Tomoko, douze ans et orpheline de père, part vivre dans la famille de sa tante maternelle pendant un an, de mars 1972 à mars 1973. Elle découvre un style de vie totalement différent: maison occidentale, l'influence allemande puisque Rosa, la mère de son oncle, est Allemande. Et bien sûr, il y a Mina, sa cousine, 11 ans, diaphane, asthmatique chronique. Mais elle est bien plus que ça avec sa vive imagination, sa passion pour les livres et son intelligence bien trop adulte.
A la fin du roman, on se rend compte que cette année dans cette famille peu banale et chaleureuse a offert à Tomoko du réconfort pour toute une vie.
Le récit, écrit simplement mais empli de subtilités, a les charmes nostalgiques de la fin de l'enfance. Cette année est également une initiation vers l'âge adulte pour les deux petites filles. Les livres, l'imaginaire créatif et les mots occupent une place prépondérante dans l'histoire.
La réalité pourtant, avec toute son atrocité parfois, reste présente. Que ce soit les violentes crises d'asthmes de Mina, le suicide de Kawabata Yasunari, les souvenirs douloureux de la grand-mère, dont la jumelle est morte dans les chambres à gaz avec tous les autres membres de sa famille, l'attentat et la prise d'otages sanglantes lors des JO de Munich... Tous ces événements demeurent fixés dans les mémoires, néanmoins apaisés par l'atmosphère de la maison.
Ogawa Yôko dépeint avec art et subtilité de belles relations humaines. Je pense en particulier à celle entre Rosa et Mme Yoneda, l'intendante, véritable âme gardienne de la propriété et de ses habitants. Toutes deux âgées de 83 ans, elles ont su cultiver un rapport qui va au-delà de l'amitié et tient plus de l'affection sororale, dépassant les différences d'origine et de statut. Leur symbiose les rend jumelles de coeur.
Le thème de la gémellité est d'ailleurs récurrent dans le roman: Rosa et Irma, Rosa et Mme Yoneda, les pots de crème de beauté de la vieille dame allemande s'appellent "les beautés jumelles". Et même Tomoko et Mina, bien qu'ayant un an de différence, tendent à créer également une relation de soeur.
Comme d'habitude, j'ai été conquise par l'écriture d'Ogawa Yôko. "
La Marche de Mina" laisse une impression de sérénité.