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ISBN : 2290157260
Éditeur : J'ai Lu (03/07/2017)

Note moyenne : 3.48/5 (sur 1011 notes)
Résumé :
En 1947 avait eu lieu la capitulation des alliés devant les forces de l'axe. Cependant que Hitler avait imposé la tyrannie nazie à l'est des Etats-Unis, l'ouest avait été attribué aux japonais.
Quelques années plus tard la vie avait repris son cours normal dans la zone occupée par les nippons. Ils avaient apporté avec eux l'usage du Yi-King, le livre des transformations du célèbre oracle chinois dont l'origine se perd dans la nuit des temps. Pourtant, dans ce... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (117) Voir plus Ajouter une critique
lyoko
  01 juin 2017
Et si les Allemands avaient gagné la seconde guerre mondiale, et si Churchill avait été assassiné et si les Japonais avait foutu une raclée aux américains... avec des si on refait le monde et c'est ce qu'a brillamment fait Philip K Dick. Il nous livre, ici, une magnifique uchronie.
Les japonais on besoin d'un livre qui les guide dans leurs décisions. La divination est la règle d'or pour chaque choix important ou non de la vie de tous les jours.
Les Allemands restent égaux aux Allemands de l'époque.
Un autre livre circule également en sous mains " la sauterelle pèse lourd" qui est en fait un livre dans le livre mais aussi une uchronie dans l'uchronie puisqu'il raconte l'histoire dans le cadre d'une défaite allemande et d'une victoire des alliés lors de la seconde guerre mondiale.
Je me suis franchement régalée en lisant ce roman. A la fois par la façon d'écrire de Philip K Dick, pourtant assez froide et distante, mais tellement adaptée aux personnages tel que je me représente les nazis allemands. Et puis la vision de la réalité de l'auteur est juste magistrale, que l'on cautionne ou pas.
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Erik35
  17 juin 2017
HUE ! CHRONIE...!
Nous sommes dans les années 60. Plusieurs individus (un japonais haut dignitaire commercial de son pays, un faux industriel suédois mais vrai espion allemand de l'abwehr, deux ouvriers doués de leurs mains, dont un juif recherché pour contrefaction d'antiquités, un antiquaire un peu roublard, admirateur des japonais tout autant qu'il les craint et se méfie d'eux, une femme, ex-épouse de l'ouvrier juif, aussi belle qu'insaisissable, un ancien combattant nazi, un mystérieux écrivain auteur d'une invraisemblable uchronie, voila pour l'essentiel) vont croiser ou seulement entrecroiser leurs destins dans ce qu'il subsiste des anciens Etats-Unis d'Amérique, désormais divisés en trois parts inégales : à l'est, un gouvernement américain nazi et pro-germanique (dont on n'apprendra rien de précis, sauf qu'il s'y trouve des camps d'extermination), au centre, un ventre mou et neutre mais sans grande importance, les Rocky Mountains States, car peu peuplé, peu industriel, économiquement et stratégiquement faibles (Ph. K. Dick fait dire à un routier de l'est les traversant que c'est un pays qui est passé à côté de l'histoire), à l'ouest, enfin, ce sont les Pacific States of America - regroupant, peu ou prou, la Californie, Washington States et l'Alaska-, sous domination japonaise, à l'instar de toute la sphère Pacifique, la moitié de l'Amérique du Sud ainsi que tout ce que nous nommons habituellement l'Extrême-Orient. le reste du monde (Europe, Afrique, Proche et Moyen Orient, l'essentiel de l'ancienne URSS, la partie Atlantique des deux Amérique) sont sous régime nazi allemand ou, moindrement, fasciste italien.
