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EAN : 9781097160358
112 pages
Éditeur : Massot éditions (20/09/2018)
4.1/5   86 notes
Résumé :
« Je lis plein de choses et je les regroupe par thèmes. Au bout d'un moment, j'ai le sentiment qu'un des thèmes mérite d'être porté au public. Je résume et ancre ce thème un peu théorique dans nos vies privées : ces expériences personnelles qui permettent de toucher chaque femme. C'est vraiment ça que j'ai vécu quand je me suis éveillée à la politique, qui a longtemps été pour moi un truc un peu chiant. J'ai trouvé dans des articles féministes des scènes que j'avais... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (22) Voir plus Ajouter une critique
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boudicca
  27 décembre 2019
« Un autre regard » est une collection de petits albums BD qui rassemblent les planches réalisées par l'illustratrice engagée Emma dont le travail est disponible sur internet. Féministe et anticapitaliste, l'artiste aborde des sujets de société très variés, mais qui visent principalement à mettre en lumière l'inégalité des relations entre les femmes et les hommes, ainsi que les conséquences dramatiques de notre modèle économique. Les thèmes abordés sont toujours passionnants, et l'angle de réflexion choisi (très à gauche) permet de voir les choses d'une autre manière. A l'aide de témoignages, de données chiffrées, ou encore d'extraits des thèses de certains intellectuels ou chercheurs (sociologues, économistes…), Emma nous offre un nouveau regard sur des sujets aussi variés que la culture du viol ou l'éducation genrée, sans oublier les violences policières, le travail invisible et gratuit des femmes, mais aussi le travail émotionnel.
C'est pas bien mais : C'est la culture du viol qui intéresse Emma dans ce premier chapitre qui revient sur toute une série de comportements abusifs dont les hommes n'ont pas forcément conscience mais qui consistent, tous, à se passer de consentement. L'occasion de rappeler qu'avoir un comportement abusif ce n'est pas seulement employer la force, mais aussi profiter de la vulnérabilisé de sa partenaire ou de la culpabiliser jusqu'à ce qu'elle accepte une relation sexuelle. Une excellente entrée en matière qui insiste sur la nécessité de déconstruire un certain nombre de mythes et conditionnements qui nuisent à notre société.
Un rôle à remplir : le second thème vise à nous faire comprendre que les relations entre hommes et femmes sont faussées par notre éducation genrée. L'auteur y évoque, entre autre, la manière dont nous axons l'éducation des petites filles sur le physique, les injonctions à se conformer aux critères de beauté qu'on ne cesse de nous imposer, ou encore les réactions hostiles suscitées par le mouvement Me too (réactions émanant quasiment toutes de la classe bourgeoise qui revendique « le droit d'importuner »… ?!).
L'histoire d'un gardien de la paix : le troisième sujet abordé est aussi le plus long : il traite du parcours d'Erik, aujourd'hui à la retraite mais qui a effectué toute sa carrière dans la police. C'est un peu par hasard qu'Erik est recruté dans la police où il commence sa carrière dans la BAC auprès d'un supérieur très à cheval sur le respect de la déontologie. le métier lui plaît, jusqu'à ce qu'il soit muté et se retrouve confronté aux violences perpétrées par ses collègues. A Paris, il intervient au côté d'une équipe d'intervention de nuit où il est témoin de comportements dangereux et illégaux : rodéo voiture dangereux, rapports ambigus avec les prostituées, comportements violents et racistes… Choqué, le jeune policier s'empresse de faire un rapport à sa hiérarchie. le premier d'une longue série qui seront tous classés sans suite. C'est même lui qui sera sanctionné à la place de ses collègues ! Falsification de rapports, mutation au poste de garde statique, conseil de discipline… : autant de mesures auxquelles la hiérarchie aura recours pour le forcer à se taire. Erik finira par créer son propre syndicat pour dénoncer les violences policières et les dégâts de la politique du chiffre mais il finit sa carrière épuisé et déprimé. Une bande dessinée passionnante qui nous incite à nous questionner sur le rôle de la police : protéger les citoyens ? Ou servir le pouvoir en place ? En tout cas une chose est clair, ceux qui essaient de changer les comportements se font broyer par l'institution.
