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EAN : 9782246828150
336 pages
Éditeur : Grasset (18/08/2021)
  Existe en édition audio
4.27/5   211 notes
Résumé :
Depuis l’enfance, une question torture le narrateur :
- Qu’as-tu fait sous l’occupation ?
Mais il n’a jamais osé la poser à son père.
Parce qu’il est imprévisible, ce père. Violent, fantasque. Certains même, le disent fou. Longtemps, il a bercé son fils de ses exploits de Résistant, jusqu’au jour où le grand-père de l’enfant s’est emporté : «Ton père portait l’uniforme allemand. Tu es un enfant de salaud ! »
En mai 1987, alors que s’ouv... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (80) Voir plus Ajouter une critique
4,27

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Kirzy
  11 septembre 2021
Rentrée littéraire 2021 #20
Trois phrases monstrueuses prononcées par le grand-père de l'auteur : «  ton père, pendant la guerre, il était du mauvais côté », «  je l'ai vu habillé en Allemand, place Bellecour », tu es " un enfant de salaud ". En 1962, Sorj Chalandon a 10 ans et se voit ainsi transmettre la charge de la honte. Mais ce n'est qu'en 2020 qu'il saura ce qu'a réellement fait son père durant la Deuxième guerre mondiale, après avoir retrouvé un extrait de casier judiciaire mentionnant son emprisonnement à Lille en 1945 en pleine épuration pour indignité nationale, puis le dossier complet aux archives départementales du Nord.
La magnifique idée de Sorj Chalandon est, sans changer les faits, d'avoir antidaté sa découverte pour la décaler en 1987 pendant le procès de Klaus Barbie. Lorsque celui-ci démarre, le narrateur, son double romanesque, a le dossier, il sait tout de ce père qui a revêtu cinq uniformes différents, de la SS aux Francs-tireurs et partisans, à chaque fois vers les bottes les plus reluisantes du moment, avec un instinct de survie et une inconscience absolument insensées. En même temps que s'ouvre le procès du criminel nazi, s'ouvre celui du père qui y assiste en même temps que son fils ( Sorj Chalandon a couvert le procès Barbie pour Libération et obtenu le Prix Albert Londres pour ce travail ).
La mise en abyme est vertigineuse, entre immense sincérité et écriture incisive. Durant les sept semaines du procès, le narrateur attend que le père s'effondre, espérant qu'il quittera «  chaque audience comme au sortir d'un ring, titubant sous les coups d'une histoire qui ne fut pas la (sienne). » Les scènes d'interstices judiciaires sont superbement rendues. Au delà du compte-rendu douloureux des témoignages évoquant la rafle des 44 enfants d'Izieu ou celle de la rue Sainte-Catherine, c'est bouleversant de voir le fils se retourner pour « espionner » son père, puis vaciller en le voyant ricaner, bailler ou soupirer lorsque les survivants racontent.
C'est toute la force de ce roman que de parvenir à partager avec sensibilité et pudeur le cri de désespoir d'un fils dont on ressent toute l'émotion et la colère. Car le père est son premier traître, c'est son fils qu'il a en premier trahi, pas son pays car ils ont été nombreux à se fourvoyer durant cette période. Ce fils qui a été privé de lumière par ce père qui a refusé de lui raconter sa guerre, même avec ses ombres. Ce fils qui, malgré une quête légitime de vérité, est toujours assailli par la culpabilité d'avoir profané le passé de son père.
Après avoir dit à son père qu'il savait tout : «  Je m'étais cru lumineux mais c'était de l'orgueil. J'avais voulu te soustraire à la folie et j'étais en train de t'arracher à tes rêves. Je t'espérais purifié, nouveau-né à la peau et au regard d'enfant, mais j'écorchais seulement ton vieux cuir de père et tes yeux hurlaient d'effroi. J'avais tort. Je n'étais pas en train de te sauver, mais de te perdre à jamais. Je n'avais pas réussi à te ramener du royaume des fantômes au mondes des vivants. J'étais en train de te torturer. Comme la police, j'étais en train de t'interroger. Comme la justice, j'étais en train de te condamner. Comme cette garce de vie, j'allais t'exécuter. »
Un roman bouleversant qui enjambe l'intime et l'universel avec une rare honnêteté. Comme il le dit magnifiquement, Sorj Chalandon a changé ses larmes en encre et offre aux lecteurs - sans doute - la clef pour comprendre toute son oeuvre ( notamment Profession du père ou La Légende de nos pères ). Remarquable.
