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André Markowicz (Traducteur)
EAN : 9782742725298
302 pages
Actes Sud (03/01/2000)
4.01/5   82 notes
Résumé :
Nétotchka Nezvanova, écrit entre 1847 et 1849, alors que Dostoïevski n’avait pas trente ans, met en scène une jeune orpheline amoureuse de son beau-père — violoniste peut-être génial mais alcoolique —, puis attirée par la fille de l’homme qui finalement la recueille et l’éduque. Chemin faisant, au gré de sa vie chaotique, se révèle sa passion pour le chant.

Conçu comme une œuvre majeure, poursuivi avec passion, ce roman, partiellement publié, fut int... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (9) Voir plus Ajouter une critique
"C'était l'homme le plus étrange et le plus délicieux que j'aie jamais connu. Son influence sur mes premières impressions d'enfant a été si forte qu'elle a marqué de son empreinte toute ma vie".C'est avec ces mots que la narratrice nous débute l'histoire d' Efimov, son beau-père,violoniste de son état. S'attendant à un homme assez exceptionnel.....on se retrouve face à une sorte de Thersite, un naufragé.
La narratrice c'est Niétotchka , enfant précoce, -l'homonyme de la Niétotchka du dernier livre de Marina Stepnova, grâce à laquelle j'ai rencontré celle-ci-. Ayant perdue son propre père à deux ans,elle passera les quelques années suivantes avec ce beau-père,qu'elle croyait son pére.Malgré la misére, la mésentente forte des parents, le pére sans travail et ivrogne, l'enfant aime cet homme et s'y attache .....mais le destin lui réserve deux autres foyers dont dans le premier son chemin croise celle d'une autre petite fille, et là les choses se compliquent un peu pour y pouvoir donner un nom .....et dans le deuxième, les livres et un secret.
Mon personnage préféré du roman est Falstaff,le bouledogue, le personnage phare de l'histoire, ("Elle supporta hardiment le regard terrible du bouledogue furieux et ne tressaillit pas devant sa gueule épouvantable. Il se dressa ; de sa poitrine velue sortit un grognement effroyable ; encore un moment et il allait s'élancer. Mais Catherine posa fièrement sur lui sa petite main, et, par trois fois, triomphalement, le caressa sur le dos. le bouledogue eut un moment d'hésitation. Cet instant fut le plus effrayant. Soudain il se leva lourdement, s'étira et, pensant probablement qu'il n'était pas digne de lui d'avoir affaire à des enfants, il sortit tranquillement de la chambre".).Je plaisante bien sûr, mais c'est le seul qui éclaire ce roman pâle ( adjectif omniprésent dans le texte) ,et où les larmes coulent à flot. Mais c'est du Dostoïevski , même la morosité se lit avec plaisir.
Ce livre est son premier roman, resté inachevé dû à sa déportation en Sibérie.
Même inachevé, construit en trois parties assez abouties entre elles, il est intéressant à lire, bien que ce ne soit pas un de mes préférés de lui.
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Titre original : Nétotchka Nezvanova
Traduction : André Marcowicz

ISBN : 9782742725298

Ce roman connut une publication partielle avant que Dostoievski, arrêté pour complot contre le régime tsariste, ne fût condamné à mort, cette condamnation se retrouvant à son tour commuée en quatre ans de bagne. Onze ans vont se passer avant que l'écrivain ne se penche à nouveau sur cet ouvrage qu'il avait entrepris avec passion et dans lequel on retrouve, outre son désir de peindre une société foncièrement inégale, l'intérêt qu'il portait à des thèmes encore plus délicats comme la pédophilie - qu'on retrouvera, bien plus tard, dans un chapitre, d'ailleurs censuré probablement parce que plus explicite, lors de la parution des "Les Démons" - connus aussi sous le titre "Les Possédés." Mais Dostoievski n'est plus le même, ses intérêts non plus et sa recherche d'une littérature russe moderne s'est sensibilisée, a changé de cap. Dans de telles conditions, on estimera qu'il est bien difficile de juger en toute impartialité une oeuvre où l'on retrouve, pleine et entière, la formidable puissance de cet écrivain unique qui va tracer la voie à la littérature de son pays pour le siècle qui s'annonce.

Ce qu'il nous reste de ce que Dostoiveski imaginait au départ comme une véritable fresque, ce sont un peu moins de trois cents pages (en tous cas chez Babel Actes-Sud) réparties en sept chapitres, où l'on distingue, bien qu'elles n'y soient pas notées noir sur blanc, trois parties essentielles.

