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Critiques sur La Religieuse (91)
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denis76
  31 mai 2018
Enfin un philosophe qui sait écrire : c'est un superbe roman, lisez-le !
Suzanne a été conçue en dehors du mariage. Ses deux demi-soeurs sont bien dotées pour le mariage, pas elle. Sa mère l'oblige à payer sa propre "faute" en étant religieuse toute sa vie, elle qui voulait être libre. Au moment de faire ses voeux, sa mère lui fait du chantage, et en plus Suzanne a une mère supérieure sadique qui ne lui demande même pas son avis. Cette femme, par la suite, la harcèle de brimades et de lesbianisme...
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En plus d'être un thriller digne de ceux de John Grisham (en réchappera-t-elle ? ), ce livre est un violent pamphlet contre la religion catholique. Une mère supérieure a t-elle le droit d'être méchante, alors que "Dieu est amour" ? Peut-on forcer quelqu'un à rentrer dans les ordres ? Denis Diderot connait bien le "milieu", lui qui a failli devenir prêtre. Sur la fin de sa vie, en 1780, après avoir collaboré à l'Encyclopédie, il écrit ce livre violent, en se rappelant sans doute sa jeunesse et la vie de sa petite soeur Angélique, morte folle au couvent. Mais il s'est méfié des institutions religieuses, encore très puissantes au XVIIIè siècle, et a laissé cet écrit sans le diffuser. La publication sera posthume.
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Le "Siècle des Lumières" et des philosophes est une ouverture de la pensée. Ces philosophes, Diderot, Voltaire, D Alembert, Rousseau, etc.. semblent envoyer un message au peuple :
"Arrêtez d'être aveuglés par la liturgie sombre, qui sanctionne et fait chanter sous peine d'aller en enfer. Ouvrez vous à la Connaissance (c'est une co-naissance, une deuxième naissance ), et à une autre vision de Dieu et de Jésus.
"Jésus a-t-il institué les ordres de moines et de religieuses ?" questionne Diderot. Non, les hommes ont inventé, ont créé artificiellement les ordres et la liturgie, pour soumettre le peuple à leur volonté. Les "hommes de Dieu" sont aussi pourris que les autres".
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La mort affreuse de la supérieure semble être une sanction de Dieu.
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Voltaire et Diderot sont déistes. Moi aussi. Normal, entre Denis ! ... : )
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Ptitgateau
  28 mars 2019
Bien-sûr, ce récit est une fiction, puisque le témoignage de Soeur Ste Suzanne, alias, Suzanne Simonin, est destiné à être lu par un certain marquis de Croismare dans le but de l'attendrir et le faire revenir de Normandie afin d'égayer la bonne société parisienne.
Toutefois, comme le signale l'auteur de la préface, Robert Mauzi, « que de patrimoines furent sauvés par une vocation opportune ; et que d'enfants naturels refoulés dans le néant des cloîtres ! » Cette pauvre Suzanne Simonin rassemble à elle seule, les deux conditions, enfant naturel devant expier les fautes de sa mère, et bien gênante pour la succession. En lisant les horreurs perpétrées par les soeurs de Longchamps, j'ai été tentée de me dire qu'il ne s'agit que d'une fiction, et que Diderot ajoute du sensationnel au témoignage de Suzanne, mais en fouillant un peu, on apprend que ce récit est inspiré de l'histoire de Marguerite Delamarre, religieuse qui alimenta les conversations vers 1750, et que Diderot a pu s'inspirer de sa propre soeur, entrée au couvent et devenue folle.
Si je m'en tiens au roman sans trop me poser de question, je peux affirmer que cette lecture m'a fait passer par des sentiments de pitié, de révolte, de colère, de tristesse. La mère supérieure de Longchamp est un monstre. certes, au XVIIIème siècle, on ne parle pas de psychologie, toutefois on était capable d'empathie et de compassion. Rien n'excuse donc le comportement de tels tortionnaires. le tort de Suzanne, ce fut de ne pas se sentir appelée au affaires religieuses pour son plus grand malheur, car quel être humain est capable de résister aux souffrances physiques et morales qu'elle se voit infliger ? de ce point de vue, ce roman est marquant et ne peut laisser indemne.


