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Pierre Citron (Préfacier, etc.)
ISBN : 2080700480
Éditeur : Flammarion (07/01/1993)

Note moyenne : 3.79/5 (sur 14 notes)
Résumé :

Une fille d'Eve, c'est l'histoire de Nathan, écrivain célèbre mais de caractère faible, amant depuis plusieurs années de la comédienne Florine, et faisant la cour à la belle et naïve comtesse de Vandenesse, qui, sans rien lui accorder, se compromet pour lui et n'est sauvée du déshonneur que par la vigilance de son mari.

Œuvre souvent négligée dans la géographie tourmentée de La Comédie humaine où dominent les sommets des " grands romans ",... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (4) Ajouter une critique
AMR
  16 janvier 2017
L'expression « fille d'Ève » désigne généralement de manière péjorative une femme incarnant la tromperie ou la luxure, une femme curieuse ou frivole.
Il s'agit ici pour Balzac d'analyser l'éducation des filles de la bonne société puritaine et d'étudier les causes et les conséquences d'une liaison extra-conjugale (non consommée cependant) entre une jeune comtesse qui s'ennuie un peu dans son mariage et un écrivain-journaliste en vue dans la société mondaine, plus ou moins en ménage avec une actrice. C'est aussi l'occasion de dépeindre les travers mondains parisiens quand les unions et les trahisons se font et se défont au gré des intérêts de chacun.
Ce petit roman est dédicacé à la Comtesse Bolognini dont Balzac a intimement fréquenté le salon, à Milan, à une époque où il était quelque peu désargenté et où il risquait même la prison pour dettes ; nous pouvons y lire aussi une source d'inspiration biographique.
Nous suivons donc les destinées de deux soeurs, Marie Angélique et Marie Eugénie de Granville, élevées de manière stricte par leur mère, épouse délaissée (ce sujet est traité dans Une double Famille) ; tandis que la première est assez bien mariée au Comte Félix de Vandenesse, plein de délicatesse et d'attentions, la seconde est littéralement vendue à Ferdinand du Tillet. Afin d'échapper à la dictature maternelle, les deux jeunes filles se jettent dans le mariage sans rien connaître de la vie.
Si la jeune comtesse de Vandenesse est troublée par sa rencontre avec Raoul Nathan, c'est cependant tout un complot féminin qui va faciliter leur rapprochement. Encore une fois, la plume De Balzac est savoureuse dans le détail des manigances mondaines et dans la peinture des sentiments. Quand l'ambition de Raoul Nathan et ses projets journalistiques et politiques lui occasionnent de graves ennuis financiers, l'imbroglio de ses dettes diverses, des prêts consentis, des lettres de changes signées et contresignées (un peu compliqué pour la littéraire que je suis) prend des proportions telles que pour le sauver du suicide, la jeune comtesse risque fort de se compromettre…