Michelle : le quatrième sujet évoque la répartition genrée des responsabilités au sein du couple et la division sexuelle du travail. En gros, les homme se livrent majoritairement au travail productif, et les femmes au travail reproductif. Sauf que l'un donne le droit à un salaire et une retraite, tandis que l'autre est invisible et gratuit. Cette répartition créé une situation de dépendance financière au sein des couples, et celles-ci sont d'autant plus difficiles à supporter pour les femmes qui se retrouvent du jour au lendemain seules, ou qui voudraient quitter leur conjoint mais ne le peuvent pas parce qu'elles n'ont pas les ressources nécessaires pour vivre seules (d'après l'INSEE, les femmes séparées voient leurs revenus baisser de 14,5 % alors que ceux des hommes augmentent de 3%). Emma profite du sujet pour aborder les réflexions de féministes cherchant à mettre fin à ce travail gratuit des femmes. Ainsi, alors que les féministes de droite considèrent que l'émancipation passent exclusivement par le travail, sans jamais questionner les conditions de travail imposées aux femmes (les métiers qui correspondent aux activités dévolues aux femmes dans la vie privée sont essentiellement exercés par des femmes et ne font donc que reproduire les inégalités), les féministes anticapitalistes réfléchissent pour leur part à un moyen non seulement de mieux répartir le partage des tâches reproductives mais aussi des moyens de production. Instructif !
Le pouvoir de l'amour : La cinquième et dernière thématique aborde un sujet rarement évoqué, celui du travail émotionnel, soit le fait pour une femme d'endosser (seule) la responsabilité du confort émotionnel de son entourage. Gérer la santé de son conjoint, entretenir les liens entre tous les membres de la famille, anticiper les moindres besoins du conjoint…. : autant de comportement qui conduisent les femmes à endosser le rôle de mère plutôt que de partenaire, et qui contribuent à renforcer les inégalités entre les sexes.
« Un autre regard » est une excellente collection qui permet de réfléchir à des sujets de société qui sont, finalement, rarement traités de manière globale. Grâce aux témoignages et chiffres recueillis, ainsi que grâce à sa propre expérience en tant que femme et militante, Emma parvient à nous sensibiliser à de multiples problématiques allant de l'inégalité entre les hommes et les femmes aux violences policières. Une démarche militante qui fait un bien fou tant il est rare d'entendre parler d'alternatives au capitalisme.
Lien : https://lebibliocosme.fr/201..
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CarlmariaB
  11 mai 2020
La charge émotionnelle, quel beau titre! J'aimerais aimer son livre à Emma, parce que quoi de plus noble qu'une bd féministe ? Bretécher nous a quittés il y a trois mois, on n'oubliera jamais son trait qui jaillit, les lignes brisées, les gros pifs, le mouvement, la caricature indissociable du texte en surtitrage, toujours ironique, cinglé d'une calligraphie énervée. Bretécher, pas une ligne claire, mais une ligne de défense. Les dessins d'Emma sont très ligne claire, trait net, couleur en aplat, contour sans demi-teintes, ni relief, et contiennent peu d'information. Des personnages assis qui soliloquent. Une tête qui parle – la sienne – cernée par les bulles d'un monologue dans une typo d'enfant sage. On pourrait, sans que le sens n'en soit changé, remplacer les dessins de la page 12 par ceux de la page 40. La cause des femmes est la mienne, et je remercie Emma d'avoir mis en scène le moment où un discours féministe légitime auquel j'adhère, mute en un discours néopuritain digne de la flotte de Winthrop aux antipodes de la tradition libertaire et humaniste. Emma maudit Karl Marx. Comment s'émanciper en conservant les structures de domination? Et pourquoi diable apporter de l'eau au moulin de ceux qui ont déporté Louise Michel? Emma pourfend l'éducation genrée mais elle vomit l'homme et participe ainsi du discours genré. Vive la colère face à l'injustice, aux souffrances, aux vies démolies. Mais comment persuader les lecteurs de la cause des femmes par un sermon de prédicateur qui emprunte aux catégories du discours des chasseurs de sorcières? Ses pages m'ont rappelé celles de Zweig sur Calvin, qu'on peut paraphraser ainsi : pour donner à la femme la dignité la plus haute, on réduit la dignité de l'homme, cette créature imparfaite et immorale, toujours disposée au mal, impatiente de se perdre dans le pêché, pire encore qu'une ordure. « Si l'on juge l'homme d'après ses dons naturels, on ne trouve pas en lui, des pieds à la tête, la moindre trace de bonté » écrivait Calvin cité par Zweig. J'ai la faiblesse de croire que ce n'est pas la vérité du genre humain, femme, homme ou genre qu'on aura librement choisi. Bretécher, reviens! C'est pas les puritains qui nous aideront à émanciper la moitié de l'humanité et tous les autres.
