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EAN : 9782344020630
472 pages
Glénat (04/03/2020)
4.62/5   414 notes
Résumé :
L'incroyable histoire vraie de l'arme la plus effroyable jamais créée.
Le 6 août 1945, une bombe atomique ravage Hiroshima. Des dizaines de milliers de personnes sont instantanément pulvérisées. Et le monde entier découvre, horrifié, l'existence de la bombe atomique, première arme de destruction massive. Mais dans quel contexte, comment et par qui cet instrument de mort a-t-il pu être développé ?

Véritable saga de 450 pages, ce roman graphiqu... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (84) Voir plus Ajouter une critique
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sur 414 notes
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Christophe_bj
  15 février 2022
Ce récit graphique raconte avec un grand souci de détail et d'exactitude les différentes étapes de la création de la première bombe atomique, conçue avant même le début de la guerre, et qui sera larguée le 6 août 1945 sur Hiroshima. Les points de vue militaire, scientifique, politique sont tous examinés conjointement. ● le récit est passionnant et haletant. ● Les auteurs font preuve d'une grande rigueur dans la documentation et on voit bien le travail énorme que cet ouvrage a dû exiger d'eux. ● le résultat est à la mesure de leur investissement. On apprend énormément de choses, sans que le récit ne soit jamais pesamment didactique. Je ne connais rien à la physique nucléaire, et j'ai pourtant eu l'impression de tout comprendre ! ● L'alternance des différents points de vue, qui n'oublie pas celui des victimes japonaises et des cobayes humains, rend la lecture particulièrement intéressante. ● Dans cette aventure humaine, quelques individualités se distinguent encore plus des autres, bien que tous soient hors du commun : le général Leslie Groves, chef du projet Manhattan, Leo Szilard, un des scientifiques, Oppenheimer, le scientifique le plus connu associé à ce projet, par exemple. ● Les dessins sont superbes, très expressifs, les personnalités connues superbement représentées. ● Je me suis quand même posé une question, c'est celle de la bombe française, qui n'est absolument pas évoquée. ● C'est un travail magnifique et très impressionnant, que je recommande chaudement !
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Tostaky61
  17 août 2020
Vrai gros coup de ❤
Bon, je sais que je vais en agacer encore quelques-un(e), mais celui-là vous ne pouvez pas passer à côté.
La bombe, de Alcante, Bollée et Rodier est une bande dessinée de 460 pages, pour tout savoir sur la bombe atomique et comment l'humanité, le 6 août 1945, en plein chaos de fin de Seconde Guerre mondiale, a perdu le peu qui lui restait....d'humanité.
L'une des pires journées de l'histoire de notre monde nous est racontée ici.
Et qui en est le narrateur ?
Le principal responsable : l'URANIUM.
De sa découverte jusqu'à son utilisation vous saurez tout.
Des savants qui l'ont étudié, de ceux qui l'ont exploité, modifié, mélangé au plutonium par exemple.
Des militaires qui s'en sont emparé.
Des politiques qui l'ont adoubé.
Des scientifiques qui ont compris le danger.
Des soldats qui se sont extasié de ses capacités.
Des gouvernements qui se sont lancé dans la course contre la montre pour mettre au point avant les autres une arme de guerre sans précédent.
Des cobayes qu'on a utilisés à leur insu.
Des tentatives de justification des uns aux tentatives de mise en garde des autres.
Mais dans la bombe, on explique aussi comment on a empêché l'Allemagne de réussir son projet.
Comment l'Amérique a justifié les bombardements d'Hiroshima puis de Nagasaki, détruisant tout, y compris des centaines de milliers de vies.
Le Président Truman, le général Groves (qui supervisa toute l'opération depuis le début, allant jusqu'à espionner certains scientifiques), où les pilotes du tristement célèbre Énola Gay,
l'avion qui largua "little boy" (quel horrible nom pour un engin de mort de 4 tonnes) au-dessus de la ville japonaise, se féliciteront de la parfaite exécution du plan et aucun d'eux n'exprimera jamais de regrets. Tibbets, le pilote, allant même jusqu'à avouer, bien des années plus tard, qu'il dormait bien toutes les nuits...
Tout est argumenté, tout est vrai (hormis quelques civils japonais insérés dans le récit pour aider à s'imprégner de toute l'horreur des événements).
Une BD, où le noir et blanc s'imposent, qui devrait être lue dans tous les pays du monde, pour montrer, s'il en est qui doutent encore, l'âme noire de l'être humain.
