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André Markowicz (Traducteur)
EAN : 9782742727674
80 pages
Éditeur : Actes Sud (03/05/2000)

Note moyenne : 3.51/5 (sur 58 notes)
Résumé :
Après avoir été accidentellement avalé par un crocodile présenté lors d'une exposition, un vaniteux bureaucrate progressiste élit domicile dans le ventre de l'animal. Une fable politique caustique.

Source : Actes sud
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Critiques, Analyses et Avis (15) Voir plus Ajouter une critique
ninamarijo
  04 août 2019
Cet écrit est surprenant chez Dostoïevski dont l'oeuvre explore plus souvent des thèmes comme « souffrance et rédemption ».
Ivan Matveïtch venu comme bien des curieux voir le crocodile exposé dans une galerie marchande de Petersburg est avalé par celui-ci sous les yeux hébétés de Elena Ivanovna, sa femme. Commence alors un récit fantastique, comique où la situation burlesque va nous ouvrir des horizons inattendus.

Cet évènement se déroule sous le règne d'Alexandre II dit « le libérateur » car il vient d'abolir le servage et entamer réformes importantes dans tous les domaines, la Russie se libère et devient plus moderne. Ce contexte est important et en Europe c'est le début de l'industrialisation le début du règne du profit.
Dostoïevski nous assène cette phrase « Cette propriété en commun, c'est le poison, la perte de la Russie ! »

Sémionne Semionitch, le seul qui « gardera les pieds sur terre », est le narrateur de ce récit il emprunte un ton journalistique pour narrer l'événement. Selon son habitude, Fiodor dialogue avec son lecteur et le prévient ironiquement : » « J'ai écrit ce premier chapitre du style qui convient au sujet de mon récit. Cependant, je suis décidé à employer par la suite un ton moins élevé, mais plus naturel et j'en préviens loyalement mon lecteur ».
Chaque personnage permet à Dostoïevski de monter ses critiques : des traits de cette société, du système politique, du libéralisme et capitalisme, mais aussi de laisser libre cours à son rejet de l'étranger, et pour cela il va ridiculiser ses personnages.
Matveïtch ce savant fat est dans le crocodile et ne veut pas en sortir : « Tu es comme en prison et la liberté n'est-elle pas le plus grand bien de l'homme ?
Que tu es bête ! Me répondit-il. Certes, les sauvages aiment l'indépendance, mais les vrais sages sont épris d'ordre, avant tout, car, sans ordre... »
Ivan Matveïtch entend profiter de sa situation pour, dit-il, changer la face du monde : « Quoique caché, je vais être fort en vue ; je vais jouer un rôle de tout premier plan. Je vais servir à l'instruction de cette foule oisive. Instruit moi même par l'expérience, j'offrirai un exemple de grandeur d'âme et de résignation au destin. Je vais être une sorte de chaire d'où les grandes paroles descendront sur l'humanité … C'est de ce crocodile que sortiront désormais la vérité et la lumière. »

le montreur de crocodile, Karlchen, un allemand peu soucieux de la vie humaine va déployer « la cupidité et la plus sordide avarice » pour faire prospérer son affaire. L'imagination de Dostoïevski explore la bêtise humaine, il y a du Gogol ici, par exemple dans « les Âmes mortes » ou « le nez ».

Dostoïevski fait d'Elena Ivanovna une sotte, une coquette frivole qui n'aime plus son mari. Il lui fait dire « Oh ! Mon Dieu, que ces gens sont rapaces ! fit Elena Ivanovna en se mirant dans toutes les glaces du Passage où elle reconnut, non sans une visible satisfaction, que cette secousse n'avait fait que l'embellir » ou encore : « Ah ! Me voilà veuve, ou à peu près ! — Et elle eut un sourire enchanteur qui dénotait à quel point sa nouvelle situation lui paraissait intéressante. — Hem ! Je le plains tout de même beaucoup. Ainsi exprimait-elle cette angoisse si naturelle d'une jeune femme dont le mari vient de disparaître. »

Dostoïevski avec Timotheï Semionitc, l'ami loyal, critique aussi la bureaucratie, sa hiérachie et son manque d'initiative : « Avant tout, fit-il tout d'abord, remarquez que je ne suis pas votre chef, mais un subordonné … Puisque vous me demandez un conseil, étouffez cette affaire et n'agissez que de façon strictement privée ».
Voilà un récit bien enlevé que j'ai beaucoup aimé, le comique de situation invraisemblable en fait une critique déguisée et cinglante.
Je termine par cette citation de Doris Lussier : « Et quand la vérité n'ose pas aller toute nue, la robe qui l'habille le mieux, c'est l'humour ».

