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Emmanuel Jouanne (Traducteur)Hélène Collon (Traducteur)
EAN : 9782070429776
300 pages
Éditeur : Gallimard (08/07/2003)
3.71/5   81 notes
Résumé :
Lorsqu'il convient d'effectuer un petit rajustement de la réalité, il est sans doute préférable de ne pas se fier à un chien capable de vous tenir un discours tout à fait pertinent sur ladite réalité; car vous pourriez bien devenir le grain de sable qui se glisse dans cette minutieuse procédure...

Voyager dans le temps réserve également quelques surprises: découvrir un futur dans lequel l'humanité a totalement disparu, ou bien créer par inadvertance l... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (15) Voir plus Ajouter une critique
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Erik35
  07 octobre 2019
DES UNIVERS D'APPARENCES.
L'auteur des romans Substance mort, Ubik, de Confessions d'un barjo ou encore le célèbre Maître du Haut-Château n'est sans doute, malgré ces quelques exemples notoires, jamais aussi efficace et concluant que dans la forme ramassée et directe de la nouvelle. C'est ce que ce recueil intitulé Souvenir, dans lequel sont rassemblées sept courts textes publiés en revues au cours de l'année 1954, auxquels ont été ajoutés deux essais postérieurs.
Des deux essais, datant d'une décennies de plus que les nouvelles, nous ne dirons pas grand'chose sinon qu'ils semblent terriblement datés et peu concluant.
Le premier est une tentative très alambiquée et même souvent aussi dérangeante que gênante d'excuser - à tout le moins - non seulement le peuple allemand pour sa collaboration, certes majoritairement passive - au nazisme et au génocide juif et tzigane, déniant toute forme de puissance - ici néfaste - à la notion et à l'effectivité de la Nation (un peuple ne serait ainsi que l'addition sans grande relation ni interférence collective d'un nombre X d'individus sans lien ni causalité particulière) mais aussi d'essayer de "comprendre" les purs nazis relativement à leur haine des juif qui, selon Philipp K. Dick, serait rien moins qu'une phobie du même acabit que celle qui atteint tel ou tel envers les chats, les tramways ou les chèvres à tête rousse (je cite K. Dick !). En bref, même les pires des nazis ne furent que, résumons, les victimes de leurs peurs et que l'horreur absolue qui en découla n'a donc pas grand'chose à voir avec une construction mentale aussi délirante que délibérée... Ce n'est décidément pas sur ce terrain que l'auteur des moutons électrique nous semble pertinent.
Pas tellement plus que dans l'essai suivant consacré à la schizophrénie et à l'utilisation profitable que les malades pourraient faire du "Livre des changements", le fameux Yi-king, afin de mieux s'en sortir dans leur existence. le texte n'est pas dénué d'un certain humour grinçant et le lecteur avisé ne pourra s'abstenir de songer aux dernières années de vie -très douloureuses - de l'auteur. Il n'empêche que le texte paraît fort peu convaincant et assez vite poussif.
En revanche, le lecteur retrouvera donc avec plaisir le grand nouvelliste que fut Philippe K. Dick. Qu'on se souvienne de Souvenirs à vendre, Rapport minoritaire, Nouveau modèle et autres le Voyage gelé ou bien d'autres encore.
Chaque fois, on retrouve l'une ou l'autre des facettes de ces univers jamais aussi certains qu'ils paraissent d'abord (Rajustement, Étrange Eden, La terre sans joie), les futurs et passés se composent et se recomposent au gré des expériences maladroites, incertaines et dangereuses de concepteurs de machines à voyager dans le temps toujours plein de bonnes intentions mais inévitablement dépassés par leurs prévisions (Interférence, le monde de Jon), quant aux robots, aux androïdes et d'une manière plus générale, les machines sophistiquées et autres rêves d'I.A que notre époque contemporaine formule avec tant d'empressement, il serait faible de noter que Philipp K. Dick les perçoit plus comme engins de destruction et de négation de l'humanité que comme des progrès (Progéniture, le monde de Jon). Quant à nos mythologies, nos rêves, nos projections idéalistes, ils semblent demeurer souvent préférables à la réalité crue, inattendue et dérangeante, quitte à détruire celle-ci afin de mieux conserver les fantasmes de celle-là (Souvenirs).
Les cinéphiles apprécieront aussi de découvrir la nouvelle ayant été la source d'inspiration pour le film "L'Agence" (The Adjustment Bureau en V.O.) de George Nolfi avec Matt Damon et Emily Blunt (2011), à savoir "Rajustement" dans le présent ouvrage. Notons que Philippe K. Dick ne rentre pas du tout dans le détail de ce qu'est cette puissance supérieure "coupable" de modifier le réel à sa convenance dans le but d'aboutir à la conclusion de son plan pour l'être humain. La déification de cette puissance est plus nette dans le film. En revanche, la thématique très dickienne de la folie qui n'est pas si folle qu'il paraît au "commun des mortel", cette paranoïa quasi permanente de nombre de ses personnages principaux, y est plus vive dans le texte que dans la version filmée.