Faut-il y voir des prémices de rébellion contre la religion ? La révolution française approche, les philosophes remettent en question le fait religieux et s'élèvent contre l'oppression générée par l'Eglise. Oppression plus qu'évidente dans le roman de Diderot, le couvent y devient un microcosme de l'Eglise, avec sa hiérarchie, les croyances quelle insinue, le contrôle des pensées des individus, l'austérité, l'abus de pouvoir lié à cette hiérarchie.


le personnage de Suzanne est très intéressant, Jeune femme cultivée, intelligente, certaine de son « non engagement », résolue à défendre ses idées contre vents et marée, argumentant finement pour le plus grand plaisir du lecteur, résistante et parfois ingénue, elle constitue à elle seule toute la trame du roman.


Ce récit, s'il peut parfois heurter la sensibilité d'un lecteur, n'en demeure pas moins un roman incontournable bien qu'il ne soit pas toujours de lecture facile, certaines tournures de phrases pouvant sembler ambiguës au gens du XXIème siècle que nous sommes, et le vocabulaire propre au cloître et à la pratique religieuse difficile à assimiler.


Je ne regrette pas ce moment de lecture édifiant renfermant d'intéressantes notions de philosophie ainsi que des dialogues très riches et intéressants.

Challenge multi-défis

Lien : https://1001ptitgateau.blogs..
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Winter-
  30 juillet 2017
Je ressors de cette lecture toute agitée. Tellement de sentiments se bousculent dans mon coeur. La Religieuse m'a complètement retournée. J'ai lu ce livre d'une traite, je n'arrivais pas à le lâcher tant l'histoire était intéressante et captivante. La jeune Suzanne devient religieuse contre son gré car elle est le fruit d'une passion adultère. Elle sait que ce n'est pas une voie qui lui est destinée alors elle décide de révoquer ses voeux dans l'espoir de sortir au plus vite du couvent. Ce récit est extrêmement moderne, Diderot a eu l'audace de publier un livre alors qu'il savait que sa sortie provoquerait la censure et la violence. J'aime le cynisme de Diderot, il ne mâche pas ses mots et fait une satire directe des couvents mais aussi de la condamnation des enfants illégitimes. L'engagement de l'auteur n'est pas contestable, il évoque un destin terrible et malheureux. J'avais l'impression d'être M. le marquis de Croismare, je recevais cette demande à l'aide de Suzanne et je ressentais une forte empathie pour elle. L'étude des moeurs religieuses est très bien menée dans ce livre, la vie au couvent est peinte avec beaucoup de réalisme, on s'y croirait presque. L'histoire est formidable, merveilleusement bien écrite et sans pathos. On est révolté tout au long du récit pour cette innocente qui a été condamnée à un destin funeste suite au péché de sa mère. Ce livre est un classique que je recommande chaudement et que je relirai dans quelques années.
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jeunejane
  23 mai 2017
Au milieu du 18ème siècle, une jeune fille, Suzanne Simonin est obligée de rentrer au couvent.
Ses parents évoquent des difficultés financières pour assumer son avenir mais en réalité, Suzanne est une enfant illégitime et sa mère désire expier son "péché".
La première mère supérieure se montre compréhensive mais meurt bientôt au grand malheur de Suzanne qui sera dirigée par une véritable harceleuse.
Pour la future nonne, c'est un vrai calvaire.
Elle intente un procès contre son sort injuste, est transférée au couvent saint-Eutrope où c'est encore pire.
La mère supérieure tente de la séduire et sombre dans la démence.
La jeune soeur continue sa lutte et espère être délivrée par le marquis de Croismare.
A travers les mémoires de Suzanne, on lit évidemment les réflexions de Diderot sur la vie cloîtrée des religieuses et leurs déviances.
Etonnant qu'il ait pu se permettre une telle publication pour l'époque.
Il faut dire qu'il tirait son inspiration d'un cas qui avait soulevé des discussions dans les salons parisiens.
Avant de lire le livre, j'avais vu le film du Belge Guillaume Nicloux, paru en 2013. Pour moi, un film remarquable qui arrive à nous faire vivre en empathie avec la victime d'un tel traitement.
Le livre est accessible à la lecture pour nous en 2017 ( en édition folio). Il faut que je tire cela au clair. Peut-être a-t-il été simplifié, remis à jour?