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Piatka
  16 août 2013
UN ÉVÉNEMENT EXTRAORDINAIRE OU LE RÉCIT VÉRIDIQUE RAPPORTANT COMMENT UN MONSIEUR D'UN CERTAIN ÂGE ET D'UNE GRANDE RESPECTABILITÉ FUT AVALÉ TOUT VIF PAR LE CROCODILE DU « PASSAGE » ET CE QU'IL EN ADVINT.
C'est en ces termes que Dostoïevski lui-même présente la nouvelle " le crocodile " en 1865, date de sa parution, ce qui m'a tout de suite fait penser à une manchette de journal à sensations. J'ajouterai volontiers : ou comment un événement dramatique devient presque un canevas de vaudeville.
Il faut dire que l'événement est surprenant, absurde et le récit est franchement drôle, enlevé, flirtant avec le fantastique. Cela fait indubitablement penser aux nouvelles de Gogol, comme le Nez, où un événement absurde commence par perturber la société pour finir par habitude par devenir la nouvelle norme. Dostoïevski est captivant avec cette histoire farfelue qui tranche radicalement avec ses grands romans célèbres et son style habituel - un joyeux divertissement où pointe néanmoins une critique sociale et politique de la société pétersbourgeoise de son époque.
J'ai particulièrement apprécié la façon dont Dostoïevski réussit à donner la parole à chacun des protagonistes de cette nouvelle, défendant leur point de vue sur les suites à donner à cette situation hors norme, avec une absence totale de bon-sens ce qui bien sûr renforce l'effet absurde et risible. Mais je ne veux pas en dire davantage. C'est court et caustique à souhait, il serait dommage de se priver de découvrir cette facette inhabituelle du talent de Dostoïevski, d'autant que la nouvelle est disponible en lecture gratuite sur internet.
Du vaudeville par Dostoïevski, incroyable non ?
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Gwen21
  14 février 2017
S'il y a bien un domaine dans lequel je ne m'attendais pas à croiser Fedor Mikhaïlovitch Dostoïevski, c'est bien celui de l'absurde et du burlesque ! Là où je suis accoutumée à voir briller Gogol, j'ai donc été surprise de découvrir l'auteur de "Crime et châtiment" et ce n'est sans doute pas un hasard si en lisant cette incroyable (et improbable) histoire de fonctionnaire vivant dans un crocodile, j'ai très souvent songé au "Journal d'un fou" dudit Gogol.
Oui, oui, vous avez bien lu, ce récit nous narre comment un fonctionnaire, Ivan Matveïtch - venu avec sa femme et un ami assouvir sa curiosité au spectacle d'un énorme crocodile (ça change des ours) produit en plein Petersbourg - est dévoré par le saurien et s'installe confortablement dans les entrailles du monstre. Aux cris de la foule, de sa femme, de l'ami et du propriétaire du crocodile, répond la calme résignation d'Ivan Matveïtch qui voit dans cette circonstance une heureuse opportunité de booster sa carrière, d'une part par le sensationnel de la chose, et d'autre part par l'étude approfondie qu'il peut ainsi mener sur la gent reptilienne.
Vous aurez compris que Dostoïevski se sert de cette farce pour disséquer non pas le crocodile mais la nature humaine, pointant du doigt ses nombreuses contradictions, son ridicule, sa vanité et son égoïsme. Les réactions qui découlent de cette situation atypique ont de quoi surprendre le lecteur et heurter le bon sens. De sa plume exceptionnelle, Dostoïevski brosse notamment un tableau cynique de l'administration et de la vénalité.
Même si ce court récit - resté inachevé - ne manque ni de mordant ni d'originalité, mon intérêt n'y aura pas complètement adhéré.

