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EAN : 9782246726111
275 pages
Éditeur : Grasset (09/01/2008)

Note moyenne : 4.14/5 (sur 890 notes)
Résumé :
"Il trahissait depuis près de vingt ans. L'Irlande qu'il aimait tant, sa lutte, ses parents, ses enfants, ses camarades, ses amis, moi. Il nous avait trahis. Chaque matin. Chaque soir..."
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Critiques, Analyses et Avis (171) Voir plus Ajouter une critique
latina
  24 août 2013
« Mon Irlande c'était « L'Homme tranquille », « le Taxi mauve », l'Ile d'Emeraude, les pulls blancs torsadés, le wiskey, « l'Eire » de nos mots croisés. Elle paressait sur papier glacé. Elle était d'herbe verte, de rousses Maureen, de pierres plates en murets, de toits de chaume et de portes géorgiennes. Elle était gaie, rieuse, enfumée, noire de bière typique et blanche de moutons errant sur les lacets de route. Mon Irlande s'appelait Dublin, Galway, Clifden, Lisdoonvarna, Aran. Une Irlande musicale, marine, agricole, accueillante, spirituelle, pauvre et fière, apaisée. »
C'était l'Irlande du narrateur, Antoine, un luthier français, avant qu'il ne rencontre Tyron Meehan, Jim et Cathy O'Leary.
C'était mon Irlande aussi, avant que je ne découvre celle de ce roman, d'une « terrible beauté », « de ces ombres maussades, ces vêtements boueux, ces cheveux confus, ces bouches orphelines, ces dos fatigués, ces yeux privés de ciel. » Oui, cela, c'est l'Irlande de Belfast des années 70, 80 et 90, privée de liberté, l'Irlande de l'IRA, de ces familles usées par des années de guerre, de ces combattants solidaires et fraternels.
Tous solidaires, ces combattants ? Eh bien, non, parmi ceux-ci, il y a un traitre, Tyrone Meehan, adulé de tous, et relié au narrateur par une profonde amitié... jusqu'au jour où éclate la révélation honteuse.
Cette histoire, je la connaissais déjà puisque j'avais lu « Retour à Killybegs », où le narrateur est Tyrone Meehan. Ici la focalisation change de personnage. Nous sommes emportés dans le sillage du petit Français amoureux de l'Irlande, et soucieux que son amitié ait survécu à la trahison.
Et comme dans « Retour à Killibegs », j'ai été emportée par les tourbillons de l'Histoire grâce au style tellement poétique de Sorj Chalandon. La fraternité, l'amitié, la cohésion ne sont pas de vains mots pour ces gens-là. Les réunions dans les pubs, les veillées dans les maisons froides autour de quelques bougies, les marches silencieuses dans les rues face aux blindés anglais, j'y étais...
Et pourtant je ne suis pas Irlandaise, et pourtant, ce n'est pas « ma guerre », comme l'a dit Tyrone à Antoine, pour le préserver de conséquences funestes de trop d'engagement.
C'est donc avec une pointe de soulagement que j'ai refermé ce roman tout vibrant d'amitié et de trahison, tout plein de poésie et de beauté terribles.
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Nastie92
  15 février 2018
Mon traître.
Quel coup de génie dans ce titre ! Précisément dans ce possessif "mon".
Car si le traître a trahi (c'est normal, c'est son rôle !), il n'a pas trahi n'importe qui, n'importe comment.
Non content de trahir un pays (l'Irlande), un groupe (l'IRA), une cause (celle des indépendantistes) il m'a trahi, moi, nous dit le narrateur.
Mon traitre.
Deux petits mots qui en disent long.
C'est un cri de douleur, d'incompréhension, d'incrédulité, de refus.
Ce traître n'est pas un anonyme, un traître parmi les nombreux traîtres de l'Histoire.
Ce traître était mon ami.
Ce traître est mon traître.
Voilà un petit aperçu de ce que nous dit ce titre. Rien que le titre. Alors, imaginez tout ce que nous dit le roman !
