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Robert Mauzi (Éditeur scientifique)
EAN : 9782070360574
378 pages
Éditeur : Gallimard (16/03/1972)

Note moyenne : 3.87/5 (sur 939 notes)
Résumé :
Publié sans nom d'auteur, interdit il y a quelques années au cinéma, La Religieuse fait toujours scandale ; or, ce livre, disait Montherlant, « est à peine licencieux et n'est pas du tout frivole mais au contraire très grave ». Inspiré par une histoire vécue, Diderot imagine que la religieuse Suzanne Simonin raconte ses mésaventures en 1760. Spoliée de sa dot, elle séjourne dans trois couvents successifs. La première supérieure est cupide, la deuxième est ascétique,... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (94) Voir plus Ajouter une critique
denis76
  31 mai 2018
Enfin un philosophe qui sait être passionnant : c'est un superbe roman, lisez-le !
Suzanne a été conçue en dehors du mariage. Ses deux demi-soeurs sont bien dotées pour le mariage, pas elle. Sa mère l'oblige à payer sa propre "faute" en étant religieuse toute sa vie, elle qui voulait être libre. Au moment de faire ses voeux, sa mère lui fait du chantage, et en plus Suzanne a une mère supérieure sadique qui ne lui demande même pas son avis. Cette femme, par la suite, la harcèle de brimades et de lesbianisme...
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En plus d'être un thriller digne de ceux de John Grisham (en réchappera-t-elle ? ), ce livre est un violent pamphlet contre la religion catholique. Une mère supérieure a t-elle le droit d'être méchante, alors que "Dieu est amour" ? Peut-on forcer quelqu'un à rentrer dans les ordres ? Denis Diderot connait bien le "milieu", lui qui a failli devenir prêtre. Sur la fin de sa vie, en 1780, après avoir collaboré à l'Encyclopédie, il écrit ce livre violent, en se rappelant sans doute sa jeunesse et la vie de sa petite soeur Angélique, morte folle au couvent. Mais il s'est méfié des institutions religieuses, encore très puissantes au XVIIIè siècle, et a laissé cet écrit sans le diffuser. La publication sera posthume.
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Le "Siècle des Lumières" et des philosophes est une ouverture de la pensée. Ces philosophes, Diderot, Voltaire, D Alembert, Rousseau, etc.. semblent envoyer un message au peuple :
"Arrêtez d'être aveuglés par la liturgie sombre, qui sanctionne et fait chanter sous peine d'aller en enfer. Ouvrez vous à la Connaissance (c'est une co-naissance, une deuxième naissance ), et à une autre vision de Dieu et de Jésus.
"Jésus a-t-il institué les ordres de moines et de religieuses ?" questionne Diderot. Non, les hommes ont inventé, ont créé artificiellement les ordres et la liturgie, pour soumettre le peuple à leur volonté. Les "hommes de Dieu" sont aussi pourris que les autres".
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La mort affreuse de la supérieure semble être une sanction de Dieu.
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Voltaire et Diderot sont déistes. Moi aussi. Normal, entre Denis ! ... : )
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Ptitgateau
  28 mars 2019
Bien-sûr, ce récit est une fiction, puisque le témoignage de Soeur Ste Suzanne, alias, Suzanne Simonin, est destiné à être lu par un certain marquis de Croismare dans le but de l'attendrir et le faire revenir de Normandie afin d'égayer la bonne société parisienne.
Toutefois, comme le signale l'auteur de la préface, Robert Mauzi, « que de patrimoines furent sauvés par une vocation opportune ; et que d'enfants naturels refoulés dans le néant des cloîtres ! » Cette pauvre Suzanne Simonin rassemble à elle seule, les deux conditions, enfant naturel devant expier les fautes de sa mère, et bien gênante pour la succession. En lisant les horreurs perpétrées par les soeurs de Longchamps, j'ai été tentée de me dire qu'il ne s'agit que d'une fiction, et que Diderot ajoute du sensationnel au témoignage de Suzanne, mais en fouillant un peu, on apprend que ce récit est inspiré de l'histoire de Marguerite Delamarre, religieuse qui alimenta les conversations vers 1750, et que Diderot a pu s'inspirer de sa propre soeur, entrée au couvent et devenue folle.
Si je m'en tiens au roman sans trop me poser de question, je peux affirmer que cette lecture m'a fait passer par des sentiments de pitié, de révolte, de colère, de tristesse. La mère supérieure de Longchamp est un monstre. certes, au XVIIIème siècle, on ne parle pas de psychologie, toutefois on était capable d'empathie et de compassion. Rien n'excuse donc le comportement de tels tortionnaires. le tort de Suzanne, ce fut de ne pas se sentir appelée au affaires religieuses pour son plus grand malheur, car quel être humain est capable de résister aux souffrances physiques et morales qu'elle se voit infliger ? de ce point de vue, ce roman est marquant et ne peut laisser indemne.