Mais que s'est-il donc passé pour que la face du monde que nous connaissons aujourd'hui en fut à ce point changé ? C'est aussi simple que terrible de conséquence : le 15 février 1933, à Miami, le tout nouveau président élu (à une majorité assez écrasante), celui qui allait devoir sortir son pays du marasme provoqué par le désormais fameux "black Thursday" de Wall-Street, ne réchappe finalement pas à l'attentat (véridique) par arme à feu provoqué par un anarchiste italien, par ailleurs personnage médicalement déséquilibré, du nom de Giuseppe Zangara. Les conséquences, établies avec intelligence et une certaine logique dans le roman de Philip K. Dick, sont incommensurables : Un Républicain fut élu après l'assassinat du Démocrate Roosevelt. Celui-ci appliquant des réformes totalement contraire à celle de la "vraie" histoire, provoqua un repli diplomatique des USA, prônant une politique de non-ingérence absolue tout en maintenant une politique économique libérale de libre-échange sans entrave. Les Etats-Unis ne prirent donc absolument pas part, pour les uns ni pour les autres, lorsque la seconde guerre mondiale se déclencha, laissant Winston Churchill se débrouiller seul en Europe de l'Ouest (et perdre) de même qu'ils n'apportèrent aucun soutien matériel à l'URSS de Staline, qui perdit tout espoir à Stalingrad. Dans le même temps, l'intégralité de la flotte américaine fut bel et bien détruite à Pearl Harbour par les japonais qui purent alors entreprendre la conquête de tout la sphère Pacifique. La guerre s'acheva en 1948 par une défaite totale des alliés et le partage du monde par les membres de l'Axe. Moins de vingt années plus tard, les deux anciens alliés se font de plus en plus front - inaugurant une guerre froide d'un autre genre - mais la suprématie technologique de l'Allemagne semble être écrasante quand l'esprit raffiné et porté aux choses de l'esprit des japonais paraît être bien plus humain, profond que le nihilisme de l'élitisme outrancier des germains. On en vient même à penser que l'auteur estime la philosophie de vie asiatique plus riche que celle prônée par le libéralisme marchand et pragmatique américain... Voilà à quel moment de cette histoire alternative (ainsi que les anglo-saxon la définissent) nous en sommes lorsque débute ce roman, et bien que ces éléments, l'auteur nous les délivre au compte-goutte, au gré des besoins narratifs, des dialogues ou des explications. Une "contre-histoire" qui cède aussi, pour le moins, à une vision légèrement tronquée et autocentrée de l'histoire, faisant des américains les principaux, pour ne pas dire les seuls artisans fondamentaux de la victoire contre les pays de l'axe. C'est sans doute faire bon compte de la résistance héroïque des britanniques et du sacrifice terrible de la population russe, bien plus "payant" qu'on ne le présente souvent à l'ouest, et ce malgré les erreurs monumentales des hiérarques communistes - au premier rang desquels Joseph Staline -, et du manque de moyens matériels tragique de ces centaines de milliers de combattants. Mais nous ne sommes pas ici pour refaire l'histoire de l'histoire. Laissons ce soin à K. Dick !
Car s'il est évident que ce texte est pour une large part une uchronie (en bon français, et selon son inventeur, le philosophe français du XIXème siècle, Charles Renouvier), c'est à dire une histoire qui n'a pas eut lieu, telle qu'elle aurait pu être si... Philip K. Dick n'en demeure pas à cette seule proposition. Il y aborde le sens du beau et surtout du vrai dans l'art, les relations des oeuvres à leur histoire, supposée, fausse ou véritable. Il y fait aussi le procès, sans aucune forme de rémission, du nazisme (ce dont on peu évidemment se féliciter), de la volonté de puissance germanique (avec une vision de l'esprit allemand qui confine parfois à la caricature) d'une manière plus générale alors qu'on lui voit un penchant relativement admiratif, une fascination certaine pour le mode de vie des japonais, leur spiritualité, leur civilisation, leur capacité à recevoir autrui avec humilité et une certaine ouverture. Il s'y essaie aussi à une véritable expérience stylistique, certains critiques y ayant même vu la volonté de s'inspirer des haïku pour exprimer ses pensées narratives, souevtn constituées de phrases brèves, radicales et insondables à la fois.
