> claude Couffon (Autre)

ISBN : 2253043974
Éditeur : Le Livre de Poche (1987)


Note moyenne : 3.71/5 (sur 200 notes) Ajouter à mes livres
Sur la silhouette de Santiago Nasar s'est penchée la figure grimaçante de la mort. Qui n'a pas entendu, de la bouche même des assassins en puissance, les frères Vicario, le désir ardent de laver dans le sang l'honneur bafoué de la famille ? Nombreux sont ceux - les amis... > voir plus
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Critiques et avis

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    • Livres 3.00/5
    Par Missbouquin, le 09 mars 2012

    Missbouquin
    “Le jour où il allait être abattu, Santiago Nasar s'était levé à cinq heures et demie du matin pour attendre le bateau sur lequel l'évêque arrivait.”
    Voici comment débute cette chronique insolite du grand maître de la littérature latino-américaine. Construite comme le résultat d'une enquête menée par un proche de Santiago Nasar, ce court et surprenant roman tente de démêler les raisons de l'assassinat d'un jeune du village, alors que tout le monde savait qu'il allait être tué :
    “La plupart de ceux qui se trouvaient au port savaient qu'on allait tuer Santiago Nasar.”
    Mais toute la tragédie du texte semble tenir à ces seuls mots :
    “Personne ne s'était demandé si Santiago Nasar était prévenu, car le contraire paraissait à tous impossible.”
    De là, la volonté de comprendre, de dénouer les fils, de laisser s'exprimer les habitants qui ont été témoin de tous les événements qui ont mené à cette mort annoncée.
    “Durant des années, nous fûmes incapables de parler d'autre chose. Notre comportement quotidien, jusqu'alors dominé par la routine la plus linéaire, s'était mis à tourner autour d'une même angoisse collective. Les coqs de l'aube nous surprenaient en train de reconstituer la chaîne des nombreux hasards qui avaient rendu l'absurde possible; et il était évident que nous n'agissions pas par simple désir de percer le mystère, mais parce que personne parmi nous ne pouvait continuer à vivre sans savoir exactement la place et la mission que la fatalité lui avait assignées.”
    C'est un roman désarçonnant, qui ne joue pas sur le ressort habituel du suspens puisque l'on connaît déjà la fin. L'important ici n'est pas tant d'en arriver à ce meurtre mais bien de tenter de comprendre pourquoi il a été accompli sans aucune opposition. La conclusion en est que l'inertie humaine, l'incrédulité, la paresse qui frappe un village entier peut être la cause de drames qui auraient pu être évités.
    Pour en arriver à cette phrase merveilleuse, un gouffre abyssal de réflexion sur le rapport entre la vie et la littérature.
    “Surtout, il lui avait toujours semblé injuste que la vie ait pu recourir à tant de hasards interdits en littérature pour qu'une mort ainsi annoncée ait pu se réaliser sans faux pas.”
    … dans un roman (!), le personnage s'étonne donc que ce qu'il pense être la vie, et qui n'est qu'un récit, soit trop incongru pour être vrai et ne pourrait être utilisé en littérature, car celle-ci, pour être efficace doit maintenir un minimum de rapport avec la réalité.
    Si on y retrouve moins le réalisme magique qui est la griffe de Gabriel Garcia Marquez, et dont le chef d'œuvre est son Cent ans de solitude, ce fut pourtant un récit qui a parfaitement répondu à mes attentes pour (re)découvrir la littérature colombienne dans le cadre de mon Tour du Monde en 80 livres.

    Lien : http://missbouquinaix.wordpress.com/
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    Critique de qualité ? (21 votes positifs)
    • Livres 3.00/5
    Par chocobogirl, le 10 février 2011

