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Jean-Pierre Porret (Traducteur)
ISBN : 2253047309
Éditeur : Le Livre de Poche (01/10/1988)

Note moyenne : 3.86/5 (sur 109 notes)
Résumé :
Une vieille dame revient dans son village natal. Elle est richissime, le village est au bord de la faillite. Elle offre cent milliards contre la vie de l'homme qu'elle a aimé et dont elle veut se venger... sacrifice que le maire propose à ses concitoyens en ces termes : « Que tous ceux qui, d'un coeur pur, veulent réaliser la justice lèvent la main. »

Voilà la force, le coup de génie de Dürrenmatt. On sait que le miroitement de l'or aveugle et corromp... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (12) Voir plus Ajouter une critique
Nastasia-B
  02 janvier 2018
Cette pièce en trois actes de l'auteur suisse Friedrich Dürrenmatt m'a parfois évoqué le petit roman biographique L'Or de son compatriote Blaise Cendrars et bien plus encore Un Ennemi du peuple d'Henrik Ibsen.
En effet, il y est beaucoup question d'argent, d'une petite communauté, en l'occurence une petite ville de province, et d'un empêcheur de prospérer en rond. L'intérêt réside évidemment dans la réaction de la communauté vis-à-vis dudit " gêneur ".
Qu'en est-il ici ? La petite ville de Güllen frise la faillite totale : autrefois plutôt prospère, elle a vu toutes ses activités industrielles ou économiques péricliter ou s'effondrer. Toutefois, un espoir demeure…
Claire Zahanassian, jadis née Wäscher et pauvre à Güllen puis à présent veuve et héritière d'un richissime homme d'affaire, accumulant les remariages avec des hommes célèbres après en avoir plumé un certain nombre d'autres. On annonce la visite de la désormais vieille mais opulente dame en sa très minable et très miséreuse ville natale de Güllen.
Chacun espère donc énormément des libéralités de la rentière. On attend en particulier beaucoup de l'entremise d'Alfred Ill qui fut en son temps le petit ami de Claire Zahanassian avant qu'elle ne quitte le village. Des rumeurs prétendent qu'elle en était, à l'époque, follement amoureuse. Mais qu'en est-il à présent ?…
Et si la vieille dame était venue faire une proposition indécente à l'endroit de quelqu'un ? Qu'en penseraient les habitants ? Quel parti adopteraient-ils si leur prospérité en dépendait ? Voilà le coeur du questionnement de la pièce.
En ce sens, cela pourrait éventuellement rappeler le film Proposition indécente avec Robert Redford et Demi Moore même si le dilemme moral est ici bien différent comme vous le constaterez si vous décidez de lire et/ou de voir cette pièce.
De quelles compromissions sommes-nous capables collectivement, juste pour de l'argent ? Un pays aussi avancé écologiquement que l'était le Canada il y a quinze ans est-il capable de faire machine arrière, de sortir du protocole de Kyoto juste parce qu'il vient de trouver le moyen d'extraire du pétrole et du gaz de son sous-sol ? Ça m'étonnerait. Des guerres ultra-meurtrières se déclarent-elles juste pour asseoir les intérêts économiques de quelques gros industriels ? Peu crédible, vous avouerez…
Oui, j'ai du mal à le croire car l'Homme, oui l'Homme, ce sommet de l'évolution biologique a su s'extraire de son avidité primitive et de sa condition de bête affamée. Il vaut beaucoup, beaucoup mieux que ça car il est tout pétri, constamment irrigué de cette belle et grande et suprême valeur, que l'on nomme Morale et qui toujours le maintient fermement sur les rails de la décence. N'en doutons pas…
Bon, d'accord, à l'extrême, extrême rigueur, il arrive parfois qu'on maquille un tout petit peu la loi, qu'on change les règles de façon infinitésimale, qu'on tourne très légèrement la tête et qu'on regarde ailleurs au moment de valider une décision pas jolie, jolie. Mais entre-nous, c'est franchement rare, et on n'irait jamais jusqu'à tuer quelqu'un, voyons…
Sauf peut-être si la démonstration était faite et avérée que le quelqu'un en question fut vraiment méprisable, un genre de terroriste déguisé ou même un authentique terroriste, un Che Guevara au moins, plus tout à fait un homme en somme, un bon débarras pour la planète. Bon et puis si tout le monde y gagne…
Bref, une tragicomédie bien grinçante, assez plaisante à lire mais qui ne m'a pas non plus transporté d'allégresse. Intéressante toutefois. Bien entendu, ce n'est là que l'opinion d'une vieille dame, c'est-à-dire, bien peu de chose dans la balance, surtout si des intérêts supérieurs sont en jeu…
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Bruidelo
  23 mars 2019
Au concours des villes sinistres, amochées par les ravages de la pauvreté, Güllen obtiendrait sans doute un bon classement. La pièce s'ouvre sur un tableau qui fait sourire par l'intensité de son côté «misère de misère» : Seul plaisir qui leur reste, les hommes regardent passer les trains, survivent grâce aux allocations chômage et à la soupe populaire, ils végètent, regardent l'huissier passer, qui vient pour la saisie de l'Hôtel de Ville.
Pourtant ce jour-là, l'espoir renaît : ils attendent la milliardaire, leur Clara, leur Clairette, ils l'ont vu grandir, ce serait bien le diable s'ils ne parvenaient pas à lui faire cracher ses millions.
Mais – misère de misère ! - la charité, ce n'est pas vraiment le truc de la vieille dame, ce qui la fait vibrer, ce serait plutôt une bonne grosse vengeance, un projet de type:
« le monde a fait de moi une putain, et maintenant j'en fais un bordel. »
La vieille dame parviendra-t-elle à faire des Gülleniens des putains prêts à vendre leur morale et la vie d'un des leurs en échange de cent milliards? La petite ville en viendra-t-elle à adopter l'adage «Et ainsi, ne pouvant faire que ce qui est juste fût lucratif, on a fait que ce qui est lucratif fût juste.»?
 
