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ISBN : 2246726115
Éditeur : Grasset (09/01/2008)

Note moyenne : 4.18/5 (sur 647 notes)
Résumé :
"Il trahissait depuis près de vingt ans. L'Irlande qu'il aimait tant, sa lutte, ses parents, ses enfants, ses camarades, ses amis, moi. Il nous avait trahis. Chaque matin. Chaque soir..."
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Critiques, Analyses et Avis (133) Voir plus Ajouter une critique
latina
  24 août 2013
« Mon Irlande c'était « L'Homme tranquille », « le Taxi mauve », l'Ile d'Emeraude, les pulls blancs torsadés, le wiskey, « l'Eire » de nos mots croisés. Elle paressait sur papier glacé. Elle était d'herbe verte, de rousses Maureen, de pierres plates en murets, de toits de chaume et de portes géorgiennes. Elle était gaie, rieuse, enfumée, noire de bière typique et blanche de moutons errant sur les lacets de route. Mon Irlande s'appelait Dublin, Galway, Clifden, Lisdoonvarna, Aran. Une Irlande musicale, marine, agricole, accueillante, spirituelle, pauvre et fière, apaisée. »
C'était l'Irlande du narrateur, Antoine, un luthier français, avant qu'il ne rencontre Tyron Meehan, Jim et Cathy O'Leary.
C'était mon Irlande aussi, avant que je ne découvre celle de ce roman, d'une « terrible beauté », « de ces ombres maussades, ces vêtements boueux, ces cheveux confus, ces bouches orphelines, ces dos fatigués, ces yeux privés de ciel. » Oui, cela, c'est l'Irlande de Belfast des années 70, 80 et 90, privée de liberté, l'Irlande de l'IRA, de ces familles usées par des années de guerre, de ces combattants solidaires et fraternels.
Tous solidaires, ces combattants ? Eh bien, non, parmi ceux-ci, il y a un traitre, Tyrone Meehan, adulé de tous, et relié au narrateur par une profonde amitié... jusqu'au jour où éclate la révélation honteuse.
Cette histoire, je la connaissais déjà puisque j'avais lu « Retour à Killybegs », où le narrateur est Tyrone Meehan. Ici la focalisation change de personnage. Nous sommes emportés dans le sillage du petit Français amoureux de l'Irlande, et soucieux que son amitié ait survécu à la trahison.
Et comme dans « Retour à Killibegs », j'ai été emportée par les tourbillons de l'Histoire grâce au style tellement poétique de Sorj Chalandon. La fraternité, l'amitié, la cohésion ne sont pas de vains mots pour ces gens-là. Les réunions dans les pubs, les veillées dans les maisons froides autour de quelques bougies, les marches silencieuses dans les rues face aux blindés anglais, j'y étais...
Et pourtant je ne suis pas Irlandaise, et pourtant, ce n'est pas « ma guerre », comme l'a dit Tyrone à Antoine, pour le préserver de conséquences funestes de trop d'engagement.
C'est donc avec une pointe de soulagement que j'ai refermé ce roman tout vibrant d'amitié et de trahison, tout plein de poésie et de beauté terribles.
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Roggy
  08 juillet 2018
Un livre est la pièce d'un théâtre intime. Sorj Chalandon nous présente un récit plein de bruit et de fureur. Il parle de chair et de sang, de patriotisme, de la cause indépendantiste nord-irlandaise et du peuple irlandais à travers l'amour naissant d'un étranger pour ce pays.
Au milieu du récit/témoignage l'auteur se glisse parmi les personnages pour rendre un roman étonnant, plein de sensibilité sur la barbarie de l'histoire et sur des lieux de mémoire.
On retrouve dans la prose de Sorj Chalandon la subtile mélancolie qui marque son oeuvre mais surtout une intensité qui crève le coeur. Des tourbillons d'émotions qui débordent, s'emportent, nous emportent. Les descriptions et les actions mixées dans un flux unique, font de ce texte tout autant un roman qu'une mise en scène visuelle.
La trahison est la clé de voûte de l'histoire ainsi que le destin d'une amitié foudroyée. Il faut se remettre dans le contexte de sang et des larmes versés par les catholiques d'Irlande du Nord pendant les "troubles" et jusqu'au processus de paix en 1998 pour vraiment saisir l'atmosphère.
