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Robert Mauzi (Éditeur scientifique)
ISBN : 2070360571
Éditeur : Gallimard (16/03/1972)

Note moyenne : 3.85/5 (sur 693 notes)
Résumé :
Publié sans nom d'auteur, interdit il y a quelques années au cinéma, La Religieuse fait toujours scandale ; or, ce livre, disait Montherlant, « est à peine licencieux et n'est pas du tout frivole mais au contraire très grave ». Inspiré par une histoire vécue, Diderot imagine que la religieuse Suzanne Simonin raconte ses mésaventures en 1760. Spoliée de sa dot, elle séjourne dans trois couvents successifs. La première supérieure est cupide, la deuxième est ascétique,... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (65) Voir plus Ajouter une critique
jeunejane
  23 mai 2017
Au milieu du 18ème siècle, une jeune fille, Suzanne Simonin est obligée de rentrer au couvent.
Ses parents évoquent des difficultés financières pour assumer son avenir mais en réalité, Suzanne est une enfant illégitime et sa mère désire expier son "péché".
La première mère supérieure se montre compréhensive mais meurt bientôt au grand malheur de Suzanne qui sera dirigée par une véritable harceleuse.
Pour la future nonne, c'est un vrai calvaire.
Elle intente un procès contre son sort injuste, est transférée au couvent saint-Eutrope où c'est encore pire.
La mère supérieure tente de la séduire et sombre dans la démence.
La jeune soeur continue sa lutte et espère être délivrée par le marquis de Croismare.
A travers les mémoires de Suzanne, on lit évidemment les réflexions de Diderot sur la vie cloîtrée des religieuses et leurs déviances.
Etonnant qu'il ait pu se permettre une telle publication pour l'époque.
Il faut dire qu'il tirait son inspiration d'un cas qui avait soulevé des discussions dans les salons parisiens.
Avant de lire le livre, j'avais vu le film du Belge Guillaume Nicloux, paru en 2013. Pour moi, un film remarquable qui arrive à nous faire vivre en empathie avec la victime d'un tel traitement.
Le livre est accessible à la lecture pour nous en 2017 ( en édition folio). Il faut que je tire cela au clair. Peut-être a-t-il été simplifié, remis à jour?
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Winter-
  30 juillet 2017
Je ressors de cette lecture toute agitée. Tellement de sentiments se bousculent dans mon coeur. La Religieuse m'a complètement retournée. J'ai lu ce livre d'une traite, je n'arrivais pas à le lâcher tant l'histoire était intéressante et captivante. La jeune Suzanne devient religieuse contre son gré car elle est le fruit d'une passion adultère. Elle sait que ce n'est pas une voie qui lui est destinée alors elle décide de révoquer ses voeux dans l'espoir de sortir au plus vite du couvent. Ce récit est extrêmement moderne, Diderot a eu l'audace de publier un livre alors qu'il savait que sa sortie provoquerait la censure et la violence. J'aime le cynisme de Diderot, il ne mâche pas ses mots et fait une satire directe des couvents mais aussi de la condamnation des enfants illégitimes. L'engagement de l'auteur n'est pas contestable, il évoque un destin terrible et malheureux. J'avais l'impression d'être M. le marquis de Croismare, je recevais cette demande à l'aide de Suzanne et je ressentais une forte empathie pour elle. L'étude des moeurs religieuses est très bien menée dans ce livre, la vie au couvent est peinte avec beaucoup de réalisme, on s'y croirait presque. L'histoire est formidable, merveilleusement bien écrite et sans pathos. On est révolté tout au long du récit pour cette innocente qui a été condamnée à un destin funeste suite au péché de sa mère. Ce livre est un classique que je recommande chaudement et que je relirai dans quelques années.
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peloignon
  03 décembre 2012
Diderot, c'est pour moi l'écrivain aventurier, l'écrivain de la liberté pure, toujours en mouvement, toujours vif et brillant. Il joue dans l'écriture avec une liberté admirable, toujours rempli de surprises, il aborde tout avec la même légèreté triomphante.