Un roman magnifique que l'auteur a écrit avec ses tripes.
L'Irlande, ses paysages, sa beauté sauvage.
L'Irlande de l'IRA et de ses combattants.
L'Irlande des pubs et des amitiés fortes.
L'Irlande des quartiers pauvres de Belfast.
L'Irlande et la fierté de ses habitants.
Antoine, luthier parisien s'est pris de passion pour cette Irlande-là et pour ces Irlandais. Il a été adopté par ces hommes et ces femmes terriblement attachants. Il les comprend. Il les approuve. Il embrasse leur cause. Il se sent irlandais.
L'Irlande devient toute sa vie, ses amis irlandais deviennent sa famille.
Alors quand Antoine apprend que l'un d'eux, celui dont il est le plus proche, celui qui lui a tout appris sur l'Irlande, celui qu'il admire et aime par-dessus tout, celui qui l'appelle "fils" est en fait un traitre depuis vingt-cinq ans, son monde s'écroule.
Antoine est perdu, Antoine ne comprend plus rien.
"Je ne respirais pas. J'avais la bouche en liège. le ventre en caverne. Ma tête battait. La neige avait cessé. La rue ne murmurait plus rien. J'étais assis, mains entre les cuisses. J'avais froid. Jamais, je n'ai eu aussi froid. La lumière éteinte. J'étais mon ombre, dos voûté, tête basse, bouche ouverte. Je sentais mon coeur. J'étais sans souffle."
Dans un roman magnifiquement écrit, Sorj Chalandon nous offre une réflexion très riche sur la loyauté, la fraternité, l'engagement, l'amitié, la sincérité et finalement, sur la nature humaine.
C'est beau, c'est rude, souvent poétique et toujours percutant.
Je ne suis jamais allée en Irlande et cette lecture m'a donné terriblement envie d'y aller. Je connais peu l'histoire de ce pays, et Sorj Chalondon m'a donné envie de m'y plonger.
Rares sont les romans qui vous donnent de telles envies. Rares sont les romans qui ont une telle force.
En attendant de partir pour l'Irlande, je vais rester encore un moment en compagnie de Sorj Chalandon et aller avec lui du côté de Killybegs.
J'ai hâte de retrouver Antoine, Tyrone et les autres.
J'ai hâte de découvrir ce que le traître va nous raconter.
J'ai hâte de retrouver l'Irlande !
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Roggy
  08 juillet 2018
Un livre est la pièce d'un théâtre intime. Sorj Chalandon nous présente un récit plein de bruit et de fureur. Il parle de chair et de sang, de patriotisme, de la cause indépendantiste nord-irlandaise et du peuple irlandais à travers l'amour naissant d'un étranger pour ce pays.
Au milieu du récit/témoignage l'auteur se glisse parmi les personnages pour rendre un roman étonnant, plein de sensibilité sur la barbarie de l'histoire et sur des lieux de mémoire.
On retrouve dans la prose de Sorj Chalandon la subtile mélancolie qui marque son oeuvre mais surtout une intensité qui crève le coeur. Des tourbillons d'émotions qui débordent, s'emportent, nous emportent. Les descriptions et les actions mixées dans un flux unique, font de ce texte tout autant un roman qu'une mise en scène visuelle.
La trahison est la clé de voûte de l'histoire ainsi que le destin d'une amitié foudroyée. Il faut se remettre dans le contexte de sang et des larmes versés par les catholiques d'Irlande du Nord pendant les "troubles" et jusqu'au processus de paix en 1998 pour vraiment saisir l'atmosphère.
L'auteur suggère toutefois des interrogations sur la légitimité de certains actes condamnables. Comment peut-on lutter contre ce qui s'imprime à jamais dans nos mémoires et dans nos coeurs ?
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nadiouchka
  02 mars 2019

Ah, l'Irlande ! Ce pays dont je suis tombée amoureuse dès la première fois où j'y suis allée. Une Irlande au passé tragique et dont les habitants n'hésitent pas à vous parler ainsi que de la Grande Famine.