Faut-il y voir des prémices de rébellion contre la religion ? La révolution française approche, les philosophes remettent en question le fait religieux et s'élèvent contre l'oppression générée par l'Eglise. Oppression plus qu'évidente dans le roman de Diderot, le couvent y devient un microcosme de l'Eglise, avec sa hiérarchie, les croyances quelle insinue, le contrôle des pensées des individus, l'austérité, l'abus de pouvoir lié à cette hiérarchie.

le personnage de Suzanne est très intéressant, Jeune femme cultivée, intelligente, certaine de son « non engagement », résolue à défendre ses idées contre vents et marée, argumentant finement pour le plus grand plaisir du lecteur, résistante et parfois ingénue, elle constitue à elle seule toute la trame du roman.

Ce récit, s'il peut parfois heurter la sensibilité d'un lecteur, n'en demeure pas moins un roman incontournable bien qu'il ne soit pas toujours de lecture facile, certaines tournures de phrases pouvant sembler ambiguës au gens du XXIème siècle que nous sommes, et le vocabulaire propre au cloître et à la pratique religieuse difficile à assimiler.

Je ne regrette pas ce moment de lecture édifiant renfermant d'intéressantes notions de philosophie ainsi que des dialogues très riches et intéressants.
Challenge multi-défis

Lien : https://1001ptitgateau.blogs..
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Winter-
  30 juillet 2017
Je ressors de cette lecture toute agitée. Tellement de sentiments se bousculent dans mon coeur. La Religieuse m'a complètement retournée. J'ai lu ce livre d'une traite, je n'arrivais pas à le lâcher tant l'histoire était intéressante et captivante. La jeune Suzanne devient religieuse contre son gré car elle est le fruit d'une passion adultère. Elle sait que ce n'est pas une voie qui lui est destinée alors elle décide de révoquer ses voeux dans l'espoir de sortir au plus vite du couvent. Ce récit est extrêmement moderne, Diderot a eu l'audace de publier un livre alors qu'il savait que sa sortie provoquerait la censure et la violence. J'aime le cynisme de Diderot, il ne mâche pas ses mots et fait une satire directe des couvents mais aussi de la condamnation des enfants illégitimes. L'engagement de l'auteur n'est pas contestable, il évoque un destin terrible et malheureux. J'avais l'impression d'être M. le marquis de Croismare, je recevais cette demande à l'aide de Suzanne et je ressentais une forte empathie pour elle. L'étude des moeurs religieuses est très bien menée dans ce livre, la vie au couvent est peinte avec beaucoup de réalisme, on s'y croirait presque. L'histoire est formidable, merveilleusement bien écrite et sans pathos. On est révolté tout au long du récit pour cette innocente qui a été condamnée à un destin funeste suite au péché de sa mère. Ce livre est un classique que je recommande chaudement et que je relirai dans quelques années.
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jeunejane
  23 mai 2017
Au milieu du 18ème siècle, une jeune fille, Suzanne Simonin est obligée de rentrer au couvent.
Ses parents évoquent des difficultés financières pour assumer son avenir mais en réalité, Suzanne est une enfant illégitime et sa mère désire expier son "péché".
La première mère supérieure se montre compréhensive mais meurt bientôt au grand malheur de Suzanne qui sera dirigée par une véritable harceleuse.
Pour la future nonne, c'est un vrai calvaire.
Elle intente un procès contre son sort injuste, est transférée au couvent saint-Eutrope où c'est encore pire.
La mère supérieure tente de la séduire et sombre dans la démence.
La jeune soeur continue sa lutte et espère être délivrée par le marquis de Croismare.
A travers les mémoires de Suzanne, on lit évidemment les réflexions de Diderot sur la vie cloîtrée des religieuses et leurs déviances.
Etonnant qu'il ait pu se permettre une telle publication pour l'époque.
Il faut dire qu'il tirait son inspiration d'un cas qui avait soulevé des discussions dans les salons parisiens.
Avant de lire le livre, j'avais vu le film du Belge Guillaume Nicloux, paru en 2013. Pour moi, un film remarquable qui arrive à nous faire vivre en empathie avec la victime d'un tel traitement.
Le livre est accessible à la lecture pour nous en 2017 ( en édition folio). Il faut que je tire cela au clair. Peut-être a-t-il été simplifié, remis à jour?