RIEN ne justifie qu'on en arrive là...
Mieux qu'un roman, moins barbant que la conférence d'un chimiste (quand on est ignorant en la matière, s'entend) et plus digeste que certains livres d'histoire, une lecture indispensable.
Bravo aux auteurs de ce pavé, bravo à l'éditeur (Glénat).
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Presence
  02 juin 2020
Ce tome contient une histoire complète indépendante de toute autre. Il s'agit d'une bande dessinée en noir & blanc, dont la première édition date de 2020. Elle a été réalisée par Alcante (Didier Swysen) & Laurent-Frédéric Bollée pour le scénario et par Denis Rodier pour les dessins. Il comprend 450 pages de bande dessinée. Il se termine avec une postface de 5 pages de Didier Alcante, une d'une page de Denis Rodier, et une de deux pages de LF Bollée.
Au début, il n'y avait rien, mais dans ce rien il y avait déjà tout ! Une voix désincarnée évoque la formation de l'univers, celle de la Terre. Puis elle explique qu'elle incarne l'uranium auquel Henri Becquerel a donné son nom. À Berlin, dans l'université de Friedrich Wilhelms, Leó Szilárd (1898-1964) est en train de donner un cours à ses étudiants : il leur donne l'exercice dit du Démon de Maxwell. À la fin du cours, il voit les jeunesses fascistes défiler en bas. Puis, il discute avec Otto, un collègue, et lui explique qu'il émigre dans les plus brefs délais. En octobre 1938, Enrico Fermi (1901-1954) se trouve à l'ambassade des États-Unis pour passer les tests d'émigration. le 10 décembre 1938, il reçoit le prix Nobel de physique, à la Maison des Concerts de Stockholm. Il explique à Pearl Buck (prix Nobel de littérature) le sens de l'épinglette sur les revers de veston des officiels italiens : un Fasces, une hache pour trancher les têtes, entourée de verges pour fouetter les corps. le 30 décembre 1938 à Hiroshima, le patron d'une usine de motos permet à son employé Naoki Morimoto de rentrer plus tôt chez lui, pour accueillir son fils qui revient en permission. Chemin faisant, il achète deux stylos pour offrir à chacun de ses fils, puis un tricycle pour offrir à une jeune demoiselle avec l'accord de sa mère. Naoki Morimoto dîne enfin avec ses deux fils Kazuki (écolier) et Satoshi (pilote dans l'armée).
En février 1939, Leó Szilárd déjeune avec Enrico Fermi : il lui parle de Herbert George Wells, de ses romans de science-fiction, de ses recherches sur l'émission de neutrons, sur la possibilité d'une réaction en chaîne, sur la création d'une bombe surpuissante. le 03 mars 1939, Leó Szilárd et son assistant ne comprennent pas pourquoi leur expérience avec de l'uranium et du béryllium ne permet pas d'observer les résultats espérés. La voix désincarnée de l'uranium revient pour évoquer l'invasion de la Bohême et de la Moravie, le 16 mars 1939. À Sankt Joachimsthal, un Oberleutnant inspecte la plus grande mine d'uranium d'Europe. le 16 juillet 1939, Leó Szilárd et Eugene Wigner rendent visite à leur ancien professeur : Albert Einstein (1879-1955). Ils le convainquent d'écrire à la reine de Belgique pour attirer son attention sur la nécessité de sécuriser l'uranium belge. Une fois de retour à New York, Szilárd réfléchit à la nécessité de convaincre les États-Unis de créer leur propre bombe atomique, afin de ne pas se faire prendre de vitesse par les allemands. le premier septembre 1939, l'Allemagne envahit la Pologne et l'armée allemande prend le contrôle des recherches sur le nucléaire en Allemagne. le 18 septembre 1939, Edgar Sengier (1879-1963) effectue une visite des mines d'uranium dans la région de Katanga, au Congo Belge.