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Les_lectures_de_Sophie
  15 décembre 2019
J'aime la manière dont Emma aborde des sujets sensibles. La manière dont elle met en lumière les dysfonctionnement de notre société concernant les relations hommes/femmes et comment elle les déconstruit. Les pistes de réflexions qui permettent d'échanger entre lecteurs de son travail, mais aussi avec les autres… car quand on a lu ce livre, on est capable d'expliquer simplement ce qu'est le consentements par exemple. Car le consentement c'est simple : non c'est non. Une absence de réponse, c'est non. Oui, c'est oui. Et ça ne concerne pas que les relations sexuelles, c'est du bon sens. Simplement. Mais c'est plus facile à mettre en oeuvre quand on ne veut pas prendre une deuxième fois d'un plat, que quand on ne veut pas prendre un verre ou discuter avec un inconnu. Hormis un oui, rien n'est un consentement. Ni un comportement, ni une tenue, ni quoi que ce soit d'autre. Ça fait du bien de voir des mots et des images posés sur ces évidences.
Le consentement et les conséquences du mouvement #metoo ne sont pas les seuls sujets abordés dans cet album. Emma y livre aussi le terrifiant témoignage d'un ancien membre des forces de l'ordre concernant les abus dont il a été témoin, et qui sont trop souvent couverts par la hiérarchie.
Et dans les deux derniers chapitres, elle aborde l'engrenage dans lequel peuvent se retrouver les femmes qui veulent quitter leur mari, ou pire, qui se font quitter. Car trop souvent encore, les femmes sont dépendantes financièrement de leur mari. Trop souvent ce sont elles qui mettent en retrait leur carrière pour élever les enfants, qui de fait gagnent moins que leur conjoint, et se retrouve, en cas de séparation, pour quelque raison que ce soit, à avoir du mal à joindre les deux bouts. Trop souvent encore, ces femmes retournent vers leur ex, ou se retrouvent contraintes de se remettre en couple pour avoir une vie décente, pour elles mais surtout pour leurs enfants. Toute ressemblance avec une récente polémique télévisée n'est absolument pas fortuite, car c'est hélas une situation courante, notamment concernant les femmes battues, ou les femmes mariées depuis longtemps et ayant arrêté de travailler pour élever leurs enfants.
Dans le dernier chapitre en particulier, Emma présente ce que la politologue islandaise Anna G. Jonasdottir appelle « le pouvoir de l'amour », et la différence entre le travail productif, souvent effectué par les hommes, et le travail reproductif, qui échoit très souvent aux femmes. Attention au terme reproductif, il ne s'arrête pas au fait de porter et mettre au monde un enfant, mais aussi, et surtout à tout ce qui concerne la vie du foyer, et le bien être des membres de celui-ci. Et la, c'est terrible, car moi, qui me documente sur le sujet, qui me considère chanceuse dans ma vie en général, je me suis rendu compte à la lecture de ces chapitres que, tout comme Emma l'admet à son propos, je me suis trop souvent laissé prendre à répéter ces schémas, car ils sont culturellement profondément ancrés dans nos têtes, dans nos vies. Je me suis rendu compte que même si je clame qu'avec le temps, maintenant que les enfants sont grands, je pense beaucoup plus à moi, ce qui est vrai, mais il est aussi vrai que quand un membre de ma famille a besoin d'aide, je suis la première à laisser tout en plan pour y aller, même si je fais quelque chose qui me tient à coeur… et ce qu'il s'agisse de ma fille, mon homme, ses filles… Et je ne pense pas être la seule dans ce cas. Tout le monde, du moins tout hétérosexuel (Emma écrit sur son expérience) est capable de se reconnaître dans cet album, à moins de faire vraiment l'autruche où d'être de mauvaise fois.