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peloignon
  03 décembre 2012
Diderot, c'est pour moi l'écrivain aventurier, l'écrivain de la liberté pure, toujours en mouvement, toujours vif et brillant. Il joue dans l'écriture avec une liberté admirable, toujours rempli de surprises, il aborde tout avec la même légèreté triomphante.
Il va de soi qu'un individu de ce type est très difficile à saisir car sa liberté l'entraîne toujours à explorer de nouvelles possibilités d'existences. Il a ainsi la réputation d'avoir été un matérialiste athée alors qu'il me paraît généralement plutôt comme un déiste préromantique à la Rousseau et qu'il se montre ici comme un authentique chrétien anti-clérical dans un écrit dont le bouillant Martin Luther lui-même se serait probablement délecté. L'institution clérical est en effet exposée d'une manière très réaliste par Diderot dans La religieuse sans que la foi chrétienne authentique y soit attaquée d'aucune manière, bien au contraire.
Tout le roman tient dans cette phrase : « Ah! Monsieur, si vous avez des enfants, apprenez par mon sort celui que vous leur préparez, si vous souffrez qu'ils entrent en religion sans les marques de la vocation la plus forte et la plus décidée. »(91)
Du début à la fin du roman, l'institution cherchera à s'imposer à la petite fille qui deviendra malgré elle soeur Sainte-Suzanne et cette dernière résistera irréductiblement, car elle a besoin d'exister librement. Elle résistera, bien que son coeur appartienne véritablement au Dieu chrétien avec qui elle a une relation personnelle. C'est même dans les vérités de cette religion qu'elle trouvera le courage et les raisons de résister à l'institution :
« Ce fut alors que je sentis la supériorité de la religion chrétienne sur toutes les religions du monde; quelle profonde sagesse il y avait dans ce que l'aveugle philosophie appelle la folie de la croix. ... Je voyais l'innocent, le flanc percé, le front couronné d'épines, les mains et les pieds percés de clous, et expirant dans les souffrances; et je me disais : « Voilà mon Dieu, et j'ose me plaindre!... » Je m'attachai à cette idée, et je sentis la consolation renaître dans mon coeur ».(99)
Sur le plan de l'écriture, j'ai beaucoup aimé le fait que Diderot fasse écrire ce roman par la religieuse elle-même, et qu'il la fasse interpeller fréquemment son lecteur, « vous l'avouerai-je, monsieur? », « dont vous jugerez, monsieur, comme il vous plaira », « sauf votre meilleur avis », etc. Cela donne une tournure militante au roman. Il est vraiment dommage que Diderot se mette à lui faire apostropher une personne précise à partir du milieu du roman (« Vous fûtes de ce nombre »(93)). Évidemment, il s'agit d'une histoire vraie arrivée dans le cercle de ses amis, mais il aurait pu donner une portée universelle à cette histoire particulière si il avait simplement su tenir le cap qu'il a si bien tenu dans la première partie du roman.
Il arrive aussi assez souvent qu'en cours de récit, la simplicité de ton de la religieuse laisse place à un discours d'une précision philosophique qui ne colle absolument pas au personnage. Et comme la religieuse est elle-même narratrice, il n'est pas possible à Diderot d'intercaler un « dit-elle à en termes plus simples » ou un « voilà, en résumé, ce qu'elle fit comprendre à sa supérieure » pour bien faire passer ces incongruités d'expression.
Le roman comporte donc quelques défauts, mais ces défauts peuvent être pardonnés si on considère qu'ils n'existeraient pas si l'excellence du reste ne les ferait pas remarquer. Et, peut-on exiger de la liberté pure qu'elle se conforme totalement à la position qu'elle s'amuse à prendre?
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Citations et extraits (153) Voir plus Ajouter une citation
denis76denis76   30 mai 2018
Quelle mort, monsieur le marquis ! Je l'ai vue, la terrible image du désespoir et du crime à sa dernière heure ; elle se croyait entourée d'esprits infernaux ; ils attendaient son âme pour s'en saisir ; elle disait d'une voix étouffée : " Les voilà ! Les voilà !..." et leur opposant de droite et de gauche un christ qu'elle tenait à la main ; elle hurlait, elle criait : "Mon Dieu !... Mon Dieu ! "