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isabelleisapure
  14 janvier 2017
Ma première lecture de « La religieuse » a été consécutive au scandale provoqué par le film de Jacques Rivette qui fut interdit pendant 2 ans.
Je n'ai jamais vu ce film, mais le battage médiatique lors de sa sortie m'avait donné envie de découvrir ce roman.

Nous étions en 1967.
J'étais une jeune étudiante crédule et rêveuse et je me souviens très nettement de mon émotion et de ma révolte sur le sort de cette pauvre jeune fille contrainte de vouer sa vie à Dieu, pour expier la faute de sa propre mère.

Il m'a fallu 50 ans pour rouvrir ce livre.
Ma lecture en est bien différente. Je me suis maintenant attardée davantage à l'étude précise et sans concession que Diderot fait de la religion catholique.

Il évoque sans détour l'expérience de la narratrice sur la cruauté qui régnait dans les institutions monastiques et de sa découverte de l'érotisme et de la spiritualité.

« La religieuse » est une relecture assez fidèle au souvenir que j'en avais.

Une phrase m'a particulièrement marquée :

« Faire voeu de pauvreté, c'est s'engager par serment à être
paresseux et voleur ; faire voeu de chasteté, c'est promettre à Dieu l'infraction constante de la plus sage et de la plus importante de ses lois ; faire voeu d'obéissance, c'est renoncer à la prérogative inaliénable de l'homme, la liberté. Si l'on observe ces voeux, on est criminel ; si on ne les observe pas, on est parjure. La vie claustrale est d'un fanatique ou d'un hypocrite. »

Je me pose une question en refermant ce livre : comment serait perçu un tel pamphlet s'il était écrit en 2017 où le politiquement correct est presque une règle dès qu'il s'agit de religion ?


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peloignon
  03 décembre 2012
Diderot, c'est pour moi l'écrivain aventurier, l'écrivain de la liberté pure, toujours en mouvement, toujours vif et brillant. Il joue dans l'écriture avec une liberté admirable, toujours rempli de surprises, il aborde tout avec la même légèreté triomphante.
Il va de soi qu'un individu de ce type est très difficile à saisir car sa liberté l'entraîne toujours à explorer de nouvelles possibilités d'existences. Il a ainsi la réputation d'avoir été un matérialiste athée alors qu'il me paraît généralement plutôt comme un déiste préromantique à la Rousseau et qu'il se montre ici comme un authentique chrétien anti-clérical dans un écrit dont le bouillant Martin Luther lui-même se serait probablement délecté. L'institution clérical est en effet exposée d'une manière très réaliste par Diderot dans La religieuse sans que la foi chrétienne authentique y soit attaquée d'aucune manière, bien au contraire.
Tout le roman tient dans cette phrase : « Ah! Monsieur, si vous avez des enfants, apprenez par mon sort celui que vous leur préparez, si vous souffrez qu'ils entrent en religion sans les marques de la vocation la plus forte et la plus décidée. »(91)
Du début à la fin du roman, l'institution cherchera à s'imposer à la petite fille qui deviendra malgré elle soeur Sainte-Suzanne et cette dernière résistera irréductiblement, car elle a besoin d'exister librement. Elle résistera, bien que son coeur appartienne véritablement au Dieu chrétien avec qui elle a une relation personnelle. C'est même dans les vérités de cette religion qu'elle trouvera le courage et les raisons de résister à l'institution :

