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Christian Keime (Éditeur scientifique)Monique Lachet-Lagarde (Adaptateur)Jean Dufournet (Traducteur)Andrée Mélines (Traducteur)
EAN : 9782081209633
159 pages
Éditeur : Flammarion (25/08/2008)

Note moyenne : 3.62/5 (sur 562 notes)
Résumé :
Il y a le Moyen Age des cathédrales, des chevaliers, des princes, de la Sainte Ampoule et de la Sainte Epine. Et puis il y a le Moyen Age de ceux qui ont construit les cathédrales, adoré en silence la Sainte Epine, souffert par les chevaliers et les princes : les «vilains». Affreux, sales et méchants, comme disent le film et la chanson ? Plus ou moins mais aussi rusés, subtils, increvables, capables de faire franche lippée, rapine et dérision de tout. Leur héros, le... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (76) Voir plus Ajouter une critique
Gwen21
  23 janvier 2014
Lorsque mes parents, voulant sans doute favoriser le développement de mon intérêt précoce pour la lecture et l'histoire, me mirent entre les mains le "Roman de Renart", j'avais une dizaine d'années et ni mon père ni ma mère ne s'étaient préparés à ce que fuse de mes lèvres juvéniles la question qui tue : "Papa, Maman, ça veut dire quoi violer ?"
Je me souviens encore de l'embarras provoqué par ma question et je me remémore encore mieux dans quel état d'abattement me plongea la réponse malhabile qui me fut donnée et qui fit naître en moi une réelle répulsion pour le rusé Goupil qui avait "violé" la femme du loup Ysengrin, devenu dès lors son ennemi juré. Du haut de mes trois pommes, je compris soudain que la "ruse" n'était pas seulement une forme de facétie et d'espièglerie sans conséquence mais qu'elle pouvait également servir de sombres desseins et être utilisée dans un contexte violent et/ou malhonnête. J'en fus vraiment choquée, comme on peut l'être à cet âge mais, quelque part, je peux aussi affirmer que ce récit m'a fait mûrir.
Quelques années plus tard, préparant une maîtrise d'histoire médiévale, j'eus l'occasion de me plonger directement dans l'étude d'un manuscrit original, enluminé à souhait. Avec la maturité acquise par mes lectures et mes études, je pus me pencher à nouveau sur ce texte fondateur qui, comme l'avait déjà fait Esope pendant l'Antiquité et comme le fera quelques siècle plus tard Jean de la Fontaine, humanise les animaux pour mieux toucher l'homme par la peinture rocambolesque de sa véritable nature, vertus et vices confondus.
"Le Roman de Renart" est une oeuvre collective à multiples voix. Selon les historiens, près d'une trentaine d'auteurs y aurait collaboré sur plus de 75 ans ! C'est pour dire combien cette oeuvre littéraire peut nous apprendre sur les mœurs médiévales. Malgré un langage quelque peu suranné, la lecture est aisée, il ne faut pas craindre de l'entreprendre. La ruse, fil rouge du récit, n'est pas l'apanage du seul Maître Renart, les auteurs eux-mêmes ne sont pas en reste. Ainsi, je me suis bien amusée en constatant que le secrétaire du roi (invariablement représenté sous les traits d'un lion) était un âne !
A part le lion, il ne faut pas s'attendre à croiser beaucoup d'animaux "exotiques", pratiquement inconnus d'un monde dont les confins méridionaux se situaient en Terre Sainte et les septentrionaux en Scanie.
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TheWind
  25 octobre 2019
Gourmandise, stupidité, ruse.
Ces trois mots définissent à eux seuls cet ouvrage que l'on ne présente plus.