Ayant déjà lu d'autres livres de Sorj Chalandon, parmi lesquels « Une promesse » ou « Retour à Killybegs » (déjà chroniqués), cette fois j'ai choisi « Mon traître » où j'ai retrouvé des informations historiques avec l'IRA, le « Sinn Féin » (signifiant : « nous-mêmes »). On y retrouve également Tyrone Meehan.
Le narrateur, Antoine dit : « Mon Irlande c'était L'Homme tranquille, le Taxi mauve, l'île d'Émeraude, les pulls blancs torsadés, le whiskey, l'Eire de nos mots croisés. (…) Mon Irlande – j'y étais allé trois fois – s'appelait Dublin, Galway, Clifden, Lisdoonvarna, Aran. Une Irlande musicale, marine, agricole, accueillante, spirituelle, pauvre et fière, apaisée. » (p.28)
Antoine qui est luthier à Paris, décide un jour, d'aller en Irlande. Au cours d'une promenade, il rencontre Jim O'Leary et sa femme avec qui il va nouer une grande amitié. Mais il se remémore aussi les paroles d'un personnage rencontré, qui lui avait dit : «Vous ne connaissez pas le Nord ? m'a demandé Pêr, ce matin de novembre 1974.
J'ai répondu que non.
- Alors, vous ne connaissez pas l'Irlande, a souri Le Breton. « ( p.28)
Il fait également la connaissance d'un certain Tyrone Meehan (un petit homme élégant, avec un accent de Belfast) avec qui il va aussi se lier d'amitié. « Je me souviens d'avoir fermé les yeux. J'avais mon verre à la main, et deux verres pleins encore, sur la table mouillée.
Les musiciens chantaient la guerre. »
Antoine, qui va être surnommé Tony (ça fait plus anglais) décide de se rendre à Belfast, seulement trois heures qui vont changer le cours de sa vie.
Une chose lui a été immédiatement familière, l'hymne national irlandais : « Le Soldier Song. » Il décide aussi de porter une Claddagh Ring, la bague symbole d'appartenance vieille de 400 ans. Jim, Cathy et Tyrone la portent également. D'ailleurs, dans les années 70, des paramilitaires loyalistes protestants coupaient des doigts portant cette bague car elle signifiait le catholicisme irlandais.
Antoine-Tony décide donc de s'investir pour cette Irlande chère à son coeur et va tomber des nues quand on le questionne sur Tyrone Meehan, son ami, lorsqu' on lui dit qu'il a trahi son pays depuis au moins vingt ans. Comment cela a-t-il pu passer inaperçu ? S'agit-il bien de son ami ? Celui-ci serait donc un traître, "SON" traître ? Il essaie d'imaginer mais n'y parvient pas. « En quelques heures, Tyrone était devenu « ces salaud de Meehan . »
Il ne faut pas oublier non plus la mort de Bobby Sands qui avait commencé une grève de la faim pour le statut de prisonnier politique. Tony n'avait pas rencontré Bobby lors de sa venue en Irlande car il était déjà prisonnier. Margaret Thatcher qui avait promis un geste d'humanité s'il arrêtait sa grève a rapidement renié sa parole. Bobby Sands était officier de l'IRA commandant Long Kesh. La liste des volontaires pour son mouvement de protestation s'étalait en dizaines, puis en centaines de noms. « Le visage souriant de Bobby Sands a rejoint la lettre « H » sur chaque brique de la ville. »
Sorj Chalandon, journaliste et écrivain, a choisi d'écrire cet ouvrage au travers d'un sujet qui lui est propre, son amitié avec Denis Donaldson, membre de l'IRA et du Sinn Féin – collaborateur du MI5 et de la Special Branch. Avec ses phrases courtes, où il utilise le « je » (pour la narration de Tony) il nous raconte ses réminiscences où l'on ressent ses profonds sentiments et cela ressemble à une forme d'autobiographie.
