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Note moyenne 4.05 /5 (sur 53 notes)

Nationalité : France
Né(e) : 1960
Biographie :

Laurent de Wilde (né à Washington en 1960) est un pianiste de jazz français.

Né aux États-Unis, il retourne en France dès 1964. Il suit des études de philosophie à l'École normale supérieure, puis part à New York en 1983, grâce à une bourse d'études musicales.

En 2000, il sort l'album Time 4 Change, dans lequel il propose un mélange de jazz et de musique électronique.

Il est l'auteur d'une biographie de référence sur Thelonious Monk.


Source : Wikipédia
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Le choix des libraires vous invite à la rencontre de Marc Gaucherand, propriétaire de la librairie « le Bleuet » à Banon, dans les Alpes-de-Haute-Provence. Avec lui, partagez ses coups de c?ur et ses auteurs favoris comme le poète Jean-Pierre Siméon, l'écrivain Jean-Luc Seigle, ou encore le pianiste Laurent de Wilde, l'auteur de « Monk ».


Citations et extraits (16) Voir plus Ajouter une citation
Nio   16 octobre 2015
Monk de Laurent de Wilde
(...) Pourtant le concept est simple. En 1996, le morceau ne poserait pas trop de problèmes, on a vu plus tordu. Seulement voilà : on est en 1956 (le 15 octobre pour être précis, des jours comme ceux-là, ça se remarque). Monk, confie Keepnews, quitta la séance excédé de ne pas trouver des musiciens qui pouvaient jouer un morceau aussi évident. Aujourd'hui, quarante ans plus tard, on le comprend. Mais c'est dire l'avance qu'il avait sur son temps : véritable pionnière en la matière, cette composition ne trouvera d'équivalent conceptuel que bien plus tard, chez des Charlie Mingus ou des Ornette Coleman. Et encore. Car il s'agit d'un prédicat élémentaire dont l'exécution est tout simplement irrecevable. C'est pas de la musique, c'est de l'obstination. C'est ça qui est génial. On entend presque une voix off qui dirait : abandonne, Thelonious, ça ne va jamais marcher ! Mais Monk va jusqu'au bout de son idée, et le résultat est étonnant.



Car il faut être complètement cinglé pour écrire un morceau comme ça. Il ne faut douter de rien. Rollins à la rame, dans un océan de tempos changeants, avec comme cadre à son improvisation des harmonies pas du tout contigües, ou bien trop lentes ou bien trop rapides. Ernie Henry, terrorisé à l'idée de louper un rendez-vous, qui se contente de regarder passer les trains, l'oeil rivé sur sa montre. Max Roach qui n'arrive pas à se faire à l'idée d'un pont de sept mesures, et qui en rajoute une dans son solo, avec l'air de savoir ce qu'il fait. Et pourtant tous les trois, comme Monk, sont de vrais New-Yorkais... on est en famille, ça devrait être plus simple pour faire de la musique. Reste Oscar Pettiford en éclaireur, le sang-mêlé indien de l'Oklahoma, qui agite les bras pour tenter de regrouper la colo. Et Monk, imperturbable, fend la bise avec sa sûreté habituelle, et donne un petit coup de volant quand la machine est sur le point de verser... L'équipée fantastique ! On s'étonne qu'il n'y en ait pas un qui soit resté sur le carreau de l'aventure... un seul faux mouvement, et c'est l'accident... Jamais on ne comprendra mieux qu'à la lumière de ce morceau ce que Trane disait de la musique de Monk : si on rate un accord, c'est comme si on tombait dans une cage d'ascenseur vide... Et les musiciens de la séance qui s'efforcent, tout en crissant des pneus, de ne pas quitter la route ! Ça sent la gomme brûlée dans le studio... Le pauvre Orrin Keepnews, dans sa cabine, il devait s'arracher les cheveux ! Jusqu'à présent tout allait si bien ! Erreur système ! Calamitas ! Ai-je vraiment bien fait de signer ce type ? Pourquoi suis-je encore vivant ? Dans son livret d'introduction à la compilation Riverside, il commence ainsi, très british, son évocation de la séance : "A bien des égards, ceci fut le vrai début de mon travail avec Monk." Ha ha ! Le travail ! Comme dit Hegel, le travail, la patience et la douleur du négatif ! Avec en plus Monk et Pettiford qui s'engueulent (à l'issue de cette session, ils ne joueront plus jamais ensemble), quel bordel ! Thelonious qui le premier soir repère un célesta dans un coin du studio, et qui exige de jouer Pannonica dessus ! Max Roach qui quelques jours plus tard découvre à son tour des timbales, et les matraque furieusement tout au long de Bemsha Swing ! Qu'est-ce que c'est que cette maison de fous ? Vous appelez ça un disque de jazz ? (...)