Comme tout le monde, je connaissais les quelques fabliaux les plus connus extraits de cette épopée animale : l'épisode des anguilles, l'aventure de Tiecelin le corbeau à qui Renart prit son fromage, le chat Tybert grimpant sur une croix pour se délecter d'une andouille qu'il ne tient pas à partager avec Renart...
Autant d'épisodes qu'il est plaisant à lire indépendamment, qui divertissent par leur caractère très caricatural. On s'amuse des farces odieuses de ce cruel Renart, on prend pitié de ce pauvre Ysengrin...
Mais lire cet ouvrage qui reprend les soixante aventures du goupil, cela devient très fastidieux.
Certes, cela peut donner à réfléchir sur la façon dont les auteurs médiévaux se sont emparés des fables d'Esope pour en faire à leur propre compte une satire sociale des moeurs aristocratiques de l'époque. Dans cet ouvrage là, sous couvert d'un anthropomorphisme enfantin, on se gausse ouvertement des seigneurs, tout comme La Fontaine le fera en son temps. Mais, quitte à comparer, je préfère nettement les fables de Jean de la Fontaine aux fabliaux de cette oeuvre médiévale ; celles de notre célèbre auteur classique sont beaucoup plus subtiles, plus étayées et plus variées.
Le roman de Renart a tendance, lui, à se répéter. On lit mille fois ( bon un peu moins..d'accord..) comment Renart imagine des tours pour trouver sa nourriture et comment il dupe les animaux de la ferme et de la forêt. Au début ça amuse puis ça lasse. Surtout lorsque les mêmes compères du malin goupil ( Ysengrin, Tybert ou encore l'ours Brun) se font avoir plusieurs fois de la même façon ! Finalement, on en vient à se dire que ce n'est pas Renart qui est rusé mais plutôt les autres qui sont d'une telle naïveté qu'ils tombent à chaque fois dans le piège énorme du goupil.

L'ouvrage que j'ai lu date de 1982. Il provient des éditions Gallimard de la collection mille soleils qui s'adresse aux jeunes lecteurs. Je ne crois pas que ce genre d'ouvrage fasse le bonheur des enfants ou ados..Il est à mon avis trop dense et trop répétitif pour attiser leur envie de le lire.
Il peut, par contre, faire le "bonheur" des médiévistes qui y trouveront sans doute matière pour illustrer leurs connaissances sur les moeurs et les rouages de la société médiévale. La place de la femme au Moyen-Âge, par exemple, s'y révèle très justement : femme au foyer douce et obéissante, dont l'avis importe peu mais aussi considérée par les hommes comme étant le fruit de leur discorde quand elle n'était pas tout simplement jugée comme créature du démon. Ici, Ysengrin se brouillera définitivement avec Renart en raison d'un outrage que ce dernier fit subir à dame Hersent, son épouse.