Par ailleurs, les lecteurs ayant été marqués par cette autre grande nouvelle qu'est "Nouveau modèle" (repris dans le volume "Total Recall" aux éditions Folio SF) verront à nouveau apparaître ces incroyables mais effrayants androïdes, sur terre, cette fois. Ainsi dans l'ultime texte "Le monde de Jon" les Intelligences Artificielles vont même en arriver à se battre entre elles ("modèles" contre "modèles") après avoir détruit toute vie sur terre ! (Bien que cette nouvelle n'en soit pas l'inspiration, on ne pourra s'empêcher de penser par ailleurs à la série des Terminator). Ce texte pose aussi la question de la folie, de la capacité à "voir" ce que les humains normaux ne peuvent pas deviner, de la "sainteté" (par rapport aux délires mystiques) et des univers parallèles, l'ensemble essayant de résoudre, non sans intelligence, certains des classiques paradoxes liés à toute idée de voyage spatio-temporel. du grand art !
Sans doute un peu inégal, ne serait-ce que par la présence de ces deux essais préliminaires, n'y ayant aucunement leur place et d'un intérêt plus que douteux, sauf pour comprendre le développement et les enjeux de la pensée dickienne, mais en en donnant qu'un aperçu très limité et incomplet, ce volume de Souvenir saura très certainement enchanter le fan sans doute un peu plus que le lecteur méconnaissant cette oeuvre essentielle du monde de la SF américaine et, n'hésitons pas à l'affirmer, mondiale.
On en retiendra tout particulièrement les textes dénommés "Rajustement", "Interférence" (plus "classique" mais mené de main de maître), "Progéniture" (qui pose la question cruciale de l'éducation des individus, de leurs rapports à leurs "géniteurs" dès lors que ces derniers sont ramenés à cette seule considération biologique de reproduction, du but de l'existence dans un monde rationalisé à l'extrême par des machines, etc) et le stratosphérique "Monde de Jon". Les autres nouvelles ayant toutes leur intérêt, sans nul doute, mais dont les thématiques et les développements auront semblé moindrement aboutis. Toutes demeurant très agréables à lire pour peu que l'on goûte cette SF conquérante - mais terriblement inquiète et critique, chez K. Dick, avec vingt ans d'avance sur l'histoire littéraire de ce genre - des années 50 étasuniennes, il va sans dire !
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Luniver
  10 août 2012
Le recueil débute par deux textes théoriques : un sur le nazisme, dans lequel l'auteur nous met en garde contre le manichéisme et critique le fait de faire encore porter aux Allemands actuels le poids de la guerre. le second texte est assez curieux, et porte sur la schizophrénie, et donne presque envie d'en être atteint (même si apparemment, on peut en faire l'expérience grâce au LSD).
Les sept textes suivant sont des «vraies» nouvelles. On y retrouve des thèmes classiques de science-fiction : voyage dans le temps, dans l'espace, robots qui prennent le dessus sur l'humanité, mais aussi des thèmes qui deviendront récurrents chez l'auteur : réalité fragile qui peut s'effriter à chaque instant, plusieurs réalités qui se «superposent» dans un même monde, … Les différents mondes que nous propose Dick sont toujours au bord de la décadence, ce qui rend les nouvelles assez angoissantes.
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Fx1
  06 octobre 2014
Un opus de Dick c'est l'assurance d'un voyage dans un univers autre , ou l'on cotoie en permanence l'absurde .
Mais un absurde qui n'a rien de ridicule , Dick étant trés à cheval sur le respect de ces lecteurs .
Ces nouvelle sont la démonstration des multiples univers que cet extraordinaire auteur est capable de créer .
Un chien qui parle chez lui n'a rien de ridicule , il sait rendre cela crédible en captivant son lectorat tout du long .
Ici l'on est pas sur Tf1 , mais au contraire dans l'opposé total à cet univers de débilité .
Lire Dick c'est l'assurance d'un texte brillant , avec un style qui respecte le lecteur , des intrigues d'une intellignce rare .
Certes c'est un peu complexe par moments , mais que c'est bon de lire une oeuvre complexe à l'époque de Pernaut !
Incontournable .
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Snarkk
  08 mai 2014
J'ai beaucoup aimé ce recueil de nouvelles de science-fiction ! L'univers de Philip K. Dick est réellement fascinant, si bien que chacune des histoires de ce livre parvient à nous intéresser ou nous amuser au plus haut point. Ce n'est pas le cas de ce que je qualifierai de "préambule" à ce livre, qui est un court essai sur la perception du nazisme. Intéressant, quoique tranchant complètement avec ce qui nous est proposé par la suite.

En fait, cela sert de lien à l'auteur. C'est à dire que le fil rouge de ce recueil est que les apparences cachent bien des choses... s'ensuit une exploitation de ce thème sous des formes différentes et ingénieuses, qui ne manqueront pas de susciter quelques réactions et réflexions chez n'importe quel lecteur-trice. En plus du plaisir.
