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Charles Guittard (Éditeur scientifique)Robert Pignarre (Traducteur)
ISBN : 2080710230
Éditeur : Flammarion (1999)

Note moyenne : 3.89/5 (sur 523 notes)
Résumé :
Est-il vraiment besoin de rappeler l'histoire de ce qu'il convient de considérer comme l'une des plus intenses tragédies grecques ? Électre, fille d'Agamemnon et de la reine Clytemnestre, n'a de cesse de réclamer la mort de sa mère, qu'elle estime responsable de l'assassinat de son père. Cloîtrée à Mycènes, maintenue dans la pauvreté, placée sous surveillance étroite, de facto impuissante à l... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (40) Voir plus Ajouter une critique
Nastasia-B
Nastasia-B27 septembre 2012
  • Livres 4.00/5
C'est peu dire qu'Antigone est l'une des plus célèbres tragédies grecques (parmi celles qui nous sont parvenues, à savoir, fort peu, volontairement détruites au IIème siècle sous l'Empereur Hadrien par des autorités morales anonymes, les « pédagogues grammairiens », qui ont décidé lesquelles devaient être transmises à la postérité. de la sorte, ces éminences grises ont dégraissé Eschyle, Sophocle et Euripide, pour ne citer que ces trois-là, de 87 % de leurs productions, soit les 44 pièces survivantes sur 348 à l'origine).
Ainsi donc, parmi ces survivantes, Antigone n'est pas une tragédie canonique, mais LA tragédie canonique. Ce n'est pas pour rien qu'Hegel s'est appuyé en particulier sur celle-ci pour parler de la tragédie grecque en général.
Le poids du religieux dans la Grèce de Sophocle est difficile à appréhender de nos jours et c'est vraiment un exercice délicat que d'essayer de comprendre dans le détail les visées réelles de l'auteur. L'une des questions civiques et morales soulevée par la pièce est celle de l'obéissance à l'ordre émanant de la hiérarchie, même s'il va à l'encontre de nos convictions. Dit autrement, doit-on exécuter un ordre s'il est immoral ? Je doute que la lecture d'Antigone soit au chevet de beaucoup de nos militaires ou policiers, pourtant, c'est une vraie question. Il en va de même pour tout fonctionnaire. On sait ce que Vichy, pour ne parler que de ce régime, a été capable de faire. Les fonctionnaires de Vichy avaient-ils lu Antigone ? À méditer…
Voilà donc, Antigone, fille du célèbre Oedipe, qui vient de perdre ses deux frères bien aimés. L'un se battant pour Thèbes, l'autre contre. Thèbes obtient la victoire, et Créon, le roi de Thèbes, offre des funérailles dignes à celui qui a donné sa vie pour Thèbes, mais interdit qu'on laisse reposer l'autre frère selon les rites, car jugé comme traître, doit pourrir sur place ou être dévoré par des bêtes. Antigone, elle, refuse cette sentence et décide de braver l'interdit. Sa soeur, Ismène, elle, fait l'autre choix.
L'autre axe qui me semble majeur dans la pièce est celui de l'orgueil qui nous empêche de revenir sur une parole prononcée afin de ne pas « perdre la face ».
Je dirai simplement qu'à propos de faces perdues, Créon, se jugeant dans son bon droit, pour ne pas avoir voulu revenir sur sa décision risque d'en perdre bien d'autres de faces…
En somme, une bien belle tragédie, qu'il nous est parfois difficile de recontextualiser, mais dont certaines questions conservent toute leur raison d'être et leur verdeur, même après vingt-cinq siècles et quelques autodafés, mais cela n'est presque rien, tout juste mon minuscule avis, ma toute petite vérité, et j'aime autant laisser à Sophocle le mot de la fin :
"Ne laisse pas régner seule en ton âme l'idée que la vérité, c'est ce que tu dis, et rien d'autre. Les gens qui s'imaginent être seuls raisonnables et posséder des idées ou des mots inconnus à tout autre, ces gens-là, ouvre-les : tu ne trouveras en eux que le vide."