Une fois de plus, dans La charge émotionnelle, troisième opus de sa série Un autre regard, Emma appuie là où ça fait mal, avec intelligence, et nous aide à réfléchir sur nos vies, et sur ce qu'on peut faire, notamment par l'éducation des prochaines générations. Elle présente avec clarté des notions évidentes mais souvent déformés par les défenseurs d'un patriarcat hors d'âge. Et je le dis haut et fort, ce n'est pas une bande-dessinée réservée aux femmes. Elle doit être mise entre toutes les mains, y compris celle des adolescents, qui ne sont pas encore complètement figés dans des habitudes.
J'ai reçu la version papier de ce livre dans le cadre d'un partenariat avec les éditions J'ai Lu. Merci à eux pour la confiance.
Lien : https://leslecturesdesophieb..
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MLClerc
  31 mai 2021
J'ai profité d'un long week-end de mai pour aller chez une amie et lui emprunter cette BD que j'ai lue très vite. J'avais déjà beaucoup entendu parler d'Emma, de la charge mentale. Je me suis donc jetée dessus avec avidité.
Et je n'ai pas été déçue. Ca fait mal et ça fait du bien. Ca fait mal parce qu'elle a raison, foutrement raison, même si (comme c'est mon cas, quelle chance j'ai) on vit avec un homme féministe. Et ça fait du bien parce qu'on se sent comprise, écoutée.
Ce sont plein de petites histoires, qui expliquent tout ce que les femmes portent, trimballent, malgré elles. Toutes ces petites violences invisibles qu'on accumule sans s'en rendre compte. C'est édifiant, c'est touchant, ça peut mettre une claque.
Un gros coup de coeur pour l'histoire du policier, qui m'a presque arraché des larmes, et de la colère.
Bravo. Il faut absolument mettre cet ouvrage entre toutes les mains, des femmes et des hommes! Indispensable.
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Ellexa
  21 mars 2021
Je suis depuis peu EMMA sur les réseaux, et une de ses planches en particulier m'a donné envie de lire sa série "Un Autre Regard". le stéréotype genré de notre société, le féminisme expliqué très simplement, elle pointe du doigt (sévèrement mais avec humour) la profondeur du vécu des femmes, de la "normalité" selon certains qui pourrissent la vie des autres...
Cette BD, c'est une incitation à la résistance, pour nous prouver que nous ne sommes pas seules à subir charges mentales, stéréotypes, des inégalités etc. Ce n'est bien sûr pas normal et l'auteure appuie sur ces cases qui deviennent de plus en plus difficiles à vivre. C'est triste à dire, mais il est impossible de ne pas se sentir concernée, et on doit faire bouger les choses pour éviter ce genre de désagréments à la future génération.
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Citations et extraits (4) Ajouter une citation
LadydedeLadydede   21 mars 2019
Impossible en grandissant d'échapper aux injonctions de rendre notre corps conforme aux critères de beauté du moment.
Tout nous conditionne à penser que le rôle des femmes est avant tout de donner envie aux hommes de les séduire.
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LadydedeLadydede   21 mars 2019
Être attentive en permanence aux besoins d'autrui représente pour les femmes une charge émotionnelle continue et - invisible.
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LadydedeLadydede   21 mars 2019
Personnellement, j'ai beaucoup de mal à comprendre comment on peut avoir envie d'assouvir ses désirs au détriment de l'intégrité d'autrui. Mais apparemment, ça ne dérange pas tout le monde...
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WarzinetteWarzinette   28 mars 2020
J’ai compris que pour lutter contre la culture du viol, il ne suffisait pas de faire la chasse aux violeurs de parking. Il fallait aussi discuter avec les hommes de nos vies: nos frères, nos amis, nos pères, nos partenaires...
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