« Ce fut alors que je sentis la supériorité de la religion chrétienne sur toutes les religions du monde; quelle profonde sagesse il y avait dans ce que l'aveugle philosophie appelle la folie de la croix. ... Je voyais l'innocent, le flanc percé, le front couronné d'épines, les mains et les pieds percés de clous, et expirant dans les souffrances; et je me disais : « Voilà mon Dieu, et j'ose me plaindre!... » Je m'attachai à cette idée, et je sentis la consolation renaître dans mon coeur ».(99)

Sur le plan de l'écriture, j'ai beaucoup aimé le fait que Diderot fasse écrire ce roman par la religieuse elle-même, et qu'il la fasse interpeller fréquemment son lecteur, « vous l'avouerai-je, monsieur? », « dont vous jugerez, monsieur, comme il vous plaira », « sauf votre meilleur avis », etc. Cela donne une tournure militante au roman. Il est vraiment dommage que Diderot se mette à lui faire apostropher une personne précise à partir du milieu du roman (« Vous fûtes de ce nombre »(93)). Évidemment, il s'agit d'une histoire vraie arrivée dans le cercle de ses amis, mais il aurait pu donner une portée universelle à cette histoire particulière si il avait simplement su tenir le cap qu'il a si bien tenu dans la première partie du roman.
Il arrive aussi assez souvent qu'en cours de récit, la simplicité de ton de la religieuse laisse place à un discours d'une précision philosophique qui ne colle absolument pas au personnage. Et comme la religieuse est elle-même narratrice, il n'est pas possible à Diderot d'intercaler un « dit-elle à en termes plus simples » ou un « voilà, en résumé, ce qu'elle fit comprendre à sa supérieure » pour bien faire passer ces incongruités d'expression.
Le roman comporte donc quelques défauts, mais ces défauts peuvent être pardonnés si on considère qu'ils n'existeraient pas si l'excellence du reste ne les ferait pas remarquer. Et, peut-on exiger de la liberté pure qu'elle se conforme totalement à la position qu'elle s'amuse à prendre?
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Ambages
  07 juin 2017
« Je demande à être libre, parce que le sacrifice de ma liberté n'a pas été volontaire. »