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colimasson
colimasson19 mai 2013
  • Livres 4.00/5
Dans la famille maudite, je voudrais les descendants du roi de Thèbes. On connaît tous le mythe d'Oedipe (merci Freud) mais Ismène nous le rappelle d'entrée de jeu pour rafraîchir les mémoires frivoles : « Notre père est mort réprouvé, déshonoré ; lorsqu'il s'est lui-même découvert criminel, il s'est arraché les yeux et sa femme, qui était sa mère, s'est pendue ». On ne rigole pas tous les jours avec Sophocle, surtout lorsque la malédiction semble ne jamais devoir prendre fin : « Et voici nos deux frères qui se sont entre-tués, ne partageant entre eux que la mort, les infortunés ! »

Antigone et Ismène ne sont même pas autorisées à rendre hommage à leur frère Polynice en lui accordant une cérémonie funéraire digne de ce nom. Au même moment, en effet, le roi Créon pose un décret interdisant de célébrer cet ennemi de la cité. Ismène et Antigone sont d'accord pour reconnaître que cet édit est une absurdité prétentieuse et arrogante ; toutefois Ismène s'y soumet dans les actes tandis qu'Antigone refuse d'obéir et rejette sa soeur, qu'elle considère comme une traîtresse. Créon est au service absolu des vivants contre la dignité des morts ; Antigone est totalement dévouée à ses morts contre les vivants.
L'affrontement entre ces deux volontés contradictoires paraît inéquitable, mais de nombreux personnages vont s'interposer entre Antigone et Créon pour tenter de les raisonner et de les encourager à faire preuve d'un peu plus de flexibilité. C'est surtout auprès du roi que les personnalités se succèdent : d'abord le Garde, puis Hémon, le fils de Créon, qui doit épouser Antigone, et enfin Tirésias le devin. Rien n'y fait. Créon ne flanche pas, persuadé d'avoir raison envers et contre tous, plein d'une confiance aveugle et dévouée au régime politique qu'il a mis en place pour « le bien public ». Créon fait placer Antigone et Ismène en réclusion avant de les condamner au sort fatal qui leur échoie.
L'outrage causé aux morts est grand mais une faute plus terrible encore est commise lorsque Créon refuse de croire aux mauvais présages divins adressés à Tirésias. Trop pragmatique et fier pour croire aux signes, Créon écopera du sort qu'il mérite. Encore une fois, comme dans Ajax, ce n'est que lorsque les instincts pécheurs commencent timidement à se remettre en question que la punition s'abat sur eux. La malédiction se perpétue…

Antigone est une pièce subtile qui présente des personnages nuancés, aussi divers et changeants que la multitude des relations existant entre un mort et un vivant. Aux deux extrémités du spectre, on trouve Antigone et Créon. Entre eux se succèdent Ismène, qui obéit aux lois de la cité sans renier pour autant son rapport aux morts et aux dieux ; le Coryphée, aussi versatile qu'il est dénué de jugement ; Hémon, qui respecte son père et qui exige que, par respect réciproque pour son fils, celui-ci tienne compte de son avis ; le Garde qui préfère l'obéissance divine à l'obéissance terrestre mais qui préfère avant tout sa vie à n'importe quelle autre valeur ; enfin Tirésias qui se fait l'intermédiaire censé entre Dieu et le pouvoir terrestre. Sophocle permet ainsi de lancer une réflexion mouvante sur le pouvoir politique, l'obéissance, la constance et la priorité des valeurs sur lesquelles se fondent un gouvernement et un individu. Réflexion qui ne cesse d'évoluer au cours de cette –pourtant- courte pièce car Sophocle, en passant d'un personnage à un autre, se fond avec leurs convictions et nous surprend en nous donnant l'impression de ne donner foi qu'à un seul d'entre eux, avant de faire preuve de tout autant de véhémence à défendre les convictions d'un autre. Si la morale d'Antigone n'a rien de surprenant dans sa sagesse, la façon dont Sophocle nous y fait parvenir est tumultueuse et ne cesse de capter l'entière attention de son lecteur. Agile mélange entre réflexion et sentiment, cette question de la définition politique aurait-elle pu être mieux résumée que par le désespoir de Crédon ? « Hélas ! hélas ! ô dure épreuve d'être un homme ! » C'est peut-être cette dernière dimension de l'émotion, qui manque aux réflexions politiques plus récentes, qui fait la richesse d'Antigone.