Dans sa postface, Didier Alcante explique ses motivations et le défi que représente un tel récit : rendre compte de l'ampleur du projet qui a conduit à l'explosion de 3 bombes atomiques Gadget, Little Boy, Fat Man. Parmi ses influences, il cite Gen d'Hiroshima (1973-1985) de Keiji Nakazawa, et il indique qu'il ne souhaitait pas traiter des victimes des bombes, n'ayant rien à apporter au témoignage de cet auteur. Il explique qu'au vu de l'ampleur il a souhaité travailler avec un coscénariste. LF Bollée indique que pour sa part il a été fortement marqué par le film Hiroshima Mon Amour (1959) d'Alain Resnais. Il s'agissait pour eux pour d'aborder aussi bien le contexte historique, que les enjeux politiques et militaires, ainsi que la dimension scientifique, en se montrant le plus rigoureux possible. Cette période de l'Histoire étant fortement documentée, les coscénaristes ont dû faire des choix, et n'ont pas pu parler de tout. Enfin dans la conception même du récit, il est apparu dès sa mise en chantier qu'il s'agirait d'une bande dessinée d'une forte pagination. Ils ont recruté Denis Rodier, un artiste canadien ayant travaillé pour DC Comics sur la série Superman, habitué à réaliser une narration visuelle efficace, allant à l'essentiel.
Les auteurs mettent à profit la pagination conséquente pour passer en revue la genèse de l'idée d'une telle bombe, son développement jusqu'à la création du Projet Manhattan, le contexte historique (en particulier la seconde guerre mondiale), les projets similaires menés par d'autres états dont l'Allemagne, les doutes de certains sur la nécessité de disposer d'une telle arme de destruction massive, les moyens mobilisés pour faire aboutir un tel projet, la nécessité du secret militaire, et les tentatives d'espionnages. le lecteur retrouve les éléments attendus : Projet Manhattan, participation d'éminents physiciens (Enrico Fermi - 1901-1954, Robert Oppenheimer - 1904-1967, Werner Heisenberg - 1901-1976), décision d'Harry Truman, implication d'Albert Einstein. Il retrouve également les éléments de contexte de la seconde guerre mondiale : nazisme, commandos Grouse & Gunnerside (adapté au cinéma dans Les Héros de Telemark -1965- d'Anthony Mann), relations politiques avec Winston Churchill et avec Staline. En fonction de la familiarité du lecteur avec le projet Manhattan, il peut noter des détails qu'il connaissait déjà et d'autres qu'il découvre. Comme Alcante l'indique dans la postface, il a fallu faire des choix. Ils explicitent l'origine de l'appellation Trinity pour la première explosion à partir d'un poème de John Donne (1572-1631), mais ils ne parlent pas de l'aveugle Georgia Green qui a perçu la lumière dégagée par l'explosion. Ils développent le rôle important de Leó Szilárd, mais ils n'avaient pas la place d'évoquer l'importance de Niels Bohr (1885-1962) sur les différents scientifiques qui ont travaillé au projet Manhattan.
En entamant ce récit, le lecteur a conscience que la tâche du dessinateur n'est pas facile. le récit est long et il contient beaucoup d'informations, par la force des choses. L'artiste va donc se trouver confronté à illustrer de copieuses discussions, voire de copieux monologues. Effectivement de temps à autre, une page va être composée de cases avec uniquement des têtes en train de parler, des phylactères pouvant s'avérer copieux en texte. Néanmoins ces occurrences sont très peu nombreuses au regard de la pagination. En outre, Denis Rodier se contente rarement de gros plans ou de très gros plans. Il privilégie les pans taille ou des plans italiens. Il représente très régulièrement les arrière-plans, souvent dans le détail, et il varie les plans de prise de vue, ne se limitant pas à des champs et des contrechamps. En outre, les scénaristes ont conscience d'écrire une bande dessinée et ils développent régulièrement des scènes d'action où les images racontent plus que les textes, avec parfois des pages dépourvues de tout texte. L'enjeu pour l'artiste est alors de se montrer efficace, de bien doser son effort pour la narration visuelle.
