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Robert Louit (Traducteur)
EAN : 9782266028127
Éditeur : Pocket (17/08/2006)

Note moyenne : 3.58/5 (sur 18 notes)
Résumé :
James Blake est un jeune homme rêveur et solitaire. Son obsession, c'est d'accomplir le premier « vol à propulsion humaine ». Il s'empare d'un petit avion pour accomplir sa première tentative, mais il s'échoue dans la Tamise, à Shepperton, une banlieue tranquille. Miraculeusement rescapé — on lui apprend qu'il a passé onze minutes sous l'eau — , il est adopté par les habitants de la petite communauté. Pourtant le doute subsiste : est-il mort, est-il vivant, a-t-il t... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (4) Ajouter une critique
nebalfr
  08 novembre 2017
PLUS DE BALLARD
L'excellent éditeur Tristram approfondit encore son catalogue ballardien, déjà conséquent, et comprenant nombre de merveilles – au premier chef l'intégrale des nouvelles en trois tomes, Vermilion Sands, La Foire aux atrocités, etc. Nouveaux titres dans la collection « Souple », donc : deux romans qui m'étaient jusqu'alors passés sous le nez, le Rêveur illimité et le Jour de la création.
Aujourd'hui, le Rêveur illimité, roman dans lequel l'auteur, classé SF à ses débuts, ne coupe pas les ponts avec le genre, mais se pose encore moins qu'auparavant la question de son appartenance. À dire le vrai, le Rêveur illimité est un délire inclassable, narquois dans son traitement de l'imaginaire, et pour le moins déstabilisant – oui, voilà, si le Rêveur illimité est avant tout quelque chose, c'est cela : déstabilisant.
BLAKE, FOU
Il faut dire que son héros est complètement taré. Fou. « Fou », ça ne veut pas dire grand-chose, le plus souvent, mais là, pour le coup, nous avons un personnage qui a totalement pété les plombs. Et le roman tient donc du journal délirant improvisé par un psychotique en pleine crise.
Par ailleurs, un psychotique dangereux – pour lui et pour les autres. Ses obsessions et ses pulsions lui ont valu bien des ennuis, mais, surtout, sont passées très près de devenir proprement criminelles. Au début du roman, nous voyons ainsi le jeune homme quasiment tuer sa compagne sans bien s'en rendre compte tout d'abord, puis prendre acte de cette tentative d'homicide pour faire céder toutes les barrières.
Blake, obsédé par le vol à propulsion humaine, travaille à l'aéroport, où il furète parmi les avions. Il décide alors, sur un coup de tête, de voler un Cessna pour mettre quelque distance entre la police et lui. Mais voilà : il n'a aucune expérience du pilotage… Et, si le décollage ne semble pas lui poser trop de problèmes, le moteur surchauffe pourtant, et, en vol, l'appareil prend feu ! Blake, tant bien que mal, oriente l'appareil sur la banlieue de Londres, et se prépare au crash imminent...
BLAKE, MORT ?
L'avion s'écrase dans la Tamise. Par miracle, Blake survit à l'accident, et gagne la rive à la nage, où il est accueilli par une petite troupe de banlieusards interloqués.
Sauf qu'à les en croire, les choses ne se sont pas passées ainsi… Ils ont assisté à l'accident, et ils sont tous formels : Blake a passé plus de dix minutes sous l'eau. de toute évidence, il n'a pas pu y survivre.
Pourtant, il est là, et bien là… Que faut-il en conclure ? Est-il mort, et ceci n'est-il qu'un ersatz banlieusard et britannique de délire dickien ? Un certain nombre d'indices vont en ce sens – qui tirent même le roman vers la parodie ; difficile de ne pas penser à Ubik quand on lit : « Croyez-moi, Blake, depuis hier, j'ai la sensation que ce n'est pas vous qui êtes vivant, mais nous tous ici qui sommes morts. » Ce qui constitue une autre piste. Il pourrait y en avoir bien d'autres – dont celle du mensonge généralisé, qui, dans sa paranoïa, serait également fort dickienne.
Blake est obnubilé par cette question – on le comprend. Mais une réponse s'avèrera bientôt très satisfaisante à ses yeux – comme à ceux à vrai dire des banlieusards : il est un dieu païen, ou un messie, en tout cas plus vraiment un homme, car il a vaincu la mort. Davantage qu'un prophète, et ceci même en prenant compte ses très nombreuses visions hallucinées de l'avenir.
