée. Au suivant !
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  • Par Piling, le 16 septembre 2009

    Rue du Prince-Albert, il se fit annoncer aussitôt à son chef immédiat, le S.S. Obergruppenführer Prall. Il dut attendre pendant près d'une heure. Non que Herr Prall fût particulièrement occupé. Ou plutôt, si, il était précisément très occupé ! Escherich entendait le tintement des verres, le bruit des bouchons qui sautaient, des rires et des cris. Une des nombreuses réunions de hauts gradés. Réunions, beuveries, détente, délassement, après les grosses fatigues causées par les gens qu'il fallait torturer et envoyer à la potence.
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  • Par letitbe, le 23 mai 2009

    Ces messieurs n'étaient pas si solidement en selle et leurs hurlements dissimulaient mal la peur de se voir un jour déchus.Quelles que fussent leur morgue et leur assurance, ils savaient bien au fond d'eux-mêmes qu'ils étaient des héros et des incapables.

    Etre pendu n'est pas plus terrible qu'être déchiqueté par un obus ou que mourir d'une apendicite. tout ça n'a pas d'importance... Une seul chose est importante : combattre ce qui est avec Hitler...

    Il n'ose pas aller plus avant dans ses pensées. Il a peur, réellement peur, qu'elles ne le poussent implacablement à changer sa vie, de fond en comble.
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