En allant en Irlande la verte, j'avais appris certaines légendes dont celle du Leprechaun dont parle Tony ainsi que celle des trèfles à quatre feuilles.
Mais aussi l'Irlande où il a fallu « construire la paix » : les deux principales figures publiques de l'IRA, Gerry Adams et Martin McGuinness, ont mené le mouvement terroriste à la paix après vingt-neuf ans.
En conclusion et pour ne pas révéler plus de cette histoire tragique, cette lecture a été bien passionnante pour tous les faits historiques, émouvante par la tragédie et je suis bien tentée d'appeler ce beau pays « Mon Irlande ». Non pas pour me l'approprier mais parce qu'elle est si belle, avec ses paysages sauvages, grandioses, très accueillante malgré ses blessures toujours présentes à l'esprit...
C'est donc encore un bel ouvrage que « Mon traître » écrit avec talent par un Sorj Chalandon qui a depuis longtemps acquis un succès bien mérité.
J'avais relevé dans «Le Nouvel Observateur » : « Un livre rugueux d'une beauté terrible » et dans « L'Express » : Un livre fascinant pour ce qu'il dit de la solidarité, de l'amitié, de la solidarité. Et de leur fragilité si humaine. »
💘💘💘💘💘
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Pancrace
  23 juin 2019
C'est l'histoire d'un luthier français qui veut rejoindre la lutte de l'IRA, un délire.
Ce texte est onctueux comme une bière irlandaise, les adjectifs sont sombres comme une Guinness, les verbes sont denses comme la mousse d'une « stout » et donnent de la profondeur aux phrases du brasseur de mots, Sorj Chalandon.
« Je sentais la guerre, je la sentais dans l'odeur de charbon et de tourbe, d'huile grasse et de pluie froide. Cette odeur de Belfast, cette saveur d'inquiétude. »
Tant imprégné qu'Antoine le luthier deviendra « Tony » aux yeux de ses irlandais amis.
Ses désillusions seront à la hauteur de ses engagements.
Son confident, son compagnon, son initiateur, son maître sera son traître.
Le traître de sa patrie, de ses voisins, de sa femme, de son fils, le traître de lui-même.
Plongeon vraiment réussi dans le Belfast pieux et pluvieux.
« La ville portait sa gueule de drame », ce roman aussi :
Grève de la faim dans la prison de Long Kesh.
Mort du héros du nationalisme irlandais Bobby Sands.
« Dirty protest » où les prisonniers évoluaient nus, les murs tapissés de leurs excréments.
Autant d'événements que je découvre par la mobilisation de cet introverti de Tony, par sa passion dévorante pour ce pays. « On ne joue pas à la guerre, on la fait. »
Par de jolis mots ciselés, on pénètre l'intimité des pubs enfumés, des maisons de pierres sèches habitées de gens fatigués de pauvreté mais aiguisés de liberté.
On s'attache à ces familles accueillantes où le thé scelle la loyauté et le violon fait pleurer des larmes de bière.
Merci M. Chalandon pour cette immersion dans cette insurrection, pour cette incursion dans
la dévotion de ce français trahi par un ami.
Il a été « Mise Eire », je suis l'Irlande en gaélique, à cause d'un minable, il repartira misérable.
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critiques presse (3)
Sceneario   18 février 2019
Jamais un récit sur l'amitié et la souffrance de se sentir trahi, n'a jamais été aussi bien écrit et raconté. Cette œuvre fait monter les larmes aux yeux. Elle nous touche et ne nous laisse pas indifférent. Une des œuvres fortes de 2018.
Lire la critique sur le site : Sceneario
BoDoi   17 janvier 2018
Le roman de Sorj Chalandon, déjà adapté au théâtre, passe ainsi sans heurt du texte aux images. On se prend à espérer que Retour à Killybegs, suite racontant le récit du point de vue du « traître », subisse même traitement.
Lire la critique sur le site : BoDoi
Bibliobs   23 septembre 2015
A chaque page, il vous saisit par la pudeur du style, l’intensité des émotions, et une fascinante réflexion sur le récit.