L'auteur suggère toutefois des interrogations sur la légitimité de certains actes condamnables. Comment peut-on lutter contre ce qui s'imprime à jamais dans nos mémoires et dans nos coeurs ?
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Nastie92
  15 février 2018
Mon traître.
Quel coup de génie dans ce titre ! Précisément dans ce possessif "mon".
Car si le traître a trahi (c'est normal, c'est son rôle !), il n'a pas trahi n'importe qui, n'importe comment.
Non content de trahir un pays (l'Irlande), un groupe (l'IRA), une cause (celle des indépendantistes) il m'a trahi, moi, nous dit le narrateur.
Mon traitre.
Deux petits mots qui en disent long.
C'est un cri de douleur, d'incompréhension, d'incrédulité, de refus.
Ce traître n'est pas un anonyme, un traître parmi les nombreux traîtres de l'Histoire.
Ce traître était mon ami.
Ce traître est mon traître.
Voilà un petit aperçu de ce que nous dit ce titre. Rien que le titre. Alors, imaginez tout ce que nous dit le roman !
Un roman magnifique que l'auteur a écrit avec ses tripes.
L'Irlande, ses paysages, sa beauté sauvage.
L'Irlande de l'IRA et de ses combattants.
L'Irlande des pubs et des amitiés fortes.
L'Irlande des quartiers pauvres de Belfast.
L'Irlande et la fierté de ses habitants.
Antoine, luthier parisien s'est pris de passion pour cette Irlande-là et pour ces Irlandais. Il a été adopté par ces hommes et ces femmes terriblement attachants. Il les comprend. Il les approuve. Il embrasse leur cause. Il se sent irlandais.
L'Irlande devient toute sa vie, ses amis irlandais deviennent sa famille.
Alors quand Antoine apprend que l'un d'eux, celui dont il est le plus proche, celui qui lui a tout appris sur l'Irlande, celui qu'il admire et aime par-dessus tout, celui qui l'appelle "fils" est en fait un traitre depuis vingt-cinq ans, son monde s'écroule.
Antoine est perdu, Antoine ne comprend plus rien.
"Je ne respirais pas. J'avais la bouche en liège. le ventre en caverne. Ma tête battait. La neige avait cessé. La rue ne murmurait plus rien. J'étais assis, mains entre les cuisses. J'avais froid. Jamais, je n'ai eu aussi froid. La lumière éteinte. J'étais mon ombre, dos voûté, tête basse, bouche ouverte. Je sentais mon coeur. J'étais sans souffle."
Dans un roman magnifiquement écrit, Sorj Chalandon nous offre une réflexion très riche sur la loyauté, la fraternité, l'engagement, l'amitié, la sincérité et finalement, sur la nature humaine.
C'est beau, c'est rude, souvent poétique et toujours percutant.
Je ne suis jamais allée en Irlande et cette lecture m'a donné terriblement envie d'y aller. Je connais peu l'histoire de ce pays, et Sorj Chalondon m'a donné envie de m'y plonger.
Rares sont les romans qui vous donnent de telles envies. Rares sont les romans qui ont une telle force.
En attendant de partir pour l'Irlande, je vais rester encore un moment en compagnie de Sorj Chalandon et aller avec lui du côté de Killybegs.
J'ai hâte de retrouver Antoine, Tyrone et les autres.
J'ai hâte de découvrir ce que le traître va nous raconter.
J'ai hâte de retrouver l'Irlande !
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livrevie
  21 novembre 2015
Les rues de Belfast résonnent encore de la poudre qui explose, des pieds qui battent le pavé, de ces corps qui saignent, de ces yeux d'où tombent des cascades de larmes... Ces yeux qui pleurent cette Eire qu'imagine Antoine, cette vieille femme aux cheveux blancs et au fort caractère qui lutte pour son identité, ces yeux qui rient au son du gaélique et qui se tordent de colère devant ces anglais qui défilent, conquérants contre ce peuple opprimé.
C'était hier, au détour du calendrier. Ce conflit s'étirera pendant plus de vingt ans, jusqu'à l'aube des années 2000.