Par ailleurs, un autre "gros" morceau de la pensée asiatique (chinoise à l'origine) y est omniprésente, une oeuvre multi-millénaire parfaitement intégrée dans l'esprit du Tao de la pensée asiatique : Philip K. Dick avait ainsi reconnu s'être incroyablement servi du fameux Yi-King dans la rédaction de ce roman le maître du haut château (dans la version en deux volumes de Richard Wilhelm du "livre du changement") ainsi que d'une des uchronies américaines les plus célèbres à l'époque, "Autant en emporte le temps", de Ward Moore (celle-ci se passe pendant la guerre de Sécession. C'est le Général Lee qui remporte la bataille de Gettysburg puis la guerre elle-même). du second ouvrage, il retiendra un modèle fouillé, aussi logique que possible, essayant de voir toutes les implications de la liberté prise à l'égard de l'histoire. du premier, il parsèmera (à n'en plus finir) notes et narrations, il en émaillera même (plus souvent qu'à son tour) des dialogues entiers. Philip K. Dick n'échappe toutefois pas à la principale erreur des occidentaux par rapport à ce texte tellement étonnant et profond que le grand psychanalyste Carl Gustav Jung en fera même le premier texte traitant du psychisme jamais pensé et rédigé par l'homme, ainsi qu'un sujet d'analyse passionnant. Dick s'attache ainsi beaucoup aux supposées qualités divinatoires du "Livre des mutations " (autre traduction possible de son titre), lui donnant parfois le nom générique de "l'oracle", tandis que d'aucuns estiment que les tirages du Yi-King donnent bien plus une espèce de photographie immanente du présent, qu'un vade mecum des actions futures à accomplir (même si cette approche n'est pas infondée). Cependant, en fin connaisseur de l'ouvrage immémorial, il le relie fort bien avec la philosophie de vie des japonais que sont roman a rendu maître d'une partie importante des USA.
Philip K. Dick s'amuse à perdre un peu plus son lecteur, à le fourvoyer plus exactement, en insérant une uchronie dans l'uchronie. En effet, à côté des innombrables références au Yi-King, on découvre pas à pas, et par le biais de regards de lecteurs successifs, les bonnes pages d'un roman défrayant alors la chronique, interdit en Allemagne et dans tous les pays satellites de celle-ci, qui raconte comment les USA et la Grande-Bretagne ont, en réalité, gagné la guerre. L'art consommé du célèbre auteur de SF américain lui fait prendre la source proto-historique de ce roman dans le roman, non à la date de l'assassinat de Roosevelt, mais à une date légèrement ultérieure. Lequel est intitulé "Le poids de la sauterelle" en référence à ce qui fait suite à la victoire des alliés : le pouvoir de plus en plus hégémonique de la Grande-Bretagne, conduite par un Winston Churchill devenu aussi vieux que despotique, et se conduisant avec les autres nations du monde comme l'Empire le fit dans ses colonies : telle une nuée de sauterelles dans des champs à récolter. Ainsi, ce sont deux dystopies qui se font face, dans lesquelles ont est fort éloigné d'un monde apaisé et libre, tout autant que ce que fut le notre à cette époque.
Il est cependant un problème majeur consubstantiel à ce roman - considéré, par ailleurs, comme l'un des plus grands ouvrages de la SF mondiale, et comme un véritable modèle en matière de référence uchronique. Ce qui doit rendre notre jugement personnel humble, bien que parfaitement honnête, assumé et réfléchi - c'est qu'assez rapidement on peine à trouver son compte dans cet embrouillamini d'une trop grande richesse de thématiques, d'explications, d'histoires parallèles, rapidement jointes, disjointes ou conjointes. Ainsi, beaucoup, parmi les protagonistes du roman, ne se rencontrent-ils non seulement jamais mais n'ont même que des rapports extrêmement indirects, pour ne pas dire inexistant, les uns à l'égard des autres. Les personnages sont campés de manière assez inégale et relativement caricaturale, ce qui empêche d'y croire tout à fait, et puis, surtout, il y cette omniprésence des tirages du Livre des Mutations qui alourdit considérablement le rythme de l'intrigue, le rendant parfois indigeste. Il y a aussi ce maître du haut château dont on imagine l'importance capitale, tandis qu'il n'est qu'un élément parmi d'autres du récit. Il y a enfin qu'on fini par se demander si l'auteur n'a pas hésité entre essai et roman tant le scénario global semble ne fondamentalement mener à rien de précis, de concret, donnant la part belle à la réflexion, qu'elle soit sous forme strictement narrative ou par l'entremise des pensées émises par les différents personnages, laissant souvent la lecture en suspend, sans véritable résolution ni conclusion, dans l'un de ces jeux en miroir permanent, en perpétuelles rupture d'équilibre qui feront le succès ainsi que l'intérêt majeur de son chef d'oeuvre publié sept ans plus tard, Ubik.