LE PIÈGE DE SHEPPERTON ET SA  FAUNE
Avant cette épiphanie, notre aviateur du dimanche doit cependant appréhender son nouvel environnement : il n'a pas le choix, puisque, pour des raisons qui lui échappent, il ne peut pas quitter Shepperton – à l'instar du héros de L'Île de béton, il est coincé dans une zone urbaine relativement restreinte, et ne dispose d'aucun moyen pour en sortir.
Et Shepperton – la banlieue de Londres où Ballard lui-même vivait, plus ou moins reclus semble-t-il, et qui figure dans plusieurs de ses oeuvres à l'obsession périphérique – n'est pas le plus riant des endroits. Tapie entre l'autoroute et la Tamise, elle a pourtant quelque chose d'un havre – d'autant que la massive bâtisse victorienne qui attire tout d'abord les regards de Blake s'avère un hôpital, où exerce notamment la charmante doctoresse Miriam St-Cloud, qui suscite bientôt le désir de notre pilote au manche volubile ; sa mère Mrs. St-Cloud guère moins, ceci dit… Mais ça, j'y reviendrai.
En attendant, la faune de Shepperton comprend quelques autres phénomènes notables, dont l'austère Père Wingate qui s'occupe de la paroisse, ce filou de Stark qui est l'homme de toutes les bonnes affaires, pour ne pas parler de combines, ou encore les trois inséparables enfants handicapés, David le mongolien, Jamie avec ses prothèses, Rachel l'aveugle.
Ces personnages constituent « sa famille », mais Blake rencontre aussi des anonymes ou peu s'en faut – qui visitent l'exposition de meubles ou de machines à laver comme tant d'autres bons consommateurs de la classe moyenne (ou moyenne supérieure, disons), échangent quelques balles pour la forme sur les cours de tennis, ou revêtent une tenue d'aviateur pour quelque grosse production empruntant les fameux studios cinématographiques de Shepperton.
Tous sont également prisonniers de la banlieue, pour une raison ou pour une autre – qui a forcément à voir avec le crash de l'aviateur. En fait, le passage ne peut d'ailleurs pas davantage s'exécuter dans l'autre sens – et Blake guette les hélicoptères qui demeurent à distance, la police ou les journalistes, très désireux de mettre la main sur lui après le quasi-meurtre de sa compagne l'ex-hôtesse de l'air, et le vol du Cessna…
Quoi qu'il en soit, le tableau que livre Ballard de Shepperton est pour le moins cocasse, sur un mode railleur et narquois qui ne relève guère des relations de bon voisinage. Il faut donc nécessairement changer tout ça, et ce ne pourra être que pour le mieux ? À voir...
LE SPERME DU DIEU
Mais Blake a son idée sur la question – ou plus exactement la développe, à mesure qu'il prend conscience de son statut de dieu païen, ou de messie…
Un statut qui s'accorde bien avec son obsession sexuelle (qui est aussi, paradoxalement ou pas, une obsession de la nudité : il ne cesse de faire la remarque que les habitants de Shepperton ne se rendent pas compte qu'il est nu, puis, plus tard, ne se rendent pas davantage compte qu'ils sont eux-mêmes nus). Blake est en effet un satyre, il ne pense guère qu'à baiser tout ce qu'il croise – pas que les femmes, d'ailleurs : il s'essaie à forniquer avec la terre, et se révèle plus intrigué que choqué quand il réalise qu'il a des pulsions pédophiles. Dans son odyssée onirique sheppertonienne, on a bientôt l'impression qu'il copule avec tout et tout le monde, et en permanence – à moins que tout ne se passe dans ses rêves, bien sûr. Mais le sexe est toujours là – son sexe, sempiternellement durci, qu'il brandit comme un goupillon. À chaque page Blake noie ses environs de foutre.
Et le miracle opère ! le sperme divin transforme Shepperton en une utopie tropicale, un Jardin d'Éden inversé ; ses flots de semence génèrent des murailles de bambou et des jungles plus qu'incongrues sur les berges de la Tamise ; chacune de ses très nombreuses éjaculations, qu'il s'agisse d'onanisme ou de fornication, et de rêve ou de réalité, produit des oiseaux tropicaux ou autres, dans le plus invraisemblable et bariolé des zoos.