Dürrenmatt nous renvoie une image peu reluisante de nous-mêmes, mais, comme l'a brillamment montré Nastasia, évidemment trèès éloignée de toute réalité et bien sûûr plus du tout d'actualité - ce serait inimaginable qu'aujourd'hui on laisse, par exemple, notre pays se rendre complice de crimes de guerre en vendant des armes à l'Arabie Saoudite. Je ne sais même pas pourquoi cette drôle d'idée a pu me passer par la tête. Et d'ailleurs, on ne va pas ergoter sur un détail vu que d'une façon générale au moins, on vit dans un système hautement civilisé où il serait inconcevable de voir la recherche du profit passer avant les valeurs humaines non?
N'empêche, une pièce intéressante !
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Croquignolle
  08 septembre 2015
Décidément, j'aime beaucoup l'écriture, le style et l'humour de Dürrenmatt. Quel talent dans la mise en scène de cette pièce, dans la création de ses personnages tous plus loufoques les uns que les autres, dans ses décors oscillants entre Jardin d'Eden et habitat des Misérables et dans cette intrigue grotesque.
J'ai dévoré ces trois actes me délectant de cette folie absurde. Il est malin ce Dürrenmatt !
Et puis, vers la fin ressortent quand même de grandes questions existentielles : Jusqu'où l'humain est-il capable d'aller pour avoir de l'argent ? Jusqu'où peut-il être créatif pour se donner une parfaite bonne conscience ? Peut-on vivre une vie entière avec un sentiment de vengeance qui parasite nos choix ? Et moi, dans cette situation, qu'aurais-je fait ?
Je ne suis pas habituée à lire des pièces de théâtre. Ce deuxième essai, après "Les Physiciens" de ce même auteur, m'a totalement convaincue. C'est sûr, j'en lirai d'autres ! Et puis, je tenterai d'aller voir cette pièce au théâtre. Je me régale d'avance imaginant Mme Zahanassian, autoritaire, dégoulinante d'autosuffisance, dans ses habits de parvenue clinquants et rutilants.
Un excellent moment de lecture !
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DocIdoine
  11 mars 2019
Il y a une parenté frappante dans les sujets de Gottfried Keller (Die Leute von Seldwyla), de Dürrenmatt (La Visite de la vieille dame) et de Max Frisch (Andorra), ainsi que dans la manière de les traiter. Tous les trois sont suisses. C'est d'un microclimat très spécifiquement suisse qu'ils parlent, et il faut avoir au moins un peu vécu là-bas pour le reconnaître. Ah, et puis quand même, il vaut mieux les lire en allemand. Parce que c'est très différent. La tonalité est différente. Il y a une ironie grinçante typiquement suisse-allemande qu'on ne peut pas réellement reproduire en français.
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Taraxacum
  24 mars 2015
Fantastique, glaçant, vraiment très pessimiste sur la nature humaine, voilà comment est La visite de la vieille dame, le récit du retour dans la petite ville de sa jeunesse d'une femme devenue milliardaire. Malgré le thème, rien ici de nostalgique, le personnage principal n'a rien oublié, rien pardonné, et c'est bien un drame que cette pièce.
Claire Zahanassian, notre vieille dame donc, est âgée, tenace, sans illusions sur la nature humaine. Elle revient à Güllen , le bourg où elle a grandit, aujourd'hui dans un état de décrépitude avancée depuis que les usines ont fermé les unes après les autres. Tout le monde semble prêt à lui dérouler le tapis rouge dans l'espoir qu'elle investisse chez eux, seulement ce n'est pas si simple. La vieille dame leur met le marché en main: l'argent, beaucoup, beaucoup d'argent, contre la vie de l'homme qui l'a trahie toutes ces années avant.
Autant dire qu'avec le thème de la pièce, c'est une tragédie plus qu'autre chose! Ce n'est que la deuxième oeuvre de cet auteur que je découvre et j'avais préféré la pièce Les Physiciens, mais il n'en reste pas moins que c'est brillant, cynique, violent et une découverte que plus de lecteurs devraient tenter!
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Citations et extraits (19) Voir plus Ajouter une citation
Nastasia-BNastasia-B   03 janvier 2018
LE PASTEUR : L'enfer est en vous-même. Vous êtes plus âgé que moi et vous croyez connaître les hommes ; mais on ne connaît jamais que son propre cœur. Vous avez trahi une jeune fille par amour de l'argent ; vous en concluez naturellement que les hommes sont prêts à vous trahir aussi pour de l'argent. La raison de nos craintes est en nous, dans notre cœur, dans nos pêchés. Si vous admettez cette vérité, vous aurez la seule arme efficace pour vaincre votre tourment.