Eh bien, le talent De Balzac fait que, prise par le récit, j'ai dévoré très rapidement ce petit roman, à la fois pressée d'en connaître l'issue et fascinée par la recherche du détail dans les réflexions de l'auteur non seulement sur l'éducation des jeunes filles et sur le mariage, mais aussi, en filigrane, sur le pouvoir de la presse et sur les tensions entre personnages venant de milieux différents (noblesse, bourgeoisie, banquiers, artistes…).
De plus, je suis de plus en plus en admiration devant l'édifice de cette Comédie Humaine, au fur et à mesure de l'évolution de personnages que l'on retrouve de roman en roman.
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Thaddeus
  17 février 2015
La partie la plus dangereuse du serpent est son sifflement. La tentation a une bonne part du récit, mais Balzac est bien en selle avec ses thèmes favoris récurrents : les manigances et les complots de la vie quotidienne. L'éducation se glisse dans le tableau. Tous les maux de la société ne viendraient-ils pas d'une mauvaise ou d'une éducation lacunaire? Une fille d'Ève a l'avantage d'être court. L'histoire n'a rien de véritablement ahurissant, les événements du récit peuvent même s'apparenter à un fait divers, voir une simple anecdote. Mais le génie prend la flamme de la chandelle et en fait un feu de joie.
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DidierLarepe
  13 juillet 2016
Deux soeurs élevés dans la sévérité de la religion se marient. L'une des 2 qui finit par s'ennuyer va tomber amoureux d'un écrivaillon, apprenti politicien et arriviste et lui de même. Mais pour vivre il a besoin de son ex-maîtresse qui est restée sa maîtresse. Attaqué par des manoeuvres politiciennes il est réduit à emprunter et poussé au suicide. le mari découvre tout, pardonne à sa femme et lui ouvre les yeux. L'écrivaillon est démasquée par sa maîtresse et la comtesse et n'a pas le choix que de se faire tout petit et abandonné tout espoir de devenir un "grand-homme".
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Osmonde
  05 juillet 2013
L'histoire se porte sur une jeune femme noble, nommée Marie-Angélique. Elle a une soeur, et s'est mariée à Félix. Pour commencer, l'auteur nous raconte la vie de chaque personnage. L'enfance d'Angélique est très sévère, c'est pourquoi on la voit comme une jeune fille innocente et naïve. Elle ne connait pas les plaisirs de la vie. C'est seulement lorsqu'elle sera délivrée de sa mère, par un mariage, qu'elle goûtera aux choses interdites. D'où le titre Une fille d'ève. Privée d'un vrai et bel amour, elle sera tentée par celui qu'elle convoite : Nathan. Raoul, un écrivain qui voit un peu trop les choses en grand.
Tout le long du livre, le lecteur arpente la vie de ces deux personnages en particulier. Cachotteries et secrets sont à l'appel. C'est court. Pourtant, les descriptions des pièces sont un peu trop longues. En revanche, celles qui concernent le physique des personnes, comme par exemple celle de Florine, sont parfaites. La plume De Balzac est splendide. C'est agréable de plonger dans un monde auquel je ne suis pas habituée. La fin m'a un peu choquée… même si je savais tout ce qui se tramait derrière cet amour. Je ne réalisais pas vraiment, un peu comme Marie-Angélique. Quel devait être le choc d'apprendre que son amant secret vivait dans cet endroit…
Lien : http://lemondedosmonde.wordp..
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Citations et extraits (13) Voir plus Ajouter une citation
AMRAMR   17 janvier 2017
Raoul et Blondet partirent ensemble avec Rastignac, qui leur offrit sa voiture. Tous trois se mirent à rire de la réunion d'un sous-secrétaire-d'État éclectique, d'un républicain féroce et d'un athée politique.

[…]

Au milieu du souper, Rastignac et Blondet conseillèrent à leur ennemi postiche de ne pas négliger une bonne fortune aussi capitale que celle qui s'offrait à lui. Ces deux roués firent d'un style moqueur l'histoire de la comtesse Marie de Vandenesse ; ils portèrent le scalpel de l'épigramme et la pointe aiguë du bon mot dans cette enfance candide, dans cet heureux mariage. Blondet félicita Raoul de rencontrer une femme qui n'était encore coupable que de mauvais dessins au crayon rouge, de maigres paysages à l'aquarelle, de pantoufles brodées pour son mari, de sonates exécutées avec la plus chaste intention, cousue pendant dix-huit ans à la jupe maternelle, confite dans les pratiques religieuses, élevée par Vandenesse, et cuite à point par le mariage pour être dégustée par l'amour.

[…]

Dans cette pensée, conçue au feu d'un désir frénétique, il tomba sur la comtesse de Vandenesse comme un milan sur sa proie. Cette charmante créature, si jolie dans sa parure de marabouts qui produisait ce flou délicieux des peintures de Lawrence, en harmonie avec la douceur de son caractère, fut pénétrée par la bouillante énergie de ce poète enragé d'ambition.

[…]

Pendant que l'ancienne maîtresse de son mari fouillait la cendre des plaisirs éteints pour y trouver quelques charbons, madame Félix de Vandenesse éprouvait ces violentes palpitations que cause à une femme la certitude d'être en faute et de marcher dans le terrain défendu : émotions qui ne sont pas sans charmes et qui réveillent tant de puissances endormies. Aujourd'hui, comme dans le conte de la Barbe-Bleue, toutes les femmes aiment à se servir de la clef tachée de sang ; magnifique idée mythologique, une des gloires de Perrault.