Dès lors, l'auteur semble-t-il nous dire : êtes-vous bien certain que ce que vous pensez vivre est la seule et véritable réalité ? Est-il si impossible qu'il n'y en ait aucune autre, que vous ne soyez-pas vous même un peu d'encre au sein d'une histoire inventée ? Si Ubik nous mène, entre autres choses, vers une conclusion de ce genre, ce roman à venir le fait avec une distance légère à l'humour noir consommé. Rien de cela dans le maître du haut château (en raison même de ses présupposés liés au pire du pire de notre histoire moderne). C'est fort dommage parce qu'arrivé vers la seconde partie du roman, on finit par comprendre que rien ne se déclenchera de fondamental et si l'on ne s'y ennuie pas tout à fait, on peine à y trouver satisfaction et plaisir. On se rassurera en songeant que le maître du haut château fut une sorte de déclencheur dans le processus créatif d'un plus grands écrivains mondiaux de Science-Fiction (jusque-là boudé par le public comme par la critique), qu'Ubik, Blade Runner / Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ? ou encore Total Recall et autres récits sont encore à venir. Qu'il s'en est peut-être fallu d'une suite, prévue (la présente édition chez J'ai lu en donne les deux seuls chapitres jamais entamés par l'auteur) pour que l'ensemble s'éclaire vraiment. On sait que l'auteur devenu culte n'entamait jamais un nouveau livre sans une documentation conséquente ; on en trouve d'ailleurs trace ici, certain détails méconnus mais parfaitement avérés de l'histoire ou des projets nazis s'y trouvant mentionnés. Philip K. Dick ne parvint cependant jamais à se replonger dans l'étude des horreurs nazis pour parvenir à ses fins, et l'on ne peut franchement pas l'en blâmer.
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jeanbiscotte
  23 mars 2013
Le maître du Haut Château, c'est l'histoire d'un bouquin au résumé très alléchant, au postulat de base plus que prometteur, mais d'un tout extrêmement décevant.
La quatrième de couverture m'avait totalement emballé : un monde dans lequel les Alliés auraient perdu la guerre ; à quoi cela pouvait-il bien ressembler ? J'avais hâte de découvrir ça et les quelques avis négatifs que j'avais aperçus ne freinaient pas mon envie. J'étais persuadé que, même si l'histoire était lente et qu'il en allait essentiellement de la petite vie quotidienne des personnages, j'allais être absorbé par un récit dont la trame de fond promettait d'être riche. J'ai été très patient, mais j'ai néanmoins fini par déchanter. J'ai longtemps continué à espérer un quelconque revirement de situation, rebondissement ou simplement un peu d'action. En vain. de fait, après autant d'espérance, la chute n'en a été que plus rude…
Commençons par le positif, car il y en a. Et du très bon même. Comme je l'ai dit, l'idée de départ est excellente et les passages lors desquels on en apprend plus sur la Seconde Guerre mondiale et comment elle s'est « vraiment déroulée », où on découvre horrifié les actions entreprises par les nazis au terme du conflit, etc. sont réellement excellents. Malheureusement, compilés, ils tiennent sur quinze ou vingt pages… et les 330 autres, sont moins passionnantes, et par moment, c'est peu dire. Mais poursuivons dans le positif. L'univers mis en place par l'auteur est assez recherché et est vraiment passionnant à découvrir. Il était parfois un peu frustrant de n'avoir les informations qu'au compte-gouttes étant donné que les personnages ne font que mentionner des faits qui pour eux sont connus et ne nous permettent donc que d'entr'apercevoir les événements qui ont eu lieu. Toutefois, si ce n'avait été pour en découvrir davantage à ce sujet, je ne suis pas certain que j'aurais achevé ce livre… Enfin, j'ai trouvé assez intéressante la perspective de l'Américain moyen percevant le monde du point de vue de l'opprimé, du colonisé. Encore une fois, malheureusement, j'ai trouvé ce thème un peu sous exploité…