Les dessins s'inscrivent dans un registre réaliste et descriptif. L'artiste doit faire revivre de nombreux personnages passés à la postérité, et leur ressemblance est satisfaisante, que ce soit pour les scientifiques, les hommes politiques et le général Groves. Il met en oeuvre une direction d'acteurs de type naturaliste, et les visages présentent une bonne expressivité, permettant de bien ressentir l'état d'esprit des protagonistes. le récit se déroule dans de nombreux endroits, et le dessinateur les rend tous uniques : façades d'immeubles, aménagement des pièces en intérieur, lieux géographiques variés. Outre assister à des discussions, le lecteur voyage beaucoup : Stockholm, New York, Hiroshima, Boulogne sur Mer (en 1803), Harvard, le chantier du Pentagone, le plateau de Hardangervidda en Norvège, Chicago, la Thaïlande, le Nouveau Mexique, etc. Il représente également des scènes d'action : l'attaque de l'usine de Vemork en Norvège, des attaques de navires américains par des pilotes kamikazes, l'entraînement de plongeurs kamikazes, et bien sûr l'explosion des deux premières bombes Gadget et Little Boy. Très rapidement, le lecteur apprécie l'efficacité des dessins : ils marient une approche descriptive européenne, avec une touche d'efficacité comics, pour une narration riche, sans être pesante ou fade. Il peut juste se contenter d'absorber la scène représentée sans s'y attarder, tout comme il peut prendre du temps pour regarder les tenues vestimentaires, les véhicules, les meubles, les appareils technologiques ou militaires, en appréciant la véracité historique discrète, mais bien réelle.
Au fil de séquences, le lecteur absorbe de nombreuses informations et observations, il côtoie de nombreux individus tous incarnés, à la fois visuellement, et à la fois par leurs convictions ou leurs compétences professionnelles. Il prend conscience de l'ampleur industrielle du projet (20.000 hommes pour le site X à Oak Ridge), de sa durée, des incertitudes, le plus souvent techniques et scientifiques, mais aussi politiques, et parfois morales. Il retrouve des éléments qu'il connaît, il en découvre aussi qu'il ne connaît pas. Il voit que les auteurs peuvent porter un jugement de valeur moral (par exemple sur les expériences d'injection de plutonium sur des êtres humains), mais c'est très rare car ils utilisent un ton factuel. Parfois, il se dit que d'autres points auraient pu être développés (d'autres sites, ou le nombre total de personnes ayant travaillé sur le projet), mais la démarche reste de nature holistique englobant énormément de paramètres. Puis il se demande quel est le point de vue des auteurs qui semblent être en position de simples journalistes d'investigation. Ce questionnement devient plus important vers la fin du récit où les événements sont plus connus par le public. Ce point de vue apparaît avec la chute de Little Boy sur Hiroshima : tous les efforts financiers, humains et technologiques ont mené à l'anéantissement de 200.000 vies humaines rien qu'à Hiroshima. Rétrospectivement, le lecteur mesure toutes les conséquences du choix des villes cibles, lors de plusieurs réunions dans des bureaux, en voyant l'ampleur de l'anéantissement de vies humaines. Toute cette énergie humaine investie dans un projet pharaonique pour anéantir autant de vies. Les auteurs ne s'étendent pas sur les victimes de la bombe, mais ils ont construit leur récit pour rendre compte de l'horreur indescriptible, inimaginable de cet engin de destruction massive, de mort.
L'ouvrage est présenté comme un reportage historique ambitieux sur la bombe atomique, en particulier celle d'Hiroshima. le lecteur sait qu'il se lance dans une bande dessinée copieuse en termes de pagination et forcément copieuse en termes d'informations. Il s'agit d'une lecture rendue agréable par des dessins efficaces sans être fades, par une construction vivante, tout en comportant des moments d'explication copieux. Même en 450 pages, les auteurs ne peuvent pas tout caser, mais ils réalisent une présentation très riche, pédagogique et vivante, incarnée et pleine d'émotions, plus parlante qu'un article encyclopédique. Finalement, le lecteur en ressort avec une vision assez complète du projet, chronologique, technique et politique, contextualisée, et une horreur d'un tel investissement pour une destruction plus efficace. Il prend pleinement conscience du poids considérable que fait peser cette menace de destruction massive et planétaire sur l'inconscient collectif.