La première est axée sur le portrait du violoniste Efimov, avec qui s'est remariée la mère de l'héroïne-narratrice dont le nom donne d'ailleurs son titre au roman. A cette époque, Nétotchka est une petite fille que fascine et répugne tour à tour son père adoptif - elle n'a jamais connu son père biologique. Il faut dire qu'Efimov, sous ses hardes de pauvre hère - car cet excellent musicien, qui pense avoir du génie, se refuse justement à travailler ce génie et s'abandonne à des engagements faciles où ses talents, qu'il rabâche mais ne cherche en rien à perfectionner, font merveille jusqu'à ce que l'alcool, le dégoût de soi-même et une volonté déterminée (quoique sincèrement inexpliquée pour le lecteur) d'auto-destruction aient raison de lui - Efimov, inéluctablement, séduit. Efimov parle, parle, parle ... Il s'enflamme, il n'est peut-être pas l'étoile qu'il croit être mais il nous fait toucher les étoiles. N'oublions pas que la Révolution française et l'Empire sont passés par là et que Dostoievski lui-même fréquentait des Décabristes reconnus, d'où son arrivée au poteau d'exécution, puis au bagne. Comme son créateur, Efimov voudrait plus de justice sociale mais, à la différence de Dostoievski, qui ira jusqu'au bout de sa quête en passant par un mysticisme de plus en plus slavophile qu'il portera au zénith en travaillant et retravaillant son art d'écrivain, Efimov, lui, ne sait qu'insulter les riches et les accuser de ses "malheurs", tout en cherchant à noyer le tout dans la sainte et divine vodka.

Efimov se déresponsabilise à plaisir - c'est si simple . Tant de gens l'ont fait et le font encore. Ne lui jetons pas la pierre : il ne sera pas le dernier, ni dans les livres, ni dans notre monde réel . Peu à peu, sous l'effet de l'alcool et du delirium tremens, il se met dans la tête par exemple que la principale responsable de sa misère, c'est sa femme, laquelle, pourtant, malgré la tuberculose qui finira par l'emporter, est le pilier de la famille et l'âme même qui fait bouillir le très maigre pot-au-feu lorsque son époux échoue à lui voler le peu d'argent qu'elle gagne en qualité de retoucheuse. Pourtant, bien qu'aimant sa mère mais parce que celle-ci ne sait pas ou ne peut pas lui témoigner l'affection qu'elle éprouve envers elle, Nétotchka préfère son père - elle l'appelle d'ailleurs "Papa" - qui, il est vrai (c'est tellement simple, quand on laisse aux autres la responsabilité de régler les problèmes familiaux et les autres ), est infiniment plus gai, plus aimable et qui, plus instruit également, doté d'une très vive imagination, sait raconter les plus belles histoires avec les mots qu'il faut. Insensiblement, sous les yeux du lecteur, un peu étonné sans doute s'il n'a pas lu "Les Démons", prend ici racine le germe d'un amour incestueux (mais qui restera platonique car, dans Efimov la Bête, se réveillent parfois d'étranges et bienvenus scrupules) entre la petite fille (qui n'en saisit pas la portée, bien sûr) et son beau-père qui, lui, en tant qu'adulte chevronné - c'est le moins que l'on puisse dire - se sert des sentiments de l'enfant pour entre autres l'inciter à voler pour lui l'argent de sa mère.

Le décès de celle-ci étant presque immédiatement suivi de la disparition d'Efimov, Nétotchka est confiée à une riche famille aristocratique, grâce aux recommandations de Karl B., un musicien qui, lui, a réussi et qui, au prix de grands efforts, resta malgré tout l'ami d'Efimov. Tous deux s'étaient rencontrés dans leur jeunesse, tous deux avaient joué ensemble et B. , d'origine allemande, savait combien Efimov était doué. Mais il avait aussi conscience de sa paresse et de ses tendances suicidaires. Se doute-t-il de l'influence négative qu'avait commencé à exercer Efimov sur sa petite pupille ? On ne le sait trop - on peut supposer que oui. Chez le prince X, pense-t-il, qui a deux enfants, Katia et Sacha, Nétotchka vivra enfin l'existence paisible et digne qui convient à son caractère doux et docile.