Antoine est luthier et parisien. Sa femme l'a quitté. La monotonie jalonne sa vie jusqu'à ce qu'il ne découvre une photo de James Connolly qui fut d'une des figures de la résistance irlandaise contre les anglais pendant la fin du 19e siècle. Nous sommes en 1974. Ce portrait en noir et blanc, collé dans le fond d'un étui à violon, va donner à sens à son existence beaucoup trop terne. Une conversation avec un client, une impulsion et le voilà en Irlande, à la rencontre de cette vieille femme à la chevelure blanche.
Elle est partout autour de lui, autour de ces enfants qui jouent, autour de ces enfants qu'on enterre, sur ce mur que l'on marque de graffitis, dans sourire de Cathy et Jim O'Leary qui l'accueillent les bras ouverts, lui le luthier de Paris.
Et c'est en Irlande que le luthier devient homme. « Fils ». Ces mots s'impriment dans son coeur. « Regarde comment on fait ». Et dans les urinoirs d'un bar irlandais, Antoine devient Tony. Antoine est frappé à l'âme par Tyrone Meehan, ce leader irlandais emblématique et charismatique, incarnation vivante de la cause, et qui lui apprendra à uriner comme un homme. La vie est faite de petits moments insignifiants mais déterminants et celui-ci en est un. Une histoire d'hommes. La naissance d'une amitié.
Antoine-Tony rentre à Paris profondément bouleversé. L'Irlande lui a offert ce qui lui manquait, l'amour familial de ceux qui pleurent les leurs mais gardent le menton levé et ne baissent pas les yeux, l'amour d'une terre qui vous reçoit les bras ouverts et vous donne tout ce qu'elle a, même si elle n'a rien.
Le jeune homme se construit sous nos yeux, bouton fragile qui éclot peu à peu pour devenir un homme engagé dans une cause.
Mais le monde n'est jamais ni noir ni blanc. Il est fait de multiples nuances de gris. Et c'est ainsi que Tyrone, le Tyrone pilier du combat est en réalité un traître qui fournit des renseignements à l'Angleterre depuis près de 20 ans. Mais où s'arrête sa traîtrise ? Est-il seulement le traître de l'IRA ou est-il aussi le traître d'Antoine? Les valeurs humaines qu'il lui a transmises, noble héritage de cette vaillante Irlande, sont-elles réelles ou n'étaient-elles finalement qu'un rideau éphémère. Qui était ce Tyrone-Denis dont il doit faire le deuil ? Leur relation était-elle sincère ?
J'avais été touchée par Profession du père du même auteur. C'est un récit auquel je pense encore beaucoup. Il en va et en sera de même pour celui-ci. Sous des couverts de fiction, Sorj Chalandon mêle des touches autobiographiques, Antoine-Sorj, Tyrone-Denis Donaldson, et les mots sont d'autant plus forts.

Ce récit ne se contente pas de s'immerger dans l'histoire de l'Irlande il observe et analyse les rouages du coeur humain. Il est tellement facile de porter un jugement, de prendre position, de trancher dans le vif, alors qu'en fait, le monde n'est que dégradé, et rien n'est vraiment simple.
Lien : http://lelivrevie.blogspot.f..
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Macha_Loubrun
  07 février 2013
Sorj Chalandon, journaliste à Libération pendant 34 ans raconte de manière romancée son amitié avec Denis Donaldson dans « Mon traître ». Tous les ingrédients de la tragédie sont réunis et c'est au cours de la rédaction de ce roman qu'il a appris l'assassinat de celui dont il fut si proche.
Antoine mène une vie terne de luthier dans son petit atelier parisien, sa femme est partie. En 1974, un client lui parle de James Connely, et la république irlandaise rentre alors dans sa vie. Il se prend alors de passion pour ce pays et soutient la cause de l'Ira. Sa vie prend rapidement une densité toute particulière grâce l'amitié très forte qui le lie à un couple, Jim et Cathy O'Leary dont le fils est mort à l'âge de douze ans, tué par les anglais, et à celui qui deviendra son ami, Tyrone Meehan. C'est un leader charismatique du Sinn Féin, il lui apprend l'Irlande. Il l'appelle « fils », Antoine a trouvé sa famille de coeur.