[…]

Blondet eut pitié de lui.
– Mon cher, lui dit-il en l'emmenant dans un coin, tu te tiens dans le monde comme si tu étais chez Florine. Ici, l'on ne s'emporte jamais, on ne fait pas de longs articles, on dit de temps en temps un mot spirituel, on prend un air calme au moment où l'on éprouve le plus d'envie de jeter les gens par les fenêtres, on raille doucement, on feint de distinguer la femme que l'on adore, et l'on ne se roule pas comme un âne au milieu du grand chemin. Ici, mon cher, on aime suivant la formule. Ou enlève madame de Vandenesse, ou montre-toi gentilhomme. Tu es trop l'amant d'un de tes livres.
Nathan écoutait la tête baissée, il était comme un lion pris dans des toiles.
– Je ne remettrai jamais les pieds ici, dit-il. Cette marquise de papier mâché me vend son thé trop cher. Elle me trouve amusant ! Je comprends maintenant pourquoi Saint-Just guillotinait tout ce monde-là !
– Tu y reviendras demain.

[…]

– Marie ne saurait m'empêcher de l'aimer, dit Nathan. J'en ferai ma Béatrix.
– Mon cher, Béatrix était une petite fille de douze ans que Dante n'a plus revue ; sans cela aurait-elle été Béatrix ? Pour se faire d'une femme une divinité, nous ne devons pas la voir avec un mantelet aujourd'hui, demain avec une robe décolletée, après demain sur le boulevard, marchandant des joujoux pour son petit dernier. Quand on a Florine, qui tour à tour est duchesse de vaudeville, bourgeoise de drame, négresse, marquise, colonel, paysanne en Suisse, vierge du Soleil au Pérou, sa seule manière d'être vierge, je ne sais pas comment on s'aventure avec les femmes du monde.
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AMRAMR   16 janvier 2017
Dans ce boudoir froid, rangé, propre comme s'il eût été à vendre, vous n'eussiez pas trouvé ce malin et capricieux désordre qui révèle le bonheur. Là, tout était alors en harmonie, car les deux femmes y pleuraient. Tout y paraissait souffrant. […] et ces deux sœurs s'aimaient tendrement. Nous vivons dans un temps où deux sœurs si bizarrement mariées peuvent si bien ne pas s'aimer qu'un historien est tenu de rapporter les causes de cette tendresse, conservée sans accrocs ni taches au milieu des dédains de leurs maris l'un pour l'autre et des désunions sociales.

[…]

Imposée comme un joug et présentée sous des formes austères, la Religion lassa de ses pratiques ces jeunes coeurs innocents, traités comme s'ils eussent été criminels ; elle y comprima les sentiments, et tout en y jetant de profondes racines, elle ne fut pas aimée. Les deux Marie devaient ou devenir imbéciles ou souhaiter leur indépendance : elles souhaitèrent de se marier dès qu'elles purent entrevoir le monde et comparer quelques idées ; mais leurs grâces touchantes et leur valeur, elles l'ignorèrent.

[…]

Jamais filles ne furent livrées à des maris ni plus pures ni plus vierges : leur mère semblait avoir vu dans ce point, assez essentiel d'ailleurs, l'accomplissement de tous ses devoirs envers le ciel et les hommes.

[…]

Ève ne sortit pas plus innocente des mains de Dieu que ces deux filles ne le furent en sortant du logis maternel pour aller à la Mairie et à l'Église, avec la simple mais épouvantable recommandation d'obéir en toute chose à des hommes auprès desquels elles devaient dormir ou veiller pendant la nuit. À leur sens, elles ne pouvaient trouver plus mal dans la maison étrangère où elles seraient déportées que dans le couvent maternel.

[…]

– Vous n'êtes pas très heureuses, mes chères petites, leur disait-il, mais je vous marierai de bonne heure, et je serai content en vous voyant quitter la maison.
– – Papa, disait Eugénie, nous sommes décidées à prendre pour mari le premier homme venu.
– – Voilà, s'écriait-il, le fruit amer d'un semblable système ! On veut faire des saintes, on obtient des...
Il n'achevait pas.
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AMRAMR   17 janvier 2017
Nathan offre une image de la jeunesse littéraire d'aujourd'hui, de ses fausses grandeurs et de ses misères réelles ; il la représente avec ses beautés incorrectes et ses chutes profondes, sa vie à cascades bouillonnantes, à revers soudains, à triomphes inespérés. C'est bien l'enfant de ce siècle dévoré de jalousie, où mille rivalités à couvert sous des systèmes nourrissent à leur profit l'hydre de l'anarchie de tous leurs mécomptes, qui veut la fortune sans le travail, la gloire sans le talent et le succès sans peine ; mais qu'après bien des rébellions, bien des escarmouches, ses vices amènent à émarger le Budget sous le bon plaisir du Pouvoir.