Chez le prince, il n'y a pas, à véritablement parler, de personnage qui puisse, dans cette partie, donner en quelque sorte la réplique au tonitruant mais talentueux Efimov. Cette seconde partie marque donc le début d'une certaine faiblesse dans le récit (on sent le besoin de retravailler le texte) mais Dostoievski avait pour elle de grands projets, on ne peut en douter, puisque, après toute une suite de petites tensions et querelles entre Katia et Nétotchka, les deux fillettes tombent ni plus ni moins amoureuses l'une de l'autre. Si elles se "fuyaient" l'une et l'autre, c'était pour éviter de se sentir trop proches. Dostoievski et sa narratrice nous jurent encore leurs grands dieux que tout cela reste platonique mais enfin, en dépit de l'élégance du style et de ses ellipses, on comprend bien que les adolescentes se caressent et l'auteur d'ailleurs ne laisse aucun doute sur la façon dont elles "se couvrent de baisers" à en avoir les lèvres gonflées le lendemain ...

Finalement, alors que la famille repart à Moscou où le jeune Sacha est gravement malade, Katia et Nétotchka sont brutalement séparées. Sur les conseils du violoniste B., qui demeure l'ange tutélaire de celle qui est désormais une adolescente en partance pour l'âge adulte, Nétotchka est confiée à la demi-soeur de Katia, née d'un premier mariage de sa mère, ce qui explique la différence d'âge entre les deux soeurs. Alexandra Mikhaïlovna a fait, elle aussi, un beau mariage, son mari paraît l'aimer sincèrement mais il demeure froid et raide en la présence d'autrui. Alors qu'Alexandra traite très vite Nétotchka comme sa propre fille, lui reste en retrait, semblant surveiller cette orpheline inconnue. Les parents de Katia ont-ils laissé échapper un détail, un indice, sur la "relation" de leur propre fille avec la jeune Nétotchka ? Là aussi, c'est, pour le lecteur, l'inconnu absolu.

Toujours est-il que tout se finit très mal dans une sorte de quadrille assez compliqué : Nétotchka - qui, cette fois-ci, commence à se rendre compte de ses sentiments - tombe en effet plus ou moins amoureuse de sa nouvelle "mère" qui a plutôt l'âge d'être sa soeur aînée ; Alexandra, elle, peu à peu, se met à lui rendre cet amour (mais, là, tout n'est que dialogues - au lecteur de les interpréter - et on peut vraiment croire à une relation platonique ; Piotr Alexandrovitch, le mari, lui, est amoureux de sa femme et croit que les deux femmes sont amantes alors qu'il soupçonnait déjà Alexandra Mikhaïlovna d'avoir un amant, dont le nom n'est pas révélé mais dont Nétotchka en personne a découvert par hasard une lettre enflammée dans un livre de la bibliothèque du château, où elle se fournissait en cachette de ses hôtes - rappelons-nous la mauvaise réputation des "romans" à cette époque .

A ce point ultime qui annonce ce qui sert de "fin" à "Nétotchka Nezvanova", ouvrage qui promettait pourtant énormément, on le perçoit bien, le lecteur ne sait plus très bien où il en est et encore moins où en est son héroïne - et surtout peut-être qui elle est vraiment. Il faut dire qu'elle est encore bien jeune ... Que prévoyait pour elle et son entourage un Dostoievski que le poteau d'exécution et le bagne allaient durement secouer, ce Dostoiesvki de 1849 qui, en 1860, n'est plus du tout le même homme, le sait, le sent et piaffe d'impatience à l'idée de se lancer dans des oeuvres comme "Humiliés et Offensés" qui, à partir de 1861, ouvre la série des grandes symphonies dostoievskiennes ?

Nous ne le saurons jamais. Nous avons assisté à un début, à une genèse et nous avons compris que l'auteur devait reprendre au moins les deux dernières parties de son texte. Tout au plus pouvons-nous penser que Nétotchka Nezvanova eût été bien certainement différente, à la fin du roman qui lui était consacré, si son créateur avait pu l'achever dans des conditions normales.

Mais Dostoievski, lui, que serait-il devenu, en tant qu'écrivain, s'il n'avait pas vécu l'affaire des Décabristes, la condamnation à mort et le bagne à Sakhaline ? Serait-il, aujourd'hui, notre Dostoievski ? Qui se sent, parmi nous, le courage de l'affirmer avec certitude ? ... ,o)
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Avec Niétotchka Nezvanova, l'auteur nous sert un beau récit qui se lit avec beaucoup d'entrain et d'enthousiasme comme si on se rattachait facilement aux malheurs d'un enfant ou d'un adolescent comme si tout n'était qu'un jeu...tout n'est encore qu'un jeu, tel que cela se présente dans l'esprit de l'enfant...

