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ISBN : 2718604743
Éditeur : Galilée (13/09/2006)

Note moyenne : 3.5/5 (sur 1 notes)
Résumé :
« Ce livre, à la fois intime, entre soi et soi, et pourtant “hors de soi”, c’est une sorte de causerie, le murmure d’une confession animée, mais aussi une apostrophe jouée, la fiction d’un entretien dramatique, un débat politique enfin – dans une langue au sujet de ladite langue.
Cela se passe avec soi comme avec tout autre quand un enfant d’hier essaie ainsi de parler de sa propre voix, et quand à son adresse il diagnostique cette maladie contractée à l’écol... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (1) Ajouter une critique
colimasson
  21 mars 2017
Pour celui qui a appris à parler dans un environnement culturel unilingue, la question de la langue maternelle ne se pose pas trop. Derrida, ce fut pas son cas. Né en Algérie en 1930, il grandit dans une famille de pied-noir d'origine juive et fréquente une école où le français est la langue officielle, tandis que l'arabe et le berbère sont présentés en cours optionnels –en toute logique. Derrida a donc dû apprendre le français en le portant sur un piédestal, mais ce n'était pas sa langue. C'était la langue de l'autre et l'autre, parce qu'il avait eu la chance d'apprendre immédiatement la bonne langue, apparaissait comme monolingue.

La question que se pose Derrida est la suivante : le monolinguisme de l'autre n'est-il pas inhérent à la structure même du langage ? Il faudra se souvenir que Derrida et Lacan en cette époque s'opposaient dans la mesure même où leurs pensées auraient trouvé la plus grande puissance à s'assembler, et la question posée dans cet essai semble se référer indirectement à la description du stade du miroir.

En 1949, Lacan annonçait : « La forme totale du corps par quoi le sujet devance dans un mirage la maturation de sa puissance, ne lui est donnée que comme gestalt, c'est à dire dans une extériorité où certes cette forme est plus constituante que constituée, mais où surtout elle lui apparaît dans un relief de stature qui la fige et sous une symétrie qui l'inverse, en opposition à la turbulence de mouvements dont il s'éprouve l'animer. »

L'extériorité pose le point d'achoppement qui permet au sujet de se construire (ici d'acquérir le sujet) mais ouvre à une longue chaîne d'identifications secondaires qui fera ici éclore l'illusion selon laquelle la langue de l'autre est pure, solide, durable. Il faudrait pouvoir renverser le trône sur lequel est assis l'autre dans le miroir.

Je crois que l'autre est monolingue ; l'autre croit qu'un autre l'est davantage que lui –et ainsi de suite on remonte vers une origine qui ne se saisit pas. Alors, Derrida se tourne vers l'à-venir. C'est ici qu'intervient l'écriture comme rêve de laisser une marque qui rappelle la mémoire, geste d'amour et de haine qui « se plie et s'enchaîne auprès de la langue […] pour lui donner ce qu'elle n'a pas et ce qu'il n'a pas lui-même ». Nous verrons ici une subtile référence à la définition lacanienne de l'amour dans sa dimension de manque. Et s'il y a un manque, c'est qu'il y a un espoir, une promesse mais qui sera originaire et sans contenu. « Et une promesse qui ne s'attend plus à ce qu'elle attend: là où tendu vers ce qui se donne à venir, je sais enfin ne plus devoir discerner entre la promesse et la terreur. »

La langue se constitue d'une aliénation originaire vers laquelle il faudrait remonter pour écrire, à l'intérieur de la langue, et inventer son propre idiome en vue de l'idiome absolu. Ce n'est pas la première fois qu'on rêve d'une pure langue, non pas pure langue absolue, mais pure langue relative, le monolinguisme de soi.

Lien : http://colimasson.blogspot.f..
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Citations et extraits (17) Voir plus Ajouter une citation
colimassoncolimasson   17 mai 2017
Ce « trouble de l'identité », est-ce qu'il favorise ou est-ce qu'il inhibe l'anamnèse ? Est-ce qu'il aiguise le désir de mémoire ou désespère le phantasme généalogique ? Est-ce qu'il réprime, refoule ou libère ? Tout à la fois sans doute et ce serait là une autre version, l'autre versant de la contradiction qui nous mit en mouvement. Et nous fait courir à perdre haleine ou à perdre la tête.
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colimassoncolimasson   15 mai 2017
Une citoyenneté, par essence, ça pousse pas comme ça. C'est pas naturel. Mais son artifice et sa précarité apparaissent mieux, comme dans l'éclair d'une révélation privilégiée, lorsque la citoyenneté s'inscrit dans la mémoire d'une acquisition récente: par exemple la citoyenneté française accordée aux Juifs d'Algérie par le décret Crémieux en 1870.
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colimassoncolimasson   08 juin 2017
Quand on demande de croire sur parole, on est déjà, qu'on le veuille ou non, qu'on le sache ou non, dans l'ordre de ce qui est seulement croyable. Il s'agit toujours de ce qui est offert à la foi, appelant la foi, de ce qui est seulement « croyable » et donc aussi incroyable qu'un miracle. Incroyable parce que seulement « crédible ».
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colimassoncolimasson   11 mai 2017
La citoyenneté, on le sait, ne définit pas une participation culturelle, linguistique ou historique en général. Elle ne recouvre pas toutes ces appartenances. Mais ce n'est pourtant pas un prédicat superficiel ou superstructurel flottant à la surface de l'expérience.
Surtout quand cette citoyenneté est de part en part précaire, récente, menacée, plus artificielle que jamais.
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colimassoncolimasson   23 mai 2017
Que se passe-t-il quand quelqu'un en vient à décrire une « situation » prétendument singulière, la mienne par exemple, à la décrire en en témoignant dans des termes qui le dépassent, dans un langage dont la généralité prend une valeur en quelque sorte structurelle, universelle, transcendantale ou ontologique
? Quand le premier venu sous-entend: « Ce qui vaut pour moi, irremplaçablement, cela vaut pour tous. La substitution est en cours, elle a déjà opéré, chacun peut dire, pour soi et de soi, la même chose. Il suffit de m'entendre, je suis l'otage universel. » ?
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Videos de Jacques Derrida (23) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Jacques Derrida
http://www.editions-harmattan.fr/index.asp?navig=catalogue&obj=livre&no=38930&razSqlClone=1
LE POSTMODERNISME
Une utopie moderne
Thomas Seguin
Pour Comprendre
Voici décrit les principaux motifs de la théorie sociale et culturelle postmoderne en simplifiant l'abord de la pensée post-68 (Baudrillard, Deleuze, Derrida, Lyotard, Foucault, Guattari). Ce livre a pour ambition de clarifier les incompréhensions et les erreurs qui ont alimenté les débats parfois polémiques concernant ce courant de pensée. le postmodernisme n'est pas une constellation théorique, il déploie aussi ses valeurs propres au sein d'une utopie assumée.
Broché ISBN : 978-2-336-00638-3 ? décembre 2012 ? 188 pages
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