En guise de conclusion, je tiens tout de même à préciser que même si cette lecture m' a parue ennuyeuse à bien des égards, je suis tout de même satisfaite d'avoir lu cet ouvrage de la littérature médiévale. Je peux maintenant en parler en connaissance de cause !
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Jeanmarc30
  28 avril 2020
Parmi les oeuvres les plus célères de la littérature médiévale, "Le roman de Renart" figure naturellement en bonne place. Ce classique est constitué de plusieurs récits d'auteurs différents qui racontent la lutte permanente entre Renart, joyeux et malicieux goupil et Isengrin le loup.
A la fois conte et fable populaire, cette épopée animale s'analyse cependant et principalement en une critique de la société féodale, dans laquelle les animaux jouent le rôle des hommes (ainsi, il faut entendre que ce coquin de Renart est en vérité un baron rusé et malfaisant, que le roi Noble est un lion, etc.), qui connut une bonne audience au Moyen Âge pour qu'elle parvienne jusqu'à nous.
La seule difficulté de ce récit tient à l'emploi du vieux français mais cela est marginal tant le plaisir de connaître la vie médiévale et ses principes domine.
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Arakasi
  19 février 2014
Oyez, oyez, mes amis ! En ce beau jour, Noble le lion, roi de toutes les bêtes, a décrété une grande paix réunissant les animaux ! Que la poule ponde en paix sur son perchoir, que le lapin dorme tranquillement au fond de son terrier et que les agneaux s'ébattent dans les près, nul mal ne leur sera fait, car toutes les bêtes sont frères aux yeux de sa Seigneurie. Las, parmi les barons de la forêt, un triste sire ne semble guère enclin à respecter les ordres royaux : ce cuistre, c'est Renart le goupil, jamais à court de manigances et d'intrigues sournoises pour se remplir la panse et apporter le malheur chez autrui. Non seulement il a égorgé la malheureuse poule Copette, mais il a également tranché par ruse la queue d'Ysengrin le loup et, dans son immonde malveillance, a violenté l'épouse de celui-ci, la digne dame Hersent. Les grands seigneurs de la Cour s'en indignent et ils ont bien raison, car la longue carrière criminelle de Renart n'a que trop duré… Mais qui saura y mettre fin ? Car le goupil est perfide, son esprit est aussi agile qu'un oiseau et sa langue plus douce que le miel. Malheur à qui s'approchera de lui sans user de toute sa prudence, car il pourrait bien y laisser ses oreilles, son oeil, ses griffes ou quelque autre partie encore plus embarrassante de son anatomie !
Qui n'a jamais entendu parler de Renart ? Héros du petit peuple du Moyen-Âge, ce redoutable bandit au poil roux a été l'objet d'un nombre incalculable de récits, dont beaucoup ne sont jamais parvenus jusqu'à nous. Bien avant les fameuses fables de la Fontaine, ces contes joyeusement amoraux décrivaient la société humaine par le biais d'animaux parlants et pensants : le lion Noble roi des animaux, le loup Ysengrin son connétable, l'âne Bernart son secrétaire, le bélier Belin son confesseur… Et, bien entendu, l'impayable Renart dont les aventures truculentes sont toutes prétexte à une critique en règle des grandes institutions médiévales, qu'elles soient laïques ou religieuses. Cet aspect satirique du « Roman de Renart » a un peu rouillé avec le temps, mais les vices qui y sont fustigés – l'avarice, l'orgueil imbécile, la jalousie, la paresse, la gloutonnerie, etc. – restent intemporels et, malgré les siècles écoulés, il est difficile de ne pas sourire face à tant d'humour et d'esprit corrosifs.
Renart lui-même est un curieux personnage, bien difficile à cerner. Père attentionné et mari aimant, il est également – si vous voulez bien me passer l'expression – un sacré petit salopard psychotique à fourrure ! Méchant comme une teigne, il ne semble avoir que deux grandes priorités dans la vie : se gorger de nourriture et nuire à autrui autant qu'il en est capable. Certes, ses nombreux crimes ne sont pas complétement dépourvus de circonstances atténuantes, dont la principale est la bêtise confondante de ses victimes. Non content de gober tous les mensonges du goupil, malgré la réputation de celui-ci, elles s'empressent également de lui pardonner ses actions passées dès que celui-ci fait hypocritement pénitence. Tant de naïveté mériterait bien un coup de pied au derrière, mais pas forcément d'être écorché vif ou énucléé, non ? Et dire que l'on classe généralement cela dans la littérature enfantine ! M'enfin, ça ne m'étonne guère, tout compte fait : j'ai toujours su que les gosses étaient des petits monstres sanguinaires…
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candlemas
  11 novembre 2017
Ne nous y trompons pas, à la lecture du titre moderne : ce récit composé de 80 000 vers par des dizaines d'auteurs différents en vue d'être récité par les saltimbanques du XIIème siècle n'a rien d'un roman. Il est roman par sa langue, romane vulgaire, et non latine. Il ne s'agit pas d'un gentil conte pour enfants, mais d'une critique sociale, à qui l'imagerie animalière autorise un langage cru et réaliste, avec une liberté de ton qui peut étonner nos contemporains. Enfin, on y découvre que les aventures de Renart furent à ce point célèbres qu'il éradiqua le goupil comme nom commun désignant l'animal.
L'introduction de Maurice Genevoix, lui-même conteur de talent, est d'un grand intérêt pour comprendre le contexte historique, et la présence du vieux françois est plutôt enrichissante. Sans nécessiter de lecture exhaustive, elle permet de s'imprégner du langage du temps.
Outre l'intérêt historique, je conserve de cette lecture de jeunesse (ado, pas enfant) la marque d'une satyre sociale sans concession, brute et sans filtre, dont on retrouve l'esprit de manière plus visuelle dans les bd Jhen de Jacques Martin et Jean Pleyers. le moyen-âge , c'est aussi ça, et sous des apparences plus policées, c'est aussi une image de notre société moderne et, finalement des travers assez intemporels de l'être humain... si souvent animalisé à raison.
On peut aussi en faire une lecture plus psychanalytique : se rappelant que, s'agissant d'un spectacle de ménestrels, ces récits avaient aussi une fonction -tout comme le fou du Roy et les carnavals- de catharsis face au poids de la religion et des hiérarchies féodales, pour exprimer les pulsions, de mort et de sexe notamment... Renart est un sale type, mais, avec humour, et parfois poésie, il offre à nos plus bas instincts un exutoire, au même titre (en plus féminin) qu'un Christian Grey, un psycho call of duty, ou qu'une série comme black mirror.
Bref, ça secoue la morale, chrétienne et générale, ça sort de la naïveté manichéenne,...et ça fait du bien ; encore aujourd'hui.
Je recommande donc. On peut le lire assez vite, en profitant simplement des farces rocambolesques et ricanantes du goupil. Toutefois, un deuxième niveau de lecture est possible. Dfficile de pleinement profiter de l'écriture en vers, et ça nécessite un effort de lecture certain. Pour ma part, j'ai renoncé pour l'instant à attaquer le volume 2.
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Citations et extraits (68) Voir plus Ajouter une citation
LydiaBLydiaB   28 octobre 2010
Seigneurs, vous avez assurément entendu conter bien des histoires : on vous a dit de Paris comment il ravit Hélène, et de Tristan comme il fit le lai du Chevrefeuil ; vous savez le dit du Lin et de la Brebis, nombre de fables et chansons de geste : mais vous ne connaissez pas la grande guerre, qui ne finira jamais, de Renart et de son compère Ysengrin. Si vous voulez, je vous dirai comment la querelle prit naissance et avant tout, comment vinrent au monde les deux barons.