(p. 166 à 169)
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edwige31   20 septembre 2012
Monk de Laurent de Wilde
New york, new york, new york,. 9a grouille, là-dedans. Le monde enter s'y concentre. Un grand, grand salon. Du verre, de la brique, du fric, du bruit, du néon, des pompiers, des trous, de étés moites. du jazz, plein.
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TREMAOUEZAN   26 août 2016
Monk de Laurent de Wilde
Par une magie incompréhensible, [Monk] exprime PLUS avec MOINS... C'est pour cela qu'on croit percevoir, avec un sentiment fugace et toujours changeant, toute l'histoire du jazz dans une seule de ses interprétations. Voilà aussi pourquoi il passera sa vie à s'intéresser, avec un grand sérieux, à des détails qui semblent anodins au premier venu. A un stylo-feutre, à une rue, à un rayon de soleil, à un bouton. Ou à un calembour, comme avec "Evidence", ou comme encore "Little rootie Tootie" et son introduction de dessin animé... Il tire du jus de n'importe quoi, Thelonious. Tous les gens qui l'ont connu ont été frappés par son attention à des détails triviaux, dont il extrayait parfois un commentaire d'une profondeur disproportionnée, comme une remarque d'enfant. J'ai un ami entomologiste qui me fait le même effet : dans un champ nu parsemé de caillasses, il retourne en quelques minutes toutes les pierres, et découvre un scorpion, trois larves de mouches, cinq coléoptères dont un assez rare, une jeune pondeuse échappée de la fourmilière, toute une foule d'insectes qui témoignent d'un univers caché, aussi complexe que le nôtre. Il est comme ça, Thelonious, il a le pouvoir de faire parler ce qui est en dessous, caché aux yeux blasés du commun des mortels... Le pouvoir de tout dire avec juste quelques notes...quelques indications... on imagine la discipline que cela demande...

(6 - "Piano solo", pp. 149-150)
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TREMAOUEZAN   29 août 2016
Monk de Laurent de Wilde
C'est au vu de ces injustices flagrantes qu'un peu plus tard dans les années 50 on vit apparaître des musiciens tels que Gigi Gryce, Charlie Mingus ou Ahmad Jamal pour ne citer qu'eux, qui décidèrent de prendre leur destin en main et de devenir leurs propres producteurs et éditeurs de musique. Très mal vu. Carrément communiste, comme démarche : non mais sans blague, on croit rêver ! Des Noirs qui font du business ! C'était à l'époque un combat capital, mais perdu d'avance, car il fallait déployer une énergie, un temps et un argent considérables pour retourner une situation de toute évidence à son désavantage. On subissait toutes sortes de pressions et on sortait très rapidement du contexte initial de la revendication, qui consistait tout simplement à se faire payer ce qu'on vous devait... Sans avoir le temps d'y penser, on se retrouvait en train de défendre la cause noire, de faire de la politique, et les ennuis ne faisaient que commencer... Et Thelonious, ce n'est pas sa tasse de thé... Des ennuis, il en a assez comme ça... Alors il fait ce qu'il a toujours fait : il ferme sa gueule et change de crèmerie.