NDL : vous savez que je crois à ce phénomène. Je l'ai lu dans d'autres livres, et j'ai vécu une mort de démence sénile ( c'est le terme actuel ), une perverse narcissique comme cette mère supérieure, qui voyait aussi des "démons" partout.
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mellahmellah   10 juillet 2013
– Eh bien ! maman, lui dis-je, rendez-moi vos bontés ; rendez-moi votre présence ; rendez-moi la tendresse de celui qui se croit mon père. Ma fille, car vous l’êtes malgré moi, vos sœurs ont obtenu des lois un nom que vous tenez du crime, n’affligez pas une mère qui expire ; laissez-la descendre paisiblement au tombeau : qu’elle puisse se dire à elle-même, lorsqu’elle sera sur le point de paraître devant le grand juge, qu’elle a réparé sa faute autant qu’il était en elle, qu’elle puisse se flatter qu’après sa mort vous ne porterez point le trouble dans la maison, et que vous ne revendiquerez pas des droits que vous n’avez point.











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Winter-Winter-   30 juillet 2017
Faire vœu de pauvreté, c'est s'engager par serment à être paresseux et voleur ; faire vœu de chasteté, c'est promettre à Dieu l'infraction constante de la plus sage et de la plus importante de ses lois ; faire vœu d'obéissance, c'est renoncer à la prérogative inaliénable de l'homme, la liberté. Si l'on observe ces vœux, on est criminel ; si on ne les observe pas, on est parjure. La vie claustrale est d'un fanatique ou d'un hypocrite.
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AdenoliaAdenolia   18 juin 2016
Rassurée par la sainteté du lieu, par la présence de la Divinité, par l'innocence de mon coeur, j'osai lever les yeux sur elle ; mais à peine l'eus-je aperçue que je poussai un grand cri et que je me mis à courir dans le choeur comme une insensée, en criant: "Loin de moi, Satan !… " Elle ne me suivait point, elle restait à sa place, et elle me disait, en tendant doucement ses deux bras vers moi, et de la voix la plus touchante et la plus douce: "Qu'avez-vous? D'où vient cet effroi? Arrêtez. Je ne suis point Satan, je suis votre supérieur et votre amie." Je m'arrêtai, je retournai encore la tête vers elle, et je vis que j'avais été effrayée par une apparence bizarre que mon imagination avait réalisée ; c'est qu'elle était placée, par rapport à la lampe de l'église, de manière qu'il n'y avait que son visage et que l'extrémité de ses mains qui fussent éclairées, et que le reste était dans l'ombre, ce qui lui donnait un aspect singulier.
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LydiaBLydiaB   23 février 2013
J’oubliais de vous dire que je vis mon père et ma mère, que je n’épargnai rien pour les toucher, et que je les trouvai inflexibles. Ce fut un M. l’abbé Blin, docteur de Sorbonne, qui m’exhorta, et M. l’évêque d’Alep qui me donna l’habit. Cette cérémonie n’est pas gaie par elle-même ; ce jour-là elle fut des plus tristes. Quoique les religieuses s’empressassent autour de moi pour me soutenir, vingt fois je sentis mes genoux se dérober, et je me vis prête à tomber sur les marches de l’autel. Je n’entendais rien, je ne voyais rien, j’étais stupide ; on me menait, et j’allais ; on m’interrogeait, et l’on répondait pour moi. Cependant cette cruelle cérémonie prit fin ; tout le monde se retira, et je restai au milieu du troupeau auquel on venait de m’associer. Mes compagnes m’ont entourée ; elles m’embrassent, et se disent : « Mais voyez donc, ma sœur, comme elle est belle ! comme ce voile noir relève la blancheur de son teint ! comme ce bandeau lui sied ! comme il lui arrondit le visage ! comme il étend ses joues ! comme cet habit fait valoir sa taille et ses bras !… » Je les écoutais à peine ; j’étais désolée.
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