Lire la critique sur le site : Bibliobs
Citations et extraits (140) Voir plus Ajouter une citation
latinalatina   24 août 2013
Pourquoi as-tu fait ça, Tyrone Meehan? Pourquoi fait-on ça, Tyrone Meehan? Qu'est-ce qui se brise en nous? Dis-le-moi, Tyrone Meehan. Il vient d'où, ce poison? De la tête? Du cœur? Du ventre? C'est une bataille ou un renoncement? C'est quoi, trahir, Tyrone Meehan? Ca fait mal? Ca fait du bien? Ca pourrait arriver à n'importe qui? (...)On croit qu'on va tenir, on le dit, on vit avec cette certitude et quelque chose arrive à l'âme qui est plus fort que tout? Et après? Comment fait-on après, lorsqu'on est traître, pour effleurer la peau des autres? Celle de ta femme, de ton fils, de tes amis, de tes camarades, des vieilles dames qui t'applaudissent sous la pluie quand tu honores la République.
On fait comment pour embrasser la joue d'un trahi? Ca fait quoi, Tyrone Meehan, de tenir une épaule devant un lac noir, de serrer la main que l'on trompe, de vendre l'amitié, l'amour, l'espoir et le respect?
(...)

Et notre amitié? Un traitre est-il traitre tout le temps? La nuit? Le jour? Et quand il mange? Quand il rit? Quand il cligne de l'œil? On est traitre aussi quand on respire? Lorsqu'on regarde un soleil couchant? Lorsqu'on passe la porte d'une église? Lorsqu'on salue quelqu'un dans la rue? Lorsqu'on dit qu'il va pleuvoir en regardant le ciel? On est traitre quand on remonte le col de sa veste pour avoir moins froid?
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Nastie92Nastie92   15 février 2018
On raconte qu'après la mort d'un enfant, heurté par un blindé devant sa maison, les habitants de sa rue avaient repeint leurs façades. Toutes les façades, barbouillées de blanc en une soirée, du sol à hauteur d'homme. Le lendemain, la ruelle était parcourue d'un long ruban clair, peint sur deux mètres de haut. C'était en mai. Deux nuits plus tard, un parachutiste écossais a été abattu d'une seule balle dans la gorge par un tireur de toit. C'est en fouillant une à une les maisons basses et en interrogeant rudement la population que les soldats ont compris. Dans cette rue aux réverbères brisés, il fallait que les intrus se détachent du sombre. Il ne fallait pas les prendre pour un passant, pour un voisin pressé, il ne fallait pas les confondre avec la noirceur des briques. Il fallait qu'ils soient visibles, qu'ils se détachent, que tout ce blanc les cerne et les offre au fusil. Les soldats britanniques devenaient ainsi ombres, et donc cibles, et donc morts. Les habitants avaient repeint en blanc les murs de leur rue, pour qu'aucun ennemi n'en réchappe.
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OnIstanbulRooftopOnIstanbulRooftop   03 janvier 2015
— Sais-tu tenir un secret ? m'a alors dit Tyrone Meehan.

Il a écrasé sa cigarette et m'a regardé en face. Il avait un autre regard que devant son lac noir, juste avant ma casquette. Il m'a dit qu'il n'y avait pas de guerre propre. Que je ne savais rien de la guerre. Rien. Il m'a dit que l'IRA tuait parce qu'il le fallait. Il m'a demandé ce que je savais des ordres de l'IRA. De sa stratégie. Il m'a dit que, si seize enfants catholiques étaient tués demain par les troupes britanniques dans le ghetto d'Ardoyne, pourquoi pas une bombe en réplique dans une école de Londres ? Hein ? Pourquoi pas ? Et sans aucun avertissement, exprès, pour un maximum de victimes. Qu'est ce que je connaissais de tout cela ? Il m'a demandé si je savais que lui-même, Tyrone Meehan, était prêt à ce geste de mort si l'ordre lui en était donné ? Est-ce que je savais qu'il le ferait, lui-même, en récitant les noms des seize enfants tombés ? Est-ce que je me doutais seulement de cette violence ? Alors non. S'il te plait, m'a-t-il dit. La guerre est sale. Sale. Ne parle jamais de guerre propre. N'en parle jamais, ni ici ni nulle part ailleurs, parce que demain, peut-être, nous te ferons mentir. J'ai regardé Tyrone. Il a allumé une cigarette et m'a fait un signe de l'oeil. Son regard d'ami. Et puis il s'est tourné vers la fenêtre en observant la pluie. Cela faisait deux ans qu'il trahissait les siens.