(5-"Producteurs I", page 128)
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TREMAOUEZAN   25 août 2016
Monk de Laurent de Wilde
[L'introduction de Monk] qui continuera de m'émerveiller jusqu'à mon dernier jour est sans aucun doute son ouverture au très classique "I should care", où il est censé préparer l'arrivée du chanteur Kenny "Pancho" Hagood (...). Cette introduction me rappelle invariablement une scène d'un film de Buster Keaton où, à la piscine, celui-ci tente d'impressionner sa douce en sautant du plongeoir. Alors que le mouvement naturel du plongeur (tout comme celui du pianiste qui introduit un morceau) consiste à lancer son corps (la musique) selon une dynamique progressive et continue, Buster Keaton, arrivé au bout de la planche et terrorisé par la hauteur à laquelle il se trouve, décompose cette course fluide en une dizaine de mouvements contradictoires et quasiment simultanés, où s'opposent en un ballet irrésistible l'élan qu'il a pris et la peur de tomber. L'effet en est bien sûr génialement comique, mais j'ai dû me passer en vitesse lente sur mon magnétoscope ces deux ou trois secondes une bonne vingtaine de fois pour arriver à décomposer, mouvement par mouvement, cette scène qu'il a dû, j'en suis sûr, travailler pendant des jours.

Eh bien, cette introduction de "I should care", c'est pareil. N'oublions pas que dans un cas semblable on commence à zéro : l'auditeur n'a aucune indication rythmique ou harmonique à laquelle se rattacher, et c'est précisément cela qu'est censé fournir le piano. Au lieu donc d'annoncer paisiblement une tonalité et un tempo, Monk place à des endroits incompréhensibles des accords parfaitement ambigus qui rendent miraculeuse l'entrée du vocaliste dans la chanson. Pratiquement, voilà comment cela a dû se passer : on s'est mis d'accord à l'avance sur quatre mesures d'introduction de piano, on donne un tempo, et vas-y Thelonious. Malheur à celui qui l'écoute, au lieu de rester concentré sur le décompte des fameuses quatre mesures ! Emerveillé par ses acrobaties rigoureusement imprévisibles (et qui changent à chaque prise), on risque de louper le départ ! Et à l'écoute, privé du claquement de doigts qui précède le début du morceau et indique le tempo, l'auditeur est précipité dans un monde anguleux et complexe qui surprend l'oreille autant qu'il la ravit. Pas étonnant, d'ailleurs, que Monk ait si peu joué avec des vocalistes. Une intro comme ça a de quoi en envoyer la moitié en hôpital psychiatrique, où ils se demandent encore dans leur cellule capitonnée ce qui a bien pu se passer.

(4 - "Les femmes", pages 94-96)
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cyrilleamiel   18 juillet 2016
Monk de Laurent de Wilde
Durant l'hiver 53-54, Henri Renaud, pianiste et compositeur confirmé de la première génération des boppers français, se rend à New York pour y effectuer des enregistrements et rencontre Monk. Choc. Venu pour se frotter aux jeunes Turcs new-yorkais, le voilà qui tombe sur le grand Mamamouchi en personne. Pas farouche, Monk lui ouvre les portes de sa maison, et ils se lient bientôt d'amitié. Un soir peut-être plus philosophique que d'autres, raconte Henri, voici nos deux pianistes sur les berges de Manhattan, assis face à l'East River qui se perd quelques milles plus loin dans l'Atlantique. Je me demande, fait Thelonious pensif, ce qu'il peut y avoir de l'autre côté de l'océan... La fréquentation de Monk ayant appris à Renaud qu'il ne posait jamais de questions pour rien, ce dernier lui fit savoir qu'il y avait peut-être un moyen de lui faire voir au moins la France.
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TREMAOUEZAN   24 août 2016
Monk de Laurent de Wilde
Avez-vous remarqué comment Monk conçoit ses introductions ? Le plus souvent, les quelques mesures que joue traditionnellement un pianiste avant que l'orchestre ne démarre en disent long sur lui. Il y a la façon "standard", qui consiste à citer la fin du morceau, afin d'amorcer la pompe à swing, et mettre clairement l'orchestre sur les rails. Il y a la façon subtile, par laquelle on amène une cadence pleine de goût, qui brosse en toile de fond la couleur du morceau. La percussive : une petite figure aux syncopes bien placées, qui tourne sur quatre mesures, et qui sert d'apéritif rythmique au festin du morceau. L'austère : un accord d'appel, deux trois notes, ça suffit. Etc. Chaque pianiste a sa façon à lui d'introduire la musique.