Le gros gros point négatif du livre est qu'il ne se passe absolument rien. On suit le quotidien de plusieurs personnes. On connaît leurs pensées et cela nous permet de découvrir le monde qui les entoure. J'aime assez ce genre de narration, mais lorsqu'il ne se passe rien de rien et que pendant deux pages le protagoniste se perd dans des réflexions métaphysico-philosophiques, ça commence à devenir indigeste. En outre, on attend avec impatience (qui décroît petit à petit) que leurs chemins se rencontrent, mais là encore, non… (ou si peu). Et puis, tous les protagonistes sont si étranges, tant dans leur façon d'agir que de penser, que j'ai eu beaucoup de mal à les comprendre. À leur décharge, j'ai un esprit plutôt cartésien et le Yi-King, j'ai du mal à croire à la véracité de ses prédictions. de plus, les histoires personnelles des protagonistes, au final, ne mènent nulle part, et la fin tombe un peu comme un cheveu dans la soupe, laissant un goût d'inachevé (d'autant plus que je ne suis pas bien sûr de l'avoir comprise). On quitte les « héros » comme ça, au milieu des occupations auxquelles ils vaquaient, ou presque… Enfin, j'ai été assez horripilé par la traduction. On trouve à profusion des tournures de phrases (voire des phrases entières) qui ne se disent pas en français ou qui sonnent faux et dans lesquelles on reconnaît la phrase anglaise qui est tout à fait banale. du genre, de mémoire, « Diable, oui ! » pour « Hell yes » ou « Et quoi maintenant » pour « And what now ». Sans parler des nombreuses coquilles et fautes de frappe ou d'impression… Il semblerait que je sois tombé sur une mauvaise édition à ce niveau-là.
Vous l'aurez compris, le maître du Haut Château est pour moi une très grosse déception, car j'attendais beaucoup mieux de ce livre. Les aspects positifs ne compensent malheureusement pas les trop nombreux points négatifs qui entachent le roman. Dommage.
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Musardise
  15 janvier 2017
Ce n'est pas la première fois que ça m'arrive avec Philip. K. Dick, ce ne sera sans doute pas la dernière : j'ai été très dérangée par son style très froid - est-ce un problème de traduction ? je n'en ai pas l'impression - qui donne un ton tellement factuel et haché au récit que c'en est franchement bizarre. Là aussi ce n'est ni la première ni la dernière fois : j'ai ressenti un malaise pressant, dû à l'écriture de K.Dick, tout au long de ma lecture. Les personnages ne m'en sont apparus que plus inaccessibles, presque inhumains. Est-ce un hasard de la part de celui qui écrira "Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques" ? Là-dessus, ressort donc un personnage, M. Tagomi, pourtant pas d'emblée spécialement sympathique, mais finalement celui qui possède la personnalité la plus humaine, et qui sera le seul capable de traverser... de traverser quoi, exactement ? Les mondes, les apparences, la frontière entre la fiction et la réalité, la réalité telle un voile qui nous aveugle ? Quelque chose de ce style, j'imagine, bien que je sois complètement certaine de n'avoir pas bien saisi le but de l'écrivain et d'être carrément passée à côté de quelque chose. Que se disent Juliana, celle qui perce le mystère du "Poids de la sauterelle", livre dans le livre, et son auteur, à la toute fin du roman ? Que se passe-t-il exactement à ce moment-là ? Flou le plus total pour moi. Là aussi, impression de déjà-vu. Mmmmh, serais-je donc coincée dans une matrice ???
K. Dick a, à plusieurs reprises, utilisé une matière philosophique et/ou spirituelle qu'il a intégrée à ses récits. Or, je ne possède pas le dixième (et je suis gentille avec moi-même) de son érudition en la matière, ce qui me pousse par moments à me demander si je suis capable de saisir le sens de ses écrits avec de telles lacunes. Ici, la philosophie orientale est prégnante, à travers notamment un livre dans le livre (encore un!), des oracles répétés, des références au Yin et au Yang. Mais, autre déficience de ma part, je ne possède pas non plus l'expérience de K.Dick en matière d'usage de drogues diverses et variées (le fait que ce soit dit ici haut et fort évitera peut-être que la NSA me fiche comme danger potentiel pour la société). Et bon, lire Philip K. Dick, je me demande si ça ne devrait pas exiger d'être sous l'influence de stupéfiants (et donc là, je perds tous les points que j'avais gagnés et je deviens hautement suspecte pour avoir incité publiquement la population à se droguer, et par écrit, en plus)...