Un jour, j’ouvris une armoire secrète, et j’eus le bonheur d’y trouver un livre qui traitait de la chasse. Une grande lettre vermeille arrêta mes yeux ; c’était le commencement de la vie de Renart. Si je ne l’avais pas lue, j’aurais pris pour un homme ivre celui qui me l’eût contée ; mais on doit du respect à l’écriture et, vous le savez, celui qui n’a pas confiance aux livres est en danger de mauvaise fin.

Le Livre nous dit donc que le bon Dieu, après avoir puni nos premiers parents comme ils le méritaient, et dès qu’ils furent chassés du Paradis, eut pitié de leur sort. Il mit une baguette entre les mains d’Adam et lui dit que, pour obtenir ce qui lui conviendrait le mieux, il suffisait d’en frapper la mer. Adam ne tarda pas à faire l’épreuve : il étendit la baguette sur la grande eau salée ; soudain il en vit sortir une brebis. « Voilà, » ce dit-il, « qui est bien ; la brebis restera près de nous, nous en aurons de la laine, des fromages et du lait. »
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WolandWoland   24 juillet 2010
[...] ... mais cependant,
Il y en a beaucoup
Pour soutenir la cause de Renart.
Parmi eux, le seigneur Grimbert
Qui n'avait jamais pu souffrir le seigneur Brun :
Cousin germain de Renart,
Il ne pouvait lui faire défaut ;
Rousselet, l'écureuil,
Dont la paresse est le moindre défaut,
N'y court pas, il s'y précipite au galop,
Comme Madame More, la marmotte,
Courte la taupe, et sire Pelé
Le rat, le bien nommé.
Sire Galopin, le lièvre, se joignit à eux,
Avec le loir, la martre et le castor,
Le hérisson et la belette.
Et le furet, loin de dissimuler ses intentions,
La mine fière,
Décidé à aider hardiment
Renart en cas de besoin,
Vint à lui sans crainte.
Quelle foule à la rencontre !
Renart n'a pas de cesse,
Ainsi que ses partisans,
Qu'ils n'aient atteint le village
Où doit se tenir l'entrevue
Et où se trouve déjà Isengrin.
Les deux adversaires ont divisé
Leurs troupes en trois,
Le seigneur Isengrin dans la plaine
Et Renart du côté de la montagne.
Roenel, qui guette Renart,
Cou baissé, langue pendante,
Fait le mort,
Ne bougeant ni patte, ni tête,
En position dans le fossé.
Il avait placé en embuscade,
Près de la clôture d'un verger,
Ceux qu'il avait amenés avec lui,
Des mâtins aussi bien que des lices,
Plus de cent de ses compagnons,
L'élite des chiens sans conteste,
Tous ennemis jurés de Renart.
Brichemer dirigeait l'assemblée
Et toute la cour s'inclinait devant lui
Car il avait été d'un commun accord
Désigné comme le porte-parole du conseil. ... [...]
+ Lire la suite
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EffeLouEffeLou   30 octobre 2014
La pêche aux anguilles : comment Ysengrin fut pris dans la glace