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Yvan_T
  26 août 2021
À l'instar d'Amélie NothombPremier sang »), Sorj Chalandon profite de la rentrée littéraire pour ressusciter son père d'un coup de plume.
Ayant couvert le procès de Klaus Barbie pour Libération en 1987, l'auteur ne s'interroge pas sur la culpabilité de celui que l'on surnommait « le Bourreau de Lyon », ce chef de la gestapo de Lyon ayant donné l'ordre d'exécuter et de déporter de nombreux Juifs et étant responsable de la rafle des 44 enfants juifs d'Izieu, car celle-ci ne fait aucun doute ! Non, il s'interroge sur la culpabilité de celui que son grand-père traite de « salaud » car il l'a aperçu en uniforme allemand lors de la seconde guerre mondiale. Son père est-il vraiment un traître ?
En invitant son père dans la salle d'audience qui jugeait Klaus Barbie, Sorj Chalandon entremêle la petite et la grande histoire au sein d'un même récit. Ayant mis la main sur le dossier judiciaire de son père, condamné le 18 août 1945 à un an de prison et cinq ans de dégradation nationale, l'auteur place son propre père dans le box des accusés pour répondre à une question qui le taraude depuis l'âge de 10 ans : « Qu'as-tu fait sous l'Occupation papa ? »
Dans l'ombre des atrocités commanditées par ce barbare nazi défendu par Jacques Vergès, Sorj Chalandon découvre les errements d'un père qui retourne constamment sa veste, passant plusieurs fois d'un camp à l'autre, résistant un jour, déserteur le suivant, tricheur tout le temps. Menteur patenté, son paternel enfilait les uniformes comme des costumes de théâtre, changeant constamment de rôle et bernant tout le monde… dont ce fils incapable de démêler le vrai du faux.
« Enfant de salaud » est d'une part un devoir de mémoire, revenant sur les atrocités de la Shoah, mais surtout le cri d'amour désespéré et bouleversant d'un homme devenu journaliste en quête de vérité, dressant ici le portrait d'un père colérique, mythomane et manipulateur, auquel il tend une dernière fois la main…
Puissant !
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BillDOE
  31 août 2021
Difficile d'apprendre que son père a collaboré avec l'ennemi allemand pendant la seconde guerre mondiale.
Difficile de découvrir que son père est passé maître dans l'art du mensonge et ce par couardise ou fanfaronnade, pour pouvoir dire : « regarde comme il est con ! ».
Il s'est inventé plusieurs vies pour fuir sa propre réalité, celle d'un ouvrier qui a vingt ans au moment de la guerre, qui sait à peine lire et écrire, pour se sentir fort en étant du côté des gagnants, par simple bêtise.
Partagé entre l'envie de condamner et l'espoir de pouvoir pardonner un jour, Sorj Chalandon raconte cette histoire, celle d'un fils confronté à la vérité, celle d'un père lâche, celle d'un salaud.
Il serait inopportun de porter un jugement sur le livre de Sorj Chalandon car c'est son histoire, mais peut-être aurait-il dû l'écrire comme telle, à la façon d'un roman. Il place face à face ses recherches sur le passé de son père et le procès de Klaus Barbie, il les confronte, mais l'un et l'autre n'ont rien en commun. le premier est un opportuniste inconscient, le second un fanatique haineux doublé d'un tortionnaire sadique.
Sorj Chalandon exerce son devoir de mémoire et livre le témoignage d'un fils sur son père dont il ne pourra plus être fier et auquel il ne pourra plus jamais s'identifier.
« Mais c'était mon père. Cette fois sans poings fermés, sans colère, sans cri, sans rage, sans mensonges, sans tous ces mondes en trop, sans passé, sans uniforme, sans guerre à raconter à personne. Sans fils à éblouir. Sans plus d'enfant à trahir. Jamais. »
« Enfant de salaud » est une façon terrible d'apprendre que d'une certaine manière on est orphelin.
Rentrée littéraire 2021.
Editions Grasset, 330 pages.
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hcdahlem
  19 août 2021
Qu'as-tu fait à la guerre papa?