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frandj
  01 juillet 2016
Je lis de moins en moins de la science-fiction. J'aimerais découvrir des oeuvres de valeur. Mais, à mon avis, ces nouvelles ne font pas partie des chefs d'oeuvre de Philip K. Dick. Je suis resté un peu sur ma faim. En fait, ça commence par deux textes qui n'ont rien de la fiction habituelle et qui m'ont laissé perplexe. On trouve ensuite plusieurs nouvelles consacrées aux voyages dans le temps et/ou aux paradoxes temporels;il me semble qu'ils n'apportent pas grand-chose de nouveau sur ce sujet (le meilleur est peut-être "Le Monde de Jon"). J'ai été plutôt frappé par "Progéniture", où l'on voit des enfants élevés par... des robots. "Souvenir" est une nouvelle très sombre, elle aussi, et bâtie sur une idée qui est peu développée. "Etrange Eden" finit d'une manière que j'ai trouvée elliptique. Tous ces textes se lisent sans difficulté, mais ne laisseront pas nécessairement un grand… souvenir.
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Citations et extraits (6) Voir plus Ajouter une citation
Erik35Erik35   07 octobre 2019
Ainsi, c'était des "visions". Des visions d'une réalité ultime. Comme au Moyen-Âge. Son propre fils. Il y avait là-dedans une ironie amère. Juste au moment où ils croyaient avoir enfin exterminé cette propension caractéristique chez l'homme. Cette éternelle incapacité à faire face à la réalité ! Ce rêve éternel ! La science ne serait donc jamais à même de réaliser son idéal ? L'homme préférerait-il toujours l'illusion à la réalité ?
Son propre fils. La régression. Un millier d'années de perdues. Fantômes, dieux et diables, le monde secret de chaque individu. Le monde de la réalité ultime. Toutes les fables, toutes les fictions, toutes les métaphysiques dont l'homme se servait depuis des siècles pour contrebalancer ses peurs, sa terreur devant le monde. Tous les rêves qu'il avait fabriqué pour dissimulé la vérité, le monde impitoyable de la réalité. Mythes, religions, contes de fées. La terre promise, plus loin, plus haut. Le paradis. Tout cela revenait maintenant, tout rentrait en scène. Et chez son propre fils encore.

[dans "Le monde de Jon"]
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LuniverLuniver   10 août 2012
Naturellement, c'étaient les robots qui s'en tireraient le mieux. Ils sauraient élever [son fils] scientifiquement, selon des méthodes rationnelles. Sans sautes d'humeur. Les robots ne se mettaient pas en colère, eux. Ils ne pinaillaient pas, ils ne se lamentaient pas continuellement. Ils ne donnaient pas la fessée aux enfants et ne leur criaient pas après. Ils ne donnaient pas d'ordres contradictoires. Ils ne se querellaient pas entre eux et n'utilisaient pas l'enfant à leurs propres fins. Et avec des robots, pas de complexes d'Œdipe à redouter.

Ni d'autres complexes d'ailleurs. On savait depuis bien longtemps que la névrose avait sa source dans l'éducation que recevait l'enfant. Dans la façon dont ses parents l'élevaient. Les inhibitions qu'ils lui inculquaient, les comportements, les leçons, les punitions et les récompenses. Nécroses, complexes, anomalies du développement, tout cela provenait de la relation subjective qu'entrenaient parents et enfants. Si le facteur «parent» pouvait être éliminé...
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YggdrasilaYggdrasila   16 avril 2012
Les machines ne sont rien d'autre que des outils multi-éléments qui accroissent le taux de rendement. L'homme est un animal fabricant d'outils. L'histoire de l'humanité, c'est l'histoire des outils devenant machines, de plus en plus volumineuses et efficaces. Si on rejette la mécanique, on rejette en même temps une des caractéristiques essentielles de l'humanité.
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gillgill   17 septembre 2012
Ce cinquième volume des nouvelles de Philippe. K. Dick inédites ou devenues introuvables achève de recouvrir l'année 1954.
Une année dont il convient de se "souvenir" puisqu'elle fut une des plus prolifiques de notre auteur dans le domaine du court récit.
Une des plus remarquables aussi sur le plan de la qualité puisque jalonnée de petits chefs-d’œuvre comme "En ce bas monde", où l'obsession Dickienne de l'uniformisation des individus est traitée sur le mode et avec la rigueur des meilleurs épisodes de "la quatrième dimension", "Rajustement" et autres vertiges qui rejoignent "Le père truqué" dans la veine de l'épouvante existentielle...
(quatrième de couverture de l'édition parue à "Présence du Futur" en 1989)
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Radwan74Radwan74   25 avril 2019
« Figurez-vous que ce Plongeur opère non pas dans l’Antiquité mais bel et bien dans l’avenir. » Il regarda Hasten droit dans les yeux. « Vous saisissez ? Dans l’avenir.
- Vous sondez l’avenir ? Mais voyons, vous ne pouvez pas faire ça ? Vous savez bien que c’est interdit par la loi !
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Vidéo de Philip K. Dick
Extrait du livre audio "Ubik" de Philip K. Dick lu par Damien Witecka. ©Editions Audiolib. Parution en CD et en numérique le 19 mai 2021.
https://www.audiolib.fr/livre-audio/ubik-9791035405670
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