Challenge XIXème siècle 2017
Challenge Petit Bac 2016 - 2017
Challenge MULTI-DÉFIS 2017
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Eve-Yeshe
  04 mars 2017
Un ami du narrateur rend visite à un crocodile dans un lieu appelé « le passage » dont le propriétaire est un Allemand. Il le titille tant qu'il se fait gober par l'animal.
Il s'en suit un affolement général, notamment de sa compagne, mais, à la surprise générale, il est vivant dans le ventre du crocodile et parle, tire des plans sur la comète pour devenir célèbre, alors qu'il est un fonctionnaire prétentieux dont l'épouse est une jolie femme.

Ce que j'en pense
Ce récit ne se limite pas au simple fait divers, avec des moments drôles (rester vivant dans le corps de l'animal, le propriétaire qui exige une rançon, la réaction des autres personnages, notamment de l'épouse qui a tendance à s'émanciper… ) il est à prendre au second degré.
Dostoïevski nous livre une critique sans concession de l'administration, ses lenteurs, sa paperasserie, sa hiérarchie mais aussi de la société russe de l'époque, comment la faire changer : capitalisme à n'importe quel prix, ou refaire le monde au risque de l'utopie.
Il se moque de la presse russe qui déforme les évènements, chacun donnant une version des faits de façon très affirmative sans rapport avec le fait réel (est-ce que cela a vraiment changé ?) et l'image qu'il donne d'Ivan, pérorant dans l'antre de son crocodile et donnant des leçons aux autres est savoureuse, tel un nouveau prophète éclairé ou pas.
Il nous livre, via cette courte nouvelle de quarante-deux pages, une réflexion sur l'intérêt personnel par rapport à l'intérêt général ainsi que la vanité de l'être humain : un vrai « voyage en Absurdie ».
Je prends goût à la façon dont l'auteur raisonne, sans complaisance et livre son analyse sur la société de l'époque. Ce récit est drôle et surprenant, Dostoïevski nous offrant ici une autre facette de son art, mais dans ce registre, j'avoue que je préfère Gogol … Il semblerait d'ailleurs que cette nouvelle, écrite en même temps que « Crime et châtiment » soit restée inachevée ?
Elle a été adaptée au festival d'Avignon :
http://culturebox.francetvinfo.fr/theatre/theatre-contemporain/avignon/le-off-2015/avignon-coup-de-coeur-pour-le-crocodile-comedie-d-apres-dostoievski-224157
Challenge XIXe siècle
Lien : https://leslivresdeve.wordpr..
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mh17
  29 avril 2020
Fable mordante
Le narrateur, son ami Ivan et l' épouse de celui-ci, Elena, se rendent au "Passage"où un couple d'Allemands expose un crocodile dans une baignoire. Le petit fonctionnaire Ivan, qui veut faire le malin, titille la bestiole qui le gobe tout cru. Qui va le sortir de là ?
La nouvelle est une fable ironique, écrite en 1865, dans laquelle Dostoïevski fustige les politiques qui proposent l'intrusion des capitaux étrangers en Russie avec l'assentiment servile, cupide ou aveugle de l'administration.
Personne ne veut tuer le crocodile. Cela reviendrait beaucoup trop cher, le propriétaire allemand demanderait des compensations, la victime des indemnités, cela entrainerait des tas de paperasseries, mieux vaut ne pas en parler au supérieur hiérarchique..;Néanmoins, la presse en parle, déforme tout, mais cela fait aussi de la publicité, ce qui profite à l'Allemand et à Ivan.
La nouvelle est drôle parfois hilarante. Le début surtout qui ressemble à du Gogol. Mais il y a également des passages un peu trop explicatifs qui nuisent au rythme de la farce. Surtout, il manque un narrateur complice, un narrateur confident. Semione Semionitch n'est guère sympathique. C'est même un bel hypocrite. Il présente Ivan comme son copain, son ami mais ne se prive pas de le dénigrer. Il est aussi anti-germanique primaire et misogyne .
(lu dans la traduction de W. Bienstock, 1909 qui se trouve sur le site gratuit de la bibliothèque russe et slave).