[…]

Vu à distance, Raoul Nathan était un très beau météore. La mode autorisait ses façons et sa tournure. Son républicanisme emprunté lui donnait momentanément cette âpreté janséniste que prennent les défenseurs de la cause populaire desquels il se moquait intérieurement, et qui n'est pas sans charme aux yeux des femmes. Les femmes aiment à faire des prodiges, à briser les rochers, à fondre les caractères qui paraissent être de bronze. La toilette du moral était donc alors chez Raoul en harmonie avec son vêtement. Il devait être et fut, pour l'Ève ennuyée de son paradis de la rue du Rocher, le serpent chatoyant, coloré, beau diseur, aux yeux magnétiques, aux mouvements harmonieux, qui perdit la première femme. Dès que la comtesse Marie aperçut Raoul, elle éprouva ce mouvement intérieur dont la violence cause une sorte d'effroi. Ce prétendu grand homme eut sur elle par son regard une influence physique qui rayonna jusque dans son coeur en le troublant. Ce trouble lui fit plaisir. Ce manteau de pourpre que la célébrité drapait pour un moment sur les épaules de Nathan éblouit cette femme ingénue.
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AMRAMR   17 janvier 2017
Jusqu'à présent peu de peintres ont abordé le tableau de l'amour comme il est dans les hautes sphères sociales, plein de grandeurs et de misères secrètes, terrible en ses désirs réprimés par les plus sots, par les plus vulgaires accidents, rompu souvent par la lassitude. Peut-être le verra-t-on ici par quelques échappées.

[…]

Chez une femme élevée comme le fut Marie, religieuse et noble comme elle, l'amour devait être une voluptueuse charité. De là vint la raison de sa hardiesse. Les sentiments purs se compromettent avec un superbe dédain qui ressemble à l'impudeur des courtisanes.

[…]

Les femmes, dit-elle les larmes aux yeux, ne peuvent donc qu'aimer, les hommes ont mille moyens d'agir ; nous autres, nous ne pouvons que penser, prier, adorer.
[…]

Personne n'est plus facile à tromper qu'une femme à qui l'on a l'habitude de tout dire ; elle ne se défie de rien, elle croit tout voir et tout savoir.

[…]

– Il n'a que moi dans le monde, avait dit Marie à sa soeur, et je ne lui manquerai point. Ce mot contient le secret de toutes les femmes : elles sont héroïques alors qu'elles ont la certitude d'être tout pour un homme grand et irréprochable.

[…]

Félix sourit, mais Marie rougissait. Quand une femme est secrètement en faute, elle monte ostensiblement l'orgueil féminin au plus haut point. C'est une dissimulation d'esprit dont il faut leur savoir gré. La tromperie est alors pleine de dignité, sinon de grandeur.
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AMRAMR   16 janvier 2017
— On vivote avec son mari, ma chère, on ne vit qu'avec son amant, lui disait sa belle-sœur, la marquise de Vandenesse.
– Le mariage, mon enfant, est notre purgatoire ; l'amour est le paradis, disait lady Dudley.
– – Ne la croyez pas, s'écriait la duchesse de Grandlieu, c'est l'enfer.
– – Mais c'est un enfer où l'on aime, faisait observer la marquise de Rochefide. On a souvent plus de plaisir dans la souffrance que dans le bonheur, voyez les martyrs.
– – Avec un mari, petite niaise, nous vivons pour ainsi dire de notre vie ; mais aimer, c'est vivre de la vie d'un autre, lui disait la marquise d'Espard.
– – Un amant, c'est le fruit défendu, mot qui pour moi résume tout, disait en riant la jolie Moïna de Saint-Hérem.

[…]

On lui parlait de compléter sa vie, un mot à la mode dans ce temps-là ; d'être comprise, autre mot auquel les femmes donnent d'étranges significations. Elle revenait chez elle inquiète, émue, curieuse, pensive. Elle trouvait je ne sais quoi de moins dans sa vie, mais elle n'allait pas jusqu'à la voir déserte.
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