Il va de soi qu'un individu de ce type est très difficile à saisir car sa liberté l'entraîne toujours à explorer de nouvelles possibilités d'existences. Il a ainsi la réputation d'avoir été un matérialiste athée alors qu'il me paraît généralement plutôt comme un déiste préromantique à la Rousseau et qu'il se montre ici comme un authentique chrétien anti-clérical dans un écrit dont le bouillant Martin Luther lui-même se serait probablement délecté. L'institution clérical est en effet exposée d'une manière très réaliste par Diderot dans La religieuse sans que la foi chrétienne authentique y soit attaquée d'aucune manière, bien au contraire.
Tout le roman tient dans cette phrase : « Ah! Monsieur, si vous avez des enfants, apprenez par mon sort celui que vous leur préparez, si vous souffrez qu'ils entrent en religion sans les marques de la vocation la plus forte et la plus décidée. »(91)
Du début à la fin du roman, l'institution cherchera à s'imposer à la petite fille qui deviendra malgré elle soeur Sainte-Suzanne et cette dernière résistera irréductiblement, car elle a besoin d'exister librement. Elle résistera, bien que son coeur appartienne véritablement au Dieu chrétien avec qui elle a une relation personnelle. C'est même dans les vérités de cette religion qu'elle trouvera le courage et les raisons de résister à l'institution :
« Ce fut alors que je sentis la supériorité de la religion chrétienne sur toutes les religions du monde; quelle profonde sagesse il y avait dans ce que l'aveugle philosophie appelle la folie de la croix. ... Je voyais l'innocent, le flanc percé, le front couronné d'épines, les mains et les pieds percés de clous, et expirant dans les souffrances; et je me disais : « Voilà mon Dieu, et j'ose me plaindre!... » Je m'attachai à cette idée, et je sentis la consolation renaître dans mon coeur ».(99)
Sur le plan de l'écriture, j'ai beaucoup aimé le fait que Diderot fasse écrire ce roman par la religieuse elle-même, et qu'il la fasse interpeller fréquemment son lecteur, « vous l'avouerai-je, monsieur? », « dont vous jugerez, monsieur, comme il vous plaira », « sauf votre meilleur avis », etc. Cela donne une tournure militante au roman. Il est vraiment dommage que Diderot se mette à lui faire apostropher une personne précise à partir du milieu du roman (« Vous fûtes de ce nombre »(93)). Évidemment, il s'agit d'une histoire vraie arrivée dans le cercle de ses amis, mais il aurait pu donner une portée universelle à cette histoire particulière si il avait simplement su tenir le cap qu'il a si bien tenu dans la première partie du roman.
Il arrive aussi assez souvent qu'en cours de récit, la simplicité de ton de la religieuse laisse place à un discours d'une précision philosophique qui ne colle absolument pas au personnage. Et comme la religieuse est elle-même narratrice, il n'est pas possible à Diderot d'intercaler un « dit-elle à en termes plus simples » ou un « voilà, en résumé, ce qu'elle fit comprendre à sa supérieure » pour bien faire passer ces incongruités d'expression.
Le roman comporte donc quelques défauts, mais ces défauts peuvent être pardonnés si on considère qu'ils n'existeraient pas si l'excellence du reste ne les ferait pas remarquer. Et, peut-on exiger de la liberté pure qu'elle se conforme totalement à la position qu'elle s'amuse à prendre?
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dgwickert
  08 juin 2016
1760. Suzanne, fille illégitime d'une fratrie de trois, est mise au couvent pour que ses deux soeurs légales soient correctement dotées pour leur mariage. Mais elle ne veut pas devenir religieuse. Une fois ses soeurs mariées, elle veut reprendre sa liberté. C'est sans compter sur sa mère qui veut expier sa faute en gardant Suzanne au couvent, et qui la contraint à prononcer ses voeux. Une fois dans l'engrenage, plus moyen d'en sortir... Ce ne sont que souffrances, harcèlement et martyr de la part de Mère Catherine (1) et les cinquante soeurs du couvent de Longchamp, quand la communauté apprend que Soeur Suzanne provoque des scandales pour sortir de cette prison. Soupçonnée d'être la proie du démon....etc
Magnifique ouvrage ! Pour une fois, je suis d'accord avec le"jury" de ce qui est "classique" ou de ce qui ne vaut pas la peine d'être étudié !.... Denis Diderot a travaillé ce livre entre 1760 et 1780, avec une belle écriture très actuelle.