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ToochaToocha   31 juillet 2019
Si les Britanniques ne t'avaient pas lâché, jamais tu n'aurais avoué travailler pour eux, jamais ! Et tu sais pourquoi ils te lâchent, tes employeurs ? Tu le sais, Meehan ? Tu ne te demandes pas pourquoi ils t'ont balancé ? Parce que nous avons déposé les armes, Meehan. Parce que l'IRA, c'est terminé. Parce que tu ne leur sers plus à rien. Alors ils se servent de toi pour démoraliser notre camp. Ils nous disent : un traître ! Vous aviez un traître dans vos rangs. Vous rendez-vous compte, putains d'Irlandais ? Et ce traître, c'est l'un de vos putains d'officiers supérieurs. Le Commandement du Nord était piégé, les gars ! Tyrone Meehan ! Votre grand Meehan ! Il avait placé un micro dans son salon, dans sa voiture ! On entendait même vos blagues à la con et vos chansons de merde. Allez, on vous le donne, le Meehan ! Il est à vous ! Tu comprends ça, Meehan ? C'est ça qu'ils veulent, tes employeurs, et c'est pour ça qu'on ne touchera pas à ta putain de gueule. Parce qu'une seule balle tirée contre toi et tout le monde hurlera à la rupture du cessez-le-feu ! Tu comprends ? L'IRA a tué un informateur ! L'IRA a tué son gars ! L'IRA a repris les armes ! C'est mort qu'ils te veulent ! Ils voudraient utiliser ton putain de cadavre, mais c'est raté ! Tu vas vivre, Meehan. Tu vivras avec ton âme noire et ce sera une saleté d'existence. Tu vas vivre parce que n'es plus rien, Meehan, juste un traître trahi par des salauds.
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claraetlesmotsclaraetlesmots   26 février 2012
En rentrant à Paris, j'ai compris. En me réveillant le jour d'après. En marchant dans le rue, cet avril 1977. En regardant le ciel pour rien. En croisant ceux qui ne savaient pas. J'étais différent. J'étais quelqu'un en plus. J'avais un autre monde, une autre vie, d'autres espoirs. J'avais un goût de briques, un goût de guerres, un goût de tristesse et de colère aussi. J'ai quitté les musiques inutiles pour ne plus jouer que celles de mon nouveau pays. Je me suis mis à lire. Tout. Tout Sur l'Irlande. Rien que sur l'Irlande. Irlande. Irlande.Irlande. Irlande.
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Videos de Sorj Chalandon (78) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Sorj Chalandon
26 septembre 2013
Le quatrième mur « L'idée de Samuel était belle et folle : monter l'Antigone de Jean Anouilh à Beyrouth. Voler deux heures à la guerre, en prélevant dans chaque camp un fils ou une fille pour en faire des acteurs. Puis rassembler ces ennemis sur une scène de fortune, entre cour détraite et jardin saccagé. Samuel était grec. Juif, aussi. Mon frère en quelque sorte. Un jour, il m'a demandé de participer à cette trêve poétique. Il me l'a fait promettre, à moi, le petit théâtreux de patronage. Et je lui ai dit oui, Je suis allé à Beyrouth le 10 février 1982, main tendue à la paix. Avant que la guerre ne m'offre brutalement la sienne...» Sorj Chalandon
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