Et les habitants de Shepperton en redemandent – il se les fait tous, d'ailleurs… ou non : Miriam, qui est celle qui l'attire vraiment, paraît, seule, échapper à ses assauts de pervers, guère porté par ailleurs sur le consentement, tant l'assurance de sa singularité paraît tout justifier à ses yeux, jusqu'au viol systématique. Mais, pour Miriam, il y faudra au moins un mariage – des noces sacrées et forcément aériennes ; car Blake, dieu païen et/ou Christ ressuscité, a pour mission d'enseigner au monde la gloire du vol à propulsion humaine.
Au monde, mais d'abord à Shepperton : la cage deviendra ainsi émancipatrice, en prélude à la juste conversion de la planète entière à l'évangile satyriasique de l'aviateur.
GLOIRE ET DÉCADENCE D'UNE SECTE
Car le statut divin de Blake ne semble plus faire de doute aux yeux des habitants – peut-être tout particulièrement de Miriam, Mrs. St-Cloud et le Père Wingate, qui semblent tous orienter le personnage vers cette révélation ; à moins, bien sûr, que tout ceci, comme le reste, ne relève en fait que de ses propres fantasmes, de fou, de mourant, de mort…
Shepperton remodelée par le foutre divin devient une rêverie exotique, et, quand Blake se met à enseigner le vol à propulsion humaine à ses habitants, dans une relation tendue avec ses noces sacrées (et avec l'orientation archétypale de Judas prise par Stark), le caractère de secte informelle de la ville de banlieue entière ne fait plus de doutes, tandis que son dévoiement tropical achève d'en trahir le caractère de communauté utopique vaguement hippie.
Or l'expérience du divin ne s'arrête pas là – car elle prend toujours un peu plus des allures d'apocalypse. Dès le crash, Blake a perçu une étrange luminosité dans Shepperton, évocatrice d'un incendie – un holocauste, peut-être, impression renforcée par l'absence de toute vie dans les rues comme dans les bâtiments à ce stade : les visions prophétiques de Blake laissent augurer d'un drame ; à moins que, là encore, il ne s'agisse que d'un défaut de perception ? La mort serait alors trompeuse – ou, plus exactement, il serait trompeur de l'envisager comme la fin de tout. Se développe plutôt chez Blake l'idée d'une transcendance, consistant, pour ses fidèles, à faire ainsi que lui-même et à vaincre la mort.
Ce qui peut s'accommoder d'attitudes paradoxales – car les vols à propulsion humaine de Blake louchent bientôt sur le vampirisme ou le cannibalisme : littéralement, l'aviateur possédé par la folie des dieux se nourrit des corps et des âmes de ses fidèles dévoués ; il en a conscience, et s'en réjouit.
Ici, à tort ou à raison, j'ai supposé que l'on pouvait établir un lien avec l'actualité d'alors. le roman de Ballard sort en effet l'année suivant le massacre de Jonestown, et je me suis dit que ce n'était pas un hasard. La secte de Jim Jones, à maints égards, me paraît pouvoir inspirer celle de Blake, dans ses bonnes intentions plus ou moins naïves affichées à l'origine comme dans l'horrible tragédie qui a conclu cette expérience – à ce compte-là, faire de Shepperton une communauté tropicale pourrait faire sens en tant qu'écho de la communauté de Guyana. « Le Temple du Peuple », qui constituerait dès lors le type idéal de la secte (et Jim Jones celui du « gourou » au sens « large » et péjoratif), me paraît constituer une inspiration potentielle – et même le satyriasis de Blake pourrait s'expliquer au crible des nombreuses accusations portées à ce propos contre Jones. Je dis peut-être n'importe quoi – en fouinant sur le ouèbe, un peu hâtivement certes, je n'ai trouvé qu'un seul article établissant un parallèle entre Blake et Jim Jones (et de manière assez abstraite, comme figure inquiétante du gourou – le massacre de Jonestown n'était pas directement évoqué, et donc encore moins associé à l'apocalypse de Shepperton) ; on pourrait peut-être renverser la proposition, et dire qu'il y en a donc au moins un… Je ne sais pas. Dites-moi ce que vous en pensez, si jamais.
Mais, de manière plus générale, on peut dès lors être tenté de déduire de tout cela une lecture politique éventuellement narquoise ; sous cet angle, le Rêveur illimité n'a pas manqué de me rappeler un roman plus tardif, La Course au paradis, où les meilleures intentions et l'innocence hippie débouchent sur des conséquences à la limite de la dystopie, voire au-delà. Et sans doute d'autres titres pourraient-ils être envisagés, aussi bien dans la période antérieure « SF/catastrophe » (par exemple le Monde englouti ou La Forêt de cristal) que dans le Ballard « dernière mode », avec ses obsessions cannoises, etc., avec peut-être Sauvagerie pour faire la balance.