Voilà donc un livre dont je me suis dit aussitôt après l'avoir refermé : "Bon, j'ai plus qu'à le relire, maintenant". Dérangeant, déstabilisant, malaisé, provoquant nausée et questionnement constants, "Le Maître du Haut Château" n'est pas forcément un roman très séduisant, mais c'est aussi là, je pense, - et j'écris cette critique des mois après l'avoir lu, donc j'ai un peu pris de recul depuis - sa force. Chef-d'oeuvre ou pas, telle n'est pas la question pour moi : j'y reviendrai un jour prochain, forcément.
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AgatheDumaurier
  02 avril 2016
Euh ...Ouh là, c'est compliqué...Je ne sais pas si j'ai tout compris et je ne voudrais pas dire de bêtises.
Agathe s'empara de ce qui se trouvait à sa portée : des crayons de couleurs. Elle demanda : "Oracle, que dois-je penser du Maître du Haut Château, car c'est obscur". Puis elle renversa la boîte par terre. le premier était le 45, un K'a plein de wu. Presque wabi. Bon signe. Elle feuilleta son Yi King jusqu'à la page 45.
"Quand le poète produit l'harmonie malgré le chaos,
N'essaie pas de comprendre et laisse-toi porter", lut-elle.
"Alors c'est que c'est bien", pensa-t-elle. "Le chaos, c'est l'uchronie, la victoire du mal, des Nazis, et l'harmonie, c'est la réussite d'un projet abouti, celui du poète. Il est vrai que cet univers cauchemardesque parfois à peine esquissé -comme les massacres en Afrique ou la situation en Europe, centré sur des personnages secondaires à San Fransisco, est parfaitement harmonieux et permet au lecteur de le considérer dans une ligne de fuite infinie. On peut y croire.
Le deuxième chiffre était un trois. le F'o. L'erreur. Agathe ouvrit le livre à la page trois.
"Celui qui voit double ne voit pas clair,
Celui qui voit double voit moins clair que celui qui voit triple", lui révéla l'oracle.
"Voilà ce qui m'a gênée", se dit-elle. "Tous leurs commentaires sur le double, l'effet miroir. Mais non, c'est triple qu'il faut voir. Trois zones aux Etats-Unis, l'une allemande, l'une japonaise, l'une neutre. Trois livres, le Yi King, le Poids de la Sauterelle, le Maître du Haut Château. Et trois mondes : le nôtre, celui du Maître du Haut Château, et celui du Poids de la Sauterelle. Et une troisième guerre mondiale qui est inéluctable. Pour rétablir le wu et le wabi. L'harmonie. le triangle de M. Tagomi. C'est très clair, merci, Oracle."
Et le dernier chiffre était le 11, le Wag. "Oh non, "pensa-t-elle, "alors je n'ai vraiment pas compris." Car c'était un trait négatif, un signe d'aveuglement. La page 11 le confirma :
"Le diamant a tant de facettes qui brillent au soleil
Que si tu crois les voir toutes c'est que tu ne vois rien."
"Bon", se dit-elle, "j'ai déjà vu le triangle et le chaos. Il y a aussi le mal, les Nazis ...Mais pourquoi tous ces objets, ces bijoux, ces Japonais obsédés par les reliques américaines, cette sagesse orientale de la part des alliés du chaos ? J'accepte ma superficialité et pour le reste, j'y penserai demain. Bonne nuit, Oracle."

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Les critiques presse (1)
SciFiUniverse   20 février 2012
Il y a aurait beaucoup à dire sur ce roman pour peu que l'on s'y intéresse de manière moins superficielle. Le maître du Haut Château est en fait un bijou de construction.