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boudicca
  25 mars 2021
Parmi les sorties BD de l'année 2020, « La bombe » figure sans aucun doute parmi celles ayant connu le plus grand retentissement. Signé Didier Alcante et Laurent-Frédéric Bollée au scénario, et Denis Rodier au dessin, l'ouvrage est un impressionnant pavé de plus de 400 planches en noir et blanc qui nous propose de revenir sur l'histoire de la bombe atomique. « Les plus grands scientifiques au monde s'intéressent à moi et à mes qualités. Mon heure ne saurait tarder désormais. le temps est venu d'écrire une nouvelle page de mon histoire. » Et oui, c'est bel et bien l'Uranium qui sert ici de narrateur à la découverte de cette histoire complexe qui nous entraîne des années 1930 au fameux 6 août 1945, qui vit le lancement sur la ville japonaise d'Hiroshima de la première bombe atomique, suivie deux jours plus tard par une seconde larguée sur Nagasaki. Comment une arme aussi destructrice a-t-elle pu voir le jour ? Par qui fut-elle mise au point, et dans quelles conditions ? Comment fut prise la décision d'utiliser cette arme redoutable et pourquoi ? Qui furent les victimes de cette tragique course à l'armement, et quels ont été les effets de la bombe sur le long terme ? Autant de questions aussi fascinantes que dérangeantes auxquelles l'ouvrage se propose de répondre. le résultat est bluffant, tant pour l'érudition dont il fait preuve que l'émotion qu'il suscite. Découpé en six grands chapitres, l'imposant ouvrage revient avec un luxe de détails incroyables sur les « progrès » scientifiques réalisés autour de l'uranium en général, et sur l'histoire du projet Manhattan en particulier. Il en résulte un roman graphique dense, complexe parfois, aussi bien en raison du nombre croissant de personnages qui défilent incessamment que parce qu'il aborde des notions scientifiques assez poussées pour les néophytes, mais en tout cas incontestablement passionnant. Les graphismes, déroutants dans un premier temps par leur sobriété, collent finalement à la perfection à l'ambiance et se concentrent sur les très nombreux protagonistes de cette histoire. On passe rapidement sur certaines planches, qui s'effacent presque devant la densité du scénario et des explications fournies par les personnages, tandis que d'autres incitent le lecteur à marquer un temps d'arrêt afin d'apprécier l'expression d'un personnage ou de saisir la portée de tel ou tel événement (la mort d'Hitler, le naufrage de l'USS Indianapolis, ou encore l'explosion de la bombe sont des moments particulièrement marquants).
Alcante et Bollée prennent d'abord le temps de poser les bases du sujet et du contexte historique en évoquant la montée des tensions internationales ainsi que les figures de proue des travaux scientifiques sur le radium, et ce aussi bien aux États-Unis qu'en Europe de l'Est, en France, en Allemagne, en Angleterre, ou encore en Russie. Les auteurs ne se limitent donc pas au seul territoire américain, et cela est essentiel pour bien comprendre tous les enjeux de cette course à l'armement à laquelle vont se livrer les pays impliqués dans la Seconde Guerre mondiale. On assiste ainsi aux premiers tâtonnements des physiciens sur le sujet, aux débats qui agitent la communauté scientifique, et aux appels lancés par ces mêmes scientifiques aux pouvoirs publics et chefs d'état afin qu'ils s'emparent de la question. Tout s'accélère une fois la guerre déclarée, lorsque les politiques prennent conscience de l'avantage considérable que cette bombe nucléaire leur permettrait d'obtenir… et de la menace qui pèserait sur leur pays si leurs ennemis parvenaient à la mettre au point les premiers. S'engage alors une lutte acharnée entre l'Allemagne nazie et les Alliés pour s'emparer des stocks d'uranium disponibles sur la planète, mais aussi pour saboter les installations adverses (les actions des commandos Grouse et Gunnerside auront un rôle décisif sur le ralentissement des progrès allemands dans ce domaine) et enfin pour recruter les scientifiques les plus expérimentés. Les auteurs s'attachent également à montrer l'évolution de la compréhension de ces chercheurs concernant les propriétés de l'uranium dont ils ne connaissent alors que trop peu la nocivité et surtout l'insidiosité : les expérimentations dépeintes font froid dans le dos tant les risques encourus sont grands et la marge d'erreur incroyablement élevée, mais le « projet Manhattan » parvient à surmonter tous les obstacles jusqu'à finalement parvenir à son objectif. L'ouvrage se penche alors sur les débats qui agitent scientifiques et politiques autour de la question de l'utilisation de cette arme de destruction massive. L'occasion de revenir sur les véritables raisons qui poussèrent les Américains à lancer ces deux bombes atomiques sur le Japon, moins dans le but d'accélérer la fin de la guerre (qui, dans les faits, est déjà gagnée) que de prouver au reste du monde sa supériorité, notamment vis à vis de l'URSS dont on devine sans mal dès 1945 qu'il ne restera pas longtemps un allié.