Niétotchka nous fait le récit de son enfance malheureuse et de son adolescence plate où elle change de tuteurs d'un moment à l'autre, de même que des humeurs et de l'éducation, à chaque fois, elle est frappé des caractères aussi variés et confus des personnages qu'elle rencontre...

Partant de son beau-père qu'elle prend pour son père qui est d'un caractère étonnant, c'est un musicien avorté qui se console dans l'alcool, alors il passe son temps à ruiner sa mère sollicitant la complicité de la petite fille allant jusqu'à tuer la mère et abandonner la pauvre Niétotchka à son triste sort...ensuite elle recueilli chez le prince X, qui lui voue toute son attention, seulement, il y a Catherine, la fille du prince X qui est d'un caprice intolérable...enfin elle se retrouve chez Alexandra Mikhaïlovna et son mari Piotr Alexandrovitch, c'est un couple par moments heureux mais le plus fort du temps, il semble entretenir un secret qui étouffe leur joie...euh oui, il y a l'ombre certain S O, qui est-il ? se demande Niétotchka... Mais c'est un roman inachevé...

L'histoire peut paraître banale, de simples souvenirs d'enfance ou d'adolescence mais le récit en est très fluide et accrochant!
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Nétotchka Nezvanova de Fedor Dostoïevski
Son père était mort quand elle avait deux ans, elle n'en avait aucun souvenir. Sa mère s'était remariée par amour avec Egor Efimov, musicien, violoniste peut-être génial ( il avait joué de la clarinette dans l'orchestre d'un riche propriétaire)mais hélas alcoolique et probablement fou. Tout ce qu'elle sut sur lui, c'est B. qui le lui raconta. Elle n'apprît que tardivement qu'il n'était pas son père bien qu'il s'en occupait comme s'il l'était. Son premier vrai souvenir avec lui fut le jour d'une violente dispute entre sa mère et lui, quand la tension retomba, il la prit sur ses genoux, lui caressa la tête et elle se blottit dans ses bras, de ce jour, elle l'aima. Elle comprit également très jeune que dans cette famille il y aurait « une sorte de malheur éternel » et que c'était sa mère la responsable. Leur appartement, un grenier, était minable et juste en face il y avait une superbe maison dans laquelle elle imaginait des fêtes perpétuelles. Anna, car c'était son nom, rêvait souvent qu'à la mort de sa mère, son père l'emmènerait dans un bel endroit où ils seraient heureux. Quand sa mère voulait être gentille elle l'appelait Nètochka, Anna était touchée. Mais pour une mystérieuse raison, elle avait définitivement pris le parti de son père qui, un jour ouvrit une boite fermée à clé et lui montra… un violon, son violon. Il était persuadé d'être le meilleur violoniste aussi quand un virtuose vint jouer à l'opéra, il voulut l'écouter, savoir…