Enfermée dans un couvent contre sa volonté par sa mère, parce que cette dernière avait commis une faute (mariée elle avait eu cet enfant avec un autre homme). Je suis choquée par l'attitude de cette mère, une femme qui espère expier sa faute grâce à son enfant, au travers la perte de la liberté de sa propre chair. Elle demande à la personne qui n'y est pour rien, de réparer. Plus que la vie d'épouvante décrite dans l'institution religieuse, ce sont les mots mis par Diderot dans la bouche de cette mère qui m'ont fait mal.
Hors cette partie révoltante, je me suis régalée et même amusée franchement avec cette lecture. Si au lycée on m'avait dit que c'était drôle, voilà un livre que j'aurais dévoré depuis bien longtemps. Pourquoi avais-je des idées aussi étroites ? le titre, peut-être. La Religieuse, évidemment ça ne fait pas rêver. Mais c'était une erreur d'avoir pensé uniquement à l'austère et à la tristesse. Diderot était un filou et a apporté son humour et son ironie dans ce fait divers qu'il adapte à son esprit. J'ai donc pris un plaisir grandissant surtout à partir de la seconde moitié avec l'entrée en scène de la supérieure la plus délurée qui soit. « Jamais vous n'avez pensé à promener vos mains sur cette gorge, sur ces cuisses, sur ce ventre, sur ces chairs si fermes, si douces, et si blanches ? » C'est drôle quand elle se pâme et que notre chère ingénue n'y voit que du feu. « Qu'elle est innocente ! » Et puis la fin où l'on apprend que.. mais non, je ne dis pas. Sinon cela perd de son attrait pour qui ne le sait pas. Donc oui, être des amis de Diderot ne devait pas être une sinécure tous les jours !
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Deleatur
  19 juin 2019
Voilà un autre de ces classiques qu'on ne présente plus et que je n'avais pourtant jamais ouvert jusqu'à présent. Hélas, c'est loin d'être un cas isolé. À tel point que je n'ose plus paraître en ville dans les dîners de profs de lettres, tant mes lacunes en la matière sont inavouables. Fort heureusement, je fréquente d'autres gens que des profs de lettres. Des profs d'histoire, par exemple.
J'ai d'abord été intrigué par le parcours pour le moins singulier de ce texte avant qu'il ne devienne roman : au départ, il ne s'agit pour Diderot et quelques complices que de ramener à Paris un de leurs amis, le marquis de Croismare, qui s'est retiré à leur grand dam sur ses terres normandes. Le brave homme s'étant ému quelques années auparavant du sort d'une religieuse retenue dans son couvent contre sa volonté, Diderot imagine une mystification susceptible de le faire sortir de sa retraite. C'est ainsi que naît le personnage de Suzanne Simonin, fille adultérine que sa famille rejette, condamnée au couvent par ses parents comme la justice condamne au bagne. L'enfermer, c'est dissimuler la faute à défaut de la réparer, et c'est surtout le moyen de l'écarter d'un héritage dont elle n'est pas jugée digne. Dissimulation, insensibilité et avarice : voilà déjà le caractère bourgeois planté par l'auteur.
À la fin du livre, une postface reproduit la correspondance entre le marquis et ses mystificateurs. On découvre au fil de ces courriers comment Diderot a développé la première version des malheurs de la religieuse, dans des lettres où il se fait directement passer pour elle ou pour sa protectrice. La machination est très élaborée et ne manque pas d'intérêt, bien qu'elle puisse faire tiquer sur le plan moral. La fiction est un mensonge consenti, dit-on. Ici, il ne l'est pas : le véritable marquis correspond sans s'en douter le moins du monde avec des êtres fictifs. Pour ma part, je trouve que cela rend l'entreprise encore plus fascinante, et que cette façon d'ancrer des personnages dans le réel peut être vue comme un aboutissement de la fiction. Il est vrai, cela dit, que je ne suis pas quelqu'un d'une grande moralité.
Quoiqu'il en soit, lire le roman a bouleversé mes idées toutes faites à son sujet. Je n'y ai vu Diderot à aucun moment comme un athée. Suzanne, qui est l'innocence incarnée, est aussi sincèrement croyante. C'est même en gage de la fidélité à sa foi qu'elle rejette un état religieux dont elle ne veut pas, dans une sorte d'horreur face à l'hypocrisie que cette situation lui impose. En revanche, le texte est incroyablement anticlérical : la hiérarchie de l'Église n'apparaît que furtivement, mais c'est une institution indifférente et sans âme. Quant au secret des cloîtres, il est le réceptacle de toutes les perversions et les souffrances. le récit du calvaire de Suzanne au couvent de Longchamp est proprement glaçant. Je ne vais pas y insister, c'est sans doute la partie la plus connue et commentée du livre. En la lisant, on se dit que les régimes totalitaires n'ont pas inventé grand chose en matière de torture psychologique, et que le harcèlement managérial d'aujourd'hui y a peut-être puisé quelques idées pratiques. le ton change lorsque Suzanne est enfin transférée au couvent d'Arpajon. L'établissement est en effet dirigé par une supérieure saphique, qui vit entourée de ses jeunes favorites dans un désordre échevelé et au mépris bien sûr de tout règlement conventuel. Suzanne, par sa beauté, devient aussitôt l'objet de convoitises que sa candeur lui interdit de comprendre. Il me semble que Diderot s'est quand même accordé certains plaisirs dans l'extravagance alanguie des tableaux qu'il brosse ici... Mais cela ne dure guère, car le confesseur de la jeune religieuse l'instruit de l'esprit maléfique qui préside à ces ébats. Transie de désir et de frustration, dévastée de voir son amour repoussé, la supérieure bascule peu à peu dans l'obsession, la folie puis la mort. Par la bouche de sa narratrice, Diderot fait certes mine de condamner l'homosexualité féminine. Difficile bien sûr de ne pas surinterpréter depuis mon petit point de vue du XXIème siècle, mais mon sentiment est plutôt que l'auteur s'attaque à l'absurdité, à l'artificialité et au caractère criminogène de règles que la société impose malgré eux aux individus. La perversion, semble-t-il dire, ne réside pas dans telle ou telle inclination de l'être humain, mais dans la contrainte sociale condamnant les aspirations qui osent s'écarter de la norme. C'est ce que je retiens surtout du livre : dans ce lieu clos qu'est le couvent, organisé selon des règles inflexibles qui n'expriment plus aucun élan mystique et ne répondent à aucune finalité sociale, Diderot met à nu le caractère fondamentalement artificiel de la norme. En condamnant la loi de fer si particulière de la communauté religieuse, l'auteur n'a peut-être pas l'intention de contester partout l'existence des normes, mais il insiste sur la nécessité de ne pas oublier ce qu'elles sont dans tous les cas : des constructions collectives. Discours qui n'a évidemment jamais cessé d'être actuel.
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PiertyM
  21 novembre 2014
D'un langage simple et fluide, La Religieuse est un mémoire rédigé par une adolescente. Elle nous fait part de son séjour, en tant que religieuse, dans les différents couvents de religieuses où elle expose tout nettement l'ambiance qui parait comme une espèce de trou de la vie surtout pour celle qui n'avait jamais eu vocation de devenir soeur religieuse...