Lien : http://colimasson.over-blog...
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Bernacho
Bernacho07 juin 2016
Peut-être aurait-il fallu débuter une découverte du théâtre par Eschyle, mais une autre lecture en cours m'a poussé dans les bras éplorés d'Antigone. Sophocle, c'est déjà un moderne, qui aurait inventé le deuxième acteur sur scène, et les dialogues du tac au tac comme celui-ci :
- Ne sais-tu pas que tu me blesses par tes paroles ?
- Ton oreille est-elle blessée, ou ton âme ?
- Pourquoi cherches-tu où est mon mal ?
- Celui qui a commis le crime blesse ton âme, et moi, je blesse ton oreille.
C'est plus nerveux que ce à quoi je m'attendais. Mais il y a aussi, comme je le craignais un peu, de longs monologues ampoulés, surtout de la part du choeur - probablement gâteux comme il le sous-entend lui-même -, qui est aussi enclin à rappeler des lois universelles à grands renfort d'exemples mythiques, qu'à changer d'avis comme une girouette.
J'ai aussi été surpris par la brièveté de l'oeuvre. C'est très court. Heureusement j'avais lu André Degaine avant, qui m'a éclairé sur bien des points. Les auteurs présentaient 4 pièces à la suite, dont un drame satyrique, pour montrer qu'on ne se prenait pas trop au sérieux, précision utile après toutes ces morts tragiques.
La pièce est bâtie autour d'une opposition entre Antigone, qui veut enterrer son frère (la loi "divine") et Créon le roi, qui a décrété qu'il fallait le laisser sans sépulture (la loi "de la Cité"). Ca se termine mal, comme tout ce qui concerne l'infortunée famille d'OEdipe, sur laquelle se sont acharnés d'innombrables générations de conteurs.
Je ne me risquerai pas à faire un commentaire sur la portée politique, ou féministe, ou autre, de l'oeuvre. le contenu est riche de réflexions, mais j'ai l'impression que ces vieilles histoires ont été exploitées souvent bien au-delà de leur portée initiale. J'ai du mal aussi à caractériser tant la loi divine : divine ou simplement morale ? les dieux n'intervenant pas directement, que la loi de la Cité - de la Cité ou d'un tyran ? Sophocle écrivant depuis la démocratie athénienne, où il était un homme de pouvoir, à propos d'un roi archaïque.
Selon mes critères, j'ai trouvé que Créon, qui soupçonne pour un oui ou pour un non, manque trop de qualités spirituelles. Et puis, finir une longue tirade sur les vertus de l'obéissance par " il ne faut en aucune façon céder à une femme afin qu'on ne dise pas que nous sommes au-dessous des femmes. ", c'est un argument un peu faible, non ?
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Aela
Aela16 février 2011
Un débat sur la nature du pouvoir politique qui reste toujours d'actualité.
Et pourtant, c'est une oeuvre très ancienne:
Sophocle (495- 406 avant JC) a vécu l'apogée du siècle de Périclès, la grande période du classicisme grec. Avec Sophocle la tragédie s'oriente vers le drame de l'individu aux prises avec des forces contraires.
Tel est le cas d'Antigone, héroïne qui a inspiré cette pièce:
Antigone, fille d'Oedipe, se dresse contre l'autorité de Créon, roi de Thèbes qui a refusé les honneurs funèbres à Polynice, frère d'Antigone. En effet Polynice et Etéocle, tous deux fils d'Oedipe, viennent de s'entretuer en se disputant le pouvoir.
C'est une tragédie qui campe un homme désarmé par la puissance d'une femme qui ose le braver et qui, lucidement, revendique la mort; ce faisant, elle fait oeuvre de résistance et impose d'autres valeurs qui rendent dérisoires les ordres de Créon.
La figure d'Antigone a inspiré d'autres créateurs comme Cocteau, Anouilh et Brecht.