C'est avec raison que Sorj Chalandon est l'un des auteurs les plus attendus de cette rentrée. Avec Enfant de salaud, il nous livre sans doute l'un de ses romans les plus personnels, mais aussi un message universel. du drame intime au procès historique.
«Il m'aura fallu des années pour l'apprendre et une vie entière pour en comprendre le sens: pendant la guerre, mon père avait été du mauvais côté. C'est par ce mot que mon grand-père m'a légué son secret. Et aussi ce fardeau.» En ouverture de ce beau et terrible roman, Sorj Chalandon raconte la rafle des enfants d'Izieu à travers les témoignages recueillis par un journaliste en reportage dans la région. Nous sommes en 1987, à quelques jours du procès de Klaus Barbie qu'il a été chargé de couvrir et pour lequel il entend se documenter. Après cette glaçante entrée en matière, le lecteur va comprendre pourquoi ce sujet touche autant le narrateur: son père a été l'un des acteurs de cette tragédie. Après avoir longtemps raconté ses glorieux faits d'armes à son fils, il a fini par confirmer les paroles mystérieuses du grand-père qui avait confié à son petit-fils qu'en fait, il était un salaud. Engagé dans la Légion tricolore, qui entendait défendre la France contre les bolchéviques, il rejoindra la division Charlemagne puis la 33e division de grenadiers de la Waffen SS, celle qui défendra le bunker d'Hitler à Berlin jusqu'aux premiers jours de mai 1945.
Accablé par ces révélations, le narrateur essaie alors de comprendre sa honte et entend faire toute la lumière sur ces zones d'ombre, retrouver des acteurs et des témoins, des textes et des photos. Car il a vite compris qu'il ne doit pas prendre pour argent comptant la seule version de son père. Il va mener sa propre enquête.
Quand s'ouvre le procès Barbie, un procès pour L Histoire, il suivra avec attention les débats, mais observera aussi l'attitude de son père, qui a réussi à s'attitrer une des places réservées au public dans la salle durant les audiences.
Autant que le dossier qu'on lui a confié, c'est ce procès dans le procès qui va forger sa conviction: «Plus je lisais tes dépositions plus j'en étais convaincu: tu t'étais enivré d'aventures. Sans penser ni à bien ni à mal, sans te savoir traître ou te revendiquer patriote. Tu as enfilé des uniformes comme des costumes de théâtre, t'inventant chaque fois un nouveau personnage, écrivant chaque matin un autre scénario.»
On l'aura compris, trier le vrai du faux s'apparente dès lors à un travail de Sisyphe, même si certains faits vont être corroborés par des témoignages. Et à mesure que se déroule le procès Barbie se déroule aussi celui de son père, qui changeait d'uniforme et de camp, en brouillant les pistes. Mais jusqu'à quel point était-il conscient des enjeux, des risques et des conséquences de ses actes?
Sorj Chalandon a choisi de construire son roman en mettant en parallèle ces deux destins. Il propose ainsi au lecteur d'associer les plus intimes et les plus forts des sentiments aux faits historiques. Au-delà de la question de savoir ce que nous aurions fait dans de telles circonstances, c'est la relation père-fils qu'il creuse. C'est ce lien très fort qu'il analyse.
Et découvre alors qu'à l'heure du verdict, il ne peut y avoir que des perdants.

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Eve-Yeshe
  18 septembre 2021
Comment se construire quand on a, face à soi, un père qui ment tout le temps, et en plus vous maltraite ? L'enfant avait besoin de croire que son père était un héros, résistant, au passé glorieux, mais le grand-père lui explique un jour, qu'il est en fait un « enfant de salaud » car le père a fait la guerre du mauvais côté.
Alors qu'un problème de santé lui fait côtoyer la mort de près, le père laisse un message sur le répondeur de Sorj, où il lui explique, qu'il a fait partie de la division Charlemagne et a protéger le bunker d'Hitler !!! malgré le choc il pense qu'enfin il lui dit la vérité … Hélas…
L'auteur va se livre à sa propre enquête sur le passé paternel, jugement, témoignages… Et, en même temps, il couvre pour son journal le procès de Klaus Barbie devenu Altmann (et « conseiller de dictateur » en Bolivie !