En effet, Suzanne va découvrir, à force de résister à devenir religieuse, qu'elle est le fruit d'un adultère, que Mr Simonin qu'elle a toujours considéré comme son père, en fait, ne l'est pas. Raison pour laquelle ses deux soeurs vont pleinement bénéficier de grosses dots venant de l'héritage de leur père et à elle, on lui demandera de porter la croix de sa naissance c'est-à-dire devenir religieuse afin d'expier les péchés de sa mère...alors va commencer un long calvaire pour cette âme innocente, naïve mais tellement perspicace qu'on se rendra compte qu'elle se perd, que l'éveil de son intelligence se perd, qu'elle n'est pas là à la place qu'il faut...

On découvre dans ce livre la contradiction qui peut exister entre les lois établies et la gouvernance sensée les mettre à exécution car le gouvernant peut se considéré comme seul maître, il peut se saisir des lois et les tordre à sa volonté disant s'asseoir simplement dessus. On en a vu la différence entre les trois mères supérieures que va connaitre Suzanne. Chacune d'elle marche sur les lois à sa guise, de telle façon que dans certains cas, on se demande est-ce recommander par la religion? Et cette vie cloîtrée qui engendre bien des conséquences néfastes pour certaines personnes qui ne sont pas faites pour ce genre de vie, ce qui peut entraîner certaines perturbations psychologiques...

Un livre profond mais qui se lit aussi facilement!
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Moan
  15 décembre 2013
Suzanne la narratrice a seize ans, deux soeurs, un père avocat avec "plus de fortune qu'il n'en fallait pour les établir solidement".
Problème, son père n'est pas son père, les deux soeurs auront chacune la moitié de la fortune et Suzanne se retrouvera dans un couvent pour expier le péché de sa mère.
le souhait de ses parents n'est pas le sien et elle tentera tout pour sortir de ces couvents qui lui réserveront des moments cruels.

Pour écrire ce livre, Diderot est parti d'un fait réel. "Ouvrage d'une utilité publique et générale car c'était la plus cruelle satire qu'on eut jamais faite des cloîtres".
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