Cette narration est inspirée d'une histoire vraie.
Au milieu du livre, le réquisitoire de l'avocat Manouri pose des questions philosophiques essentielles sur l'utilité des couvents et l'isolement des personnes (2). Sera-ce suffisant pour faire sortir Suzanne de son état ?
La formation théologique et philosophique de "l'âme de l'Encyclopédie" étaye avec assurance cette histoire poignante de David contre Goliath, digne, avec plusieurs siècles d'avance, d'un bon thriller actuel de John Grisham comme le maître du jeu, ou l'ombre de Grey Mountain.
(1) Mère Catherine, d'après la description détaillée de Diderot, serait actuellement une perverse narcissique.
(2) Je trouve que Diderot, qui évolue tout au long de sa vie sur la question religieuse, se rapproche du déïsme ou du christianisme anti-liturgique dans ce livre.
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Ambages
  07 juin 2017
« Je demande à être libre, parce que le sacrifice de ma liberté n'a pas été volontaire. »
Enfermée dans un couvent contre sa volonté par sa mère, parce que cette dernière avait commis une faute (mariée elle avait eu cet enfant avec un autre homme). Je suis choquée par l'attitude de cette mère, une femme qui espère expier sa faute grâce à son enfant, au travers la perte de la liberté de sa propre chair. Elle demande à la personne qui n'y est pour rien, de réparer. Plus que la vie d'épouvante décrite dans l'institution religieuse, ce sont les mots mis par Diderot dans la bouche de cette mère qui m'ont fait mal.
Hors cette partie révoltante, je me suis régalée et même amusée franchement avec cette lecture. Si au lycée on m'avait dit que c'était drôle, voilà un livre que j'aurais dévoré depuis bien longtemps. Pourquoi avais-je des idées aussi étroites ? le titre, peut-être. La Religieuse, évidemment ça ne fait pas rêver. Mais c'était une erreur d'avoir pensé uniquement à l'austère et à la tristesse. Diderot était un filou et a apporté son humour et son ironie dans ce fait divers qu'il adapte à son esprit. J'ai donc pris un plaisir grandissant surtout à partir de la seconde moitié avec l'entrée en scène de la supérieure la plus délurée qui soit. « Jamais vous n'avez pensé à promener vos mains sur cette gorge, sur ces cuisses, sur ce ventre, sur ces chairs si fermes, si douces, et si blanches ? » C'est drôle quand elle se pâme et que notre chère ingénue n'y voit que du feu. « Qu'elle est innocente ! » Et puis la fin où l'on apprend que.. mais non, je ne dis pas. Sinon cela perd de son attrait pour qui ne le sait pas. Donc oui, être des amis de Diderot ne devait pas être une sinécure tous les jours !
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Citations & extraits (102) Voir plus Ajouter une citation
mellahmellah   10 juillet 2013
– Eh bien ! maman, lui dis-je, rendez-moi vos bontés ; rendez-moi votre présence ; rendez-moi la tendresse de celui qui se croit mon père. Ma fille, car vous l’êtes malgré moi, vos sœurs ont obtenu des lois un nom que vous tenez du crime, n’affligez pas une mère qui expire ; laissez-la descendre paisiblement au tombeau : qu’elle puisse se dire à elle-même, lorsqu’elle sera sur le point de paraître devant le grand juge, qu’elle a réparé sa faute autant qu’il était en elle, qu’elle puisse se flatter qu’après sa mort vous ne porterez point le trouble dans la maison, et que vous ne revendiquerez pas des droits que vous n’avez point.