Acte II.
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PiatkaPiatka   20 mai 2015
L'ADJUDANT : Mon cher Ill, cette affaire n'est pas si simple. Examinons le cas posément. La dame a fait à la ville de Güllen la proposition de donner cent milliards en échange de - vous savez ce que je veux dire. C'est exact ; j'y étais. Mais ce n'est pas un prétexte suffisant pour que la police agisse et s'en prenne à Madame Zahanasian. La loi est formelle.

ILL : Il y a provocation au meurtre.

L'ADJUDANT : Attention, Ill, attention. Il n'y aurait provocation au meurtre, que si le projet de vous faire assassiner avait été pensé sérieusement. C'est clair ?

ILL : Il me semble.

L'ADJUDANT : Eh bien ? Il est impossible de prendre l'offre de la dame au sérieux ; parce que le prix de cent milliards est exagéré, vous êtes obligé d'en convenir. Pour une chose semblable, on offre cent mille ou deux cent mille, mais certainement pas davantage, croyez-moi. Cela prouve une fois de plus que tout ceci n'est pas sérieux. Et même si ça l'était, alors ce serait la dame que la police ne devrait plus prendre au sérieux, car il serait prouvé qu'elle est folle. Compris ?

ILL : Folle ou pas folle, son offre reste une menace pour ma vie. C'est pourtant logique.

L'ADJUDANT : Pas du tout. Vous ne pouvez pas être menacé par un projet, mais seulement par la mise en oeuvre de ce projet.
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Nastasia-BNastasia-B   02 janvier 2018
CLAIRE ZAHANASSIAN : La charité, Messieurs ? Les millionnaires peuvent se l'offrir. Avec ma puissance financière, on s'offre un ordre nouveau à l'échelle mondiale. Le monde a fait de moi une putain ; je veux faire du monde un bordel. Si on tient à entrer dans la danse et si on n'a pas de quoi casquer, il faut y passer. Et vous avez voulu entrer dans la danse. Les gens convenables sont ceux qui paient.

Acte III.
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Nastasia-BNastasia-B   04 janvier 2018
CLAIRE ZAHANASSIAN : J'aime les hommes en maillot et culotte courte ; ils ont l'air si naturel.

Acte I.
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ladyogaladyoga   08 novembre 2015
La raison de nos craintes est en nous, dans notre coeur, dans nos péchés. Si vous admettez cette vérité, vous aurez la seule arme efficace pour vaincre votre tourment.
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Videos de Friedrich Dürrenmatt (7) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Friedrich Dürrenmatt
Bienvenue à la clinique psychiatrique « Les Cerisiers ». Trois patients y sont enfermés. Ils sont tous les trois physiciens. L'un se prend pour Newton, l'autre se prend pour Einstein, le troisième s'appelle Möbius et prétend avoir des visions du roi Salomon. Hasard ou coïncidence ? En l'espace de trois mois, Newton et Einstein ont tué les infirmières chargées de veiller sur eux. L'inspecteur Richard Voss mène l'enquête... Qui est vraiment fou dans cette histoire ? Et si dans le salon de la villa se jouait (rien que ça !) le sort de l'Humanité ?
VIDÉO AMATEUR Musique "Piano Trio No. 2 in E flat major D.929 (1989 Remastered Version): II. Andante con moto" de Yehudi Menuhin/Hephzibah Menuhin/Maurice Gendron (Google Play • iTunes)
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