Voilà, pour résumer, une petite partie seulement des thématiques et des événements brassés dans cet énorme volume qui nous permet d'avoir une vision la plus éclairée possible du contexte et des enjeux de l'époque. La rigueur scientifique de l'ouvrage saute immédiatement aux yeux, tant sur le plan de la reconstitution historique qu'en ce qui concerne les explications consacrées à l'uranium, ses propriétés et le fonctionnement de la bombe atomique. L'érudition des auteurs de l'album n'est toutefois pas le seul aspect marquant de cette lecture qu'on retiendra aussi pour la qualité de la mise en scène des personnages. Et ils sont nombreux ! Les scientifiques occupent évidemment une place de choix. Parmi eux Robert Oppenheimer, déstabilisant directeur scientifique du projet Manhattan, mais aussi le Prix Nobel Enrico Fermi, le leader du projet atomique allemand Werner Heisenberg, ou encore Leo Szilard, physicien hongrois, premier à penser à la possibilité d'une réaction atomique en chaîne et à militer pour que les États-Unis se lancent dans la course à l'armement dans le but de contrecarrer un projet similaire venu de l'Allemagne nazi… avant de faire machine arrière lorsqu'il constate que les Américains ont l'intention de se servir de la bombe au lieu de l'utiliser comme simple dissuasion. Militaires et politiques sont également nombreux à défiler, de l'odieux et tyrannique major général Leslie Groves, commandant en chef du projet Manhattan, aux présidents Roosevelt et Truman, en passant par le pilote du bombardier en charge de la bombe, du capitaine du navire chargé de la convoyer jusqu'à destination… Certains sont présents d'un bout à l'autre de l'ouvrage, d'autres n'y figure que brièvement, mais tous sont remarquablement bien caractérisés et ainsi aisément reconnaissables et identifiables par le lecteur. Certains sont attachants (Leo Szilard et son combat que l'on sait désespéré en tête), d'autres horripilants, quelques autres encore terrifiants de cynisme et d'indifférence, mais chacun d'entre eux nous permet, à son niveau, d'avoir une vue d'ensemble des différentes positions défendues, de la multiplicité des rôles joués par les protagonistes, et des responsables de cet événement qui compte parmi les plus terribles de notre histoire.
La force de l'ouvrage tient également du fait qu'il ne se focalise pas uniquement sur ces grands personnages et sur les conséquences de leurs décisions sur les événements, mais aussi sur des hommes et des femmes ordinaires dont la vie sera elle aussi totalement chamboulée par le développement de cette bombe atomique. Difficile de ne pas être horrifié par le nombre de victimes collatérales que cette course à l'armement aura provoquées, qu'il s'agisse de civils sacrifiés lors d'opérations militaires visant à empêcher le projet allemand d'aboutir, ou de citoyens américains lambdas utilisés, sans leur consentement, comme cobayes pour tester les effets de l'absorption de plutonium par le corps humain. Et puis il y a bien sûr les habitants d'Hiroshima, seuls personnages fictifs de l'album, représentés notamment par le biais de Naoki Morimoto, père de famille meurtri par cette guerre qui lui aura tout pris. Au fur et à mesure de l'avancée de l'histoire du projet Manhattan, c'est donc un nombre incalculable de morts qui défile sous les yeux de plus en plus effarés du lecteur, jusqu'à la tragédie finale que l'on sait inéluctable mais dont on se prend follement à espérer la non réalisation. le choc de la déflagration de manque pas d'être ressenti durement par le lecteur qui contemple, hébété, les destructions irrémédiables causées par le déclenchement de la bombe sur les villes d'Hiroshima et Nagasaki. Il y a les dessins de Denis Rodier, bien sûr, aussi effrayants par ce qu'ils montrent que par ce qu'ils sous-entendent, et puis il y a les chiffres qui accompagnent ces images : 70 000 morts le jour de l'explosion le 6 août, 40 000 deux jours plus tard. Quatre mois après les chiffres ont doublé. Cinq ans plus tard, on atteint les 200 000 morts, rien que pour Hiroshima. le pari de l'ouvrage était double, et est ainsi parfaitement tenu : revenir sur l'enchaînement des événements qui permirent la création de la bombe atomique et faire comprendre les enjeux liés à son déclenchement, et faire prendre conscience du potentiel de destruction colossal de cette arme et du nombre affolant de vies humaines qui lui auront été sacrifiées, et le seront sans doute encore. L'ouvrage se révèle ainsi être à la fois un documentaire passionnant sur les responsables de cette tragédie aussi bien qu'un formidable hommage aux victimes.