    chocobogirl
    Au coeur d'un petit village d'Amérique du Sud, l'effervescence règne. L'évêque doit passer par le village et chacun veut être aux premières loges pour la bénédiction. Les habitants vont également vivre la noce tant attendue entre Bayardo san roman et la belle Angela Vicario. Après les festivités, tout le monde rentre se coucher et les époux, consommer leur nuit de noces. Hélas ! Bayardo découvre que sa femme n'est pas vierge. Cette dernière va alors désigner, sans grande conviction, Santiago Nassar comme le coupable. Les frères Vicario n'ont alors d'autre solution pour laver l'honneur de leur soeur d'aller tuer le fautif.
    L'originalité du roman s'annonce dès le début :
    « le jour où il allait être abattu, Santiago Nasar s'était levé à cinq heures et demie du matin. »
    Nous savons dès lors qu'il y aura meurtre, nous connaissons les meutriers et leurs motivations. Alors que reste-t'il à dire ?
    Et bien, la question est de savoir comment cela a-t'il pu être possible alors que tout le monde était au courant... Car en effet, les frères Vicario se sont bien gardés d'agir en toute discrétion mais ont clamés à tout va leur intention de tuer, dans l'intention éventuelle que quelqu'un les en empêche. Pourtant, cela ne sera pas...
    Garcia Marquez va s'attacher à nous conter le déroulement des heures précédent le meurtre, tout en abordant le passé de certains protagonistes. Angela est une jeune fille qui n'a pas envie de se marier mais accepte sans grande difficulté un homme qui ne lui a jamais fait la cour. Bayardo est l'homme le plus riche du village mais cache des origines inconnues. Santiago Nassar, insouciant et innocent, ne se doute de rien alors que tout le village est au courant.
    " La plupart de ceux qui se trouvaient au port savaient qu'on allait tuer Santiago Nasar. Don Lazaro Aponte, colonel de l'académie militaire en retraite et maire du village depuis onze ans, l'avait salué d'une signe des doigts. "J'avais toutes mes raison de croire qu'il ne courait plus aucun risque", me dit-il. le père Amador ne s'en était pas préoccupé d'avantage. "Quand je l'ai vu sain et sauf, j'ai pensé que tout cela n'avait été qu'une turlupinade." Personne ne s'était demandé si Santiago Nasar était prévenu, car le contraire paraissait à tous impossible. "
    En effet, la nouvelle se propage à toute vitesse, enfants, curé, commères, chacun y va de son avis mais personne ne fait rien pour agir, persuadé que la nouvelle est parvenue aux oreilles du principal intéressé.
    Bref, Garcia Marquez réussit à faire monter le suspense alors que l'issue de l'intrigue est déjà connue. On assiste à une véritable tragédie, non dénoué d'humour quand on pense à certaines scènes quelque peu picaresques. le destin se joue des hommes et ce qui aurait pu être facilement évité ne le sera pas.
    Malgré tous les points positifs de ce roman, considéré souvent comme un chef d'oeuvre, je dois dire que je suis un peu resté en dehors de l'histoire... Je l'ai abordé sans rien savoir du sujet et de la technique narrative et j'ai été quelque peu déstabilisé. J'ai retouvé la verve qui m'avait tant plu dans Cent ans de solitude mais uniquement par petites touches.


    Lien : http://legrenierdechoco.over-blog.com/article-chronique-d-une-mort-a..
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    Critique de qualité ? (3 votes positifs)
    • Livres 5.00/5
    Par valdemosa38, le 04 décembre 2011

    valdemosa38
    Santagio Nasar va être tué. Tout le monde le sait dans le village , tous sauf lui .Comme une chronique judicière, ce livre passe au peigne fin l'avant, le pendant et l'après du crime. C'est un livre intense et tragique. Mais Gabriel Garcia Marquez arrive à rendre belle même la mort.
    Que s'est il passé dans la tête de toutes ces personnes qui savaient ? Pourquoi n'ont elles rien dit ? ou ont elles parlé trop tard ? Pouvait il échapper à son destin ? Chacun est responsable à son niveau et les raisons invoquées sont parfois d'une incroyable légèreté. Car la vie d'un homme ne tient qu'à une rue pas prise, une conversation qui s'attarde, un café de plus chez une amie.
    Ce qui m'étonne dans ce roman comme dans 100 ans de solitude c'est la construction dans l'espace. Avec un papier et un crayon on pourrait faire le plan de ce village et mettre un nom sur chaque maison, on ignore plus rien de ses habitants. Dans Cent ans de Solitude la construction était dans l'espace temps. Les rues de ce village étaient remplacées par les liens générationnels, les patronymes ,les prénoms répétitifs mais comme dans un village, chaque maison ou chaque branche avait son nom, son lieu et son histoire.
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    • Livres 3.00/5
    Par Zazette97, le 04 juin 2011

    Zazette97
    "Chronique d'une mort annoncée" est un court récit de l'écrivain et prix Nobel colombien Gabriel Garcia Marquez, auteur du célèbre "Cent ans de solitude", paru en 1981.
    A défaut d'être une véritable enquête, ce récit se présente comme un retour sur les événements ayant conduit à un meurtre commis bien des années plus tôt.
    Alors que dans un petit village colombien, la célébration des noces d'Angela Vicario et de Bayardo San Roman bat encore son plein, le jeune marié se rend compte que son épouse n'est plus vierge.
    Il décide de la renier et de la ramener chez sa mère. La honte pèse alors à ce point sur les Vicario que les jumeaux de la famille décident d'assassiner celui à qui l'outrageuse défloraison doit être imputée. Angela a désigné à ses frères Santiago Nasar.
    Les frères Vicario se mettent en tête de retrouver le jeune homme et de l'assassiner afin de rétablir l'honneur de leur soeur et de toute la famille, dessein dont ils sauront faire profiter le village entier.
    Pendant ce temps, Santiago Nasar est loin de se douter que l'on projette de l'assassiner. En fait, tout le monde est au courant sauf lui...
    Voici un récit pour le moins troublant et ...consternant! le narrateur est retourné dans son village d'enfance afin de compléter ses souvenirs des témoignages de la famille et des proches de Santiago Nasar.
    Le but du narrateur est moins de rendre hommage à un ami que de pointer l'aspect "rocambolesque" de sa disparition. Non seulement Santiago Nasar était bien le seul à ignorer qu'il allait mourir (et encore moins à soupçonner la raison pour laquelle il serait assassiné) mais en plus, il n'est absolument pas certain, comme le laisse entendre le narrateur, que le jeune homme fut effectivement coupable de ce dont on l'accusa.
    Imaginez-vous cet homme traversant son village. Les habitants, encore un peu saouls des noces de la veille, rencontrent des jumeaux qui clament à qui veut l'entendre qu'ils s'apprêtent à l'assassiner et qui ne prennent d'ailleurs pas la peine de cacher les couteaux que chacun porte à la main.
    Les uns y croient mais se disent que Nasar est condamné de toutefaçon, d'autres n'en gobent pas un mot, certains essaient de prévenir Nasar mais pour une raison x n'y arrivent pas, bref sur plusieurs heures de temps dans ce petit village, personne n'arrive à prévenir ce malheureux qu'il va mourir !
    Quant à l'épouse reniée, elle ne sera pas en reste. Elle aurait pu être lapidée mais chaque culture a ses propres petits plaisirs et l'on peut dire que sa vie ne sera pas une franche rigolade non plus, entourée de cette famille à l'esprit étriqué.
    Un début à la Colombo, une lecture à l'allure très shakespearienne dans le fond en ce qu'elle est consacrée à l'importance de l'honneur et au poids de la fatalité et qui pointe à l'extrême toute l'irresponsabilité dont sont capables les hommes. J'en reste sans voix !