Tant qu'à faire, on pourrait aussi relever que le délire onirique mégalomane de Blake s'accompagne d'une apologie enthousiaste de la créativité, notamment artistique. En quatrième de couverture, on nous dit que ce « Petit Prince perverti » qu'est le roman constitue aussi « une parabole sur la situation de l'écrivain, seul véritable "rêveur illimité" ». C'est très possible, mais, à ce compte-là, je suppose que l'on peut aussi envisager le roman comme un reflet moqueur de Vermilion Sands, dont les artistes léthargiques trouveraient enfin, dans une orgie frénétique et fatale, l'inspiration qu'ils prétendaient chercher sans jamais la trouver...
L'ÉVANGILE DES BITES
Un bien étrange roman, que ce Rêveur illimité… et dont je redoute d'être passé à côté. Il faut dire que c'est une oeuvre multiforme, où il me paraît difficile de dire où commence (ou s'arrête) la mauvaise blague – car j'ai tout de même l'impression qu'il y a de la mauvaise blague dans tout ça, délibérément bien sûr.
En fait, j'ai l'impression d'un roman où la plus ou moins parodie de Philip K. Dick s'associerait à la métaphysique et à la relecture (sérieuse) des Évangiles au moins autant que des mythologies anciennes, mais dans une sorte de cahier de brouillon tenu par un adolescent aliéné par ses hormones en ébullition et qui y griffonnerait des dizaines de bites à chaque page.
Faire la part du sérieux et du grotesque n'est donc finalement pas si évident, tant ces diverses dimensions sont sempiternellement emmêlées.
UN PEU TROP
Mais qu'en penser, au-delà ? Ai-je pris du plaisir à la lecture de ce roman ? Globalement, oui – même sans vraiment savoir ce qu'il entendait me dire au juste.
Mais j'ai tout de même l'impression d'une mauvaise blague qui s'éternise. Jubilatoire dans un premier temps, le roman tend à s'enliser dans la répétition des mêmes scènes, et la perpétuation bien trop longtemps soutenue des mêmes délires hallucinés. La signification du roman, quelle qu'elle soit, pâtit de son tirage à la ligne, au point où le Rêveur illimité ne parvient plus guère, sur le tard, à susciter que de l'ennui… Quelques beaux tableaux fantasques réveillent l'intérêt du lecteur de temps à autre, et quelques farces à l'occasion lui extirpent un sourire, tandis que l'amertume de certains passages suivant le mariage céleste avec Miriam produit un effet étonnant, tant le lecteur ne s'attendait plus à ce genre de dignité, mais, passé disons la moitié du roman, j'ai surtout eu tendance à m'ennuyer.
Bien sûr, cet avis bien péremptoire vaut ce qu'il vaut, tant j'ai la conviction d'être passé à côté de l'essentiel…
Mais demeure le sentiment d'un Ballard franchement mineur – pas nécessairement mauvais, et il a ses très bons moments, mais rien de comparable avec les plus belles réussites, en romans ou en nouvelles, de cet immense auteur.
Lien : http://nebalestuncon.over-bl..
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Emnia
  01 février 2015
Une étonnante et remarquable incursion de mon auteur de SF favori dans un univers fantastique et onirique.

Blake, personnage peu recommandable, psychologiquement très instable, s'empare d'un Cessna, sans vraiment savoir piloter, et s'écrase dans un fleuve longeant la petite ville de Shepperton, dans la banlieue de Londres. Miraculeusement, après plus de 10 minutes passées sous l'eau, il s'échappe de l'appareil, mais quelque chose en lui a irrémédiablement changé. Au fil des pages, d'homme il va devenir dieu, ses rêves de nuées merveilleuses d'oiseaux, de métamorphoses animales, vont s'immiscer dans la réalité. Engendrant les miracles par dizaines, tour à tour mage, idole, dieu païen puis figure christique, il contamine la faune, la flore et jusqu'à la population.