« La bombe » est un ouvrage qui porte remarquablement bien son nom tant la lecture de ce pavé de plus de quatre cent pages se révèle percutante pour le lecteur. Les auteurs y reviennent avec un luxe de détail sur l'histoire de la création de la première bombe atomique, et sur l'impact de cette course à l'armement aussi bien sur le plan politique, scientifique, militaire, et bien sûr celui des relations internationales. Les auteurs ont cependant l'intelligence de ne pas se concentrer uniquement sur les grands événements, au risque d'oublier les anonymes sacrifiés sur l'autel de la guerre, qu'il s'agisse des habitants d'Hiroshima, des cobayes humains empoisonnés au plutonium ou encore des soldats et civils, victimes collatérales de la volonté américaine d'assurer leur suprématie sur le monde. Instructif, impressionnant, émouvant, terrible : les qualificatifs pour désigner l'ouvrage d'Alcante et Bollée ne manquent pas et devraient inciter tous les lecteurs, connaisseurs ou non, à se le procurer urgemment.
Lien : https://lebibliocosme.fr/202..
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le_chartreux
  05 décembre 2020
Cet album est une arme à double tranchant.
- « Un bon conseil, ne l'ouvrez jamais…
- « Un bon conseil, emparez-vous de lui sans tarder !
Pourquoi ?
Amis gais et enthousiastes, vous avez encore confiance en l'humanité ? C'est album vous amènera probablement à revoir votre jugement…
Amis pessimistes, vous n'avez plus vraiment confiance en l'humanité ? Vous serez peut-être amenés à penser qu'il nous faudrait rapidement quitter la scène par égard pour les autres espèces.
Voilà bien la seule et unique raison pour laquelle je ne vous pousserai pas à feuilleter quelques pages de ce livre afin de préserver votre moral de ce que l'actuelle pandémie a laissé intact.
Sinon, il est juste in-con-tour-nable.
J'avais commencé par envisager un modeste 3 *, voire un 3.5 * en notant large…
Mais après avoir parcouru 50 pages, la cote de ce livre est rapidement montée pour atteindre un 4.5 * ou un 5 * tant il en vaut la peine !
Après en avoir parcouru 100, j'étais touché.
Lorsque j'ai atteint la 200ème, impossible de le quitter. Il m'a mangé une bonne partie de la journée et je ne le regrette pas. Mais pour tout vous dire, je suis resté sans souffle, estomaqué. Et plutôt pas serein.
Le dessin en noir et blanc est juste, le texte habile et l'ensemble glaçant.
Ce pavé de 470 pages est une épreuve. Non que la lecture soit longue ou difficile, mais en raison de ce qu'elle suscite d'horreur et d'émotions. J'ai eu besoin de m'arrêter à plusieurs reprises pour prendre l'air et pour penser à autre chose…
Les héros de la fête sont l'uranium (U238 et U235 pour les intimes) ainsi que son ami de longue date, le plutonium (P238, P239, …).
Patients et froids comme la Mort, transformistes comme des serial killer insaisissables, ils ont longtemps attendus que sonne leur heure enfouis dans les roches et les terres insanes…
Et c'est arrivé. Mais que n'arrive-t-il jamais ?
La guerre que se livre les Hommes depuis toujours était leur serviteur le plus obséquieux. Celle-ci avait pour nom « Seconde Guerre Mondiale » et elle se déchaînait 21 ans seulement après cette autre guerre qu'on avait osé appeler la « der des der ».
Et ce sont eux, U et P, qui prennent la parole dans cet album. Eux qui ont su habilement manipuler les politiques, tromper les savants et flatter les militaires. C'est encore eux qui ont rendus les humains à l'état de figurants, de jouets, de marionnettes dont ils tiraient astucieusement les fils.
On aimerait croire que leur histoire est terminée.
Et si elle ne venait que de commencer ?
Dégoût profond et frissons garantis pour cet album exceptionnel.
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critiques presse (4)
BDGest   08 avril 2021
Comme d'habitude chez Nanni, cette évocation est d'une subtilité et d'une poésie rares.
Lire la critique sur le site : BDGest
LeJournaldeQuebec   28 septembre 2020
[Quesnel] insuffle à cette somme de recherches une humanité, une sensibilité et une inventivité graphique et narrative qui subjuguent et émeuvent.
Lire la critique sur le site : LeJournaldeQuebec
LaPresse   21 septembre 2020
L’horreur des évènements est racontée sans que ça devienne sanglant ou trop théâtral.