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AdenoliaAdenolia   18 juin 2016
Rassurée par la sainteté du lieu, par la présence de la Divinité, par l'innocence de mon coeur, j'osai lever les yeux sur elle ; mais à peine l'eus-je aperçue que je poussai un grand cri et que je me mis à courir dans le choeur comme une insensée, en criant: "Loin de moi, Satan !… " Elle ne me suivait point, elle restait à sa place, et elle me disait, en tendant doucement ses deux bras vers moi, et de la voix la plus touchante et la plus douce: "Qu'avez-vous? D'où vient cet effroi? Arrêtez. Je ne suis point Satan, je suis votre supérieur et votre amie." Je m'arrêtai, je retournai encore la tête vers elle, et je vis que j'avais été effrayée par une apparence bizarre que mon imagination avait réalisée ; c'est qu'elle était placée, par rapport à la lampe de l'église, de manière qu'il n'y avait que son visage et que l'extrémité de ses mains qui fussent éclairées, et que le reste était dans l'ombre, ce qui lui donnait un aspect singulier.
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LydiaBLydiaB   23 février 2013
J’oubliais de vous dire que je vis mon père et ma mère, que je n’épargnai rien pour les toucher, et que je les trouvai inflexibles. Ce fut un M. l’abbé Blin, docteur de Sorbonne, qui m’exhorta, et M. l’évêque d’Alep qui me donna l’habit. Cette cérémonie n’est pas gaie par elle-même ; ce jour-là elle fut des plus tristes. Quoique les religieuses s’empressassent autour de moi pour me soutenir, vingt fois je sentis mes genoux se dérober, et je me vis prête à tomber sur les marches de l’autel. Je n’entendais rien, je ne voyais rien, j’étais stupide ; on me menait, et j’allais ; on m’interrogeait, et l’on répondait pour moi. Cependant cette cruelle cérémonie prit fin ; tout le monde se retira, et je restai au milieu du troupeau auquel on venait de m’associer. Mes compagnes m’ont entourée ; elles m’embrassent, et se disent : « Mais voyez donc, ma sœur, comme elle est belle ! comme ce voile noir relève la blancheur de son teint ! comme ce bandeau lui sied ! comme il lui arrondit le visage ! comme il étend ses joues ! comme cet habit fait valoir sa taille et ses bras !… » Je les écoutais à peine ; j’étais désolée.
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jeunejanejeunejane   23 mai 2017
Mais, voyez donc, ma sœur ; comme elle est belle ! Comme ce voile noir relève la blancheur de son teint ! Comme ce bandeau lui sied, comme il lui arrondit le visage, comme il étend ses joues ! Comme cet habit fait valoir sa taille et ses bras ! ...Je les écoutais à peine ; j'étais désolée ; cependant il faut que j'en convienne, quand je fus seule dans ma cellule je me ressouvins de leurs flatteries, ...et il me sembla qu'elles n'étaient pas tout à fait déplacées.
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Winter-Winter-   30 juillet 2017
Faire vœu de pauvreté, c'est s'engager par serment à être paresseux et voleur ; faire vœu de chasteté, c'est promettre à Dieu l'infraction constante de la plus sage et de la plus importante de ses lois ; faire vœu d'obéissance, c'est renoncer à la prérogative inaliénable de l'homme, la liberté. Si l'on observe ces vœux, on est criminel ; si on ne les observe pas, on est parjure. La vie claustrale est d'un fanatique ou d'un hypocrite.
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Renaître de tes cendres, Dominique Lin, éd. Elan Sud pour tablettes et portables .Renaître de tes cendres, roman de Dominique Lin, collection Regards chez Elan Sud. Présentation rapide de ce titre à la librairie La Porte des Mots à Anduze : Au bord du chemin social et économique, Léon se sent responsable de la mort de sa femme. Un emploi de commercial lui fait réaliser la manipulation mentale exercée par les formateurs. Il tire un parallèle avec l?embrigadement des sectes qui ont gâché sa vie. Diderot va l?accompagner dans sa compréhension du monde. L?écriture va l?aider à faire son deuil. http://elansud.com/boutique/regards/35-renaitre-de-tes-cendres-9782911137228.html
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