Ça se passe un peu avant noël
quand on met les jambons dans le sel.
Le ciel est clair et étoilé,
et l'étang est si gelé,
là où Ysengrin doit pêcher,
qu'on peut danser dessus,
mis à part un trou qui est là
que les paysans ont fait.
Un seau y a été abandonné.
Renart arrive tout joyeux,
et il appelle son compère :
« Seigneur, fait-il, venez par ici.
Il y a là quantité de poissons,
et aussi l'ustensile avec lequel on pêche
les anguilles, les barbeaux,
et autres bons et beaux poissons. »
Ysengrin dit : « Seigneur Renart,
prenez le donc par un côté
puis attachez-le moi bien à la queue. »
Renart le prend puis le lui noue
autour de la queue du mieux qu'il peut.
« Frère, fait-il, il faut maintenant vous
comporter très adroitement
pour que les poissons arrivent. »
Il s'enfonce alors dans un buisson,
puis met son museau entre ses pattes
de manière à voir ce que fait le loup.
Ysengrin, lui, est sur la glace,
le seau dans le trou d'eau
rempli de glaçons; ça commence bien !
Sa queue est dans l'eau gelée
et scellée dans la glace.
Celui-ci cherche à soulever
le seau qu'il croit pouvoir tirer vers le haut.
Il s'y essaye de plusieurs façons,
mais ne sait comment faire, alors il s'inquiète.
Il se met à appeler Renart,
qui ne veut plus rester là,
car déjà l'aube a percé.
Renart lève la tête
puis ouvre les yeux et le regarde :
« Seigneur, fait-il, abandonnez donc votre tâche,
allons-nous en, très cher ami,
nous avons pris assez de poissons. »
Alors Ysengrin lui crie :
« Renart, fait-il, il y en a trop !
J'en ai tant pris que je ne saurais dire combien. »
Et Renart se met à rire,
puis lui dit carrément :
« Celui qui convoite tout, perd tout. »
La nuit passe, l'aube perce,
au matin le soleil se lève,
les chemins sont blancs de neige.
Alors monseigneur Constant des Granges,
un vavasseur bien aisé
qui demeure au bord de l'étang,
se lève avec sa maisonnée,
qui est toute gaie et joyeuse.
Il prend un cor et appelle ses chiens,
puis ordonne de mettre sa selle,
tandis que sa maisonnée pousse des cris.
Renart l'entend, alors il prend la fuite
jusqu'à sa tanière et s'y engouffre.
Ysengrin, lui, reste dans l'embarras,
et il fait de grands efforts, et il tire,
peu s'en faut que sa peau ne s'arrache.
Mais s'il veut partir d'ici
il lui faudra se séparer de sa queue !
+ Lire la suite
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Nastasia-BNastasia-B   04 janvier 2019
Mais le monde est si méchant,
si médisant, si répugnant
qu'il jure avoir vu ce qu'il ignore
et qu'il blâme ce qu'il faut louer !

(Mes li secles est si maveis,
Si mesdisans et si pugnés,
Qu'il tesmoinne ce qu'il ne voit
Et blame ce que loer doit.)

Branche I, Le Jugement de Renart (vers 195-198).
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TheWindTheWind   24 octobre 2019
Heureux Tybert ! sa queue lui suffisait pour exercer son adresse et lui donner carrière : il la guettait de l’œil, la poursuivait, la laissait aller et venir, la saisissait au moment où elle y pensait le moins, l'arrêtait entre ses pattes et la couvrait alors de caresses, comme s'il eût craint de l'avoir un peu trop malmenée. Il venait de prendre la pose la plus abandonnée, tour à tour allongeant les griffes et les ramenant dans leur fourreau de velours, fermant les yeux et les entrouvrant d'un air de béatitude, entonnant ce murmure particulier que notre langue ne sait nommer qu'en l'imitant assez mal, et qui semble montrer que le repos parfait du corps, de l'esprit et du cœur peut conduire à l'état le plus doux et le plus désirable.
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