Au-delà des superbes visions que fait naître Ballard dans ce texte, de ses évocations merveilleuses des règnes animaux et végétaux, et de sa progression à la logique délicieusement onirique, l'intérêt majeur est ici, selon moi, la façon dont l'auteur va jouer sur la frontière ténue séparant rêve, réalité, illusion ou délire. On sait dès les premières pages que Blake a passé trop de temps sous l'eau, qu'il est nécessairement mort. de là, plusieurs lectures du texte, toutes pertinentes, s'entrecroisent. le personnage, bloqué dans cette petite ville dont il lui est impossible, physiquement, de s'échapper, est-il au purgatoire ? Son nouveau statut de dieu est-il une vision née de son esprit malade au seuil de la mort, le personnage créant, en une fraction de seconde, tout un univers basé sur ses propres idéaux et obsessions (vol, élévation, rupture totale avec la vie terrestre, avec ses réalités tant pratiques que morales), à partir de ce qu'il a pu apercevoir de cette communauté depuis l'appareil en vol ? S'agit-il, plus simplement, d'une véritable transfiguration : le personnage, miraculeusement ressuscité, atteint-il un degré de conscience supérieur qu'il va partager avec les habitants en devenant, littéralement, leur dieu ? Petit à petit, Ballard fait accepter au lecteur, de la même façon que la population accepte Blake, les visions oniriques comme un état de fait. Et la question de savoir si Blake est vivant ou non, si ces visions sont réelles ou non, s'efface. Au-delà de la métamorphose de cette communauté, le miracle dont il est question ici est la métamorphose du personnage. Celui qui pouvait tuer sans remords devient capable d'abandonner sa propre vie pour les autres sans regret. Que cela se produise dans une chronologie réelle, ou soit le fruit d'une vision idéale née au seuil de la mort, le sujet demeure la rédemption.
Le Rêveur illimité n'est pas à percevoir comme un îlot isolé dans l'oeuvre de l'auteur, qui ne s'y départ pas complètement de ses thématiques récurrentes. Il est aisé de dresser un parallèle entre le présent roman et IGH, ou encore La Course au paradis. Dans tous ces ouvrages Ballard créé une communauté, que celle-ci soit utopique ou dystopique, qui va se couper des règles admises par la société, et redéfinir, avec un nouveau mode de fonctionnement, un nouvel ordre moral. Ballard se base à chaque fois sur des idéaux différents qu'il s'amuse à pousser jusqu'à leur plus extrêmes limites. IGH, idéal technologique de modernité, de concision : une tour où il y a tout, de l'école au supermarché, fait naître une communauté autarcique jusqu'au cannibalisme ; l'île déserte de la Course au paradis, paradis naturel, suscite l'apparition d'une communauté écolo puis d'une forme extrême de matriarcat ; quant au Rêveur illimité, paru en 1979, il reprend des idéaux des années 60-70 : création d'une communauté isolée du monde, promiscuité, absence de tabous liés à la sexualité, communion avec la nature… La différence majeure est qu'il est plus malaisé de faire entrer ce roman dans la case dystopie. Pourtant, entre les lignes, il reste possible d'y voir une critique acerbe. La facilité avec laquelle la petite communauté de Shepperton embrasse la religion de ce dieu païen au passé trouble n'est-elle pas, en filigrane, une façon pour l'auteur de critiquer l'idolâtrie et la versatilité des foules ?
La lecture du Rêveur illimité est une expérience étrange, une recherche permanente du second degré, de la réponse à cette question qui à chaque page nous taraude : rêve, ou réalité ? La focalisation interne et la narration à la première personne nous égarent au point qu'on finit par perdre de vue cette interrogation. On accepte, comme les personnages du roman, de nouvelles règles, et avec elles de nouveaux critères moraux. Seule compte la métamorphose du protagoniste et son récit, celui d'un idéal.

Lien : https://mahautdavenel.wordpr..
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Nierika
  05 février 2018
« Déjà, je songeais à ma prochaine vision, certain cette fois qu'il ne s'agirait pas d'un rêve, mais d'une réorganisation de la réalité au service d'un dessein plus vaste et plus authentique, qui permettrait aux appétits les plus bizarres et aux instincts les plus dévoyés de trouver leur vrai sens ».
Si cette seule citation vous interpelle, alors je ne prendrai pas la peine de développer de grands discours ou de mobiliser de multiples références, passablement brillantes, pour vous inviter à réenchanter vos nuits de lecture en passant ces quelques heures avec ce Rêveur illimité.