Ce sont ses voyages répétés en Irlande qui durant des années donnent un souffle à la vie d'Antoine. Il souffre avec le peuple et pour tenir le coup durant toutes ces années, il se crée mentalement l'image d'une vielle femme irlandaise aux cheveux blancs, pleine d'ardeur et de colère. Une sorte de madone politique.
La lutte donne ses lettres de noblesse aux personnages, les vies sont rudes, les maisons ont peu de confort, l'argent manque, il fait gris, froid, humide et malgré la peur au ventre, les prisonniers, les morts, on se réchauffe le coeur en buvant ensemble une bière ou un thé brûlant et en chantant des chants irlandais, des chants de lutte. Antoine les accompagne au violon… L'engagement de ces hommes et de ces femmes est total dans un grand esprit fraternel. Mais le sang continue de couler.
En 2006, Tyrone Meehan admet au cours d'une conférence de presse qu'il trahit son camp depuis vingt-cinq ans en donnant des renseignements aux anglais.
Vingt-cinq ans de trahison. Jour après jour.
Vivre une histoire aussi intense et en restituer tous les aspects, entre lumière et obscurité, n'était pas chose facile. Il fallait le talent de l'écrire,sans haine.
Il faut absolument lire « Mon traitre » pour la beauté de son écriture et la justesse avec laquelle elle révèle toutes les fragilités humaines.
Inoubliable.

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critiques presse (2)
BoDoi   17 janvier 2018
Le roman de Sorj Chalandon, déjà adapté au théâtre, passe ainsi sans heurt du texte aux images. On se prend à espérer que Retour à Killybegs, suite racontant le récit du point de vue du « traître », subisse même traitement.
Lire la critique sur le site : BoDoi
Bibliobs   23 septembre 2015
A chaque page, il vous saisit par la pudeur du style, l’intensité des émotions, et une fascinante réflexion sur le récit.
Lire la critique sur le site : Bibliobs
Citations et extraits (105) Voir plus Ajouter une citation
BillBill   11 août 2018
En relevant la tête, il a croisé mon regard. Je ne l’avais pas encore vu dans les yeux. Cela faisait dix-huit jours que j’attendais cet instant. J’y ai pensé toutes les nuits. Ce moment me privait de sommeil. Que serait le regard de Tyrone Meehan ? Est-ce qu’on perd son éclat après avoir trahi ? Est-ce que les yeux sont plus sombres ? Différents ? Sont-ils recouverts par un voile ? Un crêpe de soie terne ? Reconnaît-on un traître à son regard ?
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BillBill   11 août 2018
Je ne sais pas pourquoi elle a dit cela. Elle a dit qu'il y avait des Tyrone partout, dans les guerres comme dans les paix, et que ça ne changeait rien. Ni à la paix, ni à la guerre. Ni même à Tyrone. Elle a dit que nous l'avions aimé sans retenue parce que c'était lui. Et que nous lui avions donné notre confiance parce que c'était lui. J'ai hoché la tête. J'ai souri. J'ai revu nos gestes. Cette façon que nous avions de relever nos cols de vestes à la pluie. Nos verres levés. Sa main. J'ai regardé la salle. J'ai laissé faire une larme.
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BillBill   11 août 2018
Pourquoi as-tu fait ça, Tyrone Meehan ? Pourquoi fait-on ça, Tyrone Meehan ? Qu'est-ce qui se brise en nous? Dis-le-moi, Tyrone Meehan. Il vient d'où, ce poison ? De la tête ? Du cœur ? Du ventre ? C'est une bataille ou un renoncement ? C'est quoi, trahir, Tyrone Meehan ? Ca fait mal ? Ca fait du bien ? Ca pourrait arriver à n'importe qui ?
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BillBill   11 août 2018
"Y a-t-il une vie avant la mort ?", demandait une inscription noire sur un mur de Falls Road.
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BillBill   11 août 2018
Si tu jettes une pierre à travers la vitre d'un pub,tu blesses deux poètes et trois musiciens" dit le proverbe irlandais.
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