Nétochka va grandir dans un milieu pauvre et artistique, puis découvrir sa vocation quand elle sera recueillie. On retrouve toute la psychologie de Dostoïevski dans ce roman bien qu'elle s'exerce dans un milieu plutôt inhabituel pour lui. Roman publié en plusieurs fois, inachevé ( au milieu d'une phrase)juste avant que Nétochka quitte l'enfance.
Un peu déçu par ce roman, autant j'ai apprécié le Dostoïevski que j'admire dans cette première partie avec des personnages torturés, dans les addictions et les doutes, autant la suite m'a paru bien mièvre à la limite de l'ennui. Peut-être manque t il une forme de conclusion?
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Dommage que ce soit un texte inachevé... car il s'interrompt justement sans s'achever, au moment où la Narratrice sort brutalement de l'enfance pour devenir une femme confrontée peut-être à l'amour, au désir, à la séduction...
C'est d'abord le portrait d'un père fascinant, Efimov, vu à travers les yeux d'une enfant. C'est un prince de contes de fée, qui va l'emmener dans le pays magique des gens riches, beaux et bien habillés, grâce à son pouvoir extraordinaire qu'est son talent d'artiste, avec son archet de violon comme baguette magique, aux baisers qui touchent fortement sa fille. Mais derrière cette vision idéalisée d'une fillette qui incarne avant l'heure le complexe d'Oedipe au sens fort - elle dit clairement aimer son père et vouloir tuer sa mère, il y a une triste mansarde, un monomaniaque alcoolique et violent qui humilie sa femme, la dépouille, trahit sa fille et la force à voler sa mère, un pervers narcissique qui se détruit et détruit sa famille - il semble prêt à prostituer sa fille pour une place de spectacle.
Le contraste entre ces deux portraits est violent, dur, glaçant, révélant des mécanismes de fascination et d'emprise. Comme souvent chez Dostoïevski, les personnages féminins, sans être forcément au premier plan, n'en sont pas moins héroïques, elles sont prêtes à tout pour leur famille, sans que celle-ci ne s'aperçoive de leurs efforts.
La deuxième partie est moins intéressante à première vue, comme une reprise des Petites filles modèles ou des Malheurs de Sophie, avec leçons, bêtises, sermons religieux et punitions dans un cabinet noir. Mais heureusement, pas de tonalité mièvre grâce au talent de Dostoïevski. Les portraits des adultes sont cruels et ridicules - la famille du prince est soucieuse de son rang, de ses privilèges, de sa distinction, affichant sa générosité de façade sans sentiment derrière pour la princesse, la vieille tante est un modèle de vieille dame acariâtre. Et puis il y a la relation tout en sous-entendus entre Nétochka et Catherine, un étrange rapport de domination et de soumission, avec un certain sado-masochisme même, teinté de sensualité et suggérant sans la nommer, et sans que les deux jeunes filles, toutes jeunes, ne la verbalisent, une relation homosexuelle.
La troisième partie, justement parce que le récit s'arrête là, est moins approfondie est moins riche, comme le monde de la Narratrice qui se rétrécit encore une fois. Qui aime qui ? qui désire qui ? quelle sera la place de "l'inconnu de Moscou" dans sa vie ? Les sous-entendus ne sont pas explicités, et pour cause, et on ne peut qu'imaginer.
Bien qu'il soit inachevé, il faut découvrir ce relativement court récit, pour le talent d'analyse psychologique des personnages de Dostoïevski, avant même que certains concepts ne soient théorisés, et pour ses portraits cruels.
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Citations et extraits (15) Voir plus Ajouter une citation
Tu as dit que tu ne l’oublieras pas. Je te crois, et désormais, toute ma vie est dans ces paroles. Il faut nous séparer ; notre heure à sonné ! Je le savais depuis longtemps, ma douce belle, mais je ne l’ai compris que maintenant. Pendant tout notre temps, pendant tout le temps que tu m’as aimé, mon cœur souffrait pour notre amour, et le croiras-tu, maintenant je me sens plus léger ! Je savais depuis longtemps que cela aurait une fin, que c’était fatal qu’il en fût ainsi ! Écoute-moi, Alexandra, nous étions inégaux et, moi , je l’ai toujours senti, toujours ! J’étais indigne de toi, et moi seul devais être puni pour le bonheur vécu.
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Je vis sur une estrade un grand vieillard maigre. Son visage pâle souriait, il se penchait et s'inclinait d'une façon anguleuse de tous côtés ; il tenait un violon. S'instaura un profond silence, comme si tout le monde retenait son souffle. Tous les visages étaient tournés vers le vieillard,tout n'était plus qu'attente. Il prit son violon et toucha les cordes avec l'archet. La musique commença et je sentis que quelque chose, soudain, m'avait serré le coeur. Dans une angoisse insupportable, le souffle suspendu, je m'enfonçais dans l'écoute de ces sons : quelque chose de bien connu résonnait dans mes oreilles, comme si je l'avais déjà entendu ; il y avait une sorte de pressentiment dans ces accords, le pressentiment de quelque chose d'affreux, de terrifiant qui se jouait dans mon coeur. Pour finir, le violon sonna encore plus fort ; les sons résonnaient plus vite, plus perçants. Voilà qu'on entendit comme un hurlement désespéré, un pleur de plainte, comme si c'était une sorte de prière vaine qui résonnait dans toute cette foule, et se mettait à geindre, puis se taisait, désespérée. Quelque chose de plus en plus connu se disait dans mon coeur. Mais le coeur refusait d'y croire. J'avais serré les lèvres pour ne pas gémir de douleur, je saisis le rideau pour ne pas tomber...
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- Qu’est-ce qu’il te tourmente ? La pauvreté, la misère ? Mais la pauvreté et la misère forment l’artiste. Elles sont inséparables des débuts. Maintenant personne n’a besoin de toi ; personne ne veut te connaître. Ainsi va le monde. Attends, ce sera autre chose quand on saura que tu as du talent. L’envie, la malignité , et surtout la bêtise t’opprimeront plus fortement que la misère.
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[...] ... Le lendemain, pendant le repas - c'était déjà la veille du concert - papa était comme complètement anéanti. Il avait affreusement changé et n'arrêtait pas de nous lancer des regards, à maman et à moi. Pour finir, je fus stupéfaite quand il alla jusqu'à adresser la parole à maman - j'en fus sidérée parce qu'il ne lui parlait pour ainsi dire jamais. Après le repas, il se mit à me courtiser avec une espèce d'insistance ; à chaque instant, sous toutes sortes de prétextes, il me faisait venir dans le vestibule et, en regardant autour de lui, comme s'il avait peur qu'on le remarque, il n'arrêtait pas de me caresser, de m'embrasser la tête, de me dire que j'étais une gentille enfant, une enfant bien obéissante, que, sans doute, j'aimais mon papa et que, sans doute, je ferais ce qu'il me demanderait. Tout cela me plongea dans une angoisse insupportable. Pour finir, quand, pour la dixième fois, il m'eut appelée dans l'escalier, la chose s'expliqua. D'un air angoissé, épuisé, lançant des regards inquiets de tous côtés, il me posa une question : savais-je où maman avait rangé les vingt-cinq roubles qu'elle avait apportés hier matin ? Je fus figée de peur en entendant cette question. Mais à cette minute, quelqu'un fit du bruit dans l'escalier, et papa, prenant peur, m'abandonna et se précipita dehors. Il ne rentra que le soir, troublé, triste, soucieux, s'assit sans mot dire sur une chaise et se mit à me regarder avec une sorte d'air timide. Je fus saisie d'une espèce de frayeur et, sciemment, j'essayai d'éviter ses regards. Pour finir, maman, qui était restée au lit toute la journée, m'appela, me donna quelques pièces de bronze et m'envoya à la boutique lui acheter du thé et du sucre. Nous ne buvions du thé que très rarement : maman ne se permettait ce caprice, selon nos moyens, que lorsqu'elle se sentait vraiment malade, fiévreuse. Je pris l'argent et, sortant dans le vestibule, je me mis à courir, comme si j'avais peur de me faire rattraper. Mais arriva ce que je pressentais : mon père me rattrapa déjà dans la rue et me ramena dans l'escalier.