Mais des intros comme celles de Monk, il faut dire qu'on n'en entend pas souvent. Ses mélodies sont anguleuses quoique familières, et même lorsqu'il cite une chanson connue, elle apparaît sous ses doigts comme une chose toute nouvelle. On pourrait donc croire que pour en adoucir l'étrangeté (mais pourquoi faudrait-il adoucir quoi que ce soit ?), il nous prendrait l'oreille avec diplomatie et nous mènerait pas à pas dans son monde musical. Erreur. Monk tranche dans le vif du sujet. Il choisit avec soin LA phrase la plus abrupte, la plus hermétique de toute la chanson, et nous la sert, encore toute nouée, sur sa petite assiette. Une espèce de bestiole de forme indéfinissable qui, en grimpant le long de votre tympan, va chatouiller une partie de votre cerveau que vous pensiez endormie depuis plusieurs millions d'années.

(4 - "Les femmes", pages 92-94)
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TREMAOUEZAN   29 août 2016
Monk de Laurent de Wilde
C'est un spirituel, Coltrane, il cherche la sortie vers le haut, c'est quelqu'un de vertical. Et Monk agit comme un déclic : le saxophoniste décroche de l'héroïne, "cold turkey", comme disent les Américains, c'est-à-dire du jour au lendemain. Dinde froide. Et se met à arpenter furieusement la musique du pianiste. De bas en haut, de droite à gauche, de la cave au grenier. Frénétiquement. Tout y passe, il nettoie tout à fond. Joue des trucs impossibles au saxophone, écrits juste pour le piano, comme "Trinkle tinkle". Le déchire, l'éparpille, le rassemble, puis le cloue au mur. Comme ça, pour se tenir l'esprit occupé et ne pas penser à ÇA. Ou bien revisite le grand classique de Monk et Kenny Clarke, "Epistrophy", qui traîne dans les clubs depuis bientôt quinze ans. D'habitude, depuis le temps, le morceau se joue plutôt pépère. Personne, à part Monk lui-même, ne le joue vraiment de la façon dont il l'a écrit, c'est-à-dire en montant ou descendant d'un demi-ton tous les deux temps. C'est épuisant, alors on a pris le pli de jouer huit mesures de ré bémol, puis huit mesures de mi bémol et ainsi de suite, sans se fouler. Sauf que Trane, lui, il joue tout, tout le temps, à toute allure. Il descend dans la salle des machines, pour voir comment ça marche, ces compositions. Démonte le moteur pièce par pièce, et le remonte, les mains dans le cambouis. A la mine, Coltrane. Le casque, la pioche et au boulot. Tous les jours pendant six mois. Voyage au centre de la terre : chaque jour un peu plus loin, il remonte du grand puits avec des trésors insoupçonnés.

(8-"Saxophones !", pp. 194-195)
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TREMAOUEZAN   23 août 2016
Monk de Laurent de Wilde
Dizzy a toujours exprimé avec brio ses positions sur les sujets concernant la vie des Noirs de l'époque, et a su associer un sens développé de ses propres affaires avec une critique ouverte d'une société raciste et cruelle. Il a su trouver l'angle étroit qui lui a permis d'être un musicien de génie ET un "entertainer" sans pour autant être un bouffon. Son exubérance enchante, mais ne le ridiculise pas. Pourtant, Monk aussi porte l'exubérance sur sa tête, avec ses chapeaux, ses lunettes, ou dans ses commentaires savoureux. Mais il n'est pas un séducteur. Il ne s'amuse qu'à se séduire lui-même.

C'est donc la voix de Diz que l'on entend en premier. Tout en lui évoque la parole, le chant magique. Son visage se gonfle de façon étonnante quand il porte la trompette à ses lèvres : c'est même sa physionomie qui change lorsqu'il s'exprime. Et quand quelques années plus tard, il coudera sa trompette vers le haut, il projettera ainsi plus fort, plus loin, plus visible son désir de parler. Chez Cab Calloway où il jouait, il chantait : "I'm Diz the Wiz, a swinging hip cat, swinging hip cat, Diz the Wiz." Rappeur avant l'heure. Ancêtre de l'acid jazz. Dizzy la tchatche.

(2-"Minton's", pages 42-43)
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sweetie   17 juillet 2019
Les fous du son de Laurent de Wilde
(...) en matière de recherches, « toutes les décisions sont prises avec un sentiment de conviction et non avec une logique irréfutable. » (Hugh Le Caine)
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