Évidemment, le père de Sorj veut un passe-droit pour assister au procès, (qu'il obtiendra sans peine vues ses « relations ». Ce qui l'intéresse, à part, voir le nazi et le numéro de maître Vergès, digne d'un One man show hélas, c'est que Barbie-Altmann lâche le nom de celui qui a trahi Jean Moulin et que… cela fasse le buzz bien sûr…
J'ai aimé la manière dont Sorj Chalandon a construit son récit, avec d'un côté ce père, menteur pathologique, qui s'en sort par une pirouette même lorsqu'il est pris en flagrant délit de mensonge, versus le Boucher de Lyon, qui, fort habilement conseillé par son avocat, affirme qu'en tant que Klaus Altmann, il n'a rien à se reprocher, et ne devrait pas être là…
« Je venais de faire entrer le procès de mon père dans la salle d'audience qui jugeait Klaus Barbie. La petite histoire et la grande rassemblées. Dans le box vide de l'accusé, il y avait de la place pour les aventures de ce jeune Français. Pour ce père, en fond de salle, entré là par ruse.«
On ne peut s'empêcher de les comparer : la barbarie nazie et le père qui cogne son fils en hurlant en allemand. On comprend pourquoi l'un ne peut qu'être fasciné par l'autre, avec le négationnisme jamais très loin. Pour le père, l'Histoire a été écrite par les vainqueurs ! et il n'éprouvera pas le moindre intérêt, la moindre empathie, envers les victimes dont les témoignages seront d'une dignité absolue, mais pour lui ce ne sont que jérémiades…

J'ai aimé retrouver la plume de Sorj Chalandon, la manière dont il parle de sa relation toxique avec son père, qui prétend avoir porté tous les uniformes, vert de gris, pétainiste tricolore (sous oublier le coup de maître de la division Charlemagne alors qu'il était incarcéré en quand Hitler a tiré sa révérence) et sa capacité de résilience…
L'idée de faire un roman sur celui qu'était son père en transposant « son procès » à l'époque de celui de Barbie, est vraiment géniale. Cf.Vidéo)
Et comme il le dit si bien, le salaud n'est pas seulement celui qui a choisi le mauvais côté, mais :
« le salaud, c'est le père qui m'a trahi ».
Un grand merci à NetGalley et aux éditions Grasset qui m'ont permis de découvrir ce roman et de retrouver la plume de son auteur, ce qui est toujours très fort en émotion pour moi,depuis la lecture de « le quatrième mur » et il m'en reste encore quelques uns dans ma PAL sans fond. .
#enfantdesalaudrentreelitteraire2021sorjchalandon #NetGalleyFrance
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critiques presse (3)
Psychologies   13 septembre 2021
Il ment, encore et toujours à son fils dont le salut ne peut venir que de ce livre, admirable et douloureux, qui exprime, encore et toujours, la nécessité vitale pour les petits garçons que leurs pères disent le vrai, qu’il s’agisse de la guerre ou de toute autre circonstance. Faute de quoi, les fils erreront sans fin.
Lire la critique sur le site : Psychologies
LaPresse   06 septembre 2021
L’auteur des romans Retour à Killybegs et Quatrième mur n’était pas allé au bout de l’histoire de ce menteur et manipulateur compulsif, qu’il met à jour dans Enfant de salaud, livre troublant aux échos bien contemporains.
Lire la critique sur le site : LaPresse
LaTribuneDeGeneve   31 août 2021
À la pathologie pathétique Chalandon ajoute la traîtrise ultime. Si le brillant reporter a pardonné les tricheries avilissantes, il garda longtemps la blessure cuisante de l’imposture la plus intime, celle d’avoir grandi sous la coupe d’un père qui prétendait l’être, un père à qui il lui fallut renoncer pour devenir un homme.
Lire la critique sur le site : LaTribuneDeGeneve
Citations et extraits (82) Voir plus Ajouter une citation
TiteLisetteTiteLisette   22 septembre 2021
Le mépris serrait mes poings. Il fallait que je me reprenne. Ce serait le procès de Klaus Barbie, pas le sien. Il fallait que je me concentre sur le box en verre de l'accusé, pas sur une chaise en fond de salle. Aucune voix ne devait recouvrir la parole des victimes.