Lire la critique sur le site : SciFiUniverse
Citations & extraits (58) Voir plus Ajouter une citation
BernachoBernacho   18 septembre 2016
Voici qu'apparaissait l'hexagramme, produit par les mouvements aléatoires des tiges végétales. Aléatoires, et pourtant enracinés dans le moment dans lequel il vivait, dans lequel sa vie était liée à toutes les autres vies et particules de l’univers. L’hexagramme indispensable, dont le motif de traits pleins et brisés représentait la situation. Lui, Juliana, l’usine de Gough Street, les Missions Commerciales dominatrices, l’exploration des planètes, les milliards de tas de produits chimiques en Afrique, qui maintenant n'étaient plus des cadavres, les aspirations des milliers de gens alentour dans les bidonvilles de San Francisco, les créatures démentes de Berlin, avec leurs visages calmes et leurs projets maniaques – tout lié dans ce moment, où les tiges d’achillée étaient jetées pour choisir la sagesse exactement appropriée dans un livre commencé au trentième siècle avant Jésus-Christ. Un livre créé par les sages chinois sur une période de cinq mille ans, raffiné, perfectionné, cette superbe cosmologie – et science –, codifiée avant que l’Europe ait seulement appris à poser des division.
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TatooaTatooa   27 avril 2015
La guerre ! se dit-il. La Troisième Guerre mondiale ! Deux milliards d'entre nous tués, notre civilisation balayée. Les bombes à hydrogène tombant comme la grêle.
"Oy Gewalt !" pensa-t-il. Qu'est ce qui se passe ? Est-ce que j'ai mis cela en mouvement ? Ou bien est-ce quelqu'un d'autre qui serait en train de tripatouiller on ne sait quoi, quelqu'un que je ne connais même pas ? Ou bien... nous tous. C'est la faute de ces physiciens et de cette théorie du synchronisme, selon laquelle chaque particule est en relation avec toutes les autres ; on ne peut pas faire un pet sans modifier l'équilibre de l'univers. Cela fait de la vie une drôle de plaisanterie, sans personne pour en rire.
(Frink en train de tirer le Yi King)
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TatooaTatooa   26 avril 2015
Nous pourrions signer un engagement, lui et moi, pour l'un des vaisseaux spatiaux de colonisation. Mais les Allemands le refuseraient à cause de son teint basané et moi à cause de mes cheveux noirs. Ces espèces de pédés nordiques SS, maigres et pâles, dans leur châteaux d'entraînement, en Bavière. Ce type, Joe, n'a même pas l'expression de physionomie qui convient. Il devrait avoir cet air froid mais tout de même enthousiaste de celui qui ne croit en rien, tout en professant cependant une sorte de foi aveugle. Oui, c'est ainsi qu'ils sont. Ce ne sont pas des idéalistes, comme Joe et moi ; ce sont des cyniques doués d'une foi absolue.
(Juliana)
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odin062odin062   15 août 2015
Ce qu’ils ne comprennent pas, c’est l’impuissance de l’homme. Je suis faible, petit, je ne compte pas dans l’univers. On ne m’y remarque pas ; je vis sans être vu. Mais pourquoi est-ce mal ? N’est-ce pas mieux ainsi ? Celui que les dieux remarquent, ils le détruisent. Soyez petit… et vous échapperez à la jalousie des grands.
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BernachoBernacho   29 septembre 2016
Leur vue ; elle est cosmique ; pas celle d’un homme ici, d’un enfant, mais une abstraction sans consistance : race, territoire. Volk, Land. Blut. Pas celle d’hommes honorables, mais celle du Ehre lui-même, l’honneur ; l’abstrait est réel, le réel est invisible à leurs yeux. Die Güte, mais pas d’homme bon, cet homme bon. C’est leur sens de l’espace et du temps. Ils voient à travers l’ici, le maintenant, jusque dans la pronfondeur vaste et noire au-delà, l’immuable. Et c’est fatal à la vie. Parce qu’à la fin, il n’y aura plus de vie ; autrefois il n’y avait que les particules de poussière dans l’espace, les gaz d’hydrogène chaud, rien de plus, et cela reviendra. Ceci est un intervalle, ein Augenblick. Le processus cosmique se précipite, réduisant la vie en granite et méthane ; la roue tourne pour toute la vie. Tout est temporaire. Et eux – ces hommes déments – répondent au granite, à la poussière, à l’aspiration de l’inanimé ; ils veulent aider la Natur.
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Interview de Philip K Dick à Metz en 1977
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