Cet ouvrage hypnotique, satyriasique à souhait, provocateur, naïf, exotique, de J.G. Ballard, auteur que je découvre ici, a tout pour vous distraire de votre quotidien médiocre, pour lequel vous avez sacrifié au nom de quelques concepts creux la fantaisie, le rêve, l'inatteignable. Dans un contexte où une main au cul vous cloue au pilori de la bienséance, l'histoire de James Blake, « jeune homme solitaire, rêveur et marginal [dont l'obsession] est de pouvoir voler, d'accomplir le premier « vol à propulsion humaine » » (dixit la quatrième page de couverture) ouvre une échappatoire réjouissante. le texte entier suinte de cette pornographie assumée, de ces plaisirs refoulés, du vil, de l'obscène, de l'irréel, de l'impossible et j'en passe. Comme une lecture en filigrane, on se projette homme – poisson, homme – caméléon, avec un soupçon de divinité. Certains, et surtout nebalfr dont je vous recommande l'excellente critique, a comparé cet ouvrage à une mauvaise blague qui s'éternise.
Peut-être ? Mais, comme dirait apparemment Saki : « l'imagination a été donnée à l'homme pour compenser ce qu'il n'est pas. L'humour pour le consoler de ce qu'il est ».
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Myriam3
  04 avril 2014
Voici un livre sur lequel j'étais tombée par hasard et que je n'ai plus jamais retrouvé ensuite, mais il faut croire qu'il a été réédité.
Ne l'ayant pas sous la main, ma critique se base sur ce qu'il m'en reste des années plus tard: des animaux et un décor fantastique, luxuriant qui apparaît entre des chapitres plus austères.
Le héros se retrouve dans une petite ville anglaise dans laquelle il devient l'ami d'une femme qui le soutient, suite à un accident. Peu à peu, il transforme involontairement le monde autour de lui en une sorte de jungle (au sens littéral du terme). le récit est rythmé par des entrées de journal intime transcrivant minutieusement et d'un ton assez austère, donc, ses rencontres, sa nouvelle vie.
L'atmosphère de ce roman m'a vraiment marqué, j'ai pris beaucoup de plaisir à lire ce livre déroutant qui alterne les modes narratifs.
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critiques presse (1)
Telerama   21 juin 2017
L'écrivain britannique développe son univers singulier, entre SF écolo alarmiste et exaltation du merveilleux.
Lire la critique sur le site : Telerama
Citations et extraits (7) Voir plus Ajouter une citation
EmniaEmnia   08 janvier 2015
From the door of a telephone booth the village policeman watched us with a look of deep suspicion, obviously debating whether to caution the whole town for a serious infringement of the by-laws, some medieval statuts against miscellaneous and indiscriminate flying. Then I heard him shout out, aware that he was alone in Shepperton. He threw away his bicycle and ran after us. Helmet in hand, he clambered on to the air and sailed along serenely at the rear of the procession like the guard of an aerial train.
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EmniaEmnia   04 janvier 2015
Arm in arm, standing in the gondola of an invisible airship, we flew across the rooftops of this jungle town, I in the rags of my flying suit, Miriam in her resplendent wedding gown. Her eyes were open, but she seemed almost to be asleep, staring at me like a happy child excited by a strange dream in which she has glimpsed her first love. Holding her cold hands, I felt that she was now dead, that her body stood in the streets far below me, and that I was flying away with her soul.
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EmniaEmnia   03 janvier 2015
Raising my bandaged fists, I stepped through them to the doors of the church, lifted the heavy knocker and struck three times. I was irritated by these timid people in their well-pressed suits and flowered dresses, with their polite religion. I was tempted to break down the doors and drive them into their pews, pen them there while I performed some kind of obsene act in the aisle - press the blood from my hands against their bleeding Christ, expose myself, urinate in the front, anything to shake them out of their timidity and teach them a fierce and violent dread.
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EmniaEmnia   09 janvier 2015
The last of the townspeople had walked home through the jungle streets. No one had noticed that I was naked, taking for granted that the pagan god of their suburbia, the presiding deity of these television sets and kitchen appliances, would be dressed in nothing but the costume of his skin.
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EmniaEmnia   31 janvier 2015
Already I was convinced that there was no evil, and that even the most plainly evil impulses were merely crude attempts to accept the demands of a higher realm that existed within each. By accepting these perversions and obsessions I was opening the gates into the real world, where we could all fly together, transform ourselves at will into the fish and the birds, the flowers and the dust, unite ourselves once more within the great commonwealth of nature.
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Videos de James Graham Ballard (3) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de James Graham Ballard
ames Graham Ballard was a British novelist and short story writer who was born 15 November, 1930 and raised in the Shanghai International Settlement..His experiences during that time formed the basis of his novel Empire of the Sun which was later turned into a movie by Steven Spielberg starring 13-year-old Christian Bale, as well as John Malkovich and Miranda Richardson. J G Ballard died on April 19 2009, aged 78 after a lengthy battle with cancer
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