- "Nétotchka !" commença-t-il d'une voix tremblante, "ma colombe ! "Ecoute : donne-moi cet argent et, dès demain, je ...

- Papa ! Papa !" m'écriai-je, me jetant à genoux et le suppliant. "Mon petit papa ! je ne peux pas ! ce n'est pas possible ! Il faut acheter du thé à maman ... Ce n'est pas possible de prendre à maman, pas possible du tout ! Une autre fois, je le prendrai ...

- Alors, tu ne veux pas ? tu ne veux pas ?" me chuchotait-il dans une espèce d'état second, "alors, donc, tu ne veux pas m'aimer ? (...) [...]
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Cet extrait ne provient pas du roman Netotchka Nezvanova mais concerne un changement dans l’écriture de Dostoïevski à partir de ce roman :

L’exploration de la personnalité humaine dans Netotchka Nezvanova conduisit Dostoïevski non seulement à inverser la relation entre le psychologique et le social mais aussi à affranchir totalement sa psychologie de toute forme de conditionnement social. Dostoïevski mit alors au premier plan le thème de la « sensualité sadomasochiste » comme source majeure de cruauté et d’oppression dans les relations humaines, et la lutte contre cette forme de « sensualité » devint le principal impératif moral et social. Même si la position sociale des personnages fixe un cadre et motive leurs actions, Dostoïevski ne s’intéresse plus aux conditions sociales extérieures et à leur reflet dans la conscience et le comportement des personnages (comme il le faisait avec Devouchkine* et Goliadkine**). Il s’intéresse surtout aux qualités personnelles que les personnages manifestent dans leur combat contre la tendance instinctive du moi, désireux de se venger de tous les traumatismes psycho-sociaux qu’il a subis. La capacité à dépasser la dialectique sadomasochiste de l’égoïsme blessé – le pouvoir de vaincre la haine et de la remplacer par l’amour – est maintenant devenue le centre idéal de l’univers moral et artistique de Dostoïevski.
P 115 – Dostoïevski, un écrivain dans son temps – Biographie de Joseph Frank
* Les pauvres gens
** Le double
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