Référence obligée en philosophie politique, La République constitue à la fois une forme d'utopie, décrivant une cité idéale gouvernée par les sages, et une critique sans appel de la démocratie grecque. Le lecteur contemp... > voir plus
Comment sortir intact d'un tel texte ? C'est impossible. L'esprit de Socrate est affûté et derrière lui, un Platon implacable nous entraîne dans cette quête de la justice et, au final, du sens de toute vie. Eloge critique de la philosophie par Socrate, ce dernier n'en est pas moins conscient de ses limites dans un monde comme celui des cités grecques, si semblable par certains aspects de sa vie politique à nos démocraties représentatives. De même, son analyse des systèmes politiques et de ce qui les lie, et à travers cela des faiblesses de la démocratie, m'a semblé pleine de lucidité ; et déjà à l'époque Socrate constatait que la démocratie ne pouvait de par ses aspects qu'accoucher d'un despote. L'avènement de la Rome impériale ou plus récemment les élections allemandes de 1933 ont démontré ce que cette analyse avait de juste et de visionnaire. Ce dialogue est aussi un plongeon, par moments, dans le coeur même de la pensée grecque d'alors. Parfois, cette plongée dépayse et là appraissent au grand jour les diférences fondamentales avec notre culture judéo-chrétienne : le rapport aux femmes, à l'enfance ou toutes ces relations du quotidien qui démontre combien, malgré le fait démocratique qui nous rapproche, nous sommes aussi spérarés par un fossé culturel important. Une manière donc, de démontrer leur erreur à ceux voulant nous faire croire que la démocratie ne peut s'adapter qu'à la pensée occidentale contemporaine, de montrer que ce système s'accomode facilement d'autre référents culturels. Texte fondateur que ce fut ce livre... et sa lecture m'a montré pourquoi : sa richesse, la robustesse de l'argumentaire et son universalisme assumé ne pouvaient pas en faire autre chose.
Lorsque les pères s’habituent à laisser faire les enfants,
Lorsque les fils ne tiennent plus compte de leurs paroles,
Lorsque les maîtres tremblent devant leurs élèves et préfèrent les flatter,
Lorsque finalement les jeunes méprisent les lois parce qu’ils ne reconnaissent plus au dessus d’eux l’autorité de rien ni de personne,
Alors c’est là, en toute beauté et en toute jeunesse, le début de la tyrannie.
SOCRATE - Or, la science a pour domaine ce qui existe, et elle va connaître ce qui existe tel quel.
GLAUCON - Oui.
SOCRATE - Et l'opinion, nous dirons, est là pour apprécier selon l'apparence.
GLAUCON - Oui.
[...]
SOCRATE - C'est donc en position d'intermédiaire entre la connaissance et l'ignorance que va se trouver l'opinion ?
GLAUCON - Absolument.