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Citations et extraits (13) Voir plus Ajouter une citation
PiatkaPiatka   15 août 2013
— Voyons, débita la jolie femme avec précipitation, comme si elle eut répété une leçon, il va rester pour toujours dans ce crocodile ; il n’en reviendra jamais et alors, moi, je devrai l’attendre ? Il me semble qu’un mari doit habiter chez lui et non pas dans un crocodile.
— Mais c’est un accident tout à fait indépendant de sa volonté ! commençai-je avec une émotion bien compréhensible. [..]
— Comment ! fit-elle stupéfaite, comment ! vous voulez aussi que j’aille rejoindre Ivan Matveïtch dans ce crocodile ? Quelle idée ! Comment voulez-vous que j’entre là-dedans avec mon chapeau et ma crinoline ? Dieu ! mais c’est absurde !
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Gwen21Gwen21   14 février 2017
- Voyons ! criai-je furieusement à cet Allemand, comment osez-vous réclamer ce grade de colonel ? Quel exploit avez-vous accompli ? Quels services avez-vous rendus ? De quelle gloire militaire vous êtes-vous donc couvert ? Est-ce que vous êtes fou ?
- Fou ! répliqua l’Allemand offensé, c’est-à-dire que je suis un homme fort sensé et que vous n’êtes que des sots. Si l’on ne mérite pas d’être nommé colonel alors qu’on peut exhiber un crocodile qui contient un conseiller de la cour tout vivant !... Faites-moi donc voir le Russe qui pourrait vous montrer un crocodile contenant un conseiller de la cour tout vivant. Je suis un homme fort remarquable et je ne vois pas pourquoi on ne me nommerait pas colonel.
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PiatkaPiatka   15 août 2013
- Quelle est la principale fonction du crocodile ? La réponse s’impose : engloutir des hommes. Quelle doit être la conformation d’un crocodile pour l’adapter le mieux possible à cette besogne d’engloutissement ? Réponse inévitable : il faut qu’il y ait de la place ; il faut qu’il soit vide. Or, il y a longtemps que la physique nous a appris que la nature a horreur du vide. Donc l’intérieur du crocodile doit commencer par être vide, mais non point demeurer ainsi. Il faut donc qu’il avale tout ce qu’il peut trouver afin de se remplir. Voici donc la seule explication plausible de cette propension des crocodiles à nous avaler. Il y a des différences de constitution entre les êtres animés. Ainsi, plus la tête d’un homme est vide et moins elle éprouve le besoin de se remplir, mais c’est l’unique exception à la loi générale précédemment exprimée.
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Gwen21Gwen21   14 février 2017
- Il n’a pas l’air vivant, votre crocodile, reprit Elena Ivanovna qui, choquée par l’aplomb du manager, lui adressa son plus gracieux sourire, dans l’espoir de réduire son impertinence, procédé assez habituel aux femmes.
- Je vous demande pardon, madame, répondit-il en un russe cruellement écorché et, tout aussitôt, il souleva le grillage en fil de fer et se mit à taquiner le crocodile à l’aide d une baguette. Pour donner signe de vie, le monstre perfide remua légèrement les pattes et la queue, souleva le mufle et fit entendre une sorte de soufflement prolongé.
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marlene50marlene50   13 janvier 2018
Voici l'unique inconvénient de ma situation actuelle, et, au sens allégorique. Timoféï Sémionytch n'a pas tort quand il dit que je travaille couché.
Mais je prouverai que, même couché, - non mieux encore,- que c'est seulement couché qu'on peut retourner le destin de l'humanité.
Toutes les grandes idées et les tendances de nos journaux et revues, visiblement ont été produites par des gens couchés : voilà pourquoi on les appelle des idées du cabinet, mais ce n'est pas grave qu'on les appelle ainsi ! Je vais inventer à présent tout un système social et - tu ne le croiras pas, à quel point c'est facile ! Il suffit juste de se retirer quelque part dans un coin, ou même simplement se retrouver dans un crocodile, et, tout de suite, on invente pour l'humanité un paradis entier.
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Videos de Fiodor Dostoïevski (51) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Fiodor Dostoïevski
Hommage à Dostoïevski par Luc Durtin avec Madame Roubéssinski et Pierre Descaves. Première diffusion le 20 avril 1956 sur Paris Inter. Un grand russe du siècle : Fiodor Dostoïevski, auquel était rendu un hommage, en 1956, à l’occasion du 75ème anniversaire de sa mort, au Théâtre des Arts à Paris. Gens de théâtre, une belle voix russe, des comédiens interprétant des extraits de pièces (adaptation des romans : “L’éternel mari”, “Crime et châtiment”, et “Les frères Karamazov”…), oui, l’émission sera très théâtrale.
Thèmes : Littérature| Littérature Russe| Roman| Fiodor Mikhaïlovitch Dostoïevski
Source : France Culture
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