Lire la critique sur le site : LaPresse
Telerama   03 juillet 2020
Aussi bien racontée qu’ultra documentée, “La Bombe”, passionnante BD scénarisée par Didier Alcante et Laurent-Frédéric Bollée, et dessinée par Denis Rodier, nous plonge dans l’histoire de la bombe atomique en compagnie d’un étonnant narrateur : l’uranium !
Lire la critique sur le site : Telerama
Citations et extraits (37) Voir plus Ajouter une citation
ElfequilitElfequilit   09 mai 2022
Je me demande... Ne sommes-nous pas devenus le Dr Frankenstein, dépassé par sa créature ?...
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PresencePresence   05 juin 2020
L'Allemagne a déjà l'uranium tchécoslovaque. Même si on parvient à mettre l'uranium congolais en sécurité, ça n'empêchera pas les allemands d'aller de l'avant. Pouvez-vous seulement imaginer ce qu'Hitler ferait avec la bombe ? Nous ne pouvons pas prendre ce risque. Il nous faut partir de l'hypothèse que l'Allemagne aura cette arme. Et si c'est e cas, le seul moyen de l'empêcher de l'utiliser, c'est que les États-Unis aient également leur propre bombe. Si deux pays ont la bombe, aucun des d'eux n'osera l'utiliser de peur des représailles. Ils se neutraliseront. L'idéal, bien sûr, aurait été qu'aucun pays ne l'ait, mais on n'en est plus là, c'est déjà trop tard. C'est un énorme paradoxe, mais c'est la réalité. Vu la situation internationale, le meilleur moyen d'éviter qu'on se serve de cette bombe, c'est que plusieurs pays en disposent. Et une fois que ce sera le cas, chacun de ces pays aura intérêt à ce qu'une instance supranationale contrôle l'armement des autres. Et cela pourrait aboutir in fine à un gouvernement mondial qui veillerait à maintenir la paix universelle. Il faut donc que l'Amérique développe la bombe, et cette responsabilité nous incombe.
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deuxquatredeuxdeuxquatredeux   24 avril 2020
Joseph Rotblat devient ainsi le seul scientifique de haut niveau à démissionner du projet Manhattan pour des raisons de conscience. Quelques jours plus tard, alors qu'il se rend à New-York en train, sa valise contenant ses documents disparaît mystérieusement... Les autorités militaires montent un dossier d'espionnage à son encontre, bien vite abandonné tant les charges sont ridicules...

Chapitre 4, p. 227
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BdotakuBdotaku   01 janvier 2021
Princeton 25 mars 1945
- Ce cher Léo ! Quyel bon vent vous amène,
- Celui du drame, des insomnies et des inquiétudes, Albert ! Il est bien loin le temps où nous déposions ensemble des brevets sur les réfrigérateurs à Berlin…
- A voir votre visage, je me doute que vous avez u problème
- Effectivement ! je regrette d’être venu vous voir en 1939 pour cette satanée lettre que vous avez signée.
- Pourquoi ? parce qu’on a ouvert la boîte de Pandore ?
(Albert Eistein et Léo Szilard p. 245)
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PresencePresence   06 juin 2020
Commençons par notre cité du plutonium à Hanford dans l'état de Washington. Les travaux ont démarré il y a deux mois sous la supervision de Dupont. Plus de 5.000 ouvriers s'y affairent, autant vous dire que ça progresse bien. Il y a intérêt vu que le site W, comme on l'appelle, fait plus de 1.500km² et qu'on y prévoit plus de 500 bâtiments au total. Il y a aura au minimum trois réacteurs pour produire le plutonium. Voici à quoi ressemblera le premier d'entre eux. Il sera opérationnel dans environ neuf mois. D'ici là, vous devrez vous contenter d'échantillons microscopiques pour vos essais. [...] Passons au site X, à Oak Ridge dans le Tennessee. Là, on a carrément 20.000 ouvriers. Il faut bien ça. On développe simultanément plusieurs infrastructures pour séparer les isotopes afin de produire l'uranium enrichi. Tout d'abord, l'usine de diffusion gazeuse, alias K-25. En moins de deux mois, les travaux ont déjà bien avancé. Voici une vue de ce que ça donnera. K-25 consommera tellement d'énergie, plus qu'une petite ville, qu'on va lui construire sa propre centrale électrique sur la Clinch River, comme vous pouvez le constater ici.
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