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chartel
chartel25 février 2016
  • Livres 4.00/5
Cette pièce de Sophocle doit, il me semble, être lue non pas en fonction d'un contexte et d'une nature contemporains, mais plutôt par rapport aux réalités de la Grèce de Périclès. Finalement, Antigone souffre un peu des nombreuses adaptations de grands dramaturges et écrivains au XXe siècle. Les Antigone de Brecht ou d'Anouilh n'ont rien à voir avec l'originale. Chez Sophocle, Antigone est une illustration des rapports hiérarchiques entre vieillesse et jeunesse, masculinité et féminité bien sûr, mais avant tout entre tyran et citoyens, entre le Destin et la volonté des hommes. Il y a un passage remarquable où le roi Créon est contredit par son fils Hémon. Ce dernier explique à son père que ses décisions autoritaires ne peuvent être respectables parce que la majorité de la population de la cité ne les approuve pas. Sophocle illustrait ainsi les dangers que représentaient, non pas les refus d'obéissance des jeunes, des femmes ou des citoyens face aux plus âgés, aux hommes ou aux rois, mais les tendances à la tyrannie de ceux qui gouvernaient la cité.
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Citations & extraits (53) Voir plus Ajouter une citation
colimassoncolimasson02 juin 2013
HEMON. – […] Père, ton bonheur m’est plus cher que tout : un père florissant fait l’orgueil de ses enfants comme de beaux enfants sont l’orgueil de leur père. Mais montre-toi moins absolu dans tes jugements ; ne te crois pas l’unique détenteur de la vérité. Ceux qui pensent avoir seuls reçu la sagesse en partage ou posséder une éloquence, un génie hors de pair, on découvre à l’épreuve l’inanité de leurs prétentions. Même pour un grand clerc, il n’y a pas de honte à s’instruire sans cesse et à réformer ses jugements.
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ay_guadalquiviray_guadalquivir07 février 2011
"Regardez-moi, vous qui habitez la cité de la terre paternelle
C'est le dernier chemin
Que je parcours, et c'est le dernier soleil
Dont je vois la lumière :
Ce ne sera jamais plus. Oui, celui qui fait
Le lit de tous, Hadès, m'emmène vivante
Au rivage
De l'Achéron, et je n'ai pas eu ma part
Nuptiale, je n'ai pas eu devant la maison d'un fiancé
Quelqu'un pour me chanter
Le chant nuptial : non, je serai la fiancée de l'Achéron."
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Nastasia-BNastasia-B14 janvier 2013
Me voilà donc ici, sans plaisir pour moi, sans plaisir pour vous, je le sais : nul n'éprouve de tendresse pour un porteur de mauvaises nouvelles.
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colimassoncolimasson04 juin 2013
TIRESIAS. – […] Or je dis que la cité souffre de ton fait. Nos autels, tous les foyers où l’on sacrifie, sont pleins de lambeaux que les oiseaux et les chiens ont arrachés à la dépouille de l’infortuné fils d’Œdipe. Les dieux n’agréent plus les prières des sacrifiants ni la flambée des cuisses immolées, et les oiseaux ne font plus éclater des cris de bon augure, car ils ont dévoré le sang coagulé d’un cadavre. Réfléchis, mon fils. Tout le monde est sujet à se tromper, et l’on n’est point pour autant un insensé ni un malheureux, pourvu qu’on ne s’obstine pas dans sa faute.
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Nastasia-BNastasia-B21 décembre 2012
ISMENE : Mais c'est dès le principe qu'il faudrait renoncer à chercher l'impossible.
ANTIGONE : Va, continue à raisonner ainsi, et tu auras ma haine, (...). Va donc, et laisse-nous, moi et ma sottise, courir notre risque.
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Videos de Sophocle (17) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de  Sophocle
Premier documentaire d'une série de six consacrée aux grands rôles du théâtre. Dans ce numéro diffusé sur Arte, le 7 septembre 2008, Agathe Berman interviewe des metteurs en scènes, comédiens, traducteurs et philosophes sur leur perception du personnage d'Antigone.
Dans la catégorie : PlatonismeVoir plus
>Philosophie et disciplines connexes>Philosophie antique, médiévale, orientale>Platonisme (59)
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