    Lien : http://contesdefaits.blogspot.com/2010/02/chronique-dune-mort-annonc..
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    • Livres 5.00/5
    Par Uzbek, le 21 juillet 2011

    Uzbek
    Il y a des auteurs quelque peu miteux, qui depuis Rimbaud et Céline se sentent autorisés à écrire n'importe comment et surtout mal, parce qu'ils confondent niveau de langue et qualité. Et il y a des auteurs lumineux, qui grâce aux anciens, parviennent à faire éclore leur propre style, neuf et ancré à la fois. Marquez est de ces auteurs lumineux dont la découverte est un plaisir dont on ne se lasse pas. Et cette Chronique, où tout est si vrai, si pitoyable et drôle, où la langue passe d'une rive à l'autre avec puissance, me paraît être sa plus grande réussite.
    On ne saura pas pourquoi personne n'aura rien dit - mais on saura pourquoi chacun a cru bon de ne rien dire... magnifique !
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Citations et extraits

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  • Par Yuko, le 26 juillet 2011

    Le jour où il allait être abattu, Santiago Nasar s'était levé à cinq heures et demie du matin pour attendre le bateau sur lequel l'évêque arrivait. Il avait rêvé qu'il traversait un bois de figuiers géants sur lequel tombait une pluie fine, il fut heureux un instant dans ce rêve et, à son réveil, il se sentit couvert de chiures d'oiseaux. "Il rêvait toujours d'arbres", me dit Placida Linero, sa mère, vingt-sept ans après en évoquant les menus détails de ce lundi funeste (...) Placida Linero jouissait d'une réputation bien méritée d'interprète infaillible des rêves d'autrui, à condition qu'on les lui racontât à jeun ; pourtant, elle n'avait décelé aucun mauvais augure dans les deux rêves de son fils, ni dans ceux qu'il lui avait raconté chaque matin, les jours qui avaient précédé sa mort, et dans lesquels des arbres apparaissaient.
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  • Par Jollanne, le 24 avril 2010

    Il se portait mieux que nous tous, mais quand on l'auscultait on entendait les larmes bouillonner dans son coeur.
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  • Par Distorsion, le 13 mars 2011

    Durant des années, nous fûmes incapables de parler d'autre chose. Notre comportement quotidien, jusqu'alors dominé par la routine la plus linéaire, s'était mis à tourner brusquement autour d'une même angoisse collective. Les coqs de l'aube nous surprenaient en train d'essayer de reconstituer la chaîne des nombreux hasards qui avaient rendu l'absurde possible ; et il était évident que nous n'agissions pas par simple désir de percer le mystère, mais parce que personne parmi nous ne pouvait continuer à vivre sans savoir exactement la place et la mission que la fatalité lui avait assignées.
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    Citation de qualité ? (3 votes positifs)
  • Par Missbouquin, le 09 mars 2012

    “Surtout, il lui avait toujours semblé injuste que la vie ait pu recourir à tant de hasards interdits en littérature pour qu’une mort ainsi annoncée ait pu se réaliser sans faux pas.”
    Citation de qualité ? (4 votes positifs)
  • Par Zazette97, le 04 juin 2011

    La plupart de ceux qui se trouvaient au port savaient qu'on allait tuer Santiago Nasar. Don Lazaro Aponte, colonel de l'académie militaire en retraite et maire du village depuis onze ans, l'avait salué d'un signe des doigts. " J'avais toutes mes raisons de croire qu'il ne courait plus aucun risque", me dit-il. Le père Amador ne s'en était pas préoccupé davantage. "Quand je l'ai vu sain et sauf, j'ai pensé que tout cela n'avait été qu'une turlupinade."
    Personne ne s'était demandé si Santiago Nasar était prévenu, car le contraire paraissait à tous impossible. p.24
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