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michelekastnermichelekastner   21 septembre 2021
Tu as essayé de m'éblouir alors que tu m'aveuglais. Tu voulais quoi ? Que je t'aime plus grand encore ? Dans ma chambre d'enfant, au lieu de t'inventer ami de Jean Moulin, poseur de bombe contre un cinéma allemand, au lieu de te rêver Belmondo à Zuydcoote, j'aurais tellement voulu que tu me racontes le 5e régiment d'infanterie, tes désertions, le NSKK, la Résistance dans le Nord, les Rangers de Far West. Tu m'aurais avoué tout ça, le soir, en confident secret. Peut-être n'aurais-je rien compris, mais tu m'aurais parlé, enfin. Enfin, tu te serais débarrassé de ces oripeaux militaires et tu aurais endossé un bel habit d'homme. Un costume de père.
Te rends-tu compte de la légèreté qui se serait emparée de nous ? De la lumière qui serait entrée dans notre maison ? De ton soulagement ? De ma délivrance ? Tu n'aurais eu plus rien à craindre, ni de moi, ni de personne. Et avec le temps, j'aurais compris la détresse d'un gamin égaré, qui rêvait d'uniformes de carnaval et de fusils trop lourds. Qui n'avait eu pour tablier d'école qu'une blouse grise d'ouvrier. Un petit Lyonnais, privé de tout, rêvant d'exploits glorieux sans y comprendre rien. Un enfant bas de front et de regard qui avait endossé toutes les panoplies chamarrées en jouant au soldat comme dans une cour de ferme.
J'aurais tout accepté, tu m'entends ? Et personne, jamais, n'aurait eu le droit de te juger une seconde fois. Je m'y serais opposé. Je t'aurais défendu. Parce que cette vie malade, ces histoires folles, ces guerres démentes avaient été celles de mon père. Et qu'il me l'aurait avoué. Et qu'il m'aurait dit vrai. Et que j'aurais été fier de sa confiance. Et que même s'il avait été puni par son pays, il n'aurait jamais été dégradé par son fils.
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isa-vpisa-vp   21 septembre 2021
Le salaud, c'est l'homme qui a jeté son fils dans la vie comme dans la boue. Sans traces, sans repères, sans lumière, sans la moindre vérité. Qui a traversé la guerre en refermant chaque porte derrière lui. Qui s'est fourvoyé dans tous les pièges en se croyant plus fort que tous ... Qui a passé sa guerre, puis sa paix, puis sa vie entière à tricher et à éviter les questions des autres. Puis les miennes.
Le salaud, c'est le père qui m'a trahi.
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michelekastnermichelekastner   20 septembre 2021
J'ai attendu jusqu'en mars 1987, lorsque j'ai appris que le journal m'avait choisi pour suivre le procès du nazi Klaus Barbie, devant la cour d'assise de Lyon. J'ai été pétrifié par l'importance de l'événement. Ce serait le premier procès intenté par la justice française pour crime contre l'Humanité. Et ce serait un vrai procès. Un procès digne. Un procès équitable. Pas comme les mascarades de l'épuration, les comédies expéditives, les condamnations pour l'Histoire plus que pour la Justice. Le temps du "pour un oeil les deux yeux, pour une dent toute la gueule", s'était éteint. La France allait juger l'un de ses bourreaux. Le mettre face à ses victimes. C'était considérable. Et douloureux pour moi. Je me suis demandé si un fils de traître avait le droit de témoigner des voix les plus immenses de notre temps.
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michelekastnermichelekastner   21 septembre 2021
Ta guerre avait fasciné mon ami historien. Un jour que nous dinions ensemble, il m'a demandé si je n'aurais pas préféré avoir un père "seulement" collabo. Quelque chose de simple, une saloperie sur quoi pleurer, cogner, qu'il me faudrait pouvoir admettre ou condamner, mais voilà que j'avais hérité du pire. Je me débattais dans l'épais brouillard qui entourait ton lac allemand. Tu restais une question et ta guerre était une folie. Elle ne me permettait ni de te comprendre ni de te pardonner. Une fois encore, je t'en ai voulu. J'étais blessé. Ta vérité n'avait pas plus de sens que tes mensonges.
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Elodie Bonnafoux de la librairie Arcanes à Châteauroux nous partage son coup de coeur de la rentrée littéraire 2021 : "Enfant de salaud" de Sorj Chalandon aux éditions Grasset.
En savoir plus : https://www.hachette.fr/conseils-lecture/enfant-de-salaud-de-sorj-chalandon-coup-de-coeur-delodie-bonnafoux-librairie
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